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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:15

L04.jpgFrankenstein

Mary Shelley

éditions Flammarion

1818 (seconde édition en 1831)

 

L'histoire commence lors d'une soirée en Suisse. Dans la résidence de lord Byron, quatre invités se sont réfugiés pour échapper à la pluie. Il y a le docteur Polidori, le poète Shelley, sa maîtresse Mary Godwin une jeune femme d'à peine dix-huit ans et la demi-soeur de cette dernière Claire Clairmont qui est la maîtresse de Byron et qui deviendra plus tard celle de Shelley. Comme il n'y a pas grand-chose à faire à part s'entretenir au coin du feu, ça bavasse sec et la conversation s'oriente sur les histoires de fantômes. Tous s'échauffent et l'idée d'un jeu est lancée : pourquoi ne pas écrire chacun une histoire du style ? Nos convives s'enthousiasment. Au matin ceci dit, comme toute idée lancée au cours d'une beuverie, presque tout le monde a plus ou moins oublié d'autant plus que le beau temps est revenu. Tout le monde sauf Mary Godwin qui, un an plus tard, met la touche finale à son roman. Son titre ? Frankenstein.

Victor Frankenstein est un jeune homme enthousiaste et passionné, entouré d'une famille aimante, d'un ami fidèle et promis à la jolie et douce Elizabeth, une enfant trouvée que ses parents ont élevé et qu'il aime à la folie. Mais Victor est aussi un être curieux qui rêve de percer les mystères de la vie. Il découvre le moyen d'animer un être de chair morte et récupère alors des morceaux de cadavres pour créer la vie. Mais l'être qu'il crée est monstrueux d'aspect et suscite en lui horreur et répulsion. Frankenstein rejette son oeuvre et essaie de l'oublier. Pas longtemps hélas car le monstre hideux est fui par tous. Chassé, haï par les hommes, son désir d'être aimé se transforme en désir de vengeance  : et le premier à en souffrir va être son créateur. Méthodiquement, le monstre décide de s'attaquer à tous ceux que Victor aime...

Vous avez tous entendu parler de Frankenstein  qui a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques et dont le mythe est devenu presque aussi célèbre que celui de Dracula. Difficile de croire que tout part d'un roman de jeunesse bourré d'incohérences (le monstre apprend à parler, lire et philosopher en moins de deux ans, Frankenstein peut créer la vie mais est incapable de ressusciter les êtres qui lui sont proches) et qui n'est pas sans longueurs, l'action étant souvent coupée par les lamentations des divers personnages. Ceux qui lisent aujourd'hui l'oeuvre de Mary Shelley en s'attendant à un roman d'épouvante en sont pour leurs frais : Frankenstein ne fait ni sursauter ni courir se réfugier sous ses draps et les scènes effrayantes sont minimes. Il y a la scène de la création du monstre, les scènes où la créature épie son maître à travers la fenêtre, un rictus hideux sur les lèvres, mais à part  ça... Le récit est avant tout d'inspiration romantique et la narration s'étend sur les merveilles de la nature, les montagnes de Suisse, les majesteuses glaces du Nord, la profondeur du Rhin, l'immensité d'une création qui fait écho à la douleur sans fond des différents personnages. Le paysage est exalté et les personnages expriment leurs souffrances dans des plaintes qui n'en finissent pas. Pleurs d'Elizabeth, regrets de Victor, isolement du monstre... Frankenstein n'est pas un récit d'horreur, c'est un récit de la solitude : difficile de définir qui est le plus à plaindre, du créateur qui voit les êtres aimés lui être arrachés un par un  ou du monstre qui se voit rejeté, privé d'amour à cause de son aspect. Le livre ne fait pas frémir mais il est angoissant. Ecrit par un auteur qui a côtoyé la mort de façon étroite toute sa vie (mort en couches de sa mère, trois enfants morts en bas-âge, suicide d'une demi-soeur et de la première femme de son mari, noyade enfin de Shelley lors d'un naufrage) Frankenstein nous renvoie à une peur profonde et contre laquelle on ne peut pas grand-chose : perdre un à un les êtres qu'on aime pour finir seul.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

camille 29/10/2013 14:03

rien à voir mais je voulais juste dire que je découvre ton blog aujourd'hui et je trouve ça super, moi qui suis toujours en rade de conseils de lecture (ou de non lecture!) je vais devenir une
régulière!

beux 30/10/2013 10:40



Merci beaucoup! J'espère que tu trouveras de quoi t'alimenter là-dedans !



Tietie007 29/10/2013 07:11

J'aime bien le vieux Frankenstein de James Whale !

beux 30/10/2013 10:42



L'auteur de la préface en parle beaucoup... ça semble lui plaire aussi.... J'ai honte de le dire mais moi pour le coup je ne connais que la dernière version cinématographique de Frankenstein,
celle de Kenneth Brannagh et elle ne m'a pas laissée de souvenirs impérissables...



Laurène 28/10/2013 23:06

Merci pour la critique car je ne connaissais pas trop le livre à l'origine du "mythe", ceci dit vu ta description je ne suis pas sûre de le lire car c'est le genre à me donner le cafard. Mais c'est
intéressant de savoir d'où cela vient.
J'avais une question d'ailleurs, comment choisis-tu le prochain livre que tu liras? Ca m'intrigue car tu lis à la suite des styles et époques très différentes :)

beux 30/10/2013 10:49



Alors.. pour répondre à ta question, j'ai trois types de lecture : il y a ma liste des "1001 livres" que j'essaie de suivre régulièrement (les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa
vie, éditions Flammarion), il y a les livres que j'emprunte à la librairie, généralement des nouveautés : pour le coup j'essaie justement de varier un peu les genres, c'est plus facile quand
on me demande un conseil.. Et, enfin, il y a toute une pile en souffrance dans laquelle je pioche quand je ne suis ni dans des emprunts, ni dans des "1001..." : les livres achetés, les livres
prêtés par des amis, les services de presse, les livres offerts... Voilà. De façon générale, j'ai toujours une petite pile d'ouvrages à côté de mon livre et je me sens mal dès que je n'ai pas
cinq ou six volumes d'avance...