Témoignage

Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 19:54

L01.jpg L'année où j'ai vécu selon la Bible

A.J. Jacobs

éditions Actes Sud


 

Je vous ai déjà parlé de A.J Jacobs et de son Journal d'un cobaye. Souvenez-vous, A.J Jacobs c'est ce journaliste new-yorkais qui aime mener des expériences que personne ne songerait seulement à tenter: dire la vérité absolue pendant un mois, sous-traiter entièrement sa vie personnelle, se faire passer pour une jeune fille séduisante sur Internet... L'expérience cependant qui l'a rendu célèbre est celle dont je vais vous parler aujourd'hui.

L'auteur est juif, mais issu d'une famille non pratiquante. Lui-même se définit volontiers comme agnostique. Cependant, intrigué par la proportion d'américains qui déclarent prendre les Ecritures au pied de la lettre, il décide d'appliquer lui-même la Bible de façon littérale pendant un an. Pendant neuf mois, du fait de sa religion de naissance, il se conformera aux règles de l'Ancien Testament et, les trois derniers mois, suivra celles du Nouveau. Facile? Vous pensez bien que non. Ma très gentille soeur m'a déclarée qu'il y avait plus de 900 commandements dans la Bible. Il y a les faciles, les dix de base: tu ne voleras point, tu honoreras ton père et ta mère, etc. Mais certains sont plus problèmatiques: porter du blanc et nouer les coins de ses habits, sacrifier des animaux, jouer de la harpe à dix cordes, lapider les adultères et ceux qui ne respectent pas le jour du Sabbat...  Voilà donc notre cobaye métamorphosé, vêtu de blanc (sans fibres mélangées car c'est interdit) avec une barbe qu'il n'a pas le droit de raser et essayant de suivre un nombre incalculables de règles tout en rencontrant un panel de gens plus ou moins concernés par le fait religieux.

L'expérience peut vous sembler un rien idiote; pour l'auteur il s'agissait surtout de replonger dans les racines de son passé en essayant de comprendre la religion de ses ancêtre et voir si cette dernière lui était profitable. Une quête spirituelle poussée à l'extrême certes mais qui est menée avec beaucoup d'humour et surtout une ouverture d'esprit assez remarquable. Il faut en effet un certain sens de l'auto-dérision pour se promener dans New-York en toge blanche et demander à un marché si leurs fruits proviennent d'un arbre vieux d'au moins cinq ans. Quant aux rencontres de l'auteur, elles sont pour le moins variées! Entre les manieurs de serpent (car il est dit dans la Bible que si on a la foi il ne faut pas craindre les morsures du serpent) les adeptes du créationnisme, ceux qui égorgent les poulets et le club des athées ("Certains de mes amis sont athées à cette seule fin d'éviter de faire partie d'un groupe qui se réunirait le week-end pour discuter d'un projet d'émission sur la chaîne câblée associative. L'expression 'club athée' semblait un oxymore, pourquoi pas un défilé de l'apathie? Mais ça existe") A.J Jacobs louvoie et interroge, curieux de percer l'essence de la foi à travers toutes ces assemblées dont beaucoup paraissent de prime abord absurdes. Il parvient même à lasser un témoin de Jéovah qu'il a convoqué chez lui, exploit qui n'est pas des moindres... Ceci dit, je trouve assez touchante la façon dont il procède puisque, en dépit de ses convictions, il ne se moque pas et essaie de comprendre chacune des théories qui lui sont exposées... Le seul bémol? Le survol un peu rapide du Nouveau Testament, mais qui, du fait de sa religion native, est un choix logique.

Je vous laisse découvrir la conclusion de l'ouvrage qui, même si elle n'est pas tranchée, est tout de même plus développée que dans Journal d'un cobaye et donne du sens à une expérience qui peut sembler j'en conviens légèrement insensée. L'année où j'ai vécu selon la Bible n'est pas un plaidoyer pour la religion pas plus qu'il n'est un pamphlet. C'est avant tout le témoignage d'un homme qui mène une quête personnelle. C'est intéressant et comme le souligne la quatrième de couverture, ça amène le lecteur à porter un regard entièrement neuf sur le livre le plus lu au monde...

Par beux - Publié dans : Témoignage
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 13:57

L02.jpg No Impact Man

Colin Beavan

éditions Fleuve Noir

 

"Peut-on sauver la planète sans rendre dingue sa famille?"

