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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:26

L08.jpgRob Roy

Walter Scott

éditions Robert Laffont

1817

 

J'avais déjà entendu parler de Rob Roy par le passé en lisant des romans sans doute déjà datés et qui évoquait le livre de Walter Scott en le présentant comme le récit d'aventure par excellence. Aussi n'ai-je pas été surprise de le retrouver dans les 1001 livres... En revanche, c'est en voulant me le procurer que j'ai découvert avec étonnement que :

a) Rob Roy n'est plus édité et ne se trouve que dans des oeuvres complètes.

b) et ben en fait, le livre n'est pas connu que ça.

 

Ajoutons à cela que, après lecture, je comprends un peu pourquoi l'ouvrage a mal vieilli.

 

Si Rob Roy est bien le nom d'un personnage, celui d'un brigand écossais ayant réellement existé, le narrateur est Franck Osbaldistone, un jeune homme rêveur qui aime écrire des vers et ne peut se résigner à reprendre le métier de son père, commerçant de son état. Ce dernier, mécontent, menace de le déshériter et l'envoie chez son oncle tandis que son cousin Rasleigh prend sa place dans la succession. Franck fait de la sorte connaissance avec son oncle, ses cousins et, surtout, une ravissante et lointaine cousine, Diana Vernon, dont il tombe immédiatement amoureux. Mais, entre les malversations de Rasleigh, des démêlés judiciaires et les tensions politiques entre catholiques et protestants à la veille de la révolte de 1715, Franck se retrouve bientôt embarqué dans d'incroyables péripéties qui le mèneront au coeur de l'Ecosse et lui feront faire la connaissance de Robert Campbell, alias Rob Roy, bandit écossais au grand coeur (l'équivalent de Robin Hood) qui, à la tête d'un clan pille les villages et tient tête aux forces de l'ordre...

Dans ce roman, Walter Scott se penche sur le parcours d'un jeune homme tiraillé entre son devoir et ses aspirations, son amour pour une femme et son respect pour un père. Encore faut-il relativiser car à dire vrai, Franck n'hésite guère. Il sacrifie son amour de la poésie pour suivre une carrière dans les affaires, quitte Diana pour voler au secours d'un père et, en dépit de sa sympathie pour Rob Roy lutte contre lui et ses sympathisants, ardent défenseur du gouvernement protestant et d'un monde où les horloges tournent à l'heure. Est-il besoin de le dire? Franck n'est guère un personnage intéressant : il est lisse, ne remet rien en question, et regrette immédiatement son seul acte de rébellion, avoir tenu tête à son père. Rien d'étonnant à ce que beaucoup considèrent Rob Roy comme le véritable héros de l'histoire, le narrateur ne jouant alors qu'un simple rôle de spectacteur. Rob Roy est un homme haut en couleurs, brigand sans cruauté et qui se bat pour ses idées quitte à braver le pays tout entier. Il ruse, il s'échappe, il a une bonne dose d'humour et un certain sens de l'honneur. Ainsi, alors que Franck semble être le jouet de sa destinée, Rob Roy la domine. Inutile de dire lequel des deux est le plus intéressant. Dommage que Walter Scott n'aille pas au bout de son idée : de ce roman il aurait pu faire quelque chose d'assez subversif mais, à la place il en fait un récit historique sans revendications et présente Rob Roy comme un personnage atypique qui n'a guère de place dans le monde réel et bien rangé de Franck et n'éveille aucun écho en lui. Ce parti pris ainsi qu'un style assez poussiéreux a fait que Rob Roy n'a pas éveillé en moi un intérêt majeur si ce n'est pour l'histoire de l'Ecosse, un pays que notre auteur décrit avec beaucoup de réalisme et un sincère enthousiasme. Espérons que Ivanhoé, prochain roman de Walter Scott sur ma liste, m'apporte plus de satisfaction...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

urgonthe 27/10/2013 15:29

Je vais faire plus court comme commentaire. :-p J'ai voulu découvrir Walter Scott aussi, Le Nain noir m'a bien plu mais Le Cœur du Midlothian m'a semblé interminable et plutôt mal fichu. Du coup
j'ai laissé tomber toute velléité de lire l'intégrale Scott et je pense qu'il y a suffisamment d'auteurs pour ne pas être à court de lectures.

