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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:28

L08.jpgLa religieuse

Diderot

éditions Flammarion

 

C'est l'objectif de fin 2012: terminer les classiques du XVIIIe siècle des 1001 livres... pour entamer dans la bonne humeur l'année 2013 avec le XIXème. On continue donc avec Diderot que nous avions quitté sur Jacques le fataliste et que nous retrouvons avec La religieuse.

L'histoire du livre est intéressante car elle commence par une plaisanterie entre Diderot et ses amis. Désireux de jouer un tour à l'une de leurs connaissances, ils entrent en correspondance avec ce dernier en se faisant passer pour une jeune fille que ses parents ont mise de force au couvent. La religieuse implore l'aide du gentil dupe et raconte son histoire malheureuse. La plaisanterie a fini par tourner court, les lettres sont devenus un roman. Suzanne Simonin, gentille jeune fille dont le seul tort être d'être l'enfant illégitime de sa mère, est enfermée très jeune et sommée de faire ses voeux . Elle s'engage en religion presque par la force mais décide bientôt de se rebeller et de faire le nécessaire pour se libérer de ces liens perpétuels. Son obstination mais également sa douceur et ses talents lui attirent bientôt la haine de ses compagnes. Persécutée dans son premier couvent, courtisée par sa mère supérieure dans le second, Suzanne mène un rude combat pour retrouver sa liberté...

Il est évident que la sortie du roman fut un coup de tonnerre. La religieuse, critique très virulente de l'Eglise, était un véritable brûlot car il dénonçait une société qui enfermait des jeunes filles par commodité. Suzanne a ceci de particulier qu'elle ne veut pas rompre ses voeux pour l'amour d'un homme, comme c'est le cas par exemple pour l'un des personnages féminins du Moine. Elle réclame seulement le droit à la liberté; son désir de briser ses voeux prend de la sorte quasiment une dimension politique. La description que fait Diderot des couvents est de plus extrêmement féroce. Présentés au mieux comme des lieux de désoeuvrement où les sens et les passions sont exacerbées et conduisent à la débauche (dans le couvent de Sainte-Eutrope la supérieure fricote avec bon nombre de ses ouailles dont l'héroïne) ils peuvent devenir au pire des lieux propices à la pire cruauté (dans son premier couvent, Suzanne est maltraitée et subit même la torture) En bref, La religieuse était un ouvrage polémique qui n'aurait pu d'ailleurs être publié sous l'Ancien-Régime.

Mais... Les années ont passé et la portée politique du livre a perdu tout ou presque de sa force. Ne reste alors plus que la narration et l'intrigue et, pour le coup, j'avoue avoir été franchement déçue. L'héroïne est une oie blanche assez semblable aux héroïnes de Richardson (dont Diderot était un fervent admirateur) un modèle de vertu et de candeur insupportable. D'ailleurs, le personnage est plutôt contradictoire: comment une telle gourde qui ne voit pas le mal à ce que sa supérieure la déshabille et la caresse, comment une jeune fille aussi ingénue peut-elle avoir assez de force de caractère pour s'opposer à toute une institution? Certes, les lecteurs du XVIIIème aimaient pleurer à chaudes larmes devant les malheurs de jeunes filles en fleur perdues dans un monde trop cruel pour elles (c'était des pleurnichards que voulez-vous) mais là j'avoue que moi, les tortures et les souffrances de Suzanne m'ont plutôt laissée de marbre. Le personnage est trop lisse. Quant à la narration...Dans Jacques le fataliste, il y avait souvent des incohérences, des oublis, Diderot ayant de de toute évidence un léger souci avec la vraisemblance, ce qui n'était pas gênant dans ce cas précis puisque, de toute manière, Jacques le fataliste était un roman qui jouait avec le genre du roman. C'est beaucoup plus ennuyeux dans La religieuse qui se veut au contraire un récit réaliste. Euh dites, vous trouvez ça réaliste un roman dans lequel l'héroïne ne vieillit quasiment pas, un roman qui se contredit sans cesse? (la narratrice prétend ignorer ce qu'il est advenu de l'une de ses amies avant de décrire sa mort, dit beaucoup de bien de sa supérieure et la prétend innocente avant de raconter à quel point elle est fourbe) Et cette fin... misère! On a l'impression que, au milieu du récit, Diderot s'est dit que, bon, ça va comme ça j'en ai assez de Suzanne, pouf on va accélérer un peu le rythme de la narration. Des pages et des pages pour raconter l'agonie de la supérieure, les atermoiements de la religieuse, deux pages pour narrer l'évasion de Suzanne, une tentative de viol, sa détresse, sa situation actuelle, etc. Seriously? Voilà voilà... Au final je me suis bien ennuyée (même la préface est ennuyeuse) et Diderot baisse dans mon estime, clairement plus à l'aise à mon sens dans le registre léger que dans le roman tragique: n'est pas Rousseau qui veut...

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Published by beux - dans Classiques
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