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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 12:41

L06.jpgLa huitième habitude

Stephen Covey

éditions J'ai Lu

2006

 

Aujourd'hui, les livres vous apprennent à tout faire : apprendre à jouer de la musique ? Il y a un livre pour ça. Apprendre à bricoler ou à jardiner? Apprendre à faire l'amour? Apprendre à rompre? Apprendre à élever votre progéniture? Apprendre à être heureux? Il y a des livres pour ça. Les ouvrages de développement personnel et de coaching pullullent et j'ai toujours un petit pincement au coeur en voyant des clients au visage triste me demander timidement le best-seller de Carnegie : Comment se faire des amis. Les livres du style aident-ils vraiment les gens qui les achètent ou ces ouvrages ne sont-ils que de vastes escroqueries visant à profiter du malheur et de la solitude d'autrui? Voilà une question que je continue encore à me poser...

La huitième habitude n'est pas vraiment un livre de développement personnel, plutôt un ouvrage de management  même si l'auteur explique que ses théories s'appliquent aussi bien au monde du travail qu'au domaine privé. D'ailleurs, tout au long du livre, nous verrons que Covey semble allégremment ne pas faire de distinction entre les deux sphères.

Qu'est-ce que la huitième habitude me direz-vous? Et de quoi traite le livre? A dire vrai, je serai bien en peine de vous faire un résumé tellement ce livre m'a ennuyée et m'a, à certains endroits, passablement énervée. Pour vous la faire courte, la huitième habitude c'est la capacité qu'a chacun de trouver sa voie, celle de la grandeur, en opposition à celle de la médiocrité. Un indice: si vous passez tout votre temps libre à jouer aux Sims en mangeant des Petits Ecoliers, vous n'êtes pas sur la voie de la grandeur. La huitième habitude c'est votre capacité à savoir vous dépasser pour viser l'excellence. Au travail, cela signifie par exemple vous efforcer d'élargir au maximum votre sphère d'influence.

Oui, je sais. L'ouvrage de Covey s'adresse essentiellement à des managers, je vous rassure, ne s'attardant guère sur l'employé lambda autrement que pour lui conseiller d'aider son patron en toutes circonstances même si ce dernier est un gros c... Car, voyez-vous, nous explique l'auteur, la critique ne sert à rien ni la pensée négative: mieux vaut s'efforcer de s'adapter au mieux. Quant au rôle du manager, il est pour Covey celui d'un père : chargé de donner l'exemple et de responsabiliser ses sulbalternes pour leur faire prendre une part active au développement de la société... Ah la vision paternaliste de l'entreprise j'adore...J'adore aussi cette argumentation qui tourne toujours autour de la notion de pertes et de bénéfices, faisant de l'individu une marchandise comptable. L'auteur pousse même jusqu'à parler d'une relation de couple en terme de crédit et de débit (on offre un bouquet de fleurs, on crédite, on oublie un anniversaire de mariage, on est débiteur, ça me semble très sain tout ça) Vivre et laisser vivre Covey ne connait pas et n'approuve pas. Il ne connaît pas non plus la distinction entre ce qui relève du privé et du professionnel puisqu'il donne très sérieusement l'exemple d'une banque qui allait mal. Et pourquoi me direz-vous? Et bien parce que le patron avait trompé sa femme en couchant avec l'une des employées et que du coup ses employés n'avaient plus confiance en lui. Oh scandale! Notre coach a pris les choses en main bien évidemment: notre infidèle s'est vu contraint de faire des aveux à sa femme et à ses sulbalternes en s'excusant platement. Inutile de vous dire que si Covey m'avait suggérée une solution pareille, il se serait pris gentiment ma main dans sa gueule. Je trouve  quand même les Américains formidables : ils s'offusquent pour un président qui prend du bon temps avec sa secrétaire mais trouvent tout à fait normal qu'on envoie des gens se faire griller sur des chaises électriques. Mais je divague revenons à notre sujet.

Et en fait, il n'y a pas grand-chose à en dire de plus. La huitième habitude est une accumulation de propos à la gloire de l'entreprise américaine et de la famille, une suite de conseils plus ou moins pertinents (la responsabilisation, la pensée positive, savoir faire les choses une par une en commençant par le plus urgent, savoir écouter ce que l'autre veut dire) noyés hélas dans des poncifs (il faut faire du sport et manger régulièrement, il faut aimer tout le monde) et saturés par des schémas à chaque page, encore pire que les Powerpoint que vos patrons à vous vous infligent régulièrement lors de réunions. En bref, si tous les ouvrages de développement personnel ne sont pas des escroqueries, celui-ci en tous cas est une belle arnaque.

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Published by beux - dans Essais
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