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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 11:54

L05.jpgQue font les rennes après Noël?

Olivia Rosenthal

éditions Verticales

(2010)

 

Bonne question n'est-ce pas? En tous cas si vous vous intéressez au père Noël et à ses rennes... N'ayant jamais cru au père Noël, c'est une question qui pour le coup ne m'a jamais empêchée de dormir, ce qui n'est assurément pas le cas de notre héroïne sans nom qui a toujours développé une passion pour les animaux. Manque de chance ses parents ont toujours refusé de lui en donner un. Parallèlement, la narration met en scène un éleveur, boucher, soigneur? (rayer la mention inutile) qui témoigne de son expérience dans les zoos, les laboratoires d'expérimentations, les abattoirs, les élevages, bref dans tous ces lieux où l'animal est sous contrôle de l'homme. 

Le but de l'auteur est simple: il s'agit de mettre en parallèle un animal emprisonné, pris au piège, avec une jeune fille lambda qui a le sentiment d'être elle-même prise au piège, élevée contre sa nature. Bon, résultat des courses, la réalité de sa nature est somme toute assez décevante: je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire, une femme qui se découvre psychopathe, schizophrène, enfin quelque chose d'assez comparable à l'histoire du film La féline dont la narration relate l'histoire, celle d'une femme ordinaire qui, peu après son mariage se transforme en panthère. Vous verrez, le dénouement est plus banal, mais là n'est pas la question. L'idée de base n'est pas inintéressante (l'histoire d'une jeune fille puis femme qui lutte contre sa propre nature, tentant de se fondre dans un moule) et le rapprochement avec le monde animalier est plutôt bien vu. Olivia Rosenthal nous brosse une description saisissante des zoos, des élevages et autres, descriptions qui pour le coup m'ont presque plus intéressée et plus touchée que la narration concernant l'héroïne (au fond c'est moi le monstre) En bref, la partie "documentaire" est plus prenante que l'histoire en elle-même. Et pourquoi me direz-vous? Pour une raison très bête: le style. L'auteur n'avait manifestement pas envie de se fondre dans la masse des auteurs de commun et, au lieu d'opter pour une narration traditionnelle, décide d'alterner la narration à la première personne du singulier (l'éleveur/boucher/soigneur, rien à dire là-dessus) avec une narration... à la deuxième personne du pluriel (le Vous de majesté de l'héroïne). Et là, c'est l'horreur. Autant vous dire; si j'avais lu la quatrième de couverture avant d'emprunter le livre, j'aurais reposé le livre directement sur la table. Non mais!  Voici un extrait:

" Vous ne désirez rien d'autre que de faire plaisir à votre mère. Vous ne désirez rien d'autre que de vous soustraire au regard de votre mère. Votre propre ambivalence vous empêche de prendre des décisions. Vous gardez le silence. Vous grandissez."

Vous me direz: un paragraphe ça va. Mais la moitié d'un roman comme ça, c'est lourd, vraiment très lourd. D'autant plus qu'Olivia Rosenthal, sans doute fan des oeuvres de Marguerite Duras à ses heures perdues, n'hésite pas à user et abuser des répétitions pour bien montrer à quel point son héroïne doit se taire, grandir, etc. "Vous vous préparez" ,"Vous vous oubliez" ou "Vous vous retenez" sont ainsi répétés de long en large, procédé qui avait sans doute un grand succès dans les années 70 mais qui paraît maintenant furieusement démodé. C'est aussi subtil qu'un écriteau annonçant: "ATTENTION, HEROINE COMPLEXEE SUR LE POINT DE VIVRE MUTATION MAJEURE DANS SA VIE" et ça a le petit côté pompeux que je déteste: "Regardez-moi je ne suis pas un vulgaire écrivain qui se contente d'écrire des histoires, je manie la langue française moi." A-t-on le droit de préciser: mal?

Si donc vous êtes amateur de que le roman français a de plus prétentieux et que vous avez envie de vous la jouer en parlant d'un roman primé (car ce genre de livres hélas! remporte des prix) alors n'hésitez pas! Moi, enfin je veux dire vous, Vous vous taisez.

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Published by beux - dans Roman
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