Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 14:15

L06.jpgChansons populaires de l'ère Showa

Ryû Murakami

éditions Picquier

 

 

Eh non, aujourd'hui nous n'allons pas parler du gentil Haruki Murakami et de ses ouvrages à la lisière de l'onirique. Aujourd'hui, place à son double maléfique, Ryû Murakami dont les oeuvres n'ont strictement rien à voir avec son homonyme.

Nous sommes à Chôfu, une petite ville près de Tokyo où vivent six jeunes désoeuvrés, étudiants ou faisant de petits boulots. Ils se sont rencontrés par hasard et n'ont pas forcément grand-chose à se dire, si ce n'est qu'ils partagent la même indifférence et la même amoralité et ont pris l'habitude de se réunir pour chanter en karaoké. Un jour, l'un d'eux, après l'une de leurs petites fêtes, tue une femme dans la rue d'un coup de couteau, juste comme ça. Un acte que ses camarades considèrent avec admiration et qui contribue à créer des liens. Mais ce meurtre ne demeure pas impuni: en effet, la femme faisait partie d'un club de quadragénaires célibataires ou divorcées, dont le seul point commun était le prénom: Midori. Les Midoris restantes, au nombre de cinq, découvrent qui a fait le coup et décident de se faire justice elles-mêmes. La guerre est déclarée entre les deux groupes, une guerre qui va de plus en plus loin dans la surrenchère de la violence et qui va décimer les deux bandes...

Chansons populaires de l'ère Showa n'a rien d'un livre bien propret. Murakami est ce que je pourrais qualifier d'auteur amoral: il ne cherche ni à éduquer son lecteur ni à lui présenter des personnages sympathiques ou ambigus. Ces "héros" sont il faut bien l'avouer particuliers et plutôt monstrueux, que ce soit les six hommes déjantés ou les glaciales Midoris, frustrées. Plus étonnant, ils ne deviennent humains, voire même attachants, que lorsqu'ils préparent leur vengeance et ne se découvrent des liens que lorsqu'ils se trouvent un ennemi commun. Rien de tel pour unir des gens que de les faire se battre contre d'autres n'est-ce pas? Cynique, Murakami se complait dans des descriptions quasi-cliniques, froides, sanglantes avec ça et là quelques touches d'humour grinçant (le personnage de l'étudiante est tout simplement fabuleux) et pose sur la société japonaise un regard sans complaisance. En effet, Murakami juge moins sévérement ces héros, hommes ou femmes, que la société qui les entoure: des gens qui se détournent d'un cadavre encore frais, une justice impuissante à trouver des coupables... Les Midoris et les six jeunes sont peut-être des monstres, mais ce sont des monstres vivants, évoluant au sein d'un monde indifférent et terne. A l'exception d'une étudiante, personne se détache de cette grisaille urbaine  rythmée par des chansons de karaokés et des coups de couteaux. Ni les Midoris, ni même leurs rivaux n'avaient la tête de meurtriers, tout comme tous ceux qui sur leur chemin les aident à en devenir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour Murakami, la violence est devenue le seul moyen d'exister aujourd'hui. Et c'est peut-être au fond ce qu'il y a de plus terrifiant...

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article

commentaires

Misc 13/06/2012 19:48

Je l'ai commande, ca a l'air original :-) Mais :
"Murakami [...], jouant avec les références aux mangas, à la culture urbaine et aux chansons populaires japonaises de la seconde moitié du XXe siècle."
je pense que je vais louper les references.

beux 19/06/2012 18:59



Ne vous inquiètez pas, je ne maîtrise pas les références non plus, ça ne m'a pas empêchée d'apprécier! Bonne lecture et dites-moi ce que vous en avez pensé. Ce Murakami là est vraiment spécial...



Misc 10/06/2012 01:03

Donc en fait vous l'avez plutot apprecie, d'apres la critique? Le lapin ne vomit qu'a cause du sujet?

beux 10/06/2012 10:20



Oui, je confirme! c'est le thème qui est assez "vomitif" mais j'ai plutôt bien aimé^^



Nénène 21/05/2012 15:21

Ha! Je l'ai pas lu, celui là! J'avoue (mais tu t'en serais doutée je suis sûre!) que j'aime bien aussi ce Murakami-ci :) Par contre, de lui, je te conseille "Les bébés de la consigne automatique" :
de tous ceux que j'ai lus de lui, c'est vraiment celui que j'ai préféré!

beux 23/05/2012 14:27



je peux te le prêter s'il t'intéresse! Oui tu m'avais déjà parlé de ton admiration pour ce Murakami là: ça m'étonne pas de toi! Je pense qu'un de ces jours je me pencherai sur "Les bébés de la
consigne automatique": pour l'instant de lui, je n'ai lu que son dernier et "Parasites" qui, ceci dit, bien glauque aussi, était pas mal quand même...