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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 15:15

L01.jpgL'arabe du futur

Riad Sattouf

Allary éditions

2014

 

Sous forme d'une bande dessinée, Riad Sattouf, l'auteur entre autres de La vie secrète des jeunes, revient sur ses premières années. Né de mère française et de père syrien, c'est un enfant blond qui va d'abord passer son enfance en Libye, puis en Syrie, deux pays alors sous les dictatures respectives de Khadafi et d'Hafez Al-Assad.

C'est rare qu'un livre me mette mal à l'aise, encore moins une bande dessinée. C'est pourtant le cas ici. Il n'y a rien de gommé et d'atténué dans cette description du monde arabe vu à travers les yeux d'un enfant : des maisons qu'on peut occuper si elles sont vides, des allocutions télé à la gloire du dirigeant en place, des immeubles jamais terminés, des pendaisons et des promenades en famille. Un univers qui contraste fortement avec les vacances passées en Bretagne auprès de la famille française. C'est un univers qui nous paraît totalement étranger, avec des touches de tendresse (la grand-mère qui sourit sans rien dire, le père qui montre à son fils comment faire tomber les fruits d'un arbre..) mais également beaucoup de violence : enfants qui jouent avec des pistolets ou livrés à eux-mêmes, tortures d'animaux, messages de haine... Toutes les contradictions d'un peuple qui se retrouvent dans le père du héros lui-même : celui qui se révèle être par ailleurs un père aimant et un homme cultivé, méprisant la bigoterie et l'obscurantisme et rêvant d'un "arabe du futur" lettré et apte à se prendre en main, celui-là même quand il se retrouve chez lui prend la défense de Khadafi ou d'Hafez Al-Assad, tient des propos haineux contre juifs et américains et fait clairement comprendre à son fils que la femme est un être inférieur. A dire vrai, j'ai trouvé ça un peu décourageant. Décourageant de se rendre compte à quel point le choc des cultures peut être brutal. Bien sûr, il s'agit de souvenirs datant de trente ans mais tout de même. C'est plutôt rude. Là où je trouve Sattouf particulièrement bon, c'est quand dans son dessin il laisse le regard s'attarder sur les détails : le père qui dit des horreurs devant la télé mais, tout ce que l'enfant note et retient, c'est sa position, la tête relevée alors qu'il est couché par terre ; les petites voitures rangées impeccablement en ligne, les motifs symétriques de l'étoile de David... Tout pour nous rappeler que c'est à travers les yeux d'un gamin de six ans que nous vivons ce récit et que ce dernier s'intéresse moins à la situation géopolitique de la Libye ou de la Syrie qu'au fait qu'il perd toujours aux petits soldats parce que ses cousins lui filent systématiquement les soldats juifs.  Cela produit un mélange détonnant entre innocence et cruauté (le dessin est doux, presque enfantin, le propos violent), entre souvenirs d'enfance assez émouvants et descriptions qui n'ont rien de complaisantes. Je suis donc sortie plus que perturbée de cette lecture, ce qui ne m'empêchera pas de lire la suite dès qu'elle sortira. 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 13:48

L02.jpgJe sais que vous mentez

Paul Ekman

éditions J'ai Lu

2009

 

Sauf qu'en fait l'auteur passe la moitié du livre à vous expliquer que, non, on ne peut jamais être sûr à 100% de qui ment ou de qui dit la vérité. L'auteur c'est Paul Ekman, psychologue et formateur au FBI, également consultant à l'époque pour la série Lie to me, vous savez la série un peu ennuyeuse où un gars parvenait à connaître la vérité rien qu'au mouvement de sourcil de son interlocuteur : "Ah ah vous mentez ! Je le vois à la façon dont votre nez se plisse." Bon, de toute évidence, la vérité est une affaire autement plus complexe et Paul Ekman s'attache surtout à la morpho-psychologie et à la façon dont nos émotions peuvent se refléter dans nos paroles mais, surtout, sur notre visage. En effet, c'est en analysant ces émotions que le détecteur peut déterminer si son interlocuteur lui cache des choses ou pas. Paul Ekman en profite pour nous rappeler les différentes formes de mensonges en nous citant bon nombre d'exemples de l'histoire.