beux 30/10/2013 10:44



Certes ! Ceci dit, sans lire l'intégrale Scott, dans la mesure où j'en ai quelques-un en stock, je vais tenter de poursuivre avec lui. Je te dirais si ça valait le coup finalement ou pas^^



Jacques C 22/10/2013 23:08

Dans le genre "roman d'aventure atypique", je vous recommande "L'ancre de miséricorde", de Pierre Mac Orlan (qui était français, comme son pseudonyme ne l'indique pas)...

Jacques C 16/10/2013 22:04

Merci de cette réponse détaillée ;-). En fait, je ne suis pas sûr d'être un "admirateur de Rob Roy". J'en gardais simplement un bon souvenir, et un souvenir mâtiné justement d'une forme de
frustration et de nostalgie, qui me semblaient l'objet-même du roman.

Maintenant que vous en parlez, je me souviens aussi des détails financiers (barbants). Peut-être était-ce une mode à l'époque. Mais je me demande si ce n'était pas également un élément essentiel du
contexte.

En fait, nous lisons "Rob Roy" comme un roman d'aventure, que nous voudrions voir se dérouler dans un monde neutre ou romantique (tels la plupart des romans d'aventure), alors qu'il était sans
doute plutôt un témoignage d'une époque (une sorte de "roman de mœurs" !) : la normalisation militaire et policière de l'Écosse par l'Angleterre, le tournant de la Révolution industrielle et
l'avènement d'une Angleterre industrieuse et commerçante, etc. Dans ce cadre, les détails financiers et l'intrigue commerciale avaient toute leur place, puisqu'ils étaient au cœur de la
transformation en cours, au cœur de l'avènement de ce "nouvel ordre anglais", au cœur de cette disparition des vieux codes aventureux et de l'Écosse.

Cela a sans doute mal vieilli, mais il est probable que ce roman soit plus un témoignage clinique et désillusionné qu'un roman d'aventure tel que nous l'entendons aujourd'hui. La réalité d'alors
était froide et déprimante : l'arrière-plan du roman est froid et déprimant.

Pour ce qui est de la fin, je viens de voir sur Sainte-Wiki (dont je me méfie toujours mais qui me permet de rafraîchir ma mémoire... et de me donner quelques infos supplémentaires) que Walter
Scott lui-même reconnaissait l'avoir ratée, ou du moins de ne pas avoir su comment la maîtriser. C'est aussi un souvenir que j'avais, un happy-end bâclé -- mais qui a le mérite de renforcer la
frustration puisque nous pouvons nous dire "Et Rob Roy, alors ?".

Bon, voilà en tout cas l'effet que m'avait fait le roman, renforcé sans doute par les explications données par une mère prof d'anglais qui connaissait bien l'histoire de la Grande-Bretagne et qui
m'avait aidé à comprendre la situation de l'Écosse (je trichais, quoi). Mais je n'irais pas jusqu'à dire que "j'admire" ce roman, et ce n'est qu'une explication possible, peut-être faussée par la
distance du souvenir (il faudrait en fait que je le relise, c'est ancien tout ça)...


