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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 10:00

L01.jpgBig-Easy

Ruta Sepetys

éditions Gallimard Jeunesse

2013

 

Nouvelle-Orléans, 31 décembre 1949. Josie Moraine, dix-sept ans, travaille dans la librairie d'un ami tout en faisant le ménage dans la maison close du Quartier Français où travaille sa mère. Fille d'une prostituée, fréquentant des prostituées, tout le monde s'attend à ce que la jeune fille en devienne une à son tour. Mais Josie a un rêve : celui de quitter la Nouvelle-Orléans, une ville où elle est stigmatisée et reconnue, pour entrer à l'université de Smith, un prestigieux établisssement situé dans le Massachusetts. Difficile quand on n'a ni recommandations ni argent... A la veille du Nouvel-An, un homme entre dans la boutique pour acheter des livres : il est beau, gentil, cultivé et ressemble au père que Josie rêverait d'avoir. Mais le rêve tourne au cauchemar lorsque Josie apprend le lendemain que l'homme a été assassiné.

Nous avions déjà parlé de Ruta Sepetys avec le très beau livre Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre qui racontait l'histoire d'une jeune lituannienne déportée en Sibérie avec toute sa famille par le régime soviétique durant la seconde guerre mondiale. Changement de décor avec ce livre flamboyant qui nous plonge au coeur d'une Nouvelle-Orléans tout en ombres et en lumières, une ville grouillante de vie et de mort qui mêle indifféremment bordels et librairies, bourgeois et gueux, blancs et noirs. Le décor est magnifiquement planté par un auteur qui rend à la perfection cette ambiance d'après-guerre tout en musique et en violence contenue. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Big Easy n'est pas un roman manichéen : si la mère de l'héroïne est effectivement affreuse, Ruta Sepetys présente la tenancière de la maison close, Willie, comme une femme acariâtre mais généreuse. A l'inverse les gens bien comme il faut ne sont pas non plus épargnés et Josie elle-même est une figure trouble : rêvant d'une autre vie, elle est prête à tout pour ça, y compris à mentir. Elle hésite, elle tâtonne et se montre parfois méprisante vis-à-vis de ce monde qu'elle rêve de quitter. De ce fait c'est un personnage attachant car justement elle n'est pas parfaite, pleine de doutes et de terreurs. L'avantage du récit, c'est qu'il ne tombe pas non plus dans la facilité, le "tout s'arrange finalement pour tout le monde" et le happy end révoltant. Big-Easy est une narration en demi-teinte ;  les bons ne sont pas toujours récompensés ou leurs histoires restent en suspens. Il y a beaucoup de non-dits. Le roman est aussi un peu un roman d'apprentissage : pour grandir Josie va devoir faire le deuil de certains rêves ; admettre que sa mère ne l'aimera jamais, admettre que son père n'était peut-être pas un homme bien également, admettre que certaines histoires d'amour finissent mal et qu'il faut beaucoup essuyer beaucoup d'échecs et de désillusions avant d'avancer... Que dire de plus ? Big Easy est un très joli livre, très émouvant et qui fait de Ruta Sepetys l'un de mes auteurs jeunesse préférés du moment.

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Published by beux - dans Jeunesse
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