Je sais que vous mentez n'est pas inintéressant, loin de là, mais, à dire vrai, ne m'a pas beaucoup parlée. D'une part, parce que je pense être une très mauvaise menteuse. D'autre part, parce que, défaillance génétique plus que probable, je ne suis absolument pas pas physionomiste et que je suis capable de dire bonjour à un client que je viens de servir. Alors, quand Ekman présente une série de photos avec un gars en train de sourire et explique que bon là, c'est un vrai sourire, là un sourire de tristesse, celui-là un sourire de dégoût... je me retrouve à loucher sur les images à chercher les différences, un jeu que j'ai toujours cordialement détesté. Menteurs, menteuses, rassurez-vous donc : je suis malgré la lecture de cet ouvrage bien incapable de vous démasquer et ce n'est pas plus mal car, comme le souligne Ekman, tous les mensonges ne sont pas mauvais puisqu'ils permettent bien souvent de se préserver une part d'intimité dans un monde qui ne le permet plus guère.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 15:53

L02.jpgL'oeuf de dragon

George R.R.Martin

éditions Pygmalion

2010

 

Et non ! Désolée de vous décevoir mais, encore une fois, nous ne parlerons pas de la suite du Trône de Fer. Revenons en revanche quatre-vingt-dix ans en arrière avec L'oeuf de dragon du même auteur.

Au royaume des sept couronnes, bien des années avant la chute de la maison Targaryen, Aegon, surnommé l'Oeuf  (il se fait raser le crâne pour ne pas se faire reconnaître), neveu du roi Aerys 1er, voyage incognito avec un chevalier errant, Dunk, à qui il sert d'écuyer. Une façon comme une autre de faire son apprentissage. Sur leur route, les deux hommes croisent un groupe de chevaliers qui les invitent à rejoindre un tournoi donné à l'occasion des noces de lord Beurpuits. Le prix de ce tournoi n'est pas moindre puisqu'il s'agit d'un oeuf de dragon d'une valeur inestimable. Dunk, attiré surtout par la perspective d'une récompense moindre (de l'argent) se joint aux invités de la noce mais ne tarde pas à découvrir que ce mariage est un nid d'intrigues et de complots visant à renverser le roi légitime de son trône. Si quelqu'un découvre l'identité de l'Oeuf, le chevalier et son écuyer sont perdus...

Plus qu'un roman, L'oeuf de dragon est surtout une grosse nouvelle qui,  pour les amateurs de la saga, nous replonge un peu dans l'univers des sept royaumes. Ne cherchez pas vos personnages favoris, ni même vos familles de prédilection : les noms des Stark et des Lannister sont seulement mentionnés, les Baratheon sont totalement absents. Un seul personnage du Trône de Fer apparaît dans le récit, je vous laisse trouver lequel ! Concernant l'histoire, celle-ci n'a rien d'exceptionnel : l'intrigue se déroule sur quelques jours, le temps du tournoi, et se concentre essentiellement sur Dunk et sur son écuyer. C'est une intrigue assez ténue qui repose sur les dialogues entre les personnages et des rivalités plus ou moins déclarées. Pour résumer, L'oeuf de dragon est surtout un récit destiné aux amateurs de la saga et qui retrouveront avec plaisir l'univers de cette dernière, mais a peu de chances de séduire ceux qui voudraient commencer par là.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:21

L02.jpgBroken Soup

Jenny Valentine

éditions Ecole des Loisirs

2008

 

Depuis deux ans, la vie de Rowan a viré au cauchemar : son grand frère Jack est mort, ses parents se sont séparés, et sa mère est devenue tellement dépressive qu'elle n'est plus capable de s'occuper d'elle et de sa petite soeur Stroma. A Rowan de gérer le quotidien en faisant face à son propre chagrin et au souvenir de son frère qui hante la maison. Mais un jour, un événement étrange se produit : un inconnu lui tend un négatif d'une photographie qu'elle aurait laissé tomber. Sauf que cette photo, Rowan ne l'a jamais vue, même si elle ne tarde pas à se rendre compte que le visage dessus lui est familier.

