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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 09:54

L02.jpgIl faut croire en ses chances

François Szabowski

éditions Aux forges de Vulcain

2014

 

Retour à François Szabowski qui change complètement de registre et nous raconte une histoire assez curieuse, celle de Jean Martinez, professeur de lycée en province. Jean Martinez mène une vie idyllique pour certains : à bientôt cinquante ans, il habite un petit pavillon avec une épouse douce, professeur comme lui, discute théâtre et organise des repas avec ses collègues et joue au tennis avec quelques amis. De plus, il écrit des romans du terroir qui marchent plutôt bien. Tout roule pour lui jusqu'au jour où son éditeur le pousse à changer de registre et à écrire un récit pornographique... se déroulant dans un camp de concentration. Jean s'exécute et, durant ses recherches, se heurte à ses propres convictions, ses propres limites. Il commence à rêver d'une nouvelle vie, plus trépidante, plus aventureuse, fait la connaissance d'une femme plus jeune avec qui il démarre une liaison, réalise des prouesses au tennis... Bref, il se cherche mais tarde à se trouver, tirailllé entre deux aspirations contraires.

Etrange. Si Le journal d'un copiste était une curiosité, Il faut croire en ses chances réussit l'exploit d'être encore plus barré. Ici, il est très difficile de déterminer de quoi l'auteur se moque exactement. Des déjeuners en terrasse avec l'épouse à la robe de chambre sale qui l'appelle Pilou ou à l'inverse de la liaison glauque qu'entretient le héros avec une bibliothécaire de quinze ans plus jeune que lui ? Des dîners pompeux avec des profs pédants ou des matchs de tennis avec des copains qui picolent plus qu'autre chose ? De la vie de province ou des auteurs bobos parisiens ? La réponse est simple : François Szabowski se moque de tout ça et son ironie fait d'autant plus mal que le second degré est beaucoup plus subtil que dans ses précédents ouvrages, ne se manifestant que dans les choix des intitulés des chapitres (après lecture, faites le test de lire tous ces intitulés d'affilée) ou par des descriptions impitoyables : la première scène d'amour entre Jean Martinez et la bibliothécaire, maladroite et plutôt ridicule, un match de tennis décisif vu essentiellement à travers les yeux d'un gamin qui s'ennuie comme un rat mort, le héros qui dit à son épouse qu'il est prêt... pour reprendre un chien, parodie d'un jeune couple envisageant d'avoir un enfant. Au milieu de tout ça, ceci dit, quelques scènes très touchantes interviennent : complicité entre le mari et la femme, les larmes silencieuses de la maîtresse délaissée dans une voiture... Ces quelques petites scènes contribuent à rendre attachant les personnages mais ne rend que plus cruel l'ironie du propos. Si les protagonistes n'avaient été que des ombres grotesques, Il faut croire en ses chances n'aurait été qu'une bonne comédie. Là, il s'agit d'une satire assez sombre qui nous montre que, bien que nous nous plaisions à imaginer le contraire, la vie est une farce dans laquelle nous serons toujours ridicules quoi que nous décidions.

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Published by beux - dans Roman
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