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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 18:36

L03.jpgMémoires de Fanny Hill, femme de plaisir

John Cleland

éditions La Différence

 

 

Qui dit 18ème siècle, dit libertinage. Donc, soyez dans la joie; après l'étalage de la vertu dans Pamela, nous allons passer au côté obscur du siècle avec un roman érotique de John Cleland. Pervers, soyez gentils de passer votre chemin si vous êtes tombés sur cette page par quelques mots-clés que je ne veux surtout pas connaître. Je doute que vous trouviez ici satisfaction.

Fanny Hill, jeune campagnarde ignorante, devient orpheline à l'âge de quinze ans. Une connaissance lui propose de monter à Londres pour trouver du travail, ce qu'accepte avec joie l'ingénue, avide de découvrir la ville et ses merveilles. Mais à peine arrivée elle se retrouve seule, l'amie l'ayant laissée en plan, et sans aucune perspective d'avenir. En cherchant à se placer, elle est remarquée par la tenancière d'une maison de plaisir qui la prend sous son aile. Déniaisée par ses petites camarades et ayant perdu sa virginité avec un jeune garçon avec qui elle s'était enfuie de l'établissement, Fanny ne tarde pas à découvrir les plaisirs du sexe et mène une multitude d'expériences pour gagner sa vie, expériences qui au demeurant, lui procurent entière satisfaction. La jeune fille finalement verra se terminer cette vie de débauches en épousant son premier amour et en devenant une femme respectable.

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est avant tout le contraste entre l'héroïne et entre celle de Richardson. Fanny Hill est tout comme Pamela une jeune campagnarde mais n'a aucune instruction (elle sait lire et "griffonner") Ignorante, elle arrive en ville et succombe sans aucun souci au vice, qui plus avec un plaisir qui ferait hurler d'indignation des auteurs respectables. Elle avoue sans aucun tabou aimer le sexe et ne sera même pas "punie" pour sa vie de débauches puisqu'elle fera un mariage heureux à la fin du récit. Pis, Cleland, a le toupet de sortir un couplet sur la morale et les bienfaits de la vertu à la fin du roman, en décalage avec un récit qui tranche par sa joyeuse obscénité. Si c'est pas de la provocation ça...

Mémoires de Fanny Hill se veut comme un hommage au libertinage français, apparemment patrie championne de l'époque (bonjour la réputation) De ce fait, le vrai nom de Fanny est France (Fanny n'est qu'un surnom). D'un point de vue narratif, c'est un peu répétitif il faut l'avouer: Fanny a des relations plus ou moins inspirées avec des hommes plus ou moins bien pourvus, se livre à quelques expériences inédites (le fouet, des séances collectives où tout le monde apprécie ses perfomances, une ou deux expériences homosexuelles...) et sous couvert de raconter sa vie à sa correspondante (car il s'agit d'un roman épistolaire) titille l'imagination de ses lecteurs masculins. L'auteur, désireux de ne pas tomber dans le vulgaire et la répétition, emploie pléthore d'expressions poétiques et de métaphores, se justifiant de la sorte par la bouche de Fanny: "(...) J'ai, peut-être, trop affecté le style figuré. Mais où peut-il être mieux à sa place que dans un sujet qui est par excellence du domaine de la poésie, ou plutôt, qui est la poésie même (..) lors même que les expressions naturelles, par respect pour la mode et pour l'oreille, n'en seraient pas nécessairement bannies?" L'argument se tient. Concrétement, dans Fanny Hill, vous entendrez donc parler  "de l'engin ordinaire des assauts d'amour", de "prodigieuse machine", de "vigoureux étalon", de "gentil coteau" ou encore de "doux secret de la nature" et de "superbe pièce de mécanique". Je vous rassure; pour la compréhension de l'histoire, ça ne gêne pas énormément et moi, ça m'a plutôt fait rire. Quant à considérer Mémoires de Fanny Hill comme un ouvrage indispensable aux 1001 livres....  Bah, pourquoi pas après tout? Le roman érotique est un genre révélateur du 18e et il aurait été dommage je suppose de faire l'impasse sur Cleland, même si j'avoue n'avoir pas été éblouie par ses performances... littéraires.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Orlof 30/08/2010 19:54


Hmouhahahah : pourquoi "titiller l'imagination de ses lecteurs masculins"? : les femmes n'ont donc aucune imagination?
En tous cas, j'attends avec impatience tes notes sur Sade, héhé :)


beux 09/09/2010 17:35



Si, mais leur imagination n'a pas besoin de Fanny Hill pour être titillée! Ceci dit c'est pas moi qui le dit ce sont
les 1001 livres... Pour Sade ce n'est pas pour tout de suite: je suis pour l'instant bloquée dans Peregrine Pickle roman anglais du XVIIIème siècle évidemment non traduit et qui
fait près de 600 pages. Ceci dit, j'en ai lu près de la moitié je suis sur la bonne voie...



luxsword 10/08/2010 17:41


Il me semble que le doux prénom Fanny a une signification fort à propos en argot anglais. Fanny Hill, c'est bien rigolo, du coup. ^^


beux 18/08/2010 21:17



Et en cherchant sur Internet, j'ai trouvé la signification à ma tour... Merci pour l'info! En même temps... logique.



Martin 10/08/2010 06:40


dans le genre libertin (mais surtout un chef d'oeuvre de style), Point de Lendemain, de Vivant Denon, est génial (et très court). On le trouve en folio.


beux 18/08/2010 21:18



Je vais aller voir ça de ce pas... Merci pour le conseil!