Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 19:42

L07.jpg50 nuances de Grey

EL James

éditions JC Lattès

 

Nous sommes samedi soir; votre cerveau tout le mien a-t'-il trop travaillé cette semaine? ça tombe bien: aujourd'hui nous n'allons pas trop nous fatiguer les méninges et parler du phénomène littéraire du moment: Cinquante nuances de Grey, le best-seller érotique supposé transporter toutes les femmes frustrées au septième ciel. Je ne mentirai pas: personne ne m'a forcée à lire ça, je suis uniquement victime de ma curiosité. Car on ne peut qu'être victime de ce livre.

Tout commence avec Anastasia Steele, dite Ana, étudiante en lettres de vingt et un ans, vierge, sérieuse, gentille, qui travaille au magasin de bricolage du coin pour payer ses études (c'est si glamour) et qui doit, pour dépanner sa colocataire et meilleure amie, interwiever pour le journal de la fac Christian Grey, sémillant chef d'entreprise de six ans son aîné, accessoirement multimilliardaire et fabuleusement beau. Evidemment Ana flashe sur cet homme et réciproquement. Tout les sépare mais Christian la veut, elle. Aussi se lance-t-il dans une offensive sérieuse pour la séduire (promenades en hélico, filature par téléphone, regards ténébreux, la routine quoi) tout en la prévenant: il n'est pas l'homme qu'il lui faut, il y a en lui un côté sombre (Indice: un gars qui fait suivre une femme rencontrée une seule fois a très vraisemblablement quelques problèmes psychologiques) Mais Ana est accroc, aussi quand elle découvre que Christian Grey est sado-maso et qu'il veut lui faire signer un contrat pour faire d'elle sa "Soumise" elle hésite bien un peu mais bon allez... quelques fessées par ci par là c'est pas si terrible...

En fait, je sais pas par où commencer. Ce livre est une telle catastrophe qu'on ne sait pas, sans mauvais jeux de mots, par quel bout le prendre. Commençons donc par le style. La thématique est adulte, pourquoi diable le livre est-il écrit sous la forme de journal intime d'une ado attardée? Un usage systématique du présent (le passé est de toute évidence trop difficile à maîtriser) des comparaisons... et bien, je crois que j'utilisais les mêmes quand j'étais au collège: "Sa voix aussi veloutée que du chocolat noir". Ok si tu le dis... Le pire c'est quand Ana se pique de définir ses émotions intimes, qui sont au demeurant assez sommaires puisqu'elle est soit tourmentée par sa conscience (c'est mal tout ça tu sais ce gars est un peu un harceleur quand même) soit par sa "déesse intérieure" (???) chienne en chaleur qui se fout que Christian Grey soit un dangereux psychopathe pourvu qu'il lui fournisse son quota de parties de jambes en l'air et d'orgasmes. Bon, Ana écoute plus sa déesse intérieure, ce qui donne lieu à quantité de scènes de sexe plus ou moins fantaisistes, réclamant plus ou moins d'imagination (il y a un truc avec des glaçons et du vin blanc qui me laisse quand même un peu perplexe je l'avoue) mais qui restent bien loin de la pornographie sadienne je vous rassure (ou vous déçois). Ceci dit, je peux pardonner le style car le style est tellement mauvais que j'ai eu de bonnes crises de fous rires devant certains passages dignes d'un Harlequin. Ce qui m'a revanche beaucoup moins fait rire, ce sont les personnages antipathiques au possible. Je ne sais pas qui est le pire: lui, le multimilliardaire ultra-possessif et protecteur qui la fait suivre, l'empêche de trop boire (l'alcool c'est mal; j'adore le puritanisme anglo-saxon  qui arrive même à pointer le bout de son nez dans un roman érotique!)  et de parler à des inconnus, ou elle, la cruchonne qui glousse et qui trouve quand même que bon de temps en temps Christian exagère mais il est si beeeeeeeeeeeeeeeeau! De toute évidence l'auteur confond innocence et niaiserie car Ana est profondément stupide: franchement quelle femme (même vierge) va dire quand un homme lui explique avec un regard lubrique qu'il va lui montrer sa "salle de jeux": "Vous voulez qu'on joue avec votre X.box? Vous avez la réponse? Moi oui: une gourde.

Voilà voilà... Pour résumer Cinquante nuances de Grey c'est du Twilight pour adultes, une histoire d'amour entre deux êtres incompatibles mais qui s'aiiiiiiiiiiiiiiiiiiment donc ils vont forcément surmonter leurs quelques divergences concernant la fessée (elle semble assez open pour la cravache) et être heureux ensemble. Soyez dans la joie c'est une trilogie petits veinards, Ana et Christian vont encore pouvoir se déchirer et se réconcilier sur un bureau, un lit, dans un hangar, contre un lavabo, dans la baignoire.... Bon je vous garantis pas que moi je serais encore là pour assister à leurs ébats, sauf si, à la rigueur, le héros éventre sa dulcinée dans un moment de passion comme Sade le fait avec ses héroïnes...

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article

commentaires

Alexia 05/05/2013 16:09

Bonjour, bonjour !

Je passe de temps en temps lire les critiques que tu fais, même si, souvent, je ne connais pas les livres en question, c'est toujours très agréable à lire, que tu aies aimé ou non.