Comment retrouver le goût de la vie après la perte d'un être aimé ? Comment se débarrasser d'un fantôme sans pour autant l'oublier ? Broken Soup est avant tout un très joli roman sur le deuil et la manière de le gérer : il y a Rowan qui essaie de faire front en conservant dans son esprit les bons comme les mauvais côtés de son frère et qui gère le quotidien comme elle peut, et il y a sa mère qui s'enfonce dans la dépression et qui chérit un enfant idéalisé qui n'a jamais existé en oubliant de vivre. Là où Jenny Valentine est assez subtile, c'est lorsqu'elle met en avant les failles des deux méthodes : si la mère ne peut pas s'en sortir de la sorte, Rowan ne peut pas non plus se substituer à ses parents et doit faire face à son propre chagrin. Survient alors une histoire d'amour avec un jeune baroudeur du nom de Harper qui lui donne envie de redevenir adolescente, et une histoire d'amitié avec Bee, une fille de son école avec qui elle peut se confier sur son frère..  Autant de rencontres qui vont permettre à notre héroïne de se reconstruire. C'est mignon et assez touchant mais j'ai trouvé ça un peu facile parfois, en particulier ces deux personnages sortis de nulle part qui prennent soudain une place démesurée dans la vie de Rowan. De même, la petite soeur Stroma est un personnage très drôle, très attachant, mais elle paraît peu crédible. Enfin, si le style du roman est agréable, bien écrit, je suis gênée par une fin abracadabrante et par quelques passages trop sucrés à mon goût. Cela n'empêche pas à Broken Soup de demeurer un roman ado de très bonne facture qui nous rappelle que la meilleure façon de gérer le deuil, c'est le temps.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:29

L01.jpgNotre-Dame de Paris

Victor Hugo

éditions Pocket

1831

 

Il m'a fallu du temps pour le lire celui-là! De Notre-Dame de Paris, mon premier souvenir est celui d'un film terrifiant où un homme abominable balançait du haut de Notre-Dame des seaux d'huile bouillante à des assaillants en colère. Puis, adolescente, j'ai découvert la très très très libre adaptation de Walt Disney, tout aussi terrifiante dans le genre sucré et et nauséabond. Intriguée, j'ai tenté une première fois la lecture de l'oeuvre pour la reposer passées les dix premières pages, découragée par des descriptions à rallonge et des considérations à n'en plus finir sur l'architecture médiévale. Des années plus tard, Les 1001 Livres.... m'ont offert l'occasion d'y revenir.

Nous sommes à Paris en 1482 sous le règne du terrible Louis XI. A l'ombre de Notre-Dame, la jolie bohémienne Esméralda danse sous le regard sombre de l'archidiacre Frollo. Lui l'alchimiste un peu sorcier qui jusque là ne vivait que pour l'étude et son jeune frère, le voilà qu'il est pris d'un désir ardent pour cette gitane. Il décide de l'enlever avec l'aide de son protégé, Quasimodo, un bossu contrefait qu'il a recueilli et qui vit à Notre-Dame, rendu sourd par les cloches. Leur plan est mis à mal par l'arrivée de Gringoire, un poète sans un sou et, surtout, du beau capitaine Phoebus dont Esméralda tombe immédiatement amoureuse.

