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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:15

L06.jpgLes 120 jours de Sodome

Marquis de Sade

10/18

(1785)

 

Il existe peu de livres dont je ne sois pas venue à bout. Celui dont je vais vous parler aujourd'hui fait partie de ceux que j'ai failli abandonner en cours de route. Mais, cette fois, ce n'était pas par ennui; c'était par dégoût. Vous êtes prêts? l'écrivain du jour est le marquis de Sade.

C'est en 1785, alors emprisonné à la Bastille par sa famille pour des raisons qui n'avaient franchement rien de politique, que Sade entreprit la rédaction des 120 jours de Sodome. L'histoire se passe sous le règne de Louis XV: quatre libertins fortunés décident de se retirer dans un château coupé du monde avec leurs épouses, des petites filles et des petits garçons, des vieilles et des hommes sélectionnés pour leur anatomie avantageuse (j'essaie de tourner ça de façon élégante vous noterez) Là pendant 120 jours, les libertins mettent tout en commun et se livrent à des orgies sexuelles soigneusement réglementées: règles strictes au moment des soupers, roulement des épouses et des vieilles, dépucelage plannifié des petits garçons et des petites filles... Personne ne peut se soulager sans la permission des maîtres des lieux. Chaque soir, une "historienne" (une vieille maquerelle) conte à l'assemblée des pratiques sexuelles qu'elle a pu observer et que bien souvent nos libertins s'empressent de mettre immédiatement en pratique eux-mêmes. La première historienne pendant un mois se cantonne aux "150 passions simples" (des pratiques peu ragoûtantes mais au demeurant peu méchantes), la seconde le deuxième mois,  enchaîne sur les "150 passions doubles ou de seconde classe" (des pratiques déjà plus élaborées), la troisième est assignée aux "passions criminelles" (pratiques sexuelles souvent accompagnées de tortures) et la dernière termine par les "passions meurtrières"(pratiques qui débouchent sur la mort du cobaye) Lors de cette dernière phase, les libertins mettent eux-même en application ces pratiques en tuant la plupart de leurs compagnons. A la fin de l'aventure, sur les 46 personnes parties au château, seuls 16 reviendront à Paris.

C'est arithmétique, c'est glacial et c'est affreux. Pas la peine de m'accuser de pudibonderie, je ne vois sincèrement pas, à moins d'être un grand malade, quelle jouissance on peut ressentir en lisant des récits de tortures, d'incestes, de pédophilies, de zoophilies et de meurtres. Si Sade a donné son nom à l'adjectif "sadique", je comprends maintenant pleinement pourquoi. La première partie, la seule entièrement rédigée, les autres parties n'étant présentées que sous forme de plans, n'est pas la pire. Plus ennuyeuse qu'autre chose, elle présente surtout des jouissances sexuelles accompagnées de coprophagie (ah oui, c'est un thème réccurent dans Les 120 jours de Sodome) et si je vous déconseille sa lecture au matin après votre petit-déjeuner (j'ai testé pour vous) , elle n'a rien de très choquant. Les trois autres parties sont beaucoup plus difficiles et il y a quelque chose de profondément affreux dans cette narration mécanique et cette accumulation d'horreurs déversées froidement par un narrateur qui s'adresse parfois à lui-même en s'exhortant à ne rien oublier. C'est surtout là que réside l'intérêt du récit, dans ce style dépourvu de chaleur et de vie, qui peut peindre des personnages plein de bonté et de douceur et les faire périr l'instant d'après dans la plus parfaite indifférence, dans cet auteur qui renie Dieu comme un enfant qui pique une crise de colère en espérant de la sorte attirer l'attention. Mais le marquis de Sade ne se contente pas de mettre à bas la religion, il nie également toute idée de bonté ou de vertu. Pourquoi se fatiguer à être bienveillant envers les autres alors qu'il est si simple d'être mauvais? Pourquoi se préoccuper du bonheur d'autrui? Dans Les 120 jours de Sodome, les bons périssent, les mauvais survivent. La justice n'existe pas et c'est peut-être ça qui est le plus affreux. Je suis venue à bout du livre, je parviendrais sans doute à lire Justine mais qu'on ne s'attende pas à ce que je crie au génie devant un homme de toute évidence profondément perturbé et qui a surtout montré qu'en matière d'horreurs, l'imagination humaine n'avait pas de limites...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

fanfarlo 06/10/2011 12:47


Tout d'abord merci de répondre, je suis content c'est la première fois que fais un com sur un forum, et oui ça fait un peu vieux jeu pour un mec de 29 ans.
Je vais essayer de faire court, je comprends ton point de vue beux, c'est ton blog de toute façon, la subjectivité est là évidemment comme dans la littérature et c'est tant mieux sinon tout ça
n'aurait aucun intéret. La littérature doit être la chose la plus subjective du monde!
Je ne pense pas qu'il y ait de sous-genres (je sais en tant qu'ancien libraire à quel point c'est agacent de se l'entendre dire), mais en revanche il ya beaucoup de sous-livres accorde le moi.
c'est comme en cinéma, il peut y avoir d'excellents divertissements, plus agréable à voir que bien des films dits "importants", mais cela reste du divertissement (même si culturellement cela peut
avoir son importance). La littérature est un art majeur, il faut savoir la respecter en tant que tel, rien d'incompatible avec le plaisir de lire tel ou tel roman et d'avoir ses préférences.
J'adore la peinture, et voir des toiles à côté de la plaque de soi-disants artistes en vente ds des galeries (la plupart!) à des prix faramineux me fait tout autant que de dire de nothomb ou
gavalda qu'elles font de la littérature. Si on ne fait les tatillons comme je viens de le faire un jour on ne fera plus du tout la différence, attention danger !(je monte un peu sur mes grands
chevaux mais suis assez d'accord avec moi-même sur ce point).
Bref g pas fais court, bravo pour ton blog tout de même je trouve qu'il ya plein de bonne choses, continue!


