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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 13:54

L09.jpgHistoire de Tom Jones

Fielding

Editions Gallimard

 

 

Certes, se conformer au 1001 livres…de façon systématique en prenant les livres un par un sans jamais s’autoriser d’écart a un côté psychorigide je le reconnais volontiers (on me l’a assez reproché) mais cette méthode permet parfois de belles découvertes : ainsi je doute m’être volontairement arrêté sur l’histoire de Tom Jones, ce en quoi j’aurais eu tort, encore une fois.

Fielding, auteur anglais du 18ème siècle, avait déjà toute ma sympathie avant même la lecture de son ouvrage : ce brave homme avait en effet parodié Pamela de Richardson avec son Shamela, ridiculisant de la sorte un livre qui à son sens n’était que de la littérature pour « midinettes » (dixit la préface) Lui-même, homme de théâtre, en se lançant dans l’écriture de Tom Jones, avait pour ambition de se lancer dans un genre, le roman, dont la souplesse et l’absence de règles lui permettaient une liberté totale : pas de contraintes de temps ni d’espace, pas de langage imposé… Fielding d’ailleurs semble s’émerveiller lui-même de cette liberté, n’hésitant pas à intervenir dans le récit au début de chaque partie, spectateur de sa propre histoire…

Cette histoire, c’est celle de Tom Jones, un jeune garçon trouvé par le squire (un homme de loi) Allworthy qui, pris de pitié pour le bébé décide de le garder et de l’élever comme son fils. Tom Jones grandit, d’un naturel aimable mais un tantinet désinvolte et libertin : il multiplie frasques et impairs tandis qu’à ses côtés le neveu d’Allworthy, Blifil, élevé avec lui, prend plaisir à le dénigrer, dissimulant une méchanceté pour le coup réelle sous un masque de vertu. L’hypocrisie a gain de cause : Tom se fait chasser du domaine du squire, laissant derrière lui l’amour de sa vie, Sophie Western, la fille d’un voisin à laquelle son statut de bâtard lui interdit de prétendre. Mais Sophie, bien que d’une grande sagesse (d’où son nom) est loin d’être une héroïne soumise et, lorsque son père prétend la marier de force à Blifil, elle s’enfuit, partant à son tour sur les routes où qui sait ? Le destin pourrait bien l’amener à retrouver Tom Jones…

L’histoire de Tom Jones fait plus de mille pages. Roman fleuve, il mêle le genre picaresque (le personnage de Partridge, serviteur de Jones fait furieusement penser à celui Sancho Panza dans Don Quichotte) le roman d’apprentissage et le roman comique à la manière d’un Rabelais, il joue avec tous les registres de langues, depuis le style épique (Fielding s’en sert notamment avec humour pour décrire avec emphase… un combat de rue) jusqu’au langage familier. Bref, l’auteur se sert de tous les moyens disponibles pour un récit qui mêle destin individuel (l’histoire de Tom et Sophie) à destin collectif (le portrait de l’Angleterre du 18ème siècle à travers sa campagne, ses auberges et ses villes) On appréciera l’humour de Fielding qui pointe gentiment les travers de son objet d’étude, la nature humaine, qui, avec lui, contrairement à Richardson, n’est jamais ou totalement sublime ou totalement odieuse. En effet sorti du personnage de Sophie (parfaite) et de Blifil (abject) les autres protagonistes se situent dans un entre-deux beaucoup plus réaliste qui de ce fait les rendent presque tous sympathiques. Tom Jones, notre héros en est l’illustration parfaite car, malgré sa bonté naturelle, il multiplie les erreurs et les faux pas, nous donnant parfois envie de le secouer par les épaules. Mais ce que j’ai le plus apprécié dans l’Histoire de Tom Jones, ce sont les petits détails : Sophie qui, après avoir prétendu que Jones lui faisait horreur, s’habille avec beaucoup de soin pour le recevoir ou qui rate un rendez-vous avec son soupirant parce qu’elle ne savait pas quel ruban choisir pour le voir…J’ai aimé aussi les personnages franchement comiques, le père de Sophie presque toujours ivre et qui multiplie tour à tour malédictions et promesses à sa fille bien-aimée, Partridge le barbier aux talents multiples… Enfin, pour résumer, j’ai apprécié une histoire, tout simplement, un roman avec coups de théâtre, rebondissements, scènes de vaudeville et scènes plus tragiques… L’histoire de Tom Jones n’est pas seulement un livre qui mérite le détour pour le style ou pour telle ou telle référence de l’époque. C’est tout simplement un grand roman d’aventures, l’histoire d’un amour entre deux êtres qui semblent destinés à rester séparés à jamais. Mais, comme nous sommes tous un jour ou l’autre des lecteurs basiques, nous avons besoin de croire à un dénouement heureux…

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Misc 16/07/2010 12:35


Ca fait plaisir de voir un lapin si heureux!
Ca serait bien que les lapins fonctionnent comme des categories, comme ca on pourrait obtenir une liste des livres que tu as juges hors du commun en cliquant sur un lapin heureux.


beux 21/07/2010 20:12



Ce serait une bonne idée en effet! Malheureusement, j'ai une confidence à te faire: je suis absolument nulle en informatique et je sais seulement gérer les fonctions de base de mon blog (poster
un article, répondre aux commentaires etc.) En fait ça fait près de deux mois que je veux mettre des blogs en lien par exemple et que je suis forcée d'attendre que mon frère veuille bien s'en
occuper, alors si je lui demande de rajouter une catégorie "lapins", je pense qu'il va m'étrangler...


En revanche, d'ici peu, je pense faire un classement rapide des livres que j'ai beaucoup apprécié, histoire justement de ne pas forcer le lecteur à parcourir tout le blog pour trouver les livres
qui m'ont plus...



canthilde 14/07/2010 18:38


Oui, Fielding est beaucoup plus rigolo que Richardson et quel plaisir de lecture ! "Joseph Andrews" (le frère de Pamela, encore une parodie) lui ressemble un peu.


beux 21/07/2010 20:12



Il faut aussi que je me le procure celui-là!



Martin 14/07/2010 01:54


Hello,
j'ai envie de lire ce livre depuis longtemps, voilà qui me motive encora davantage.
bonne soirée


beux 21/07/2010 20:14



C'est une bonne idée! un petit conseil: évitez de lire la préface, du moins avant la lecture de l'ouvrage. La préface révèle des informations sur le roman et j'ai trouvé ça dommage... Bonne
soirée à vous (avec une semaine de retard)