Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 19:01

L04.jpgLa ballade de l'impossible

Haruki Murakami

éditions 10-18

 

"Quand j'entends cette chanson, je me sens parfois terriblement triste. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression d'errer au milieu d'une forêt profonde, dit Naoko. Je suis seule, j'ai froid, il fait noir et personne ne vient à mon aide."


Vous connaissiez la chanson Norwegian Wood des Beattles? Personnellement, je l'avais déjà entendu, mais sans pouvoir la nommer. C'est une chanson au rythme assez lent qui raconte l'histoire d'un homme qui va chez une femme qu'il ne connaît pas. Ils bavardent ensemble jusqu'à deux heures en buvant du vin. Puis l'homme se traîne jusqu'à la baignoire pour dormir et, quand il se réveille au matin "This bird has flown" (cet oiseau s'était envolé). C'est de cette chanson que démarre l'histoire de Murakami la ballade de l'impossible. Le narrateur, au cours d'un voyage en avion, entend ce morceau qui le ramène vingt ans en arrière. A cette époque-là, Watanabe, le héros du récit, avait un ami, Kizuki, qui s'était suicidé lorsqu'ils étaient encore au lycée. Un an  après ce drame, désormais à l'université, Watanabe retrouve Naoko, la petite amie de Kizuki, elle aussi profondément touchée. Pendant un an, tous les deux vont parcourir les rues de Tokyo  en se parlant peu, unis et seuls à la fois. Naoko ne semble jamais trouver ses mots, Watanabe ne semble pas très bien comprendre ce qui lui arrive. Une nuit, tout bascule, et, au matin, Naoko disparaît, laissant le narrateur dans un monde qui lui est étranger...

C'est très difficile de parler des romans de Murakami en général, mais parler de celui-ci relève de l'impossible sans mauvais jeux de mots. La ballade de l'impossible est en effet basé sur le non-dit. Jamais narrateur n'a été aussi peu bavard: Watanabe s'étend sur son quotidien, sur ses lectures, sur ses études, sur ses rencontres, jamais sur ses sentiments. L'étudiant évolue dans le monde en spectateur ou en acteur passif, regardant beaucoup, s'investissant peu, vivant loin des autres si j'ose dire, rendu distant par la mort de son meilleur ami. Naoko elle, semble avoir perdu le pouvoir de s'exprimer; incapable de parler, elle s'enfonce dans un monde de ténèbres dont elle n'arrive pas à sortir... Le récit fonctionne aussi sur un réseau d'amours contrariés: Midori, la jolie étudiante très bavarde et un peu folle aime Watanabe qui lui aime Naoko qui elle aime  toujours Isuki, le disparu... Hatsumi, la jeune fille sage aime l'ami de Watanabe, Nagasawa, qui lui l'aime aussi mais pas assez pour renoncer aux autres femmes... Les personnages se confrontent, se heurtent, se blessent mutuellement, incapables de décrypter leurs sentiments et encore moins ceux des autres. Assez désespérant au final. Murakami nous offre encore une fois un joli art du portrait, brossant des personnages attachants chacun à leur manière: il y a le "facho", le colocataire tatillon de Watanabe, la pétillante Midori, le très classe Nagasawa, la douce Reiko... La force de La ballade de l'impossible réside dans les rencontres du narrateur, toutes ces histoires dont pour la plupart nous ne connaîtrons jamais la fin. Elle réside aussi dans la description de simples scènes du quotidien: les promenades nocturnes de Watanabe et Naoko dans les rues de Tokyo, le premier dîner de Midori et Watanabe, le séjour que fait le narrateur dans la maison de repos de Naoko. La ballade de l'impossible n'a pas la poésie de Kafka sur le rivage. De même, trop diluée dans le temps, l'intrigue perd un peu de sa force au fil des pages jusqu'à une fin que j'ai trouvé je l'avoue, un peu décevante (il ne s'agit pas de la façon dont se termine l'histoire mais plutôt de la façon de la raconter) Cependant, il se dégage de ce roman un je-ne-sais-quoi de délicieusement mélancolique qui fait définitivement de Murakami un auteur cher à mon coeur.

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article

commentaires

Pascal Yukka 28/01/2011 11:28


Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas baladé sur ce blog, toujours aussi passionnant !
Petite suggestion : tu pourrais indiquer l'année de publication de l'ouvrage en en-tête, pour que les lecteurs le situent.


beux 30/01/2011 12:01



C'est une bonne idée! J'avais hésité à le faire au début, mais par pure flemme j'avais laissé tombé. Mais bon, je vais faire un effort, c'est vrai que c'est plus pratique.



anne 28/01/2011 08:57


Toute cette poésie lente ne m'a pour ma part jamais perdue en court de route. C'est un livre très touchant, et comme tu le dis bien, désespérant, mais on aime en pleurer.


beux 30/01/2011 12:05



je ne me suis pas vraiment perdue en route. L'aspect poétique m'a touchée mais moins que dans Kafka sur le rivage. Ce qui est le plus perturbant dans l'oeuvre de Murakami, c'est
l'alliance entre un style justement très poétique et un réalisme beaucoup plus cru. Mais autant j'avais apprécié justement dans Kafka... ou Le passage de la nuit, autant le
mélange m'a parue grossier dans La ballade de l'impossible. Ceci dit j'ai bien aimé tout de même!



canthilde 27/01/2011 14:54


Ce qu'il a pu me gonfler, Watanabe ! Et c'était triiiste... Pas mon Murakami préféré, je préférerai peut-être Kafka sur le rivage.


beux 30/01/2011 12:08



Je suis d'accord, c'était très triste et ce n'est pas non plus mon Murakami préféré. Mais il passe devant Au Sud de la frontière à l'ouest du soleil...