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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 11:41

L02.jpgElle s’appelait Sarah

Tatiana de Rosnay

Editions Livre de Poche

 

Je n’aime pas trop lire des romans sur la seconde guerre mondiale et la déportation. Emotionnellement, je trouve ça rude et généralement, ça tombe le plus souvent dans le larmoyant le plus primaire. Pour une fois, j’ai fait une exception, intriguée par le film qui est en ce moment dans les salles : Elle s’appelait Sarah. Je ne sais pas si j’aurais le courage de me traîner au cinéma mais l’histoire m’intriguait trop pour que je ne lance pas dans le livre de Tatiana de Rosnay qui a donné lieu à l’adaptation cinématographique.

16 juillet 1942 : des policiers français organisent une immense rafle de juifs. Parmi eux, Sarah, dix ans. Cette dernière, avant de quitter l’appartement, enferme son petit frère de quatre ans dans un placard secret en lui promettant de venir le rechercher. La clé dans la poche, la voilà embarquée par la Gestapo avec ses parents, ignorant tout du sort qu’on va lui réserver… En 2002, Julia Darmond, journaliste américaine marié à un français, est chargée de faire des recherches sur la rafle du Vél’d’Hiv à l’occasion de la commémoration de cette dernière, soixante ans auparavant. A priori, rien ne lie Sarah à cette femme d’une quarantaine d’années, mère d’une petite fille et souffrant de problèmes conjugaux relativement graves. Pourtant, de façon inattendue, le destin de ces deux personnes se retrouve lié et Julia, soixante ans plus tard, se lance sur les traces de cette enfant disparue de chez elle par une nuit de juillet...

Ce roman m’a laissée un curieux sentiment. J’ai été à la fois touchée et agacée. L’écriture est simple et Tatiana de Rosnay a un style qui n’a rien d’exceptionnel. Je vais peut-être me faire lyncher mais pour moi c’est un auteur à rapprocher de Barbery ou Gavalda (oh ça va, tout le monde ne peut pas être fan de Barbery et Gavalda) en gros un auteur qui dit entre ses lignes : « je suis un auteur sérieux moi madame mais si je peux jouer sur votre corde sensible, et bien je ne vais pas me gêner ».  Et c’est vrai qu’à plusieurs reprises le récit tombe dans le larmoyant. Curieusement, ce n’est pas lorsque de Rosnay s’attaque à la partie de la déportation et à l’histoire de Sarah, d’une étonnante sobriété, mais plutôt lorsqu’elle narre le récit de Julia, un personnage qui pleure beaucoup, seule ou avec les siens, qu’elle tombe dans un sentimentalisme outré. J’ai été aussi particulièrement agacée par les bons vieux clichés sur les français et notamment sur les parisiens qui fleurissent au gré de la narration. Ceci dit, le roman a des qualités qu’il ne faudrait pas nier : une construction efficace qui alterne l’histoire des deux personnages sans jamais léser l’une au profit de l’autre et une façon de parler de la déportation qui n’a pour le coup rien de mièvre. Avec une certaine subtilité, l’auteur rappelle à quel point malgré les commémorations diverses et variées, nous ignorons tout de cette période sombre de l’histoire qu’est l’Occupation. Ainsi personnellement, j’ignorais que la rafle du Vél’d’Hiv’ avait eu lieu à Paris même de même que j’ignorais à quel point la police française avait joué un rôle actif dans tout ça. Tatiana de Rosnay tout au long de l’histoire s’interroge : vaut-il mieux oublier ? Y a-t-il certains événements qui sont trop horribles et qui doivent être enterrés au fin fond de notre mémoire pour éviter de souffrir et de faire souffrir les autres? Dans Elle s’appelait Sarah nous avons des personnages qui pour une raison ou une autre choisissent de taire trahisons ou événements douloureux et de faire comme si de rien n’était ; Julia en revanche choisira de briser le silence et préférera révéler la vérité, au risque de détruire sa vie et celles d’autres personnes. L’auteur prend ainsi un parti et démontre que tout est préférable au silence, semblable au silence de cette petite fille qui a enfermé un jour son petit frère dans le placard. C’est un peu triste quand même d’autant plus que certains secrets ne sont pas faciles à exhumer… Bon Ok, j’admets j’ai eu les yeux larmoyants en lisant Elle s’appelait Sarah mais je suis presque sûre que c’était dû à mon rhume. Presque.

