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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:47

L01.jpgLa vie très privée de Mr Sim

Jonathan Coe

éditions Gallimard

(2010)

 

Maxwell Sim n'a pas franchement beaucoup de chance dans la vie. Enfant non désiré, élevé par une mère affectueuse mais transparente, et un père brillant mais distant, Maxwell collectionne les échecs et les déboires; il est trop peu cultivé pour briller en société et suffisamment intelligent pour en souffrir. Traversant la vie comme une ombre, c'est un homme somme toute relativement ordinaire, mais qui a la particularité de ne pas beaucoup s'aimer et de poser sur lui-même un regard sans complaisance. Opinion qui ne s'arrange pas lorsque sa femme Caroline lui annonce qu'elle le quitte et qu'elle emmène avec elle leur fille Lucy. Tombé en dépression, Maxwell voit cependant quelques mois plus tard une occasion rêvée de reprendre sa vie en main lorsqu'un vieil ami lui propose un travail de commis voyageur, représentant de brosses à dents écologiques. Voici donc notre héros au volant d'une voiture hybrique et parcourant l'Angleterre avec pour seule compagnie son GPS à la voix sensuelle. Il revoit d'anciennes connaissances, tisse de nouveaux liens et, surtout, cherche à redonner un sens à son existence...

ça pourrait être un roman très sombre et, inutile de le nier, ça l'est par endroits, mais au final, La vie très privée de Mr Sim  est l'histoire pleine d'humour d'un loser de 48 ans dont les aventures, souvent désastreuses, font au final plus rire que pleurer. Coe a une plume alerte, un style vif qui jongle avec aisance entre différents modes de narration (lettres, dialogues, narration traditionnelle) et un humour anglais très pince-sans-rire. Certaines scènes sont vraiment très drôles: je pense notamment à ce passage où le héros, à peine sorti de sa dépression, se confie à son voisin d'avion sans s'apercevoir qu'il est mort depuis dix minutes d'une crise cardiaque, ou à celle où il fait une déclaration d'amour passionnée à Emma.... son GPS. Mais le talent de Coe ne se limite pas seulement à un comique de situations; il parvient à partir d'une intrigue principale à créer plusieurs intrigues secondaires; ainsi il n'écrit pas seulement l'histoire de Maxwell mais également celle de son père, de sa femme, de ses amis... Toutes ses intrigues ont un point commun: elles traitent de la difficulté des rapports humains (notamment les rapports parents/enfants) mais surtout de la quête de l'identité: comment au milieu d'un monde qui vous écrase, comment parvenir à découvrir qui l'on est vraiment et surtout, s'accepter? Ce qui pourrait cependant être une leçon pompeuse est traitée avec beaucoup de légèreté et avec un regard ironique mais non dépourvu de tendresse, sur un monde de machines, de téléphones portables, d'ordinateurs dernier cri, de banquiers véreux et d'hommes dépassés. Rien à dire, j'ai beaucoup aimé la vie très privée de Mr Sim. Un bémol: je n'ai pas aimé la fin, que beaucoup apprécieront sans doute mais qui pour ma part m'a parue bâclée et, surtout, en complète rupture avec le reste du récit. En même temps, il s'agit du tout dernier chapitre, alors ne faisons pas trop la fine bouche et saluons un roman qui avec le rire du désespoir nous parle d'un homme comme il y en a sans doute des millions, confronté à un monde qui le dépasse complètement...

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Published by beux - dans Roman
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