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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 12:47

L02.jpgLe chat Murr

Hoffmann

éditions Gallimard

entre 1820 et 1822

 

De Hoffmann, si vous êtes comme moi, vous ne connaissez probablement guère que ses contes fantastiques et sans doute pas le curieux ouvrage Le chat Murr que Les 1001 livres... ont pourtant choisi de mettre à l'honneur. Comme son nom l'indique, l'histoire est celle du chat Murr, un matou érudit qui sait lire et écrire et peut ainsi rendre compte de sa vie et de son expérience auprès de son maître, un riche juif qui semble jouir d'une certaine notoriété. Là où l'affaire se corse, c'est que Murr a arraché sans vergognes les pages d'un autre livre pour s'en servir de buvard et de sous-main et que, du coup, à son récit se mêle la biographie d'un maître de chapelle du nom de Johannès Kreisler, intime de maître Abraham, le propriétaire du narrateur.

Toute la curiosité du livre de Hoffmann tient dans ce mélange improbable de genres et de rythmes. D'un côté vous avez le récit construit du chat, modèle de sagesse et d'érudition, qui réfléchit et tire parti de chacune de ses expériences pour atteindre à la connaissance suprême et, de l'autre, vous avez l'histoire de Kreisler, fragmentaire, incomplète et mettant en scène un homme inquiet, émotif, amoureux? et qui, tel un Hamlet du 19e hante les bois sombres et joue la folie pour mieux affronter un monde d'intrigues familiales, de duels, de nobles et de musique. Dans l'histoire de Murr, tout est cadré, analysé, soupesé; le style est classique, la prose élégante mêle quelques vers plus ou moins bons de l'animal. La biographie de Kreisler en revanche est hâchée, le style chargé et dialogues et chants alternent avec des événements dramatiques et passionnés. Renaissance contre gothique en bref. Là où ça devient intéressant c'est de constater que la pédanterie de Murr le rend légèrement ridicule d'autant plus que ses propos sont parfois en décalage avec les événements qu'ils racontent (la façon dont il va se cacher régulièrement sous le poêle pour échapper à ses ennemis ou la vision d'un monde qui ne dépasse jamais le seuil de la maison de son maître) tandis que Kreissler qui joue au fou laisse entrevoir une personnalité complexe et droite, tirailllé entre ses aspirations musicales et la jolie Julia à la voix d'or. Le plus sage des deux n'est pas forcément celui que l'on croit...

Reste que le chat Murr ne demeurera pas forcément un souvenir de lecture impérissable. Pourquoi? Déjà, je pense qu'il faut le lire d'une traite afin de mieux de profiter du décalage entre les deux points de vue et se laisser emporter par un récit complexe, plein de non-dits et de sous-entendus. Le lire par petits bouts est une mauvaise idée. Ensuite, le style d'Hoffmann, bien que plein de grâce, n'est pas non plus sans maladresses et sans longueurs, trop emphatique par endroits, trop mystérieux à d'autres. De plus, dans l'histoire de Kreisler, l'auteur se plaît à multiplier intrigues et mystères mais laisse finalement beaucoup trop de non-dits ce qui est d'autant plus frustrant que l'ouvrage n'a jamais été fini et que nous ne saurons jamais comment se termine l'histoire. C'est donc avec un goût d'inachevé que j'ai fini une lecture intéressante mais pas inoubliable.

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Published by beux - dans Classiques
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