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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 12:32

L02.jpgLe jeu du Maître

James Dashner

éditions Pocket Jeunesse

2013

 

Je suis souvent raillée pour une manie, celle de lire les livres d'un bout à l'autre, alors même que le début m'ennuie profondément. J'estime en effet qu'on ne peut juger un roman avec équité sans l'avoir terminé et que même le plus terrible nanar peut réserver de jolies passages. Bon, il faut avouer que 90% du temps ma première impression est la bonne et que le livre reste mauvais d'un bout à l'autre. Mais il y a parfois de bonnes surprises, ce qui est le cas pour le livre pour ados dont nous allons parler aujourd'hui.

L'auteur de Labyrinthe, James Dashner, revient avec une nouvelle série dont l'action se passe dans un futur lointain. Michael, le héros, est un jeune garçon comme tous les autres et, comme tous les autres, il passe le plus clair de son temps dans la réalité virtuelle, sur le VirtNet, à jouer à des jeux vidéos, à faire des quêtes ou simplement converser avec ses deux meilleurs amis, Sarah et Bryson, des personnes qu'il n'a par ailleurs jamais vu "en vrai". Tout change le jour où une série de suicides, bien réels, interviennent dans le cadre du jeu : Michael et ses amis, tous trois hackers doués, sont contactés par une agence pour enquêter sur ces meurtres déguisés et mettre fin aux agissements d'un dangereux cyber-terroriste.

C'était terriblement mal parti : les cent premières pages du livre sont d'un ennui sans nom; rythme lent, personnages sans saveur, intrigue grossièrement mise en place... Il est très rare de louper à ce point le début d'un roman mais James Dashner y parvient avec brio, plongeant son lecteur dans une douce torpeur. Pour ma part je n'y croyais plus mais, dès le moment où Michael et son gang s'enfoncent dans la réalité virtuelle, merveille, le récit s'accélère, le suspens s'intensifie et les scènes se font plus crues, plus violentes, réservant même parfois des moments d'horreur pure, jusqu'à un final intense et surprenant. Très honnêtement, c'est la première fois que je vois un livre démarrer si mal et se rattraper autant. Dashner, très peu à l'aise dans la mise en place de l'histoire ou de la psychologie de ses personnages, excelle en revanche dans les huis-clos et les descriptions glaçantes. C'est assez déconcertant et je laisse aux futurs lecteurs le soin de juger un roman qui, pour ma part, me laisse un peu perplexe mais me donne envie malgré tout de savoir la suite.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 15:23

L01.jpgLe petit coeur brisé

Moka

Ecole des Loisirs

2001

 

On retourne parler d'un livre de l'Ecole des Loisirs mais, oh merveille! celui-là je vais pouvoir vous en parler avec un peu plus d'enthousiasme que les précédents.

Mélaine a onze ans et sa grand-mère, celle qui l'élevait depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture, vient de mourir à son tour. La petite fille n'est guère affligée car Clarisse d'Avillon-Faucher n'était guère tendre ni présente pour elle. Tout ce qu'il lui reste désormais de cette aïeule énigmatique, c'est son immense fortune et un mystérieux pendentif en forme de coeur, à moitié cassé. Recueillie par deux vieilles cousines excentriques qui, contrairement à tous, ne la traitent pas comme un panier de linge sale, Mélaine apprend enfin ce que c'est que d'avoir une famille et décide alors en regardant les albums photos d'en savoir un peu plus sur l'histoire de sa grand-mère.

C'est joli et c'est drôle. Le petit coeur brisé raconte avec légèreté le poids des secrets de famille et l'histoire d'une petite fille qui apprend à vivre et à s'épanouir tout en découvrant qui elle est et d'où elle vient. J'aime la façon dont Moka écrit, sans pompe et sans pathos, avec un humour discret qui n'empêche pas bon nombre de scènes touchantes. La seule chose que je déplore dans ce roman c'est l'ajout à mon sens superflu d'une intrigue policière qui ne présente aucun intérêt majeur. L'histoire déjà très bien aurait gagné à être plus simple et à se focaliser uniquement sur le secret de famille et sur la relation de Mélaine avec ses tutrices. Ceci dit, Le petit coeur brisé m'a beaucoup touchée et reste malgré la date de sa première parution (2001) d'une fraîcheur et d'une actualité étonnante.

