Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 10:57

L04.jpgMort d’un commis voyageur

Arthur Miller

Editions Robert Laffont


 

Je dois vous avouer que je suis restée assez perplexe quand, dans la pile de services de presse, j’ai pioché au hasard Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Ce n’est pas rare qu’un éditeur réédite des classiques je suppose, mais qu’il prenne la peine de les envoyer à des libraires qui, logiquement devraient déjà connaître Miller, c’est plus curieux. Ceci dit pour moi ça tombe plutôt bien.

Jusqu’à ce jour, mes connaissances sur Arthur Miller étaient plutôt limitées ; je pouvais tout juste lui associer quelques mots : littérature, Marylin Monroe et tropique du Cancer. Après vérification d’ailleurs, je me suis aperçue que tropique du Cancer n’avait rien à voir avec lui mais avec Henry Miller. Merci Larousse et Wikipédia, j’ai évité une humiliation ; deux à vrai dire car Arthur Miller est dramaturge. Par contre, il a effectivement épousé Marylin. C’est quand même honteux de n’avoir retenu que ça.

Mort d’un commis voyageur est une pièce de théâtre en deux actes, publiée (jouée ?) en 1949 et qui a connu un succès retentissant. Elle met en scène un représentant de commerce, Willy Loman, qui, à plus de soixante ans, est encore sur les routes et a du mal au subvenir aux besoins de sa femme, Linda. Payé à la commission, déconsidéré, usé, il est trop fier pour admettre qu’il a plus ou moins raté sa vie et, surtout, que ses fils, Happy et Biff, sont loin d’être les enfants dont il rêvait. Happy est un coureur de jupons, Biff un voleur compulsif. Tous deux vivent encore plus ou moins chez leurs parents et n’ont absolument aucun avenir. Pourtant, Willy est dévoré d’ambition pour eux, persuadé qu’ils se feront un nom, ce que lui-même n’a jamais réussi à  se faire…

Les dessous du rêve américain… c’est en résumé la thématique de Mort d’un commis voyageur. A première vue en effet, Willy incarne ce rêve : une maison presque payée, une femme docile, une maîtresse complaisante, deux fils sportifs qui plaisent aux femmes… C’est un « battant » qui veut toujours être le premier et qui méprise ceux qui ne partagent pas ses ambitions : le fils malingre des voisins, Bernard, qui est tellement effacé par rapport à Biff et Andy, le voisin Charley et même sa femme, la gentille Linda qui aspire seulement à la tranquillité. Mais, à l’approche de la vieillesse, les certitudes de Willy se fissurent et il se retrouve face à une réalité qu’il ne peut accepter : qu’il est trop vieux pour continuer à courir les routes, que ses fils ne sont pas aussi formidables qu’il le prétend et que lui-même malgré tous ses efforts est loin d’être LE Loman, celui qui a changé la face du monde mais uniquement un vague commis qui a mené une vie pour le moins médiocre… C’est un constat terrible que fait Miller, celui des désillusions, employant pour cela une mise en scène quasi en continu : la pièce ne fait que deux actes d’un seul bloc, les scènes se succédant sans rupture et l’histoire se décalant d’un personnage à l’autre uniquement par des jeux de lumières. Je serais curieuse de savoir ce que donne Mort d’un commis voyageur joué « en vrai » mais je pense que ça doit être assez coton à réaliser, car non seulement Miller joue avec l’espace (il fait alterner différents lieux) mais il joue également avec le temps, faisant fréquemment revenir ses personnages dans le passé, ce qui aide le lecteur/spectateur à comprendre pourquoi cette famille en est arrivée là. En tous cas d’un point de vue narratif, cette mise en scène produit une sensation d’asphyxie qui colle bien au personnage de Willy et à sa vie de banlieue (Willy se plaint à plusieurs reprises dans la pièce d’être cerné par ses voisins et de ne plus pouvoir avoir de jardin) Constat d’une vie dominée par des questions matérielles : l’hypothèque de la maison, la réparation du frigidaire, la commission de la semaine (existence qui s’oppose à la vie aventureuse qu’a mené le frère de Willy, Ben, le fantôme de la pièce et celle que rêve de mener Biff) Mort d’un commis voyageur s’interroge de façon plus générale sur le rêve capitaliste (à noter qu’Arthur Miller fut soupçonné un temps de sympathie communiste) et met en avant la question que tout adulte vieillissant est amené un jour à se poser : et moi, qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ?

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article

commentaires

Un Ange Passe... 11/07/2010 11:52


Une soirée en compagnie de Dustin Hoffman ça n'a pas de prix voyons !

Je profite de cette nouvelle intervention pour également conseiller le second livre qui a accompagné ma première semaine de vacances : "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole.

Un livre très drôle qui, par moment fait légèrement penser à Don Quichotte par son héros ou anti-héros d'ailleurs.

Pour le reste, une fois passée les trois premières pages, on accroche assez facilement à l'univers de tous ces personnages qui se mêlent et s'emmêlent pour le plus grand plaisir du lecteur.


beux 13/07/2010 13:54



Ah celui-là m'a également été conseillé mais je ne l'ai pas encore lu....



greg 11/07/2010 01:39


le film avec Dustin Hoffman m'a coûté 0,50€ sur Cdiscount, et c'était cher payé.


Un Ange Passe... 02/07/2010 13:47


Voilà encore quelques livres pleins de promesses, ayant quelques jours de retard quant aux lectures des notes de ce blog. Je vais réaliser une petite séance de rattrapage estival !

Toutefois, je ne reviens pas les mains vides si j'ose dire, car j'ai à vous conseiller, si lecture n'a pas déjà été faite, le livre "L'ombre du vent" de Carlos Ruiz Zafon, que je viens tout juste
de terminer, que dis-je, je l'ai dévoré, n'osant le quitter qu'à force de sommeil.

N'ayant pas votre talent pour dénuder les fils d'une œuvre et plonger au cœur de ses spécificités et autres attraits, je vous laisse prendre connaissance d'autres critiques en la matière.

Toutefois, je puis vous dire que sur la couverture il est écrit : " Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n'avez plus aucune chance de lui échapper". Je ne
puis que confirmer. Ce n'est pas de la publicité mensongère.


beux 03/07/2010 10:29



Je confirme pour l'avoir déjà lu! Je l'ai même offert autour de moi... C'était vraiment un très beau livre, bien écrit et en même temps plein d'action et de rebondissements. Bref, un régal! Par
contre, je n'ai pas lu le second tome mais je compte rattraper ce retard d'ici peu...


Oui, profitez du beau temps; rien de plus agréable que de lire au soleil...