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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 18:47

Louis XIII
Pierre Chevallier
éditions Fayard

Si vous vous souvenez bien, nous avons parlé il y a quelques temps sur ce blog de la reine Margot, fille, soeur et épouse de rois. Si vous permettez, repartons donc  quelques années en arrière pour nous intéresser à un autre personnage de l'histoire française: Louis XIII.

Louis XIII, soyons franche, n'a pas l'impact de son père Henri IV (assassiné par Ravaillac) ni de son fils Louis XIV (le roi Soleil aux multiples femmes). En bref, ce malheureux roi aussi gai qu'une porte de prison n'a laissé une empreinte dans l'histoire que grâce à son bras droit, Richelieu, qui fut la véritable tête pensante du pouvoir.

Tant d'injustice n'était pas du goût du biographe Pierre Chevallier qui s'emploie dans une biographie datée de 1979 à rendre justice à ce personnage énigmatique qu'était Louis XIII. Pour cela, il remonte très loin et ne nous épargne aucun détail: tout, vous saurez tout sur la conception et la naissance de Louis XIII, ses premières selles, ses distractions, ses maladies, son mariage, la consommation tardive de ce mariage, ses penchants homosexuels, ses maîtresses platoniques, la conception de ses enfants... Pierre Chevallier s'intéresse également à celui qui fut indissociable du roi tout au long de sa vie, le cardinal Richelieu, et en dresse un portrait presque aussi détaillé que celui de son maître. Enfin, l'auteur fait, année par année, le bilan complet et quasi exhaustif d'un règne marqué par les guerres, notamment avec l'Espagne, et les conspirations au sein même de la famille royale.
Inutile de dire que le travail de Chevallier n'a rien à voir avec celui de Decker quand il écrivait sur la reine Margot. La biographie de Decker était sommaire et se souciait plus des amants de la reine "libertine" que de la politique étrangère de la France à ce moment-là. Question de point de vue me direz vous. Chevallier lui ne s'embarrasse pas d'adopter un angle particulier mais, en toute simplicité, décide de tous les aborder. Il étudie donc avec le plus grand sérieux tous les mots d'enfants du roi, exhume toutes les archives de son médecin, toutes celles des diplomates étrangers, confronte lettres et témoignages afin de déterminer si oui ou non la reine a trahi son mari lors de la guerre contre l'Espagne et comment s'est déroulé "Le Jour des Dupes", ce fameux jour où Richelieu et Louis XIII ont exclu définitivement la reine mère Marie de Médicis du pouvoir. Si c'est plutôt drôle de voir le très sérieux Chevallier s'appesantir sur la question de l'homosexualité de Louis XIII et s'interroger sur la crédibilté ou non du récit de Tallemant, contemporain de l'époque, qui prétend que le favori du roi s'enduisait d'huile de jasmin avant de se mettre au lit avec son suzerain, c'est en revanche beaucoup plus ennuyeux lorsque le même souci du détail se retrouve dans la description des guerres (et Dieu sait qu'il y en a eu) ou des sièges, et un peu vomitif lorsque le biographe nous conte point par point comment l'un des ennemis du roi fut décapité en quatre cinq fois ou comment le roi lui-même mourut en crachant des vers, le ventre gonflé par la pourriture. Charmant non? Le point de vue reste neutre quoi qu'il arrive et à part deux ou trois phrases incongrues au milieu du livre sur les femmes qui parlent trop ou sur les présidents qui malheureusement ne naissent plus au milieu de la foule comme les rois de jadis (????) Pierre Chevallier remplit fidèlement son rôle de biographe en s'interdisant tout subjectivité et en dressant le portrait de Louis XIII de la façon la plus complète possible. Plus de 600 pages, pas moins, pour rendre vie à un homme austère, d'une dévotion qui confinait à la bigoterie, très attaché à son statut de roi mais qui a su pour le bien de son royaume s'effacer derrière son ministre Richelieu, plus apte à gouverner que lui-même; un homme souffreteux, solitaire, parfois capricieux comme un enfant, mais qui n'a jamais laissé ses passions personnelles influer sur ses fonctions: "Cornélien jusqu'à la mort, Louis XIII a tout subordonné, mère, épouse, frère et favoris personnels, à l'accomplissement de son devoir envers l'Etat et la grandeur du royaume." Bref, assez complexe notre Louis XIII. Quelque part, il peut fasciner, voire même susciter l'admiration: reste que je n'aimerais pas le rencontrer au coin d'un bois un soir sombre. Tout comme son biographe d'ailleurs...

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Published by beux - dans Histoire
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commentaires

Florian 07/11/2009 16:52


C'est marrant comme Louis XIII n'a pas suscité autant de passion de la part des gens d'hier comme aujourd'hui que Henri IV ou Louis XIV. D'ailleurs Alexandre Dumas ne l'aimait pas du tout, il le
trouvait même trop emmerdant pour ses romans chevaleresques (Louis n'aimait pas trop les femmes, préfèrait la chasse etc...). Ce qui m'étonne un peu, c'est votre dernière remarque, vous n'auriez
pas aimé le rencontrer après avoir lu la biographie, je me demande bien pourquoi.


beux 07/11/2009 17:00


Va savoir... Louis XIII était plutôt froid et quelque peu psycho-rigide; malgré les protestations de tout son peuple il a fait mettre à mort plusieurs de ses ennemis sans le moindre état d'âme. Il
a laissé Richelieu exécuter son favori sans même intercéder en sa faveur. C'était un homme austère et qui, d'après son biographe avait des tendances au voyeurisme. Ajoutons à cela sa passion pour
la chasse comme vous le soulignez ainsi qu'un tempérament impitoyable et un orgueil démesuré et vous comprendrez que s'il peut m'intriguer en tant que personnage historique, je le trouve
relativement inquiétant en tant qu'être humain...

Ceci dit, il faut savoir qu'à sa mort, le peuple français était en deuil, contrairement à l'annonce de la mort de Louis XIV ou Louis XV. Je suppose donc qu'en tant que dirigeant il avait un certain
mérite...