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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:54

L04.jpgMama black widow

Iceberg Slim

éditions Points

(1969)

 

 

Iceberg Slim n'est pas un écrivain "traditionnel". Célèbre proxénète à Chicago dans les années 50, il fit plusieurs fois de la prison, jusqu'au jour où, en cellule d'isolement, il se rendit compte du gâchis qu'avait été jusque là sa vie. Il se mit alors à écrire, écrivant sur ce qu'il connaissait le mieux, la condition de l'homme noir dans le ghetto, méprisé et haï par les Blancs et condamné à survivre par des moyens douteux ou à mourir dans la misère. Mama black widow, l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui, complète la trilogie "autobiographique" de Slim, amorcée par Pimp et Trick Baby. Dans ce roman, Slim fait parler Otis Tilson, travesti noir qui lui raconte sa vie; Otis, benjamin d'une famille de quatre enfants, vivait avec les siens dans le Mississipi jusqu'au jour où sous la pression de sa mère, son père accepte de déménager dans le Nord, dans un ghetto de Chicago. Otis découvre alors l'envers du décor: des policiers corrompus et haineux, un diacre pédophile, des drogués et des proxénètes... Sa famille, dirigée par une "Mama" prête à tout pour obtenir de l'argent, vole bientôt en éclats et Otis se retrouve livré à lui-même, tiraillé entre son amour pour la jolie Dorcas et son désir pour les hommes...

Ici pas de style recherché ni de récit elducoré. Slim nous livre un roman brut, violent, dur. Les dialogues sont directs, l'histoire est racontée sans détours et d'autant plus effrayante qu'il s'agit d'une histoire vraie. Sans doute trop habituée à la poésie de Murakami ou aux récits d'ados, j'ai vécu les premières pages de Mama black widow comme de véritables coups de poings dans le ventre. Toute la misère du monde semble concentrée dans le récit de la vie d'Otis, une vie sur laquelle plane en continu l'ombre de la "mama", cette mère victime durant son enfance qui se montre, peut-être même sans le vouloir, un véritable bourreau pour les siens et accélère la ruine de sa famille, méprisant son mari, vendant ses filles... Au milieu du constat sans espoir d'une société corrompue et violente, l'auteur glisse cependant ça et là quelques jolies touches qui tranchent avec le reste du récit: un Noël passé en famille, le sourire de Carol, la soeur du narrateur, et le comportement du narrateur lui-même qui, malgré toutes les horreurs qu'il endure, ne parvient pas à devenir mauvais ni même à haïr. Il reste humain et c'est ce qui rend son destin d'autant plus tragique. Mais, une fois n'est pas coutume, je vais laisser la parole à l'auteur du livre:

"Il n'y a pas de dialogues psychologiques ésotériques, de sermons accablants ou d'assommantes notes dans ce récit d'une vie. Les dialogues sont dans la langue crue des pédés, du ghetto noir, du Sud profond, des bas-fonds. Si peinture critique de la société il y a, elle se trouve dans l'âpreté des conflits internes et externes de cette lutte tragique qu'Otis Tilson mène pour se libérer de la garce perverse brûlant en lui. Elle se trouve également dans la façon de vivre du frère aîné d'Otis et de ses deux jolies soeurs à la dérive dans un monde sombre de proxénétisme, de crime, de violence, où le bien est condamné et le mal applaudi."

Et je crois que pour le coup, rien ne résume mieux le livre que ces quelques lignes.

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

DF 05/04/2013 22:50

PS: merci pour le compliment sur ma chronique! :-)

DF 05/04/2013 22:50

... effectivement, je crois que c'est "Mama Black Widow" qui m'a le plus secoué: les deux premiers peuvent encore se lire comme des romans noirs, ce qui est plus difficile avec "Mama Black Widow",
qui a un côté "peinture sociale sans concession" appuyé. Du Zola nouvelle manière?

DF 03/04/2013 22:37

Je viens de le terminer et de le chroniquer chez moi - c'est du lourd, en effet, et peut-être le plus violent des trois romans de sa "Trilogie du Ghetto".

beux 05/04/2013 20:50



Je n'ai pas lu les deux premiers donc je te crois sur parole! Je m'y mettrai je pense mais si je me souviens bien, j'ai été assez "choquée" (dans le sens de secouée) par ce tome, donc du coup
j'ai un peu peur d'encaisser encore des romans assez noirs... Mais en même temps j'ai bien aimé donc je me laisserai tôt ou tard tenter...


 


Ps: lu ta chronique d'ailleurs: Très jolie critique!



canthilde 05/02/2011 11:50


Pas pour moi pour l'instant mais ça me semble un livre fort prometteur...