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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:29

L06.jpgJustine ou les malheurs de la vertu

Marquis de Sade

éditions Livre de Poche

1791

 

Bon ben désolée pour tous ceux qui liront cette note demain et qui du coup auront leur début d'année bien plombée, mais je me refuse à commencer l'année avec Sade. En revanche, terminer 2011 par lui me semble plutôt approprié. C'est parti!

Il s'agit ici de la seconde version du roman Justine: l'auteur y reviendra trois fois en tout, apportant à chaque fois des modifications plus ou moins importantes. Le roman met en scène une jeune ingénue, Justine, qui, de bonne naissance mais réduite à la misère à la mort de ses parents, se voit embarquée dans une série de mésaventures déplorables et tombe entre des mains de moins en moins recommandables. Justine est douce, vertueuse et aime son prochain: pour toute récompense elle se fait violer de toutes les façons possibles, subit tous les sévices sexuels imaginables, se fait trahir par des gens respectables, voit mourir sous ses yeux les gens qu'elle veut protéger, manque se faire assassiner elle-même à de nombreuses reprises et, comble de l'ironie, se fait poursuivre par la justice alors que ses bourreaux trouvent gloire et richesse. Le message de l'auteur est clair: dans ce monde, seul le vice est payant.

Plus intéressant à mon sens que Les 120 journées..., Justine n'échappe pas aux travers de Sade: son goût pour la répétition qui vire à la monomanie lors de certains passages (l'emprisonnement de Justine chez les moines par exemple qui est prétexte, encore une fois, à la description de l'organisation de toutes les journées et des orgies qui s'y succèdent) et les longs discours "moralistes" (même s'il s'agit ici d'une anti-morale) qu'il fait tenir à ses personnages et qui coupe l'action. Après, soyons honnête et saluons un style romanesque assez intéressant, naviguant entre le conte philosophique (Justine est un pendant plus trash de Candide, un personnage de conte immatériel qui subit tous les outrages possibles et se régénère presque miraculeusement, un être qui restera tout au long du récit curieusement éthéré) et le roman noir (je songe en particulier au moment où elle tombe sur un adepte de la saignée). Autant dans Les 120 jours... je n'avais vu que l'oeuvre d'un homme profondément dérangé, autant dans Justine j'ai pu apprécier l'oeuvre d'un écrivain, aussi perturbant soit-il, qui joue beaucoup sur la parodie du roman tel qu'il existait au 18ème siècle et qui semble pour la première fois conscient qu'il y a un public pour le lire.

Après est-ce que j'ai aimé? Bien sûr que non! Tout d'abord, je ne peux adhérer à la "philosophie" de Sade qui prône le vice comme seul moyen de s'en sortir et qui se base sur la loi du plus fort ou sur la nécessité de briser le tabou pour justifier inceste, meurtre, pédophilie, nécrophilie. Pour l'auteur, la vertu n'est qu'affaire de convenances et de mentalités. Mouais, même si la loi du plus fort fait des adeptes parmi les participants de la télé-réalité et les étudiants en école de commerce, je préfère encore garder ma fichue conscience et rester humaine. De plus, je ne peux bien évidemment adhérer aux propos anti-féministes du narrateur qui à plusieurs reprises comparent fort aimablement la femme à un objet soumis au plaisir de l'homme et qui de ce fait peut tout endurer. Dois-je me justifier pour ça? J'ai plutôt en horreur le féminisme moderne mais en lisant Sade j'ai éprouvé une grande compassion pour toutes ces femmes du XVIIIème réduite à de simples fantaisies pour libertins vieillissants. Enfin, d'un simple point de vue littéraire.... quelle cruche cette Justine! Jamais personnage aussi malheureux ne m'a laissée aussi froide. Comment peut-on être aussi gourde, tomber toujours dans le même panneau, aller secourir le premier inconnu qui passe alors qu'après s'être fait violer une première fois, on devient un peu plus méfiante non? Mais non notre héroïne pleure beaucoup, ne se défend jamais, n'argumente guère.... Facile pour Sade de prôner le vice quand en face il ne met qu'une vertu niaise, passive, incapable d'agir. Justine ne connaît-elle pas la maxime "Aide-toi le ciel t'aidera"? Un être bon doit-il être forcément bête? Inutile de vous dire que je ne suis pas d'accord.

Voilà donc toutes mes réflexions sur Justine et sur Sade puisque j'ai pour le coup bien l'intention de ne pas revenir sur un auteur trop résolu à voir le pire dans la nature humaine. C'est une idée très à la mode mais qui ne me satisfait pas. Et, en attendant de revenir vers vous avec des notes plus optimistes je l'espère, je vous souhaite un très joyeux réveillon ou une soirée tranquille (ce que vous préférez) et vous dis à l'année prochaine!

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Aurélie 30/01/2012 11:11

Je me souviens la première fois qu'un ami m'avait résumé ce roman : "c'est Justine, l'est super nunuche, elle s'fait violer par un tel et laisser pour morte, ensuite elle va voir un moine pour
qu'on l'aide, elle s'fait violer et laisser pour morte, etc etc" Bizarrement, ça m'avait pas donné envie de le lire.
Je me doute que sur 300 ou 400 pages, ce doit être éreintant, mais il doit falloir aussi beaucoup de second degré pour avaler cette immoralité poussée à l'extrême. Quant à Justine, n'était-elle pas
l'exemple même de la jeune pucelle élevée dans un couvent, destinée à un beau mariage (je pense à Cécile de Volanges dans les Liaisons Dangereuses)? Peut-être critique-t-il un peu l'éducation? Ou
montre à quel point elle ne prépare en rien à la vie. On devrait faire un roman "Justine, la blasée de la vie" et voir si elle s'en sort aussi bien que Bruce Willis dans Piège de Cristal (en mode
"j'vais tout péteeeeer!")

beux 09/02/2012 20:43



Bah Justine m'a moins choquée que "les 100 jours de..."  du même auteur. ça reste assez soft et avec plus de recherche littéraire. En revanche, je ne pense pas que Sade fasse une critique de
l'éducation. Pour Sade, la femme est tout simplement un instrument destiné au bon plaisir de l'homme c'est aussi simple que ça.