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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:34

L05.jpgLe roman de Claire

Marie Gray

éditions Pocket Jeunesse

 

Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit il y a deux jours sur les romans ados destinés uniquement aux ados? Dans un style différent, en voici un autre.

Le roman de Claire fait partie de la collection "Oseras-tu Réalités d'ados". Inutile de vous dire qu'en lisant cet intitulé, je m'attendais au pire. Et, à dire vrai, je ne sais pas encore trop quoi en penser: mais parlons un peu de l'histoire voulez-vous?

Et l'histoire c'est celle de Claire, écrivain en herbe, petite rondouillarde qui barbouille des pages en rêvant au prince charmant. Sa vie est loin d'être facile entre un petit frère en pleine crise et une mère odieuse qui la traite comme un chien. Hélas pour Claire, elle n'a également guère de succès auprès des garçons, ces derniers lui préférant sa copine Anne-Sophie, une blonde longiline guère farouche. Jusqu'au jour où Claire, lasse d'être la fille invisible, décide de changer de look et découvre alors qu'attirer les regards n'est parfois guère mieux...

Le roman de Claire et construit de façon assez classique: l'héroïne vit des situations de plus en plus glauques et de plus en plus traumatisantes (on passe de "je suis une petite grosse que personne ne regarde" à "je suis harcelée sexuellement") pour finir par un "happy end" merveilleux (l'héroïne va vivre chez son père aimant, trouve des amis dans un groupe de musique et sort avec le garçon de ses rêves) Y a que moi qui tique sur le "Réalités d'ados" à ce moment-là? L'histoire est manichéenne au possible: d'un côté nous avons la douce, la gentille Claire et, de l'autre, tout le reste, les mauvais: la mère perfide, les mauvaises copines, le patron pervers, la colocataire droguée... Ce manichéisme peut à la rigueur se justifier par le fait que la narratrice soit l'héroïne, on va dire ça, et qu'elle écrit selon sa propre perception de la réalité. Reconnaissons à l'auteur une façon plutôt réaliste de traiter la sexualité adolescente: toute la première partie du livre est d'ailleurs plutôt pas mal: une ado mal dans sa peau, en décalage avec les autres, et qui se fait tout le temps gentiment jeter... Je suis déjà plus perplexe sur le harcèlement que subit Claire par la suite au collège à cause d'une rumeur lancée contre elle mais bon, admettons qu'une mauvaise réputation puisse avoir de telles retombées si vous le voulez. En revanche, la fin du roman est tout bonnement ridicule: le père qui s'impose face à son ex-femme pour récupérer ses enfants, Claire qui rencontre des amis formidables et talentueux qui ont vécu eux aussi des choses très difficiles par le passé, de la musique, des larmes et du rire... J'ai perdu à la fin du livre toute l'indulgence que m'avait inspirée le début. Enfin, j'attire votre attention sur deux détails qui m'ont choquée: l'un, c'est quand l'héroïne propose à un garçon d'être son cavalier au bal de fin d'année. Huuum, les choses ont peut-être changé depuis mon époque mais je n'ai pas le souvenir en France des bals de promo. C'est pas une tradition américaine ça mes braves? Le second détail, encore plus choquant, c'est quand Claire découvre que le méchant Renaud a parié cent dollars qu'il coucherait avec elle. Ok, ça ne me choquerait pas si l'héroïne s'appelait Brenda et le héros Brandon, mais avec des personnages comme Raphaël, Cédric ou Anne-Sophie, oui, là, j'avoue que je tique un peu. Je suppose que cent euros ça faisait pas assez "jeune" et que Marie Gray s'est cru obligée de donner à son roman l'allure d'une série télé anglo-saxonne. Si ça l'amuse, pourquoi pas? Mais qu'on ne vienne pas après saluer le "réalisme" d'un roman qui, pour ma part, me semble tout aussi crédible qu'un épisode de Plus belle la vie...

 

Mise à jour! L'une de mes gentilles lectrices m'a fait remarquer que l'auteur était canadienne. Bon, alors on pardonne les dollars et le bal de fin d'année. Mais on pardonne pas quand même le dénouement ridicule...

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Published by beux - dans Jeunesse
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