NB : Songeant à un autre roman de Walter Scott, "Quentin Durward", je me prends à me demander s'il n'y a pas un schéma "scottien" typique : une situation historique complexe, un jeune héros loyal
au "parti" dont nous savons a posteriori qu'il a gagné, une sympathie manifeste pour le "parti" dont nous savons a posteriori qu'il a perdu.
Dans "Quentin Durward", le héros est fidèle à Louis XI alors même que tout le récit montre la duplicité de ce roi et nous présente l'autre prétendant au trône de France, Charles le Téméraire, de
façon bien plus sympathique ! C'est peut-être un choix de Walter Scott : mettre le héros dans le camp des "vainqueurs" alors même qu'il a lui même plus de sympathie pour le camp des "perdants". Il
faut reconnaître que c'est plus subtil que le choix de 99% des auteurs, et que ça provoque bien plus de questions et de perplexité !
Je crois que j'avais trouvé dans ces deux romans le même trouble de découvrir la complexité de l'histoire, le même tiraillement entre une sympathie mécanique pour le héros et une sympathie
construite pour l'adversaire (même si dans "Quentin Durward" ce n'est pas exactement l'adversaire du héros, puisque seul le hasard à conduit Durward dans ce camp plutôt que l'autre). Dans les deux
cas, il y a cette notion de loyauté pour un engagement pris et la révélation que l'ennemi peut être sympathique (et, dans "Quentin Durward", la compréhension par le héros qu'il n'a pas forcément
envie de mener à bien la mission qui lui a été confiée).
Cette démarche est sans doute particulièrement efficace pour un lecteur adolescent (ce que j'étais lors de ma découverte de ces deux romans), puisqu'elle résonne avec les doutes de l'adolescence,
puisqu'elle montre un monde contrasté, déroutant, subtil, puisqu'elle fait "grandir", puisqu'elle parle à l'intelligence.

beux 22/10/2013 16:45



Hypothèse intéressante : j'ai d'autres livres de Walter Scott à découvrir du coup ce me sera plus facile de la vérifier. Il est difficile d'appréhender un auteur par un seul roman. Je suis assez
d'accord avec vous sur l'idée qu'on se fait du roman d'aventures: il est clair que je m'attendais à un roman en totale rupture avec la réalité alors que Rob Roy tient plus du roman
historique et, comme vous le dites, du roman d'apprentissage... Ou peut-être est-ce que les anglo-saxons ont une conception différente du roman d'aventures car Robinson Crusoé est aussi
un roman d'aventures, et pourtant jamais je n'ai trouvé de roman plus terre-à-terre...



Jacques C 15/10/2013 22:13

C'est bizarre, j'avais gardé un bon souvenir de ce roman (lu il y a longtemps, toutefois...). Surtout, j'ai l'impression que vous auriez trop voulu pouvoir vous identifier au narrateur, ce qui vous
fait analyser au premier degré la déception de le constater plutôt falot et peu intéressant. Or, c'est loin d'être une dimension fade du roman : c'est son objet-même. Dans mon souvenir, "Rob Roy"
est précisément un roman de la fin d'une époque, un roman désenchanté. Un peu comme la fin du "Seigneur des Anneaux" : la fin d'un monde, le sacrifice du romantisme et de l'aventure au profit du
nouveau monde bien propre construit par la Révolution industrielle.

Avec "Rob Roy", Walter Scott exprime sa propre frustration de n'être qu'un écrivain (et pas un homme d'action), et ce sentiment de nostalgie à vivre dans un monde certes propre et calme, mais sans
aventure ni romanesque. Cet aspect-là est d'autant plus évident que Walter Scott était un nationaliste écossais : il s'incarne forcément plus dans le personnage de Rob Roy que dans celui d'un
patriote anglais !

La déception que vous exprimez est le but même du roman. Elle n'est pas à prendre au premier degré comme une preuve de ratage, mais bien au contraire comme la preuve de sa vraie réussite. À travers
ce récit, Walter Scott vous a fait ressentir directement ce regret, cette nostalgie d'un monde disparu (et peut-être fantasmé).

NB 1 : Ce que vous dites sur la faible notoriété du roman me semble très... spécifique à la France. Je l'ai toujours entendu présenté par les Anglo-Saxons comme l'un de leurs romans majeurs, et je
serais surpris qu'il ne soit pas réédité régulièrement en Angleterre et surtout en Écosse.