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 19:24

L08.jpgCamarades

Shaïne Cassim

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

L'Ecole des Loisirs devrait faire quelque chose pour ses couvertures de romans ados, vraiment. La couverture de Camarades est, à mon sens, ratée. La photo est trop sombre et ne donne pas du tout envie de découvrir un livre qui, de toute façon, toujours selon moi, est raté également.

Nous sommes en 1870 sous le Second Empire et quatre destins d'adolescents se croisent en cette période trouble qui précède la Commune. Il y a Eulalie, une jeune normande qui a mis le feu au domaine de sa grand-mère; Eddie, un gallois qui se refuse à vivre la paisible vie de ses parents et rêve d'aventures; il y a Gisèle, une parisienne qui a fui un père qui la battait pour trouver refuge auprès d'un couple de médecins. Enfin, il y a Evguéni, un jeune russe qui a réussi à s'échapper du goulag en Sibérie. Ces quatre jeunes vont se retrouver, liés par leurs solitudes respectives et par un désir commun quoique confus de trouver enfin le bonheur.

Quand je dis que Camarades est raté, je ne veux pas dire que c'est mal écrit. Le style est plutôt joli, il n'y a rien à dire là-dessus, mais l'histoire est creuse. On vous promet un roman sur la Commune, sur les bouleversements sociaux, et tout ce qu'on a c'est une narration découpée en tranches, s'intéressant vaguement à quatre adolescents à tour de rôle mais sans vraiment développer leurs caractères, pire sans même chercher à les différencier dans le récit. Gisèle et Eulalie sont interchangeables ainsi qu'Eddie et Evgueni, on ne distingue pas leurs particularités, ils se confondent tous dans une même écriture, un choix que la fin du livre peut plus ou moins justifier mais qui, pour ma part, me laisse profondément dubitative. L'intrigue ? Il n'y en a pas. L'histoire traîne vers un but qui n'est jamais atteint et le lecteur lassé se désintéresse d'une action balançant ça et là des informations historiques que l'auteur ne se soucie même pas d'expliquer (les nouvelles techniques d'impressions, le discours de Victor Hugo, les tensions entre la France et la Prusse) tout en mêlant le bon vieux cours d'éducation civique propre à ce type de romans où l'on vous explique de façon très didactique qui sont les "gentils" (les esprits libres comme Pétronille), les "méchants" (Napoléon III, le tsar, les religieuses de l'hôpital) et les "gentils mais un peu trop zélés" (Sidonie) ce qui est à mon sens la pire façon d'appréhender l'histoire. On peut certes trouver de l'intérêt à certaines scènes dans Camarades, heureusement, quelques touches de subtilité dans un roman qui utilise de bons gros sabots, le passage où Gisèle propose à Eulalie de devenir camarades, celui où Eddie monte dans un arbre pour échapper à sa vie.. J'aime beaucoup également le personnage d'Evgueni qui reste malheureusement le personnage le plus effacé du récit. Il n'en demeure pas moins que cette lecture a été pour moi une expérience ennuyeuse qui je m'abstiendrai de conseiller, sauf pour les adolescents passionnés d'histoire et encore...

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 11:43

L02.jpgNil

Lynne Matson

éditions Pocket

2014

 

Charley était sur le parking d'une grande surface lorsque cela est arrivé : une fumée étrange l'a littéralement avalée, lui donnant l'impression d'entrer dans un brasier. A son réveil elle se retrouve nue sur une île peuplée d'animaux sauvages et de beaucoup de chats. Après quelques jours de survie seule elle tombe enfin sur d'autres adolescents comme elle qui lui apprennent que pour sortir d'ici il n'existe que quelques portes, apparaissant seulement chaque jour à midi et n'acceptant qu'une personne. Pire, si au bout d'un an Charley n'a pas réussi à quitter l'île, celle-ci la tuera.

