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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 13:56

L01.jpgEvelyna

Fanny Burney

éditions José Corti

1778

 

 

Evelina est une jolie jeune fille qui a eu la malchance de ne pas être reconnue par son père, un noble anglais qui a nié son mariage avec sa mère avant sa naissance. Quasiment orpheline de ce fait, Evelina est élevée par le révérend Villars, un homme d'une grande droiture qui l'aime comme sa fille et projette de l'établir à la campagne, loin de l'agitation de la ville. Mais le destin en décide autrement: pressée par ses amis, Evelina accompagne ces derniers à Londres et fait ses premiers pas dans la bonne société. Modeste mais naïve, elle commet quelques impairs et attire l'attention du séduisant lord Orville et du redoutable Clément Willoughby. Surtout, elle fait la connaissance de sa grand-mère maternelle, la terrifiante madame Duval, une femme rustre et sans éducation qui entend bien diriger sa petite-fille et la rétablir au rang qu'elle mérite...

Ecrit sous la forme d'un roman épistolaire (surprenant pour un récit du 18ème siècle n'est-il pas?), Evelina a des défauts assez similaires aux romans de Richardson: la description d'une société policée, lisse, et des personnages qui ne sortent pas de leur cadre: les nobles sont nobles, les jeunes filles se doivent d'être douces et réservées et il n'existe pas, comme le souligne Les 1001 Livres... de "malpropreté urbaine" dans Evelina qui, en aucun cas, ne se présente comme comme une critique de l'ordre établi. En revanche, l'approche de la société londonnienne est intéressante car le récit est fait par Evelina. Or, l'héroïne pour le coup est loin d'être aussi fade que la Paméla de Richardson par exemple: elle est bien éduquée certes, a le sens des convenances, mais, inexpérimentée, est un peu perdue dans une société où le moindre faux pas est remarqué et critiqué. Son premier bal par exemple, au cours duquel elle accumule les maladresses, est un moment très drôle tout comme sa naïveté et sa tendance à faire confiance au premier inconnu qui passe et qui la conduit immanquablement à des situations embarrassantes ou dangereuses. Sa façon même de tomber doucement amoureuse de lord Orville, innocemment, est rafraîchissante. Les autres personnages sont également bien croqués: le capitaires Mirvan, un homme grossier et toujours prêt à des plaisanteries douteuses pas très loin des personnages de Smollet ou de Fielding, madame Duval, une femme vulgaire et commune qui se pique de distinction, le dangereux Willoughby, la dolente et coquette lady Louisa... Curieusement, ce sont les deux modèles masculins du livre, le révérend Villars et lord Orville, qui attirent le moins la sympathie, tous deux presque trop parfaits (surtout le révérend, lord Orville ayant l'"avantage" d'être amoureux, donc pas forcément toujours très rationnel) pour un lecteur (ou une lectrice) qui, aujourd'hui, n'a pas forcément la même idée de la perfection qu'au 18e siècle. Ecrit par une femme de près de trente ans, Evelina est une comédie de moeurs et un intéressant roman psychologique qui laisse parfois passer par endroits une certaine ironie et un comique discret. Si c'est regrettable que Fanny Burney n'ait pu laisser libre cours à toute sa verve, sans doute elle-même entravée par sa propre éducation, son roman demeure néanmoins un agréable récit qui ravira tous les amateurs de Jane Austen, son héritière littéraire directe.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

urgonthe 14/08/2011 19:22


Eh oui, les romans de Fanny Burney sont charmants, rafraîchissants, enthousiasmants. Un peu cul-culs, mais on y trouve une bonne part de bouffonnerie avec les personnages secondaires peu
recommandables.


beux 15/08/2011 12:08



Je confirme: mes personnages préférés dans "Evelina" étaient la grand-mère française et les cousins grossiers. J'ai vu que dans les 1001 livres... il y a un autre roman de Fanny Burney et je suis
curieuse de voir comment celui-ci est...