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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 19:45

L10Hypérion

Hölderlin

éditions Flammarion

 

Oui, promis, on va revenir à des lectures plus récentes dès la prochaine note, mais il faut finir le 18ème siècle dans Les 1001 livres... alors un peu de concentration s'il vous plaît! Car l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui en nécessite beaucoup.

Hypérion c'est un roman épistolaire entre deux protagonistes, le héros éponyme et son ami allemand, Bellarmin. Ceci dit, seul les lettres d'Hypérion sont transcrites, ce qui donne plutôt au récit l'aspect d'un long monologue. Hypérion est un jeune homme grec plein d'idéaux, qui souffre de voir son pays, naguère patrie de la poésie et de la philosophie, sous le joug de la Turquie. Il rêve de retrouver la Grèce d'autrefois, la Grèce antique. Son chemin croise celui d'Alabanda, un jeune homme dont il devient l'ami passionné (amitié qui semble d'ailleurs plus proche de l'amour) avant de le quitter lorsque celui-ci lui annonce faire partie d'une ligue secrète douteuse. Nouveaux errements, nouvelles complaintes au milieu de la nature. Puis,  Hypérion croise le chemin de Diotime, une charmante jeune fille dont il tombe amoureux. Mais bientôt, sa soif d'absolu ne se satisfait plus de cette passion tranquille....Diotime conseille à son amant de voyager et de "changer les hommes" par sa parole, sorte de messie grec. Mais un courrier d'Alabanda pousse plutôt Hypérion à choisir les armes pour libérer la Grèce de l'esclavage, une décision qui sera lourde de conséquence pour les trois protagonistes...

Si Hölderlin qualifiait son roman de "cannibale" c'est pour une bonne raison. Hypérion en effet est un livre qui a été manifestement plus écrit pour son auteur que pour un lectorat potentiel. En témoigne la narration uniquement à la première personne, le caractère parfois décousu des lettres, l'aspect exalté de l'ensemble... Disciple de Rousseau, l'auteur glorifie la nature et reprend quelques thèmes chers à notre philosophe: l'idée que l'homme ne doit être éduqué que lorsque l'esprit est totalement formé, que la nature est bonne et la société mauvaise, etc. Hölderlin s'enflamme également pour une civilisation grecque antique qu'il pare de toutes les vertus tandis qu'il voue aux gémonies la société contemporaine, tâclant d'ailleurs assez sévérement son propre pays, l'Allemagne. Niveau intrigue, ne cherchez pas, l'intrigue n'est de toute évidence qu'un prétexte: j'avoue d'ailleurs avoir du mal à considérer de ce fait Hypérion comme un roman. Ce n'est pas non plus un long poème... ben en fait je sais pas trop ce que c'est. L'écriture est plutôt belle et certains passages sont particulièrement réussis, les passages sur l'amour ou sur le bonheur par exemple. Je suis en revanche restée de marbre devant l'aspect "patriotique" de l'histoire et je me suis profondément ennuyée  à l'évocation de la Grèce antique, ne partageant pour le coup absolument pas le goût de Hölderlin pour les hommes en toge. Ce que je reprocherais le plus à ce livre, c'est son aspect étouffant. Le narrateur se lance dans des considérations exaltées ou des critiques cinglantes mais, quoi qu'il arrive, il n'est jamais contredit. Son ami l'idôlatre, sa maîtresse le considère comme un demi-dieu et le correspondant bienveillant, Bellarmin ne remet jamais en cause aucune des lettres. Nous avons un seul point de vue, un personnage qui apparaît comme parfait, trop bon pour ce monde de dégénérés, un héros grec trop lisse au style emphatique et à la comparaison grandiloquente. Dans Hypérion, il n'y a absolument aucune distanciation entre le personnage et son auteur, les deux s'identifient tellement qu'il est difficile pour un lecteur de se faire sa place dans ce monologue tantôt amer tantôt lyrique. Pour la petite histoire, sachez que Hölderlin a fini plus ou moins fou et, si vous lisez Hypérion je pense que vous comprendrez pourquoi....

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Shiisa-sa 07/01/2013 18:26

Ca à l'air vachement égocentrique comme heu... livre. C'est carrément un journal intime à moitié fictif en fait. C'est sans doute le genre de texte que j'appellerais "imperméable". Ca doit être dur
d'entrer dans la tête de l'auteur comme ça.
En tout cas, mes lectures m'ont appris à me méfier des journaux intimes, on ne sait jamais ce qui s'y cache.

beux 07/01/2013 18:39



Disons que certains passages arrivent à toucher. Je pense après que selon de la sensibilté de chacun, certains seront plus touchés que d'autres. J'avoue que moi j'ai eu beaucoup de mal: ça m'a
fait penser dans une certaine mesure aux Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. Tu as raison je pense sur le terme "imperméable". Mais c'est vraiment un livre très curieux ave
parfois de très jolis élans lyriques.