Entre Labyrinthe et la série Lost, cette nouvelle série est plus que prometteuse. La véritable héroïne de Nil c'est l'île elle-même qui joue avec ses habitants comme avec des cobayes, déesse jalouse tantôt les favorisant tantôt les maltraitant, et qui se plait à déterminer qui va vivre ou mourir. Et des morts il y en a, pas toujours prévisibles d'ailleurs, ce que j'ai grandement apprécié, tout comme j'ai apprécié la part de mystère que laisse la narration : qui était vraiment Ramia, ce qui est arrivé exactement à Bart et bien d'autres questions que l'auteur laisse volontairement en suspens, sans doute pour mieux y répondre par la suite ? Là où le bât blesse en revanche c'est dans l'histoire d'amour un peu (beaucoup) cucul entre Charley et Thad, le chef des adolescents. Cette intrigue sentimentale gnangnan ralentit considérablement l'action et atténue une histoire qui aurait pu être sombre et plus prenante. Rassérénez-vous, Nil reste malgré tout plaisant à lire et s'impose comme une future trilogie "young adult" prometteuse.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 19:41

L03.jpgFans de la vie impossible

Kate Scelsa

Gallimard

2015

 

Effectivement ils aiment la vie impossible nos trois héros adolescents : il y a Mira, une métisse un peu rondelette, dépressive, et son ami gay, Sebbie, un peu paumé. Il vit en famille d'accueil et a cessé depuis longtemps de fréquenter son lycée. Il y a aussi Jeremy, timide et solitaire, qui, depuis sa dernière année scolaire, s'est complètement replié sur lui-même jusqu'au jour où il tombe sur cet étrange couple avec qui il noue des relations pour le moins compliquées...

Si je me fie à tous les romans ados récemment lus, je dois en conclure que la jeunesse américaine est mal barrée et que les lycées des Etats-Unis sont remplis de dépressifs asociaux ou de pom pom girls décérébrées. Ainsi, dans Fans de la vie impossible, le trio de héros ne choisit pas la facilité et chacun de ses membres cultive ses petits tocs et ses secrets. Ils sont un peu paumés nos trois loustics mais l'auteur force tellement le trait qu'ils finissent par devenir des clichés sur pattes, pas forcément plus attachants que ça. Le livre est audacieux dans la mesure où il choisit de mettre en scène un couple de garçons homosexuels et une fille hétéro donnant ainsi un triangle amoureux d'un genre particulier. On rajoute là-dessus des histoires de drogue, de vol à l'étalage, d'alcool, de harcèlement scolaire, d'embrassades à trois et d'atelier de peinture et on a une suite de scènes plus ou moins réussies dont certaines carrément glauques. Pour ma part, je n'ai pas du tout accroché : comme je l'ai déjà dit, les héros sont caricaturaux et, finalement, ce sont les personnages secondaires qui s'en sortent le mieux: Molly, l'ado un peu cruche et influençable, Talia, la studieuse amoureuse de Peter, le gentil prof un peu trop proche de ses élèves... Mais l'auteur n'essaie pas pas de creuser davantage ses personnages, plus réalistes au fond que ses trois rebelles assez ennuyeux. Original certes, mais pas émouvant, le livre s'en sort par une fin inattendue et une absence de morale assez reposante. C'est loin cependant de me faire adhérer à ce livre qu'on vous présente comme une belle histoire d'amitié mais qui se révèle plutôt comme une relation à trois assez scabreuse.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 10:35

L03.jpgBjorn le Morphir

Thomas Lavachery

éditions Ecole des Loisirs

2005

 

On va encore parler jeunesse aujourd'hui (j'en ai vu certains lever les yeux au ciel, désolée les gars mais j'essaie d'écouler mes services de presse en retard moi) avec un livre déjà sorti il y a plus de dix ans mais que son éditeur remet au goût du jour en ce début d'année. Il s'agit de Bjorn le Morphir : nous sommes en 1065 et la neige tombe drue, entité maléfique déterminée à ensevelir les villages vikings sous ses flocons géants. Bjorn, jeune adolescent, et son entourage proche (ses parents, son grand frère, sa petite soeur, les proches de la famille..) se claquemurent chez eux en espérant survivre à cet hiver meurtrier. C'est là que Bjorn, jusque là garçon plutôt timide et maladroit va se révéler, se transformant en un combattant redoutable. Serait-il un "morphir" cet être d'exception des légendes nordiques ?