 

Après Florence Aubenas, on reste dans les livres "expérimentaux" avec No Impact Man de Beavan, ouvrage qui a connu un certain succès grâce notamment au blog. De quoi s'agit-il cette fois? D'un historien new-yorkais qui aimait beaucoup se montrer alarmiste sur l'environnement, le réchauffement climatique et tutti quanti et, accessoirement, blâmer sa femme qui regardait beaucoup de niaiseries à la télévision. Jusqu'au jour où il se rend compte que, lui-même, en matière de protection de la planète, ne se foule pas des masses. En guise de mea culpa, il décide donc de mener une expérience pour le moins insolite en essayant de limiter pendant un an son "empreinte écologique" au minimum. Facile me direz-vous? Pas tant que ça puisqu'il s'agit pour ce new-yorkais branché vivant en plein coeur de Manhattan de renoncer à la climatisation, au métro et au traiteur. L'expérience se fait par étapes: d'abord limiter les déchets: plus de sacs, plus de gobelets pour le café, plus de traiteurs ni de pizzas à emporter mais également plus de couches plastiques pour la petite... C'est terminé églament pour le métro, l'ascenseur ou l'avion... Ensuite, il s'agit de se nourrir de façon "écologiquement responsable" en se cantonnant à des produits (essentiellement des légumes) qui viennent des environs et de ne plus rien acheter de neuf (adieu café et shopping). Enfin, Beavan termine en coupant carrément l'électricité dans son appartement et en s'éclairant à la lampe solaire et à la bougie (fabriquée avec une cire près de chez lui bien sûr).

La démonstration est simple: il s'agit de prouver que, chacun de nous à sa manière agit sur l'environnement. Vous croyez être "écologiquement responsable" pour reprendre cette expression un peu ridicule ? Je croyais l'être aussi. Sauf que je vais dans les fast-foods, que j'achète des plats à emporter et que je consomme peut-être un peu trop d'eau. Beavan, en se remettant lui-même en question nous amène également à nous interroger sur nous-mêmes et cela met extrêmement mal à l'aise. Pour autant, l'auteur ne minimise pas le rôle des industries, des commerces et de son propre gouvernement. Il décrit également avec beaucoup d'humour son année expérimentale qui est faite de beaucoup de petites privations, de frustrations, de quelques tricheries (impossible pour son épouse et lui-même de se priver de café) mais aussi de plaisirs (la redécouverte du vélo, un rythme de vie plus sain et plus serein...)

Après, il faut dire ce qu'il est, No Impact Man tombe parfois dans un sentimentalisme un peu agaçant. L'auteur joue volontiers sur la corde sensible du lecteur (les pauvres ours polaires, les enfants ashmatiques..) La cause est juste certes mais à vouloir en faire trop, ça agace plus qu'autre chose. Qui plus est, je ne suis pas une fanatique des considérations philosophiques de Beavan et de ses contes orientaux insérés ça et là dans le récit qui brodent invariablement sur le même thème: soyons tous frères et communions avec Mère Nature. Le livre pour le coup, s'il avait été plus "neutre" aurait gagné en crédibilité.

Au final, que retenir de l'expérience de No Impact Man? Je vous rassure, l'auteur n'a pas poursuivi l'expérience au-delà de l'année fatidique mais il a apporté quelques ajustements à son mode de vie. Le but n'est pas de prôner un retour en arrière ni un ascétisme forcé mais de simplement faire prendre conscience que, chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à la sauvegarde de la planète... sans pour autant renoncer à l'électricité.

 

Et sur cette note un peu moralisatrice, je vais aller me gaver de chocolats dont j'ignore la provenance et je vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes de Pâques!

Par beux - Publié dans : Témoignage
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 08:49
L02.jpg Le quai de Ouistreham
Florence Aubenas
éditions de l'Olivier



