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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 19:15
L02.jpgLe paysan parvenu
Marivaux
éditions Flammarion



Je n'aime pas les romans inachevés. ça me laisse sur ma faim et je trouve ça désagréable au possible. C'est comme cette fois où j'ai veillé très tard pour connaître la fin d'un téléfim au demeurant complètement stupide. Manque de chance, à la publicité, il y a eu un bug et le téléfilm est revenu à sa première partie. C'était très frustrant.
Bon, il y a des exceptions pourtant, et je dois reconnaître que Le paysan parvenu ne fait pas partie de ces oeuvres dont vous ne pouvez pas prédire la fin, avec suspens insoutenabie et intrigue étourdissante. En même temps nous sommes au 18ème siècle (et oui! Aujourd'hui c'est "classiques" mes enfants)
Nous connaissons tous ce brave Marivaux pour ces pièces de théâtre: Le jeu de l'amour et du hasard ou encore L'île des esclaves. Il fait même partie des ces auteurs dont le nom a donné lieu à la création d'un substantif; "marivaudage" qui signifie en gros un flirt un peu affecté mais raffiné. Marivaux en effet dans ces pièces de théâtre adorait employer un langage précieux, spirituel et que certains (mais qui? Impossible de m'en souvenir) considéraient comme artificiel, voyant dans le style de Marivaux une écriture en toile d'araignée propre à embrouiller le lecteur et spectateur.
Mais, surprise! Marivaux a écrit des romans, dont les deux plus célèbres, La vie de Marianne et Le paysan parvenu sont inachevés. C'est du second dont nous aller parler aujourd'hui.
Le paysan parvenu est un roman réaliste écrit à la première personne du singulier, narrant les aventures de Jacob, un fils de paysans qui, descendu à Paris, parvient à gravir les échelons des classes sociales pour finalement devenir noble grâce à une succession d'événements dont il parvient à tirer avantage et grâce aussi à son physique avenant et à son esprit qui lui permettent de conquérir le coeur de toutes ces dames. Nous n'assisterons pas à son triomphe final mais nous le voyons faire un mariage avantageux avec une vieille fille dévote qui en fait un bourgeois, nous le voyons faire la cour à de riches veuves et sauver un jeune noble...Autant de mésaventures qui l'éloignent davantage de son statut de fils de paysan.
L'édition du livre s'efforce de respecter au maximum la transcription originale du roman, ce qui fait que Le paysan parvenu est parfois difficile à suivre, mêlant allègrement la narration au discours direct sans aucune respiration. Au demeurant, réaliste, le récit est particulièrement drôle lorsqu'il brosse le portrait des différents personnages; les vieilles filles dévotes qui, malgré leur air dégoûté, mangent comme quatre, la veuve aux moeurs légères qui se cache sous un masque de vertu, la brave commère qui promet de garder un secret et qui le révèle accidentellement à la moitié de la ville, le directeur de conscience hypocrite... Tout cela est fait avec beaucoup de finesse et avec une distance qui rend l'écriture ironique sans être virulente, drôle sans être méchante... Mais, si Marivaux brille à mon sens dans l'art du portrait, il se montre parfois un peu redondant, revenant souvent sur des détails ou s'attardant sur des situations qui, peut-être ne méritaient pas tant d'attention. Ainsi, le roman compte cinq parties et, si les quatre premières se lisent avec plaisir, j'ai commencé à la cinquième à éprouver un certain sentiment de lassitude en suivant les aventures de celui qui ne se nommait plus Jacob. Le personnage, attachant au début, l'est de moins en moins; il devient plus calculateur, plus séducteur, joue mieux de ses charmes pour obtenir ce qu'il désire... Seul Marivaux sait ce qu'il serait devenu à la fin du roman: un noble oui, mais à quel prix? Voilà une chose que nous ne saurons jamais...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Gabriel 25/02/2010 12:05


En gros, le fond de l'histoire est assez similaire a celui de "Bel-ami" de Maupassant, je me trompe?


beux 27/02/2010 19:53


Tu me poses un colle.... Celui-là je l'ai pas lu! Il me semble ceci dit grosso modo que oui le fond de l'histoire est la même. A ceci vrai que dans Bel ami le personnage principal n'est pas
forcément très sympa. Le héros du Paysan parvenu lui n'est pas foncièrement mauvais et fait preuve d'une certaine noblesse d'esprit (il refuse d'épouser une servante qui a déjà roucoulé avec son
maître, il refuse le travail d'un autre, malade) par contre, aurait-il conservé cette noblesse durant tout le roman? Qui plus est, il n'est pas d'une très grande fidélité...