Encore un livre qui me laisse perplexe. Ce n'est pas mal écrit, pas du tout au contraire, et j'ai bien apprécié le côté huis-clos du récit (en revanche, je pense que l'auteur devrait s'abstenir d'illustrer ses histoires, je ne trouve pas ça beau du tout) ainsi que le sujet, mélange de traditions vikings et chrétiennes qui permet à Thomas Lavachery de glisser en vrac loups-garou, neige satanique, dragons et trolls. Cela pourrait être indigeste or cela passe bien mais... mais voilà, là où je bloque, c'est dans la façon d'écrire de l'auteur. Comme je l'ai déjà dit, c'est bien écrit mais l'écriture m'a parue très... vieillotte. Je ne sais pas comment vous l'expliquer mais un livre où les chapitres sont titrés par une phrase (Chapitre 1 : "Elle est méchante") ça a déjà un côté rétro. De plus Bjorn le Morphir a beau être écrit à la première personne du singulier, le ton reste très distant, très détaché : impossible pour un lecteur de rentrer dans la peau du personnage ou même de s'attacher. Le danger, pourtant souligné à de nombreuses reprises, reste virtuel, comme dans un conte : on a beau savoir que le petit Poucet est poursuivi par un ogre, cela ne nous inquiète pas plus que ça, le pacte est qu'il s'en sortira ; de même Bjorn et sa famille ont beau être confinés à bouffer leurs chaussures, on a la certitude qu'ils trouveront une solution. Du coup, cette indifférence s'étend à l'histoire d'amour (car il y en a une) et même aux rares morts qui parsèment l'histoire (pareil soyons francs: l'un d'entre vous s'est-il senti concerné par la mort de la grand-mère dans Le petit chaperon rouge?) Je n'ai rien contre les contes pour ma part, c'est un genre que j'aime bien, mais je trouve ça assez lassant sur le long terme. Du coup Bjorn le Morphir, classé en romans ados me semble peu adapté pour ce type de lectorat, pas à l'âge où l'on a envie de s'identifier à un héros et de rentrer vraiment dans un roman. En revanche, pour des plus jeunes (dix onze ans) amateurs de fantastique et de légendes, pourquoi pas ?

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 10:07

L03.jpgForget Tomorrow

Pintip Dunn

éditions Lumen

2015

 

Je sais que vous les adorez ceux-là, ces romans ados qui commencent par..."Dans un monde..." Dans celui-ci, le postulat de départ est le suivant : toutes vos actions sont déterminées par un souvenir futur que vous recevez à votre adolescence. En gros, votre futur moi vous montre un aperçu de votre avenir, histoire que vous puissiez commencer à y travailler sérieusement. Notre héroïne Callie a dix-sept ans et attend comme toutes ses petites camarades son "souvenir" avec impatience. Elle, elle espère bien devenir cuisinière mais c'est un tout autre avenir que son moi futur lui envoie, un futur où elle se voit tuer sa petite soeur chérie, Jessa. Cet événement la conduit tout droit dans les Limbes, une prison réservée à ceux qui vont commettre un crime. Callie parviendra-t-elle à se dégager de ce mauvais pas et à changer sa destinée ?

Forget Tomorrow m'a laissée une impression plus que mitigée. Bon, je suis pas fan à la base de l'idée de destinée et tout mais pour le coup je veux bien adhérer à l'idée le temps d'un roman d'autant plus que l'auteur développe une réflexion intéressante sur la notion de fatalité. Ce qui me gêne le plus dans ce roman, c'est sa composition. Dès le début de l'histoire on se laisse facilement prendre : l'héroïne est attachante avec sa passion du soleil et de la cuisine et tout comme elle le lecteur attend avec impatience son souvenir futur. Tout le premier tiers du livre se déroule sans temps mort, le souvenir, l'arrestation de Callie, sa fuite avec Logan un camarade de classe... Et puis soudai,n c'est le drame. Callie et Logan parviennent à rejoindre un groupe qui, tout comme notre héroïne, ont fui leurs souvenirs futures. Entre deux dépeçages de biches, Callie roucoule avec Logan, se pâme au moindre frôlement tout en pleurnichant sur le cruel destin qui les forcera bientôt à se séparer... Pas assez tôt à mon goût. Jamais le ventre mou d'un livre n'a aussi bien porté son nom. Ce passage est long, ennuyeux et d'une mièvrerie achevée. J'ai même failli arrêter ma lecture. Heureusement, le dernier tiers de l'ouvrage se révèle beaucoup plus dynamique et la fin réserve son lot de surprises avec une ultime scène qui donne envie de savoir la suite. Le bilan est donc globalement positif même s'il faut faire abstraction d'une écriture un peu faible, d'incohérences et surtout de cette histoire d'amour soporifique qui ne présente absolument intérêt. En revanche, Forget Tomorrow me conforte dans mon idée qu'il faut lire un roman jusqu'au bout avant de le condamner.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 11:51

