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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 11:27

Moll Flanders
L02.jpgDefoe
éditions Gallimard


Moll Flanders n'est pas fondamentalement une mauvaise personne; mais, la vie l'a conduite à des aventures plus ou moins douteuses. Notre héroïne, prédisposée à une existence dissolue, née d'une mère voleuse, est élevée par une femme honnête mais rêve de grandeurs et d'être "une dame de qualité". Prise en affection par une riche famille, elle se fait séduire par le fils aîné qui lui achète plus ou moins son innocence et la force finalement à épouser son plus jeune frère. A partir de là, Moll Flanders se jure de ne plus jamais se fier aux hommes. Bientôt veuve, elle se remariera à de nombreuses reprises, dont une fois involontairement avec son propre frère. Elle aura aussi un nombre incalculable d'enfants, quelques amants qui l'entretiendront, volera, d'abord par nécessité puis par appât du gain et, finalement, après avoir arrêtée et déportée, finira riche, heureuse et repentante avec l'un de ses maris (le quatrième je crois)
Si Daniel Defoe avait été loin de me séduire avec Robinson Crusoe, je reconnais que le récit de Moll Flanders m'a beaucoup amusée. C'est assez drôle de lire les "heurs et malheurs" de cette femme sans guère de moralité qui, à part le meurtre, commet tous les méfaits possibles. Le décalage est particulièrement  comique quand l'héroïne, tout en se désolant de l'inconstance d'un homme "de bien" qui, ayant trop bu, trompe son épouse avec une catin (qui n'est autre que Moll Flanders elle-même) s'emploie consciencieusement à le dépouiller de ses objets de valeur. Même la repentance finale de l'héroïne apparaît artificielle: c'est seulement à l'approche d'une condamnation à mort qu'elle commence à regretter ses actes et, au final, elle ne fera rien pour les réparer.
Ce qui est le plus intéressant dans ce livre et à mon sens le plus malsain, c'est le rapport qu'entretient l'héroïne avec l'argent. Dès la première pièce donnée par son premier amant, Moll Flanders calcule tout. Ses mariages sont avant tout motivés par l'argent, ses vols sont évalués en fonction de leur valeur...Tout se calcule dans le roman: combien faut-il pour accoucher discrètement, ce qu'il faut pour amadouer des gens, ce qu'il faut pour lancer une exploitation... Daniel Defoe tout comme dans Robinson Crusoe n'accorde guère de place à la psychologie des personnages, préférant somme toute une vision matérialiste du monde mais, ici, cela passe mieux dans la mesure où Moll Flanders est présentée comme quelqu'un de peu recommandable et peut donc s'inscrire dans cet univers où c'est le bien qui fait l'homme. Vous comprenez? OK je reconnais, c'est pas très clair. En résumé: Moll Flanders est un personnage qui ne s'intéresse au fond qu'à l'argent et aux biens mais, étant de toute manière femme de peu de vertu, cela peut être interprété justement comme un signe de bassesse.
Moll Flanders est donc un ouvrage agréable à lire, un peu longuet par endroits (je pense notamment aux descriptions fastidieuses des vols) mais dont l'absence de moralité est assez réjouissante et tranche avec le pensum que m'a semblé être Robinson Crusoe. Comme quoi, il ne faut pas juger un auteur sur un seul livre...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Celui qui constate. 07/01/2010 22:32


Je découvre le blog et je trouve ça cool.
Et sympa l'hommage à Dr Orlof avec les lapins.


beux 08/01/2010 18:08


Merci!
Ceci dit j'avoue que c'est moins un hommage à Dr Orlof qu'une fainéantise de notre concepteur graphique commun...