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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 10:57

L01.jpgLe grand massacre des chats

Robert Darnton

éditions les Belles Lettres

(1984)

 

Parce de temps en temps il faut parler d'autre chose que de romans de vampires ou de livres des siècles passées, et parce qu'à l'origine et oui! Je suis supposée m'occuper de livres "sérieux", nous allons parler aujourd'hui d'un livre d'histoire dont le titre un peu racoleur Le grand massacre des chats cache un contenu des plus sérieux et des plus intéressants.

Le titre (qui est d'ailleurs la raison pour laquelle mon collègue, connaissant mon amour pour la gente féline, m'a montrée le livre) ne constitue en réalité qu'un chapitre de l'étude de Robert Darnton, universitaire américain spécialiste de la France de l'Ancien-Régime, qui s'emploie à comprendre (ou plutôt reconnaît-il humblement à essayer de comprendre) les attitudes et croyances dans l'Ancienne France. Pour ce faire, il s'appuie sur plusieurs matériaux: le folklore populaire (les contes) qui n'a pour le coup pas grand-chose à voir avec celui véhiculé par Perrault, Perrault étant un écrivain de cour qui a adapté son discours à son public; un témoignage sur un épisode de la vie dans une imprimerie, celui d'un massacre de chats; des rapports de police sur les écrivains; le courrier des lecteurs de Rousseau.... Robert Darnton s'emploie essentiellement à nous démontrer que nos ancêtres du XVIIIème siècle n'ont absolument pas la même mentalité que la nôtre. Constatation qui en fera sans doute rire certains mais n'est-ce pas le grand danger quand nous lisons l'histoire, celui de nous identifier aux acteurs? Ainsi dans le pathétique Manuel d'inculture générale de Basile de Koch, l'auteur sous prétexte de "dynamiter les idées reçues" et de présenter un ouvrage divertissant de culture générale, explique sans aucune vergogne que l'auteur de La prise d'Orange était raciste (époque des croisades tout de même) et Racine un sale flagorneur assujeti au roi. Bref, il émet sans aucune honte des jugements de valeur sur des mentalités qui nous sont étrangères et que nous ne pouvons aujourd'hui que difficilement appréhender. Qui sait si nos descendants ne nous fustigeront pas sévèrement dans les siècles à venir parce que nous mangeons de la viande? La démonstration de Robert Darnton n'a donc rien d'inutile et demande une certaine souplesse d'esprit (en particulier pour les amateurs de chats!)

J'ai trouvé l'ouvrage très intéressant. Je ne suis pas une as de l'histoire et certaines considérations de Darnton sont, je l'avoue, un peu passées par-dessus ma tête, notamment sa réflexion sur l'historiographie. Ne vous y trompez pas: Darnton est un universitaire et si son style est captivant, le sujet est parfois un peu aride. Je pense au chapitre consacré à la rédaction de L'Encyclopédie par exemple. J'ai quant à moi particulièrement apprécié le chapitre sur les contes (un sujet qu'au demeurant je maîtrise mieux) avec une analyse entre autres d'une version populaire du Chaperon Rouge dans laquelle l'héroïne, abusée par le loup, mange sa grand-mère et boit son sang. Le chapitre sur le massacre des chats, bien qu'assez affreux, m'a également beaucoup plu ainsi que l'analyse du courrier des lecteurs de Rousseau. En lisant Rousseau, j'avais toujours eu un sentiment d'exagération devant les torrents de larmes versés par les héros, persuadée que l'auteur en faisait des tonnes. En réalité, il apparaît que les lecteurs de Rousseau et les lecteurs de l'Ancien-Régime en général étaient des hypersensibles et que tous pleuraient beaucoup devant les romans. Des nobles et des bourgeois qui pleurent devant la Nouvelle Héloïse tandis que des ouvriers et des apprentis organisent un grand massacre de chats dans la plus grande hilarité.. Aucune lecture des 1001 livres ne nous permettra jamais de comprendre tout à fait à quoi pensaient exactement nos ancêtres... et c'est peut-être aussi bien comme ça.

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Published by beux - dans Histoire
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commentaires

canthilde 12/06/2011 22:02


Et quand on pleure à torrent devant un massacre de chats, on est rangée dans quelle catégorie ? Les livres sur l'histoire culturelle sont toujours passionnants, par exemple l'antiquité romaine, le
Moyen Age... Beaucoup d'idées fausses circulent sur ces époques.


beux 16/06/2011 13:07



je crois que c'est dans la catégorie: personne normale du 21ème siècle Je suis assez d'accord avec les idées fausses;
ainsi avant de lire le livre de Darnton j'ai découvert que les paysans de l'Ancien Régime se mariaient généralement "tard" (aux alentours de la trentaine) et n'avaient pas tant d'enfants que ce
qu'on pourrait croire...