L03.jpgRevival

Stephen King

éditions Albin Michel

2014

 

Ah ce brave Stephen King... Rien de plus inégal que son oeuvre, capable aussi bien du meilleur que du pire. Qui oserait comparer Shining à Docteur Sleep, Le Fléau à Cellulaire ? Ce qui est bien quand on lit son dernier roman du coup, c'est qu'on ne sait absolument pas à quoi s'attendre...

Direction Marlow dans la petite ville du Maine où le jeune Jamie, petit dernier d'une fratrie nombreuse, coule des jours paisibles jusqu'à l'arrivée d'un jeune et charismatique révérend, Charles Jacobs. Passionné par l'électricité, ce dernier initie Jamie à sa passion. Trente ans plus tard, alors que Jamie est devenu un guitariste rongé par l'alcool et la drogue, leurs chemins se croisent de nouveau...

Une fois encore, Stephen King renoue avec ses thèmes de prédilection : l'enfance, la religion, l'addiction sous toutes ses formes. Il y rajoute des références inspirées directement de l'oeuvre de Mary Shelley, Frankenstein, faisant de son révérend un scientifique consumé par le désir de braver la mort. La mort d'ailleurs occupe une place centrale dans l'ouvrage (rien de surprenant d'ailleurs chez King) et s'accompagne également d'une réflexion sur la vieillesse, assez positive cependant : Jamie accepte facilement son âge et s'il est plein de mélancolie, il s'accommode bien de sa situation. Le personnage de ce fait est  touchant car on sent l'auteur derrière ce portrait d'un homme qui a dû se battre contre la drogue et l'alcool à un moment de sa vie et affronter des deuils douloureux.

Mais... car il y a toujours un "mais" avec moi, vous devriez le savoir, je n'ai pas pour autant été convaincu par Revival. L'écueil majeur à mon sens tient dans la structure du récit qui s'étale sur plus de cinquante ans. L'horreur se dilue dans des actions trop espacées pour inspirer vraiment la terreur ou même l'inquiétude. Pour ma part je trouve que King s'en sort mieux dans les huis-clos (Shining, Salem, Misery) ou tout du moins dans des histoires plus ramassées dans le temps. Là, on n'arrive pas vraiment à se sentir mal à l'aise en lisant cette histoire qui joue essentiellement sur deux personnages qui ne font que se croiser, jusqu'à un final assez inattendu pour le coup et plutôt réussi, bien que très sombre. On ne peut cependant se contenter d'une fin glaçante et de quelques cauchemars au fil des pages pour ressentir cette angoisse si délicieuse propre au genre. Semblerait-il que sur ce coup-là le maître de l'horreur a manqué son coup.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 18:05

L05.jpgTout pour plaire

Ingrid Desjours

éditions Pocket

2014

 

Bon. Bon bon bon. Vous espériez un roman policier sympa pour vos vacances d'hiver ? Oubliez celui-là.

Déborah est une femme soumise, en adoration devant son mari David, un ancien rondouillard bègue devenu coach en développement personnel et trop souriant de l'avis de la voisine pour être parfaitement honnête. Ce couple parfait ne cacherait-il pas un sombre secret ? Cela semble se confirmer avec l'arrivée du frère de David, Nicolas, un homme séduisant et mystérieux dont la femme a disparu du jour au lendemain....