NB 2 : Je suis TRÈS surpris que vous parliez simplement d'une crise entre protestants et catholiques (alors qu'il s'agit surtout d'une crise entre une Écosse récemment annexée par l'Angleterre pour
former le Royaume-Uni, et une Angleterre normative et impérialiste), et que vous ne signaliez pas que le narrateur est... Anglais ! Car l'absence de ces deux aspects supprime 90% du ressort du
récit ! Le narrateur ne prend pas le parti de "l'ordre" mais de sa patrie... et il en est d'autant plus marri qu'il éprouve une vraie sympathie pour l'Écosse et Rob Roy. Il y a donc un déchirement
patriotique parfaitement compréhensible dans un contexte politique très fort, et pas simplement un goût personnel pour l'ordre.
Vraiment, présenter ce roman sans signaler que le narrateur est dans le camp adverse à celui de Rob Roy (et plus précisément dans le camp d'une Angleterre qui vient d'annexer l'Écosse), me paraît
vraiment étonnant. Peut-être ce contexte historique vous a-t-il échappé, ce qui pourrait expliquer votre moindre appréciation du roman.

beux 16/10/2013 11:24



Ah un admirateur de Rob Roy! Avant tout merci pour votre commentaire. Je suis contente de pouvoir discuter avec quelqu'un qui a lu le livre...


Pour tout l'aspect historique, ne vous inquiètez pas, j'ai simplifié pour la note mais j'avais quand même perçu la dimension plus importante que querelle catholiques/ protestants. L'ennui c'est
que si je développais je me lançais dans une histoire de l'Ecosse dont j'aurais sans doute très mal parlé, du coup j'ai préféré m'abstenir. Ceci dit, vous avez raison sur une chose: j'aurais dû
préciser que le narrateur était anglais, l'auteur écossais et le "héros" écossais itou.


Revenons au narrateur si vous le voulez bien. Certes il est anglais et de ce fait doit lutter sans doute contre son gré contre ses amis et ses propres cousins. Cependant, d'un autre côté, ce même
gouvernement anglais lui a fait des misères, il a failli être jeté à plusieurs reprises en prison et pourtant le narrateur continue à le servir bêtement, sans sembler se poser de questions. Rob
Roy au contraire lui sauve la vie et il est aimé par une catholique. Franck en agit de même avec son père : ce dernier le déshérite, lui marque ouvertement son mépris, pourtant dès qu'il est en
difficultés, Franck s'empresse d'aller le secourir. Je ne dis pas que l'amour du devoir ne peut pas primer chez un homme; mais ce qui m'a agacé le plus dans ce personnage falot c'est justement
l'absence d'hésitations, de balancement.


Dire que Rob Roy est le roman de la fin d'une époque et que la déception que l'on ressent est tout ce qui en fait l'intérêt est une possibilité que je vous accorde volontiers. Mais c'est
peut-être justement ce qui m'a déplu, cette idée que l'ordre doit régner et que des héros comme Rob doivent s'effacer au profit de personnages comme Franck. Je pense que l'intérêt du livre de
Scott est plus subtil que ce que j'ai écrit certes. Il y a des romans qui après seconde lecture révèlent tout leur intérêt (La condition humaine de Malraux par exemple) et que l'ouvrage de Walter
Scott en fait partie. Après, ce qui m'a énormément agacée dans Rob Roy et que je n'ai pas signalé dans ma note, c'est cette manie de coller des chiffres et de l'argent à toutes les sauces,
expliquer toutes les transactions financières... Je suppose que c'est pour rendre le récit plus réaliste, mais je trouve ça insupportable. Ce genre de descriptions m'avaient déjà rendu très
ennuyeuse la lecture de Robinson Crusoë.


Une petite précision pour les éditions : oui Rob Roy n'est pas édité seul en français, mais je pense que dans les pays anglo-saxons il est régulièrement réédité. Je n'ai pas eu le courage
cependant de le lire en anglais... De manière générale, j'ai l'impression que Walter Scott et Charles Dickens par exemple sont des auteurs très prisés dans les pays anglo-saxons, alors que chez
nous, sans être totalement inconnus, ils ne jouissent pas de la même popularité.


Voilà. J'espère que ma réponse est assez claire (il est encore tôt) En tous cas, merci encore pour votre commentaire et à bientôt