Je ne suis pas une fanatique des écrits de journalistes qui s'improvisent auteurs et, a priori, encore moins lorsqu'il s'agit d'une journaliste aussi sur-médiatisée que Florence Aubenas. Mais, pour le coup, après avoir lu la quatrième de couverture, la tentation a été la plus forte.
Florence Aubenas, comme nous tous, avait entendu parler de la crise, mais ce mot était un concept qui, elle l'avoue bien volontiers, ne représentait pour elle aucune signification réelle. La voilà donc qui démissionne, change de coupe de cheveux et de ville, s'installe dans un studio meublé et tente de décrocher un emploi. Elle a 48 ans et, sur son CV, elle marque qu'elle est uniquement titulaire d'un baccalauréat. Son pari est le suivant: poursuivre son expérience jusqu'à ce qu'elle décroche un CDI. Il lui faudra six mois, six mois de privations, de petits contrats décrochés ça et là en tant que femme de ménage, six mois à courir du Pôle Emploi aux différents sites de nettoyage... Je me dis seulement une chose: six mois? Elle a eu de la chance.
Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est que Florence Aubenas abandonne tout statut de journaliste. Il lui aurait été facile de garder une certaine distance par rapport à son sujet, de se placer en tant qu'observatrice. Le quai de Ouistreham bien au contraire est vraiment une plongée dans un monde plutôt hostile. L'auteur n'est qu'une "précaire" parmi d'autres et, ne serait-ce de temps en temps les discrets rappels de son statut, on pourrait avoir l'illusion (et elle-même d'ailleurs semble oublier qui elle est réellement) qu'il s'agit d'une femme ordinaire qui a décidé de faire un livre sur ce qu'elle a enduré et non pas une journaliste qui a choisi volontairement de vivre la situation décrite. Au demeurant, c'est assez effrayant de lire des pages pareilles; il y a le Pôle Emploi, les employés débordés et eux-mêmes victimes de restructurations, les demandeurs (il faut dire "clients") qui viennent et reviennent sans cesse pour tenter de trouver quelque chose, n'importe quoi! Il y a aussi ces femmes de ménage dont Florence Aubenas fait bientôt partie, qui ont différents petits contrats ça et là, dans plusieurs sites à l'opposé les uns des autres, ces femmes que personne ne voit: elles travaillent ou très tôt le matin ou tard le soir et semblent invisibles pour la plupart des gens; il y a le calcul pour la moindre dépense et l'angoisse du contrat qui peut ne pas être renouvelé... C'est très instructif et, si certaines situations pouvaient m'être familières, d'autres m'ont semblée... brutales. Au moins, je suppose que ça permet de relativiser. Ainsi, si au niveau de l'écriture l'auteur demeure une journaliste (certaines de ses digressions sont un peu ennuyeuses) et si aucune analyse n'est clairement établiée, il n'en demeure pas moins que Le quai de Ouistreham,  aussi médiatisé soit-il, demeure un livre courageux qui fait mieux comprendre le sens du mot "crise" que n'importe quel long discours...
Par beux - Publié dans : Témoignage
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 19:11
L02.jpg Journal d'un cobaye
A.J Jacobs
éditions Chambon Jacqueline


Il y a certains livres que vous lisez en vous disant: "Franchement, il y a des tarés sur cette terre." Notre gentil auteur du jour, A.J Jacobs, fait partie de ces doux cinglés. A.J Jacobs, c'est ce journaliste qui a décidé pendant un an de suivre les préceptes de la Bible de la la façon la plus littérale possible: il s'est mis des sandales aux pieds, s'est laissé pousser la barbe, a lu la Bible en relevant chacun de ses préceptes jusqu'aux plus fantaisistes et s'est même muni de pierres pour lapider les femmes adultères. ça vous campe le personnage non? (à noter qu'avant cela, il s'était aussi illustré en lisant l'encyclopédie universelle en entier)
Fort de cette expérience il revient à la charge dans Journal d'un cobaye qui, cette fois, est le récit de plusieurs mini expériences menées généralement sur un mois: il se fait passer pour sa jeune baby-sitter sur Internet afin de lui faire rencontrer quelqu'un; il sous-traite sa vie, depuis les appels à son patron jusqu'aux querelles avec son épouse; il décide de dire la vérité, rien que la vérité et de se montrer d'une franchise absolue; il fait le choix de la rationalisation la plus extrême jusqu'à l'achat de son dentifrice: il se plie aux moindres caprices de sa femme pendant un mois...
Rien à dire, c'est drôle. Vraiment très drôle. A.J Jacobs écrit avec une plume pleine d'humour et certaines situations décrites sont franchement cocasses comme le moment où l'auteur, afin de ne pas faillir à sa résolution d'être "monotâche" s'attache à la chaise de son bureau pour se concentrer uniquement sur son travail. Ce qui est un peu dommage, c'est que le journaliste ne se soucie guère de tirer une leçon de toutes les expériences. Il se contente d'appliquer mais la conclusion est, si j'ose dire, rarement concluante, Jacobs se contentant avec une pirouette d'éluder le réel fond du problème. Dommage car certaines expériences sont réellement intéressantes et auraient mérité un traitement plus approfondi: je pense notamment à l'expérience de "la franchise absolue" que le journaliste décrit avec candeur comme "le plus mauvais mois de sa vie". Là, il y a l'esquisse d'une réflexion sur le thème de "Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire?" Jacobs semble clairement penser que non puisque cette expérience est l'une des rares qu'il ne parvient pas à mener à son terme avec un total succès. Dommage, car là encore il ne lance pas le débat, soucieux de ménager les partisans de la vérité absolue...
Ceci dit, il ne faut pas se montrer trop sévère: A.J Jacobs est journaliste, pas sociologue. Journal d'un cobaye est amusant à lire et, à défaut d'être instructif, il nous amène néanmoins à nous poser certaines questions: sommes-nous toujours aussi rationnels que nous le croyons, disons-nous toujours la vérité? Et ça, c'est déjà pas si mal...
Par beux - Publié dans : Témoignage
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Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /Mai /2009 14:00

