Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 12:00

L02.jpgBridget Jones, Folle de lui

Helen Fielding

éditions Albin Michel

2014

 

On a souvent une conception erronée de Bridget Jones, n'y voyant qu'une légère comédie romantique à l'image de son adaptation cinématographique. C'est un peu injuste : Fielding a en effet créé un genre et mis en scène une héroïne moderne en réinterprétant (très librement) le célèbre Orgueuil et préjugés. Tout comme Elizabeth, Bridget est une célibataire en quête de l'âme soeur; tout comme l'héroïne de Austen, elle a une mère envahissante qui lui fait honte. Enfin, tout comme elle, elle est face à deux prétendants : le séduisant mais dévergondé Daniel Cleaver et le froid, guindé mais respectable Mark Darcy. Le problème c'est que Bridget, malgré ses nombreux visionnages de l'adaptation BBC de Orgueil et préjugés et sa multitudes de bouquins de développement personnel est loin d'être l'héroïne qu'elle voudrait être : maladroite, immature, légèrement enrobée, frivole, elle boit et fume trop et prend toutes les mauvaises décisions concernant sa vie professionnelle et sentimentale. Mais, comme chez Jane Austen, la fin est heureuse : Bridget trouve l'amour avec le prétendant respectable. L'originalité du livre tient aussi dans la forme narrative, celle du journal intime qui confère au récit un ton de confidence propre à charmer la lectrice potentielle. Quand Bridget Jones est sorti de ce fait, le succès a été très vite au rendez-vous. Une suite est parue quelques temps après : Bridget Jones, l'âge de raison. L'effet de surprise était passée, ça sentait un peu le réchauffé mais on avait plaisir à retrouver notre trentenaire dans les affres d'une relation longue durée. Et puis, plus rien... Bridget Jones a disparu des librairies pendant près de quinze ans avant de revenir cette année pour une troisième (et dernière?) aventure : Bridget Jones folle de lui. Cette fois, plus de trentenaire célibattante : Bridget a plus de cinquante ans, deux enfants en bas âge, et se retrouve veuve à la suite du décès prématuré de Mark Darcy. Quatre ans après ce tragique événement, notre héroïne essaie de faire face et de se reconstruire. Mais, entre les réunions parents/profs, les sites de rencontres plus ou moins douteux et le monde magique de Twitter, cela reste malgré tout compliqué de trouver l'amour et de ne pas se sentir larguée.

La bonne idée de l'auteur, même si j'ai encore du mal à le digérer, c'est d'avoir tué Mark Darcy. Les gens heureux n'ont pas d'histoire comme a dit je ne sais plus qui : laisser le héros en vie était difficile pour un nouveau tome et cela permet de donner à Bridget une profondeur qu'elle n'avait pas dans les deux premiers volumes, celle d'une femme qui a vécu des épreuves difficiles et y a plus ou moins fait face. De plus, on a plaisir à retrouver notre héroïne préférée face au monde d'aujourd'hui, toujours incapable de se servir d'une télécommande, s'indignant parce qu'elle n' a pas de followers sur Twitter, tentant tant bien que mal de trouver l'amour sur Cupid.com ou Parentsolo.com et sortant avec un jeunot qui pourrait être son fils. Le fait d'en faire une mère permet également d'ajouter une nouvelle dimension au personnage en la mettant aux prises avec un quotidien bien peu glamour. Ceci dit, il faut se résigner : Bridget Jones folle de lui garde le même style, le même ton que les deux premiers ouvrages et l'effet de surprise est passé depuis longtemps. Pour le coup, le livre est une comédie romantique un peu pâlichonne, assez conventionnelle, avec une morale plutôt facile (Bridget ne peut espérer trouver une vie de couple harmonieuse avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle) et une fin beaucoup trop sucre d'orge, même pour les amateurs. Ce n'est pas mauvais, c'est souvent drôle et parfois émouvant mais, loin d'avoir le mordant et l'originalité du premier volet, ce livre n'en est plus qu'un lointain écho qui, pour le coup, ne laissera pas de souvenirs indélébiles.

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article

commentaires