Fanfarlo 04/10/2011 11:08


entièrement d'accord avec dr orlof, n'oublions pas de se placer dans le contexte historique et littéraire de lépoque. Ce sont des écrits d'une importance capitale, Sade dit bien d'autres choses que
de la pornographie de bas étage comme j'ai pu le lire dans certains commentaires... le nombre de commentaires que provoque cet article prouve que Sade est encore bien vivant plus de 200 ans après
son décès. Il ne s'agit pas d'apprécier sa littérature en tant que bon divertissement, on touche ici à la quintessence de la littérature, à la capacité qu'à celle ci de dire des choses sur l'homme,
même si on ne sait les accepter et les voir. Je parle d'un point de vue philosiphique, poétique, linguistique. Oui c'est horrible et dégoutant ce qu'il écrit, c'est même sans doute ce qui a été
écrit de plus horrible et degoutant, mais n'est-ce que cela? Déjà, d'être capable de comprendre et imaginer ce qu'il a écrit prouve qu'il avait raison de le faire. Si on peut imaginer et décrire
cela c'est que c'est possible, et rien que cela rend Sade intéressant et plus que ça, essentiel.
Ton article, beux, je le comprend tout à fait, ta réaction après lecture aussi, mais ne juge pas ce genre d'écriture comme tu juge un Fred Vargas par exemple, on joue pas dans la même cour là. Je
pense que tu devrais préciser un peu ça dans ton article, par soucis de cohérence.
En tout cas j'adore les petits lapins de boulet ;-)


beux 06/10/2011 11:54



Et encore un commentaire encore plus long que mon article! Bon je comprends ton point de vue: Sade fascine et il
fascinera toujours. Après je m'interroge: est-ce vraiment son écriture qui fascine ou est-ce l'homme? L'horreur fascine comme le montre l'engouement des gens pour les tueurs en série.
Personnellement je n'éprouve que du dégoût en lisant Sade et aucune fascination. Son écriture ne me touche pas. Pourquoi irai-je prétendre le contraire, sous prétexte qu'il s'agit de Sade? Je ne
suis pas d'accord avec toi aussi sur Vargas: il ne s'agit en aucun cas de "comparer" des livres entre eux. Aucun livre n'est comparable. En revanche, je m'interdis d'établir une échelle de
valeurs. Pourquoi est-ce qu'un livre serait mieux qu'un autre, qui le détermine? Qui te dit que dans quelques années un livre ne sera pas considéré comme un classique? Personnellement j'ai adoré
"Belle du Seigneur" de Cohen alors que l'une de mes collègues n'a jamais pu le finir. Je suis fanatique de Zola, le docteur Orlof te dira pis que pendre de ce dernier. Que nous le voulions ou
non, la littérature est subjective; il existe bien quelques critères objectifs, l'écriture, l'intrigue, mais la plus grande part relève de l'émotion. Dans ce blog je m'autorise à traiter les
livres tous de la même manière, de la bit lit au grand classique et je le reconnais, avec souvent de la mauvaise foi. Mais tu ne peux pas savoir à quel point c'est agaçant d'entendre le policier
ou la fantasy se faire traiter de sous-genres. Il n'y a encore pas si longtemps, rappelons-nous que le roman lui-même était considéré comme un genre mineur, loin derrière la poésie et le
théâtre... Et pour en revenir à des choses plus légères, oui, moi aussi j'adore mes petits lapins



fabien 03/10/2011 17:10


je ne suis pas volontairement dur avec Nothomb, c'est juste que c'est le premier nom qui m'est venus sous les doigts :)


elodie 02/10/2011 17:20


De Sade, je n'ai lu que "La philosophie dans le boudoir" pour un cours de littérature. Même s'il est assez "soft" (pour du Sade), j'avais été assez dégoutée de la scène finale alors les 120 jours
de Sodome, rien qu'au titre, ne me donne vraiment pas envie de le lire...


beux 03/10/2011 11:40



Je crois que Sade, à de rares exceptions près (Noëlle Chatelet par exemple) ne plaît pas beaucoup aux femmes^^ Je me souviendrais toujours de ma camarade de fac, pas forcément prude pourtant, qui
l'avait lue et qui m'en avait parlée le lendemain d'un air horrifié...



lusxword 30/09/2011 18:20


A part ça, s'il aimait le scatologique et le coprophage, je n'ose imaginer quel usage il aurait fait de youtube et autres supports pour contestataires rebelles, de nos jours. Uhuhu. ^^