"Un thriller superbement construit et efficace" dixit Yann Plougastel du Monde sur le bandeau. Je pense que ce brave homme doit prendre de la coke pour trouver efficace un roman dont la trame est prévisible dès le début de l'ouvrage. Tout n'est pas à jeter : le personnage du commandant Mendel est assez intéressant car il est vraiment mauvais. Pas un faux méchant du genre bourru au grand coeur mais un être rongé par la colère, haïssant sa femme et le monde en général. C'est le seul intérêt d'un polar très mal écrit, avec des dialogues artificiels au possible (sérieux, il faudrait donner des cours de dialogues aux auteurs, là c'est affreux) et une intrigue alambiquée certes mais attendue et sans aucune surprise. Dès le début du livre, je savais qui était le méchant; à la moitié j'avais déjà le pourquoi du comment du coup toutes les "révélations" finales sont tombées complètement à plat. Le tout est saupoudré de références à la psychologie criminelle, l'auteur étant psychologue à la base. Tout pour plaire c'est du roman de gare et du genre mauvais, du roman avec tous les ingrédients "qui marchent" : du sexe, de la violence, un passé trouble, un inspecteur tourmenté... A lire et à oublier. Pour ma part, c'est déjà fait.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 11:11

L04.jpgIllusions perdues

Honoré de Balzac

éditions Flammarion

1843

 

Si vous aussi vous vous sentez un peu déprimés cette semaine, vous êtes en parfaite condition pour aborder notre prochain livre sur la liste des 1001 livres... Illusions perdues de Balzac, oeuvre que l'auteur lui-même considérait comme l'un de ses romans phares.

L'histoire est celle David et Lucien, deux amis qui se sont connus durant leurs études. David Séchard est un garçon rêveur et honnête à qui son père a revendu l'imprimerie familiale à Angoulême. Inventeur, il rêve de découvrir un secret de fabrication qui rendrait le papier bon marché. Son ami, Lucien Chardon, est d'une toute autre étoffe : poète, il rêve de richesse et surtout de gloire. Ses ambitions lui font croiser la route de madame de Bargeton, femme mal mariée qui s'éprend de sa très grande beauté et de ses talents. Après avoir en vain essayé de le faire admettre dans la noblesse provinciale, elle prend des mesures désespérées et décide de quitter avec lui Angoulême pour Paris, désireuse d'échapper à la mesquinerie provinciale. Lucien s'engage enthousiaste dans l'aventure, laissant derrière lui David devenu son beau-frère, ignorant que ses ambitions vont être fatales à toute sa famille.

Pauvre David ! Là où la plupart des lecteurs ne jurent que par Lucien, j'avoue que toute ma sympathie va à l'inventeur et à sa femme Eve, la soeur du poète : en effet, Lucien seul est l'artisan de son malheur tandis que le jeune couple n'est victime que du trop grand amour qu'ils éprouvent pour l'enfant prodigue. L'action du livre s'articule autour de deux lieux : Angoulême, la ville de province dans toute sa mesquinerie, avec ses fonctionnaires rusés et malhonnêtes, sa noblesse étroite d'esprit qui se refuse à admettre que le monde a changé, ses commerçants avides, et Paris, la capitale des plaisirs et des idées avec ses journalistes corrompus, ses libraires avares, ses actrices entretenues... A Paris, tout est comédie et seul le cynisme peut permettre de percer rapidement : aussi Lucien, peu désireux d'attendre des années avant que son talent soit reconnu, décide de délaisser l'écriture au profit du journalisme, carrière plus lucrative mais qui lui fait vendre très vite son âme au diable. Or, moins habile qu'il ne le pensait à ce jeu, il va très vite se retrouver ruiné et entraîner dans sa chute David et Eve, eux-mêmes déjà pris à la gorge par des imprimeurs concurrents rusés... Illusions perdues cristallise tous les thèmes majeurs de l'oeuvre de Balzac : l'ambition un peu naïve du provincial, l'hypocrisie sociale, un monde gangrené par l'argent et le pouvoir... Roman d'apprentissage par excellence, le ton est très sombre, la fin peu encourageante et le récit lui-même témoigne de l'expérience d'un auteur qui a longtemps été journaliste. Comme dans tout Balzac on retrouve les descriptions à rallonge et certaines longueurs qui font cependant le charme d'un livre avec son lot de personnages touchants (la jolie actrice Coralie, l'amante de Lucien, victime collatérale, la courageuse Eve, le gentil David, le travailleur d'Arthez) mais surtout détestables (le père de David, les Cointet, Châtelet) et qui illustre à merveille la théories de Balzac et du roman du 19e siècle en général : on ne peut apprendre sans souffrir. Vous voilà prévenus.

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