Princesse des rues

Quinze ans au secours de l’enfance aux Philippines

Laurence Ligier

Editions Tchou

 

 

Bien loin des témoignages larmoyants des femmes battues, assassinées, violées, droguées, prostituées, et parfois tout à la fois, voici le récit d’une jeune française, Laurence Ligier, qui, partie en mission humanitaire aux Philippines à l’âge de dix-huit ans, découvre la misère et le dénuement de son peuple et particulièrement des enfants. En effet, les Philippines ont un très fort taux de natalité et la pauvreté de ses habitants ne suffit pas à élever une famille de six à huit enfants. La plupart se retrouve à la rue, d’autres se prostituent pour gagner de l’argent, certains encore sont victimes d’abus sexuels ou de violences familiales. Forte de ce constat, Laurence Ligier décide de venir en aide à cette tranche de la population et, avec l’aide d’une philippine, Ellien, elle monte un centre baptisé « Caméléon » qui accueille des petites filles et des adolescentes  dont l’environnement familial n’est pas adéquat, les envoie à l’école et tente de les sortir de la spirale infernale qu’est devenue leur vie.

L’auteur raconte le véritable parcours de combattant qu’a nécessité la création de cette association, sa mise en route, ainsi que ses propres expériences vécues aux Philippines, sa difficulté à s’adapter à certaines coutumes locales et à renoncer à tout confort pour une vie rudimentaire : le poisson pêché au début de semaine et conservé dans des conditions plus que douteuses qu’il faut manger le samedi grouillant d’asticots, les bidonvilles insalubres, la mort et la violence à chaque coin de rue… Mais elle parle aussi de la gentillesse des gens qu’elle a pu rencontrer, des sourires d’enfants qu’elle a secourus et d’une grande aventure humaine qui la marquera à vie.

Ce n’est certes pas très bien écrit. Le style est maladroit, le récit souvent interrompu par des considérations économiques et politiques qui s’éternisent, la narration est exclusivement au présent et la structure du livre est très aléatoire. Ceci dit, il se dégage de cet ouvrage, en dépit de certaines pages assez difficiles à « avaler », un optimisme qui réchauffe le cœur. Laurence Ligier est dépourvue de fausse modestie et reconnaît ses mérites ainsi que le travail accompli. Elle sait cependant aussi reconnaître ses échecs et prend pour exemple Baby, une jeune fille qu’elle s’obstine à protéger et à aider envers et contre tout, jusqu’au jour où elle comprend que cette attitude ne sert qu’à conforter davantage sa protégée dans son irresponsabilité. Il faut beaucoup de courage pour admettre ses erreurs et l’auteur n’en manque pas. Plusieurs fois victimes de tentatives de meurtre par la pègre local, décriée par les médias philippins, reniée par sa collaboratrice, Laurence Ligier glisse l’air de rien sur ces événements avec une décontraction qui n’est pas sans forcer notre admiration et notre respect. Certes ce n’est pas une grande écrivain, mais c’est une grande dame. Et à ceux qui objecteraient sur l’utilité de sa démarche, je la laisserai elle-même répondre : « Une question encore plus déconcertante revient à chaque conférence : votre action n’est-elle pas une goutte d’eau dans l’océan ? Que ceux qui pensent cela viennent sur le terrain et ouvrent les yeux. Est-ce que la vie d’un enfant est une goutte d’eau ? » A bon entendeur…

