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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 11:08

L01.jpgLe Rouge et le Noir

Stendhal

éditions Flammarion

1830

 

Julien est un jeune homme rêveur, passionné de latin et de Napoléon et guère apte à la vie que lui réserve son père, charpentier et exaspéré par ce fainéant de fils. Fort heureusement pour lui, il est engagé comme précepteur par le pontifiant monsieur de Rénal dont il séduit la femme. Ses manières et son succès auprès de la gent féminine lui valent bientôt une ascension sociale rapide et Julien voit enfin l'opportunité de monter à Paris...

Il y a des auteurs qu'on se plaît à imaginer. Personnellement j'ai toujours imaginé Balzac comme un gros monsieur dodu et jovial, Zola comme un vieil homme au regard acéré mais un peu pontifiant, et Stendhal... et ben pour moi Stendhal ça a toujours été une sorte de jeune chien fou comme son héros Fabrice dans la Chartreuse de Parme. Là où Balzac crée des jeunes hommes ambitieux qui réussissent, Stendhal se plaît à créer des personnages stoppés au sommet de leur gloire, que ce soit volontaire ou non. Julien Sorel est un être complexe, dévoré à la fois par l'ambition et le mépris de l'ambition : il voudrait faire partie des puissants tout en niant les classes sociales; il voudrait avoir fait ses preuves sous Napoléon mais se fait bien voir des royalistes au pouvoir. Au-dessus des Parisiens dont il méprise les manières, il voudrait cependant  leur ressembler. Vous l'avez compris : contrairement à ce qu'on pourrait croire, Le Rouge et le Noir est moins un roman politique (la politique à mon sens joue plus le rôle de toile de fond) qu'un roman psychologique. C'est le roman de la schizophrénie : je veux mais je ne veux pas, je t'aime mais je ne t'aime pas. Julien voudrait être dans le clergé mais rêve de gloire militaire; il aime madame de Rénal mais paradoxalement lui en veut d'être au-dessus de lui. Il aime Mathilde dès le moment où celle-ci le méprise et ne l'aime plus dès qu'elle lui avoue son amour tout comme Mathilde se met à l'adorer dès lors qu'elle le croit épris d'une autre. Seule madame de Rénal pourrait paraître constante dans toute cette histoire, si son amour pour Julien n'entrait pas sans cesse en contradiction avec ses convictions religieuses et morales, convictions cependant qu'elle finit par laisser de côté pour n'apparaître plus que comme un personnage entièrement livré à la passion. Si Stendhal se montre très critique vis-à-vis de ses trois protagonistes (Julien nous paraît assez insupportable, surtout au début), il apparaît bien vite cependant que Mathilde, madame de Rénal et Julien sont les seuls vrais héros méritants de l'histoire : pétris d'orgueil, d'amour ou d'ambition, ils se démarquent de contemporains ternes et plats dont les intérêts se limitent à des besoins immédiats, des intrigues politiques mesquines et des ambitions sans envergure. Mathilde a beau être orgueilleuse, caractérielle et inconstante, elle se refuse à jouer le rôle de la jeune fille qu'on marie par intérêt de même que madame de Rénal casse son carcan de sage mère de famille ou que Julien se refuse à accepter les offres d'emploi d'un ami qui le rendraient pourtant riche et prospère. Ce sont des héros romanesques dans un monde qui n'est pas un roman, conté par un narrateur qui lui-même n'est pas dupe. Le Rouge et le Noir pour résumer c'est l'histoire d'un monde au lendemain de la révolution française et qui a perdu tout repère, un livre où des personnages s'agitent pour faire de leur vie un conte de fées en oubliant que cela est impossible.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Un Ange Passe... 14/01/2015 20:48

Cela faisait longtemps que je n'avais pas laissé de commentaires (lectrice silencieuse), mais ce billet me fait sortir de mon mutisme car cela me rappelle le souvenir douloureux de l'oral du bac
Français...et en même temps d'une bonne expérience littéraire !

beux 15/01/2015 11:50



Ah moi au bac de français j'avais plutôt étudié La chartreuse de Parme... dont je garde un très bon souvenir également!



Jacques C 02/12/2014 22:43

Bonsoir,

N'hésitez pas à effacer mon commentaire après prise en compte, il n'est pas fait pour être public ;-).

J'ai l'impression que vous avez mis ce "billet" en ligne un peu vite, et je me permets de signaler quelques coquilles ou étrangetés :

- "Fort heureusement pour lui, il est engagé comme percepteur par le pontifiant monsieur de Rénal (...)" ? Plutôt comme PRÉCEPTEUR, Julien n'entre pas au centre local des impôts ;-).

- "Ses manières et son succès auprès de la gente féminine" ? Mme de Rénal est sans doute une gente dame, mais l'ensemble des femmes forme plutôt la GENT féminine.

- "Au-dessus des parisiens dont ils méprisent les manières" ? Amusant accord de proximité (IL MÉPRISE, puisque c'est Julien), et petit oubli de la majuscule au gentilé "Parisiens".

- "(...) si son amour pour Julien n'entrait pas sans cesse avec ses convictions (...)" ? N'entrait pas sans cesse EN CONTRADICTION, je suppose (il manque un bout de la phrase).

Ce sont des broutilles, mais il ne me semble pas superflu de vous les signaler. Mais ça reste un message technique, à supprimer sans scrupule ensuite !

Cordialement,

beux 03/12/2014 19:40



Merci de m'avoir signalée tout ça! Effectivement, flemme de me relire et voilà le résultat. Je laisse votre commentaire pour la peine! Très bonne soirée