Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:22

L06.jpgLes chants de la terre

La chasse sauvage t.1

Elspeth Cooper

éditions Bragelonne

2011

 

Amis aspirants écrivains, réjouissez-vous: aujourd'hui nous allons parler de l'art et la manière de faire un ouvrage de fantasy. Je vous arrête, je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un bon ouvrage. Nous allons faire comme l'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui. Nous allons prendre toute une série d'ingrédients standards pour en faire une bouillie qui est à la littérature ce que le fast-food est à la gastronomie.

Prenons déjà un titre évocateur, plein de poésie, rappelant à la fois la beauté de la nature et la tristesse des hommes. Ici il s'agit des Chants de la terre mais vous pouvez aussi appeler aussi votre prose Les silences de la mer, l'herbe des prés, L'oiseau de feu, Le regard de la truie... tout ça sonne mystérieux et mélancolique, d'entrée de jeu vous avez conquis votre lectorat.

Vous avez votre titre passons aux personnages. Pour le héros, il faut obligatoirement un orphelin (dès fois qu'on puisse lui inventer une prestigieuse famille dans le second volume de la série) un peu niais mais plein de bonne volonté et qui conjugue force physique (un maigrichon faiblard, ça perd de son panache quand même) et force mentale. Hop, voici Gair, notre protagoniste abandonné devant une église et qui entré dans les ordres des années plus tard, se fait excommunier parce qu'il entend le chant de la magie. Battu et chassé, il est heureusement recueilli par Alderan, le vieillard incontournable, plein de sagesse et de magie qui le prend sous son aile et l'emmène dans une sorte d'école pour apprendre à contrôler ses pouvoirs. Je vous rassure, Gair n'en a pas besoin; il est tellement fort à l'épée et tellement doué en magie que tous les hommes le jalousent et toutes les femmes soupirent d'amour en le regardant. Ce qui nous amène à la question de l'amoureuse. Gair ne peut passer toute sa vie seul à manier l'épée avec d'autres hommes en transpirant, ça ferait jaser. Dans la fantasy, il y a deux options d'héroïnes: soit la femme explosive, aussi forte qu'un homme et un peu cochonne, soit la douce oie blanche un peu timide mais avec des pouvoirs insoupçonnés. Là l'auteur hésitait donc elle en a mis deux: il y a Aysha, le prof de Gair,  une rebelle qui peut se transformer en animal comme lui et avec qui il fait sauvagement l'amour, et Tanith, l'amoureuse silencieuse, qui le soigne tendrement  parce que c'est une super guérisseuse et avec qui on sait que forcément le petit canaillou finira un jour quand même même s'il préfère pour l'instant faire des galipettes avec l'autre. Ajoutez à tous ces personnages le copain rigolo (Darin), pas très  doué sauf aux échecs mais qui fait plein de blagues pourries et avec qui le héros se sent bien et deux trois autres protagonistes cités pêle-mêle et qui n'ont d'intérêt que dans la scène finale lorsqu'ils meurent (ça donne un côté tragique). Personnages Ok, on passe au décor. Bien évidemment un monde un peu moyen-âgeux avec une Eglise toute-puissante: on change subtilement les noms (Saint Jean devient saint Ioan, la croix devient un chêne) histoire de dire mais voilà et face à cette institution nécrosée et pleine de vieux on oppose les magiciens fougueux et communiant avec la nature. L'intrigue? Gair ne peut pas rester tranquillement dans son école à rien faire, il lui faut un méchant vraiment méchant qui veut a) s'emparer d'un talisman magique pour b) briser le voile entre deux mondes et faire venir des démons. Huum ça me rappelle quelque chose et vous? Je vous rassure, la fin du monde n'est pas pour tout de suite, Gair est là et l'auteur a l'intention de faire une série pas un one shot. On met donc quand même une scène finale tragique, des gens qui pleurent de partout, un héros meurtri par la vie mais qui a terminé son apprentissage et qui est maintenant résolu à tuer le méchant vraiment méchant pour sauver le monde. Après cela, on boucle le premier tome avec un soupir de satisfaction et on envoie le tout à Bragelonne, éditeur spécialisé dans la  bonne vieille fantasy commerciale mais pas vraiment très originale. Voilà c'est fait! Félicitations vous venez de faire un mc Do littéraire. Gare aux indigestions...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Silwèk 02/09/2013 15:46

Ah... je retrouve pas mal de point commun avec mon roman en cours d'écriture. J'espère que mon mélange à moi sera un peu plus fructueux !
En tout cas grâce à cette critique je sais quoi lire pour voir quoi ne pas faire.
(Oui je fouille dans les archives mais je viens de découvrir ton blog grâce à boulet ^^)

fuindin 16/02/2012 18:53

En lisant la description, ça fait penser à du sous-Tad Williams (l'Arcane des épées)...
en même temps les personnages-archétypes (le héros orphelin, le vieux sage/mentor, le copain/aventurier marrant, la femme forte/princesse/garce etc) ont été théorisés par Joseph Campbell il y a
déjà une bonne cinquantaine d'années (cf les influences de G. Lucas pour Star Wars) : n'importe quel écrivaillon qui lit un "Comment écrire de la fantasy en 10 leçons" pompe donc peu ou prou les
mêmes ficelles...

beux 19/02/2012 20:56



Certes mais pour celui-là, c'est particulièrement fort: un peu de Harry Potter, un peu de l'Epée de Vérité, un peu de l'Assassin Royal, un peu d'Arcane des Epées (et Dieu sait que j'ai adoré
cette série par contre...)... Il y a pas mal d'archétypes dans la fantasy mais la plupart des auteurs arrivent à apporter leur petite touche. Ici il n'y a pas de petite touche, juste un très
mauvais mélange.



Domino 16/02/2012 09:06

Tanith joue tellement bien l'amoureuse silencieuse que je l'avais oublié...
Vite lu, vite oublié, une manière de combler un vide entre deux bons romans...

beux 19/02/2012 20:57



Contente que tu sois de mon avis! J'en profite d'ailleurs pour te remercier pour m'avoir fait découvrir "Hate List", ma prochaine critique. ça c'était un bon roman!



Molly 15/02/2012 22:48

Pardon pour la pauvreté littéraire de mon commentaire,
juste :

BIIIIIIIIIIIIMMM !!!!

beux 19/02/2012 20:57



En même temps, ce livre se passe de commentaires...