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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 10:38

L01.jpgEmma

Jane Austen

éditions Archipel

 

Emma Woodhouse, jeune fille de 21 ans vivant seule avec un père veuf et très à cheval sur ses petites habitudes, s'ennuie depuis que sa gouvernante et meilleure amie, Miss Taylor, s'est mariée. Aussi pour se distraire décide-t'elle de se lancer dans une carrière d'entremetteuse et de réunir les âmes esseulées de son entourage. Et c'est avec Harriet Smith, une jolie enfant d'obscure naissance qu'elle décide de commencer, ambitionnant de lui faire épouser le galant vicaire Mr Elton. Mais Emma a beau être de bonne volonté et une fort belle âme, c'est également une jeune fille têtue et pas forcément très subtile qui interprète les faits dans le sens qui lui convient. Aussi ses plans prennent-ils très rapidement un tour inattendu...

Dernier ouvrage de Jane Austen publié de son vivant et également dernier de ses livres faisant partie des 1001 livres..., Emma ne m'a pas autant interpellée que Orgueil et préjugés, la faute peut-être à un ton un tantinet plus moralisateur: l'héroïne s'obstine à élever une jeune fille, Harriet, au-dessus de sa condition, l'auteur marquant ainsi les dangers d'une société où les gens ne restent pas à leur place. De fait, j'avoue ne guère avoir apprécié le traitement qui est fait de Harriet qui, du fait de sa condition modeste, apparaît forcément comme une jeune fille faible, influençable, et véritable coeur d'artichaut. C'est ceci dit mon seul bémol. Emma est un personnage abouti qui, à elle seule, justifie la lecture de l'ouvrage. Véritable force de la nature, elle se révéle tour à tour intriguante et manipulatrice, soeur et fille dévouée, amie fidèle mais qui peut parfois se montrer cruelle... Elle multiplie les erreurs et les quiproquos avec la meilleure mauvaise foi du monde et s'aveugle tant sur ses sentiments que sur ceux de son entourage. Sa bonne humeur et sa joie de vivre n'en font pas une héroïne mièvre et la narration, vue essentiellement à travers ses yeux, la rend d'autant plus attachante au lecteur que celui-ci est invité à partager son cheminement et ses errances. C'est également à travers ses yeux que le lecteur appréhende le petit monde qui gravite autour d'elle, toujours cette même société close que dans Raison et sentiments ou Orgueil et préjugés, et adopte de ce fait le même regard critique et tendre pour juger la trop parfaite Miss Fairfax, la trop bavarde Miss Bates, l'épuisante Mrs Elton, l'hypocondriaque Mr Woodhouse... Seul l'énigmatique Mr Knightley échappe à ce jugement, la narration glissant même de son côté un bref instant vers le milieu de de l'histoire, permettant au récit de basculer et de perdre son côté subjectif. Cet effet mieux que tout autre artifice fait prendre conscience au lecteur que le héros masculin n'est ni le fat Elton ni le séduisant Churchill, mais bien l'homme mûr et le confident d'Emma, celui qui la voit telle qu'elle est avec ses qualités et ses défauts... Ce jeu de narrations, la réussite dans la description des caractères et des situations, tout cela fait d'Emma une grande réussite littéraire et nous fait regretter que la vie de son auteur se soit achevée deux ans plus tard...

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Published by beux - dans Classiques
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