 

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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 12:22

Un trombone rouge

Kyle MacDonald

 

 

 

Je ne fais pas que lire des livres. J’en vends aussi. Mais je ne vends ni science-fiction ni policier. Je ne parle pas de la complexité des œuvres de Joyce ni de la richesse de la littérature jeunesse contemporaine. Non, je vends des codes de droit et des ouvrages d’entreprise et d’économie. Et si j’en feuillette beaucoup, sans réelle conviction je l’avoue, il m’arrive parfois d’en lire.

Alors aujourd’hui vous l’avez deviné, vu votre grimace, je vais vous parler d’un livre d’entreprise. Non, restez s’il vous plaît ! Vous verrez c’est marrant promis….

Il s’agit plus précisément d’un témoignage. En 2005, Kyle MacDonald est un paisible canadien, un peu fainéant sur les bords il faut l’avouer. Il cherche du travail sans réelle conviction, mais sa seule passion est le troc (ne me demandez pas pourquoi il y en a bien qui collectionnent des petites cuillères) Fasciné par la notion d’échanges, il décide un soir subitement de se lancer dans le troc « professionnel » et, par ce biais d’obtenir une maison, rien de moins. Entreprise d’autant plus audacieuse que le seul objet dont il dispose pour démarrer est le trombone rouge qui sert à maintenir en place son CV.

Voilà donc notre Kyle qui se lance. Sur Internet on peut faire n’importe quoi et Kyle échange bientôt son trombone contre un stylo en forme de poisson (trouvé par terre) le stylo contre une poignée de porte rigolote (bric-à-brac d’une femme) la poignée contre un réchaud, le réchaud contre une génératrice pleine d’essence, la génératrice contre une fête instantanée, la fête contre un motoneige, la motoneige contre un voyage, le voyage contre un grand fourgon, le grand fourgon contre un contrat d’enregistrement, le contrat d’enregistrement contre un an à Phoenix, l’année à Phoenix contre un après-midi avec une star de rock, l’après-midi avec une boule de neige, la boule de neige contre un rôle dans un film, le rôle contre une maison. Au final, un an plus tard, Kyle se retrouve avec l’objectif qu’il s’était fixé.

Bon ça fait rêver mais ne nous emballons pas. D’une part parce que l’opération est vite relayée par les médias et que notre troqueur dispose dès le sixième troc d’une publicité qui lui permet de faire ses échanges très facilement. Si quelqu’un d’autre se lançait dans l’aventure y parviendrait-il aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. Reste que le personnage est sympathique. Bien sûr nous avons droit aux petites phrases choc tout au long du livre, en majuscules s’il vous plaît, quand on veut on peut, et autres foutaises, mais Kyle Mac Donald a le mérite d’aller jusqu’au bout de son idée ; il refuse les dons et sur le principe troque toujours ; ainsi si comme moi vous avez noté une aberration lors des échanges décrits ci-dessus, vous saurez que la petite boule de neige a été troqué avec un acteur collectionneur (quand je vous dis qu’il y a des bizarreries de la nature) qui voulait absolument participer à l’aventure.

Le livre se lit donc à la manière d’un roman à suspens, un peu ralenti par les descriptions des effets médias. C’est à mon avis son plus gros défaut. Peut-être que ça présente un intérêt pour le lecteur anglophone, mais pour les étrangers, avoir la liste des différentes émissions auxquels participe Kyle est très ennuyeuse, sans compter l’énumération des personnalités qu’il a rencontré (sommes-nous sensés nous évanouir d’émotion ?) Reste un périple intéressant, les différents mails de monsieur et madame tout le monde que Kyle a reçu et une intéressante aventure humaine. Pour information, sachez que le site initial de l’auteur oneredclippaper.com existe toujours et qu’à l’heure actuelle, il échange sa maison contre l’offre la plus intéressante. Bon Ok, faut être disposé à aller vivre là-bas et je pense que peu d’entre nous sont intéressés mais sait-on jamais… Quant à moi je suis sérieusement encline à me lancer dans le troc pour obtenir une maison à mon tour ou une wii au moins. Ça intéresse quelqu’un un petit navire en bois ou un chat schizophrène ?

 

Par beux - Publié dans : Témoignage
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