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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 10:24

L02.jpgQuand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

éditions Grasset

 

 

Pour moi, l'amour se résume à deux chansons: la chanson de Brassens Gastibelza l'homme à la carabine, elle-même tirée d'un poème de Victor Hugo, et celle Thomas Fersen: Pégase, chanson dans laquelle le héros (Pégase) en dépit du bon sens, des conseils de sa mère et de la nuit étoilée, court se jeter sur l'ampoule brillante si attirante, semblable au papillon de nuit qui se grille sur un néon. Bien loin des visions idylliques de couples se promenant pieds nus sur une plage avec un chien et un enfant au milieu, cette vision de l'amour me semble exemplaire: une chose brillante qui généralement vous rend fou et ridicule (avouez que vous méprisez ces pauvres insectes morts au matin devant votre porte ou ces crapauds qui traversent la route au printemps et que vous écrasez sans scrupules...) mais que paradoxalement je trouve plus touchante que cet amour "raisonnable", sélectionné avec le bon sens près de chez vous, choisi et dûment approuvé qui fera que vous aurez une vie magnifiquement ennuyeuse. Mais revenons à notre lecture du jour.

Emma Rothner n'aime pas le vent du Nord qui souffle par sa fenêtre. ça l'empêche de dormir. C'est ce qu'elle explique à Léo Leike, son correspondant à qui un jour elle a envoyé un mail par erreur. Le ton lui a plu, un dialogue s'est engagé entre ces deux personnes qui ne se sont jamais vus. Rien de bien méchant n'est-ce pas? Elle, elle est mariée et "heureuse en ménage" comme elle ne cesse de le scander avec une énergie qui tient parfois du désespoir. Lui se remet d'un chagrin d'amour. Leur échange au début tient plus du jeu, jusqu'à ce que le ton devienne de plus en plus complice. Quand souffle le vent du nord la nuit, ils débouchent ensemble et séparés une bouteille de vin et boivent à la santé l'un de l'autre. Peu à peu le ton dérape. Lui se contrôle moins, l'appelle "son Emmi", lui demande de lui parler de sa famille. Elle, elle s'oblige à préserver ce cocon familial (factice?) mais lui demande un compte-rendu de ses aventures amoureuses, le harcèle de mails, lui signifie clairement son attirance... Incapables l'un comme l'autre de cesser cette correspondance empoisonnée, il faudrait probablement qu'ils se rencontrent, mais cette rencontre est sans cesse différée: cela signifierait en effet la fin d'une relation... et le début d'une autre?

Quand souffle le vent du nord nous a été conseillés par deux collègues lors d'une réunion librairie, de celle où l'on s'installe pour parler des livres qu'on a aimés. Elles en ont si bien parlé qu'elles m'ont donnée envie à mon tour de le lire (preuve que ce sont de bonnes libraires) L'une d'elle cependant m'avait prévenue: "Tu n'aimeras pas: c'est trop sentimental pour toi". J'avoue que, effectivement, j'ai trouvé parfois que ça versait un peu dans le rose bonbon. Néanmoins, ça n'a rien à voir avec du Pancol, du Musso ou du Levy, ni même du Gavalda. L'histoire d'amour entre les deux protagonistes est à tout prendre assez dure: un jeu du chat et de la souris dans lequel chacun s'engage sans en prendre conscience et qui les prend peu à peu au piège. Le principe du roman "épistolaire" est sympathique et la joute verbale entre Léo et Emmi extrêmement intéressante, dans le style "Je t'aime moi non plus", avec beaucoup de tendresse et quelques vacheries. Je regrette juste que le style ne soit pas plus développé, et ne permette pas toujours de faire la distinction entre les mails de Emmi et ceux de Léo. Je regrette aussi quelques longueurs du roman, surtout vers la fin, quand le jeu devient lassant et que l'intrigue commence à s'enliser. Mais, dans l'ensemble je garderai un bon souvenir d'un livre qui pourra en aider plus d'un à trouver le sommeil en écoutant le vent souffler... en espérant qu'il ne le rende pas fou à son tour.

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

dasola 29/06/2010 17:49


Bonjour beux, je suis globalement d'accord avec ton billet. J'ai passé un joli moment de lecture mais je me rends que l'on oublie vite ce roman une fois refermé. Cela n'empêche pas que j'attends la
suite prévue. Bonne fin d'après-midi.


beux 30/06/2010 10:57



Oui! Je me rends compte aussi que le livre m'est un peu sorti de la tête. En revanche pour les vacances c'est un agréable moment de lecture et j'avoue que je l'offre assez volontiers... Bonne
journée à toi!



Nath 24/04/2010 09:37


Je suis contente que cet ouvrage t'ait plu : c'est le roman "épistolaire" nouvelle génération ; la forme est plutôt sympa . Et merci pour la Pub : bonne libraire liseuse et lectrice de livres et
non gestionnaire de stock de linéaires d'ouvrages.


beux 24/04/2010 19:33



Hi hi c'est joliment dit: "Gestionnaire de stock de linéaires d'ouvrages". Mais tu oublies aussi "bonne vendeuse de cartes" Ceci dit pour l'instant, je te déteste car à cause de toi, je suis sur
une histoire d'amour d'ados entre ange et mortelle...