J'avoue que le titre "Twilight hard" m'a beaucoup fait rire parce que...
A l'origine, Fifty shades of grey s'appelait "Master of the universe" et était une fanfiction... twilight !

Que dire de plus ?
Le côté "phénomène" m'a titillée je l'avoue. Quand c'est comme ça, soit, justement, je décide de ne pas lire, soit je me laisse tenter pour voir.

J'étais partie sur la première option, ce qui a été conforté par les petits détails que j'ai appris sur ce détournement habile de copyright et je ne peux que continuer sur cette voie quand je lis
ta critique.

Merci !

Alexia

beux 13/05/2013 19:50



Ah ah de rien! Merci beaucoup pour ton commentaire. J'ignorais le coup de la "fanfiction" mais me voilà renseignée maintenant! Pour "50 nuances..." moi j'avoue que je me suis fait avoir par le
côté phénomène justement et que j'ai décidé de tenter le coup... avec le résultat que tu connais^^ Mais bon, je ne regrette pas ma lecture car au moins je peux dire de quoi ça parle et puis j'ai
fait rire pas mal de monde avec ma critique a priori donc tout n'est pas perdu...



luxsword 02/12/2012 18:10

C'est terrible de voir qu'un bouquin marketé "mumm porn", ou "porno pour ménagère" ait autant de succès. Y a tellement de mépris et de misogynie dans ces termes que ça aurait dû faire repoussoir,
mais non, des tonnes de femmes sont heureuses de payer pour un truc qui les prend ouvertement pour des cruches. C'est vraiment triste.

beux 06/12/2012 20:47



Bah, il vaut mieux prendre ça à la rigolade va. Des goûts et des couleurs... Tant qu'après on ne nous impose pas le modèle du macho dominateur comme seul modèle d'homme valable ça me va...
Personnellement ça ne me fait pas rêver, je préfère le style  rêveur



urgonthe 22/11/2012 17:57

Gourde ou terriblement perverse, la belle Ana ! J'aime bien que tu te sois sacrifiée pour la bonne cause, ça évite à plein de monde de le lire (je n'avais pas l'intention de le lire, bien sûr ;
peut-être de l'offrir à ma mère pour son anniversaire...) et en plus ça donne un billet hilarant. Et comment vont-ils bien pouvoir en faire une adaptation hollywoodienne suffisamment rentable, donc
pas interdite aux moins de seize ans ?

beux 26/11/2012 11:07



C'est la question que je me pose: car, quand je vois comme ils ont galéré déjà pour adapter Hunger Games pour les moins de 16 ans (à mon grand désespoir d'ailleurs) je ne sais pas
comment ils vont faire pour celui-là. Et s'ils y arrivent, je serais très curieuse de voir le résultat



julien 18/11/2012 18:10

une raison de ce succès ? Un plan marketing en béton ,avec témoignage aux 20h du genre "moi je suis une grosse lectrice exigeante et tout et tout et bien j'ai vraiment adoré" et un bon matraquage
une semaine avant la sortie ! ce qui m'amuse le plus avec ce bouquin c'est les gloussements des ados qui le feuillète !

beux 22/11/2012 13:03



Assez d'accord même si je suis triste, j'ai loupé le témoignage de 20h de la lectrice exigeante! Mais je pense qu'effectivement, c'est le matraquage médiatique et le succès outre-atlantique qui a
fait l'essentiel du succès en France. Moi, ce que j'aime, ce sont les petites dames toutes timides qui viennent me demander "vous savez, ce livre qui a marché très fort aux Etats-Unis et dont on
parle beaucoup". Quand je suis gentille, je vais le chercher directement; quand je suis d'humeur un peu sadique, je demande d'un air innocent: "ah bon? Et ça parle de quoi?"



Rudy 17/11/2012 19:04

C'est fou qu'une telle merde soit en tête des ventes depuis un peu plus d'une semaine... J'espère qu'il s'agit plutôt d'achats compulsifs ou "par curiosité". Pourtant j'avais trouvé que la
quatrième de couv' annonçait bien la couleur. En tant que libraire, peut-être a-tu une explication concernant le succès commercial de ce roman ?

beux 22/11/2012 13:00



Comme le dit bien Julien, l'effet matraquage joue aussi beaucoup...Et la curiosité a fait le reste! Après, les meilleures ventes ne sont pas forcément des chef-d'oeuvres c'est même souvent le
contraire^^. La lecture de "50 nuances de grey" est facile et pour des ados par exemple ou des mères de famille un peu sages, le thème un peu osé doit les émoustiller je suppose. Après
ça me fait plus sourire qu'autre chose. Contrairement à certains libraires, je ne partage pas forcément l'idée que nous ne devons vendre que de la qualité. Quand je conseille un livre j'essaie de
conseiller quelque chose de bien évidemment, mais surtout quelque chose qui plaise à la personne en face. Et malheureusement, quelquefois (souvent) les gens ont des goûts un peu pourris! Ce n'est
pas bien grave va. Nous aimons tous au moins un livre mal écrit, ou un film joué avec les pieds. ça ne me choque pas forcément que 50 nuances de Grey se vende bien. Mais si on venait
crier au chef-d'oeuvre, là ça m'énerverait beaucoup plus....