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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 11:21

L01.jpgJacques le fataliste

Diderot

éditions Livre de Poche

 

Un peu de sérieux maintenant voulez-vous? Nous avons beaucoup parlé dans ce blog de Jean-Jacques Rousseau, il est temps maintenant de parler un peu de son "frère ennemi", Diderot. De ce dernier, j'avoue que j'avais une assez mauvaise opinion que je me vois contrainte de réviser. Jacques le fataliste que je prenais pour un conte philosophique à la Candide s'est en effet révélé beaucoup plus intéressant que prévu.

Tout commence sur une route où Jacques et son maître cheminent. D'où venaient-ils et où allaient-ils l'auteur s'en soucie peu et nous le fait savoir: "Comment s'étaient-ils rencontrés? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils? Que vous importe? D'où venaient-ils? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils? Est-ce que l'on sait où l'on va?". Pour passer le temps, le maître de Jacques demande à ce dernier de lui faire le récit de ses amours. Jacques, bavard impénitent ne se fait pas prier mais son histoire va être interrompue à de nombreuses reprises: incidents sur le chemin, interventions du lecteur, d'autres histoires qui, à la façon de poupées gigognes s'intercalent  dans la trame principale du roman... Tout pour empêcher le malheureux Jacques de finir son récit, contretemps que le valet prend à la légère car, fataliste, il est persuadé que "tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut." et que par conséquent il est destiné à ne jamais terminer l'histoire de ses amours...

Dans Jacques le fataliste, Diderot se reconnaît deux modèles: Tristram Shandy à qui il emprunte le principe des digressions, des récits à tiroirs et de l'ironie joyeuse, et Don Quichotte à qui il prend le couple maître/valet et l'art de faire un roman qui se moque du roman. En effet, l'auteur interpelle régulièrement son lecteur et lui montre à de nombreuses reprises les "coutures" du récit: "Vous voyez, lecteur, combien je suis obligeant; il ne tiendrait qu'à moi de donner un coup de fouet aux chevaux qui traînent le carosse drapé de noir, d'assembler à la porte du gîte prochain Jacques, son maître, les gardes des Fermes ou les cavaliers de maréchaussée avec le reste de leur cortège, d'interrompre l'histoire du capitaine de Jacques et de vous impatienter à mon aise." De la sorte, Diderot montre tout le côté artificiel du roman et surrenchérit avec de nombreuses approximations et quelques incohérences qui, sans nuire à la qualité de l'écriture, montre toute la désinvolture d'un écrivain qui ne prend pas le genre très au sérieux et qui du coup le modèle et le transforme avec des effets stylistiques et des ruptures narratives tout à fait plaisants. Vous l'avez compris: le Diderot romancier me plaît beaucoup. Je suis en revanche beaucoup moins convaincue par le Diderot philosophe car le fatalisme de Jacques (tout ce qui nous arrive est déterminé à l'avance) que l'auteur partage plus ou moins, n'est pour le coup franchement pas ma tasse de thé. Ceci dit, la bonne humeur des personnages, les multiples intrigues, les rebondissements plus ou moins vraisemblables m'ont permis de passer sans peine sur cette divergence d'opinion et me font attendre avec une réelle curiosité ma prochaine lecture de Diderot....  

 

Et comme chaque année, pour les Lorrains en général et les Nancéiens en particulier, je vous rappelle les dates pour le marché de Noël au profit des enfants hospitalisés qui se déroulera à Vandoeuvre:

 

http://www.vandoeuvre.fr/agenda/marche-de-noel-de-l-aremig

 

Cette année c'est sur trois week-ends! N'hésitez pas si vous avez un peu de temps libre...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

BBJ 25/11/2012 22:28

C'est également l'un des romans qu'affectionne particulièrement Milan Kundera qui en a fait une pièce de théâtre.
Je suis tout à fait d'accord avec vous, je préfère de loin les romans de Diderot (en tout cas celui là) que ses écrits philosophiques et divers essais.

beux 26/11/2012 11:11



J'ai lu il y a quelques années le neveu de Rameau (que je vais essayer de relire bientôt du coup d'ailleurs) et j'avais trouvé ça ennuyeux justement car je trouvais que c'était plus un
essai qu'un roman. Jacques le fataliste en revanche est très vivant. Je suis du coup assez impatiente de commencer la religieuse histoire de voir ce que ça donne...



urgonthe 22/11/2012 17:53

Tristram Shandy, vraiment ? Comme c'est tout à fait le genre de romans que j'adore, ça fait un bon point pour Diderot.

beux 26/11/2012 11:04



ça m'étonne que tu n'aies pas lu jacques le fataliste! Je pense que pour le coup ça pourrait beaucoup te plaire...