Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 15:15

L01.jpgL'arabe du futur

Riad Sattouf

Allary éditions

2014

 

Sous forme d'une bande dessinée, Riad Sattouf, l'auteur entre autres de La vie secrète des jeunes, revient sur ses premières années. Né de mère française et de père syrien, c'est un enfant blond qui va d'abord passer son enfance en Libye, puis en Syrie, deux pays alors sous les dictatures respectives de Khadafi et d'Hafez Al-Assad.

C'est rare qu'un livre me mette mal à l'aise, encore moins une bande dessinée. C'est pourtant le cas ici. Il n'y a rien de gommé et d'atténué dans cette description du monde arabe vu à travers les yeux d'un enfant : des maisons qu'on peut occuper si elles sont vides, des allocutions télé à la gloire du dirigeant en place, des immeubles jamais terminés, des pendaisons et des promenades en famille. Un univers qui contraste fortement avec les vacances passées en Bretagne auprès de la famille française. C'est un univers qui nous paraît totalement étranger, avec des touches de tendresse (la grand-mère qui sourit sans rien dire, le père qui montre à son fils comment faire tomber les fruits d'un arbre..) mais également beaucoup de violence : enfants qui jouent avec des pistolets ou livrés à eux-mêmes, tortures d'animaux, messages de haine... Toutes les contradictions d'un peuple qui se retrouvent dans le père du héros lui-même : celui qui se révèle être par ailleurs un père aimant et un homme cultivé, méprisant la bigoterie et l'obscurantisme et rêvant d'un "arabe du futur" lettré et apte à se prendre en main, celui-là même quand il se retrouve chez lui prend la défense de Khadafi ou d'Hafez Al-Assad, tient des propos haineux contre juifs et américains et fait clairement comprendre à son fils que la femme est un être inférieur. A dire vrai, j'ai trouvé ça un peu décourageant. Décourageant de se rendre compte à quel point le choc des cultures peut être brutal. Bien sûr, il s'agit de souvenirs datant de trente ans mais tout de même. C'est plutôt rude. Là où je trouve Sattouf particulièrement bon, c'est quand dans son dessin il laisse le regard s'attarder sur les détails : le père qui dit des horreurs devant la télé mais, tout ce que l'enfant note et retient, c'est sa position, la tête relevée alors qu'il est couché par terre ; les petites voitures rangées impeccablement en ligne, les motifs symétriques de l'étoile de David... Tout pour nous rappeler que c'est à travers les yeux d'un gamin de six ans que nous vivons ce récit et que ce dernier s'intéresse moins à la situation géopolitique de la Libye ou de la Syrie qu'au fait qu'il perd toujours aux petits soldats parce que ses cousins lui filent systématiquement les soldats juifs.  Cela produit un mélange détonnant entre innocence et cruauté (le dessin est doux, presque enfantin, le propos violent), entre souvenirs d'enfance assez émouvants et descriptions qui n'ont rien de complaisantes. Je suis donc sortie plus que perturbée de cette lecture, ce qui ne m'empêchera pas de lire la suite dès qu'elle sortira. 

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans B.D.
commenter cet article

commentaires