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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 10:52

L01.jpgDu domaine des murmures

Carole Martinez

éditions Gallimard

(2011)

 

Nous sommes en 1187. La jeune et jolie Esclarmonde, unique fille du seigneur des Murmures, est promise à Lothaire, un jeune garçon violent, trousseur de jupons et amateurs de tournois. Mais  le jour de son mariage, c'est la stupeur: la jeune fille de quinze ans refuse de dire le "oui" fatidique et se tranche l'oreille pour mieux témoigner de sa résolution: Esclarmonde a en effet décidé de consacrer sa vie à Dieu et de vivre en recluse contre la volonté de son père. Ce dernier lui fait construire une chapelle et, selon les voeux de sa fille, édifie une cellule attenante dans laquelle Esclarmonde est emmurée vivante avec pour seule ouverture au monde une fenestrelle pourvue de barreaux. La fin de l'histoire? Et bien pas tout à fait; car la jeune fille a un secret qui, elle est loin de s'en douter, va faire d'elle une recluse d'un genre bien particulier et la faire entrer dans la légende...

Après Coeur Cousu, Carole Martinez s'attaque encore une fois à une histoire atypique et légèrement casse-gueule. Elle aurait pu écrire un récit complètement illuminé ou, au contraire, une violente diatribe contre le catholicisme. Au lieu de ça, l'auteur préfère traiter le sujet à sa manière, dans un style qui mêle légendes et religion, fantômes et croyances populaires, superstitions et réalités triviales, chansons d'amour et croisades. Il faut être particulièrement douée pour réunir tous ces éléments dans un seul roman sans tomber dans le grotesque et encore plus pour donner corps à un personnage comme Esclarmonde. La jeune fille aurait pu rester un être éthéré, mais Martinez lui donne une réelle profondeur et fait d'elle un protagoniste complexe, tiraillée entre son amour pour Dieu et son amour du monde extérieur... Du domaine des murmures est aussi l'histoire d'une femme devenue légende malgré elle et nous montre de ce fait comment les mythes naissent... C'est un roman touchant sans être larmoyant, poétique sans être pompeux, critique sans être virulent... On lit ça comme un conte de fées un peu cruel car la méchanceté des hommes est loin d'être occultée, que ce soit celle du père, de Lothaire, des paysans ou même d'Esclarmonde elle-même... Paradoxalement, aucun de ces personnages ne suscitent vraiment la haine, plutôt une immense pitié. A travers la quête spirituelle d'Esclarmonde, qui vire bientôt au surplace, l'auteur s'interroge sur la croyance en général et sans en nier les effets négatifs (les pélerins qui obéissent au doigt et à l'oeil à celle qu'ils prennent pour une sainte, les croisés engagés dans une guerre lointaine, les paysans tétanisés par les superstitions diverses et variées) semble adhérer à l'idée que, d'une façon générale, l'homme a besoin de croire en quelque chose, que ce soit en Dieu (Esclarmonde),en l'amour (Bérengère), en l'argent (le colporteur Martin) ou aux fantômes... Pas de jugements dans cette oeuvre douce et triste qui sortira en août et qui fera sans doute partie des titres dont on parlera lors de la rentrée littéraire.

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Anis 26/02/2012 20:19

Il y a une dimension qui m'a beaucoup plu, une certaine vision de l'histoire des femmes. Comment avoir une place, échapper au destin tout tracé des femmes de ce siècle ? il n'y a que la religion.
C'est une réflexion profonde sur la place des femmes dans la société et aussi un avertissement. "Aujourd'hui, on n'enferme plus les jeunes filles".