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Lily 25/10/2010 22:19


eh bien de pearl buck j'avais aimé "vent d'est vent d'ouest" et j'ai décidé de tester "la terre chinoise" le résumé était mal fait il disait "c'est l'histoire d'une paysanne chinoise au moment de
la révolution chinoise" en fait c'est plutôt l'histoire de son mari: le roman débute quand Wang Lun paysan (très) pauvre va chercher une esclave dans une riche maison de la ville pour en faire sa
femme (c'est génial la façon dont c'est raconté, il se paie le luxe de se laver, son père le gronde de ce gâchis d'eau, il regarde le soleil qui se lève et part chercher une femme "laide mais
travailleuse" pour l'aider dans les champs, sa joie de "posséder" une femme à lui), on vit le quotidien de la rude vie de ces deux chinois, leur labeur qui leur permet de gagner plus (travailler
plus pour gagner plus...ça marche donc!) puis survient la Révolution, c'est la famine, l'exode puis le retour sur les terres et toute cette vie passionnante (enfin pas trop pour la pauvre femme
mais c'est réaliste pour le coup) les enfants (et tout n'est pas rose), les coups durs, les bonheurs (très matérialistes et peu nombreux au final) et tout cela jusqu'à...eh bien il faut lire le
livre, je l'ai lu d'une traite, il n'y a aucun romantisme, c'est la vie, la vraie, on a l'impression que c'est un livre écrit par un homme et de surcroit par un chinois qui a vécu ça et non par une
femme américaine. Bref rien à voir avec vent d'est vent d'ouest, on a l'impression de lire un autre auteur! j'ai adoré! (et pourtant j'avais adoré l'autre aussi!)
Je ne suis pas douée pour les résumés (d'ailleurs c'est toujours trop long) je serai tentée de raconter des tas de détails qui m'ont touché, la façon dont la femme accouche seule puis retourne
travailler aux champs une heure après, la façon dont le mari ne voit pas la chance qu'il a de l'avoir à ses côtés, la façons dont il se conduit avec elle qui est vraiment immonde et pourtant
"normale" aux yeux de tous et même de sa femme elle-même, la façon dont ces pauvres gens vivaient et comme la révolution n'a changé la vie que pour certaines personnes...et voilà...me voilà
repartie dans des digressions...
j'aimerais beaucoup un jour voir quel résumé vous en feriez :-D


beux 31/10/2010 12:52



Moi en tous cas j'ai beaucoup aimé ton résumé!! Ton enthousiasme fait plaisir... Du coup, je vais essayer de trouver
ça...



elodie 25/10/2010 18:07


et le petit frère, il lui arrive quoi? (o_o')


beux 25/10/2010 18:44



Eeeeh! c'est exactement parce que je me posais la question que j'ai lu le livre. Tu crois vraiment que du coup je vais te dire ce qui lui arrive ??



Lily 24/10/2010 13:05


merci! j'hésitais à acheter le livre (j'ai le même sentiment en ce qui concerne la seconde guerre mondiale, j'en ai tellement entendu parler à l'école et dans les films que je sature un peu sur un
sujet qui me met à chaque fois dans des états pas possibles), merci également pour "le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"!
Avez-vous déjà lu "La terre chinoise" de Pearl Buck?
Bonne continuation et excellentes lectures (le temps s'y prête)
Lily


beux 25/10/2010 18:46



Je suis contente si "Le cercle littéraire des épluchures de patates" vous a plu! Ceci dit, "Elle s'appelait Sarah" est un peu plus lacrymal... Non je n'ai jamais lu "La terre chinoise". Quel est
le sujet?