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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 19:04

 

 

L06.jpgLove in Excess

Eliza Haywood

éditions Oakleaf

 

 

C'est la période: parlons un peu d'amour, encore, mais cette fois promis, après on arrête, parce que même moi je commence à me lasser.

En tête des best-sellers du XIIIè siècle, avec Robinson Crusoé, il y avait un autre roman anglais, Love in Excess, qui fit pleurer jadis dans les chaumières. Je dis « jadis »car aujourd'hui cet ouvrage d'Eliza Haywwod est tombé dans l'oubli. Personnellement, je l'ai trouvé d'occasion sur Internet chez un bouquiniste anglais: inutile de vous préciser qu'il n'est pas traduit.

Love in Excess pour faire court est un roman sentimental. Ça vous étonne avec un titre pareil? Le comte Delmont, valeureux combattant, revient de guerre et enflamme le cœur de toutes ces dames dont celui de la richissime Alovysa. Mais, à cette époque, sans demande officielle en mariage, une femme ne peut montrer son intérêt à un homme. Alovysa imagine donc d'écrire une lettre anonyme à Delmont en l'incitant à regarder autour de lui pour trouver son admiratrice secrète. Ce que fait le jeune homme, charmé, mais ses yeux se posent sur la jeune Amena, charmante mais de condition modeste. Libertin et peu soucieux d'épouser une femme sans dot, Delmont se contente de poursuivre Amena de ses assiduités, espérant obtenir d'elle des faveurs que cette dernière est bien prête de lui accorder. Alovysa, folle de jalousie, trouve moyen de prévenir le père de sa rivale et fait enfermer Amena au couvent. Delmond comprend qu'Alovysa est amoureux de lui et, flatté, décide d'épouser une personne si fortunée, oubliant totalement la pauvre Amena qu'il a si vilainement compromis. Fin de l'acte I.

Rassurez-vous, Amena sera vengée dans la seconde partie du roman. Delmont, marié à Alovysa, est appelé d'urgence au chevet de son tuteur qui se meurt. Ce dernier lui confie sa fille Melliora. Vous devinez la suite: Delmont et Melliora tombent amoureux l'un de l'autre. Delmont fait installer la jeune fille chez lui et s'emploie à la séduire sous les yeux de son épouse. Melliora, vertueuse, résiste. Une série de quiproquos, la jalousie d'Alovysa, la bêtise d'une amie de Melliora, conduisent à une fin tragique la femme acariâtre de Delmont (que franchement on ne pleure pas plus que ça). Melliora, choquée, s'enferme dans un couvent. Delmont, quant à lui s'exile en Italie. Fin de l'acte II.

La dernière partie du roman n'est pas la plus intéressante, ou alors c'est qu'on commence à se lasser de toutes ces histoires d'amour alambiquées. En Italie, Delmont se fait courtiser par bon nombre d'admiratrices (les italiennes sont de toute évidence plus débauchées que les françaises) mais son cœur est toujours pris par Melliora. Il fait la connaissance du frère de cette dernière qui est lui-même en proie aux tourments de l'amour. Encore des quiproquos, moult péripéties, quelques duels et situations rocambolesques, des déclarations sous la lune et des crises de jalousie. Finalement, rassurez-vous, tout se termine pour le mieux: Delmont retrouve et épouse Melliora, le frère épouse l'élue de son cœur. Happy End.

En gros, c'est du Marivaux sous une forme romanesque. Dans la préface on salue  « Haywood's frankness aboutfemale sexuality » et il faut reconnaître que le désir des héroïnes, même celui de la très prude Melliora n'est en rien dissimulé par l'auteur. On est bien loin des personnages féminins éthérés qui distribuent leurs faveurs d'un air hautain. Bien au contraire, Amena, Melliora, Alovysa ou encore la malheureuse Violetta (une autre amoureuse de Delmont) brûlent d'une passion pour le beau comte qui pourraient paraître excessive aux yeux de certains (d'où le titre). L'amour de Delmont semble presque insignifiant en comparaison et ses manœuvres de séduction apparaissent plus comme un libertinage sans conséquences que comme un véritable sentiment amoureux.

Ceci dit, si la première et la seconde partie du récit se lisent plutôt bien, ce déploiement d'émotions et cet « amour excessif » produisent à la fin un sentiment de saturation. Au bout d'un moment c'est simple, on n'en peut plus! Si c'était à la rigueur du français il serait aisé de sauter quelques lignes l'air de rien, sans que cela nuise à la compréhension du récit; mais l'anglais nous force à lire chaque phrase, chaque exclamation de douleur ou de joie, chaque crise de jalousie d'Alovysa ou chaque déclaration de Delmont. C'est bien simple, on sort du livre un peu déprimé, vaguement nauséeux, et presque surpris de n'entendre personne faire de déclarations ou se mourir d'amour au clair du lune. Au fond c'est peut-être mieux.


Quoi qu'il en soit, c'est Noël, c'est l'amour et tout le toutim alors joyeux Noël à tous! Promis, dès la prochaine note, on parle de livres violents... D'ici là bon réveillon!!

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

dens 03/01/2010 01:33


dans le meme genre il y a la chartreuse de parme de stendhal mais en beaucoup plus tragique


beux 03/01/2010 11:42


Oui, j'ai un bon souvenir de la chartreuse de Parme, mais la fin m'avait traumatisée ce me semble... ça finissait vraiment mal non?