Il est difficile de résumer un récit aussi foisonnant qui fait intervenir un grand nombre de personnages. Pour dire la vérité, le début du livre m'a sérieusement ennuyée : l'action est très longue à se mettre en place, les descriptions de Hugo sont pesantes et ses références à l'architecture ne me parlent absolument pas. Mais, passé le premier cap, c'est tout un décor qui se met en place : cathédrale imposante, Cour des Miracles, personnages comiques ou tragiques, le grotesque côtoie le sublime et vice-versa. Les bouffonneries de Jehan Frollo contrastent avec les tourments de son frère, la pureté des sentiments de Quasimodo pour Esméralda s'oppose à sa laideur monstrueuse tandis que la passion de cette dernière pour Phoebus se heurte à l'indifférence du beau capitaine. Les scènes comiques (l'arrivée de Gringoire à la Cour des Miracles, le procès de Quasimodo mené par un juge sourd) alternent avec de très beaux moments tragiques (les déchirements de Frollo, la solitude de Quasimodo, les tortures de la bohémienne...). C'est une oeuvre flamboyante, gothique, qui restitue à merveille un monde médiéval grouillant de vie mais acceptant la mort avec tout autant de facilité. Gibets et gargouilles,  alchimie, voleurs et poètes... On passe la première moitié du livre à se demander pourquoi ce roman est si célèbre et l'autre moitié à comprendre son succès.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:18

L05.jpgça peut pas rater !

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2014

 

Ma dernière expérience avec Legardinier a été plus que désastreuse et c'est sans entrain mais pleine de bonne volonté que j'ai décidé de lire son dernier ouvrage : ça peut pas rater ! qui est, encore une fois, une histoire de filles si j'ose dire. Marie est une jeune femme bien malheureuse : quand notre histoire commence, elle vient de se faire larguer par son concubin qui lui a préférée une autre et qui l'a foutue à la porte. Au travail, ce n'est guère mieux : son patron, un tyran, complote contre elle et ses collègues. Notre héroïne en a assez : rébellion! Sus aux hommes et à leurs manoeuvres infâmes! Elle décide de se venger de son ex et de déjouer les pièges de son chef. Mais sa carapace vacille quand elle reçoit une lettre d'un admirateur secret. Marie retrouvera-t-elle le goût d'aimer et sa solitude finira-t-elle ?

Bon, soyons honnête : ça peut pas rater! est nettement moins catastrophique que Et soudain tout change et renoue un peu avec le plus plaisant Demain j'arrête ! Comme dans tous ses livres, Legardinier commence par une scène d'ouverture choc, notre héroïne qui, ruminant sa tristesse dans les rues de Paris, tombe accidentellement dans le canal et se fait piquer son sac à main par un clochard. Très cinématographique tout ça mais ça fait bien rire de même que quelques scènes très "visuelles" du livre : Marie qui monte une expédition commando à la soirée de son ex, une journée formation qui tourne à la farce... Dommage que ce comique de situation soit gâché par des dialogues artificiels et pompeux qui détonnent dans un récit léger. J'émets aussi de sérieuses réserves sur une intrigue plus que mince et prévisible de bout en bout. Si l'idée d'un mystérieux admirateur crée un mini suspens, c'est un suspens vite éventé car, pour ma part, j'avais déjà trouvé l'élu dès les premières pages. Enfin et surtout, je trouve le personnage de Marie caricatural : Legardinier a voulu faire d'elle une Bridget Jones à la française : il en fait juste une célibataire incapable de se prendre en charge et terrorisée à l'idée de finir seule. Ceci est un message direct adressé à l'auteur : si les célibataires effectivement ne sont parfois pas forcément enchantés de leur célibat, ce ne sont pas pour autant des désespérées chantant du Céline Dion sous leur douche et obnubilées par le moindre homme qui leur sourit. Legardinier fait en effet de son héroïne un véritable coeur d'artichaut, tombant amoureuse du premier homme qui est gentil avec elle et se guérissant d'une relation de dix ans avec autant de facilité que quelqu'un s'arrachant un pansement. Un personnage sans grand intérêt donc que même une ultime décision ne parvient pas à rendre crébile. De plus, j'ai été plus qu'exaspérée par cette dichotomie homme/ femme présente tout au long du récit et qui fait des hommes soit des ordures machos, sexistes et volages, soit des êtres doux et attentionnés jouant avec le petit Enzo dans une maisonnette de banlieue tandis qu'il fait des femmes des êtres d'exception tout en les renvoyant à des rôles de victimes innocentes qui se regroupent entre elles (oui oui, comme à la maternelle, chez Legardinier les garçons et les filles ils préfèrent faire des clans et glousser en se regardant de loin) pour essayer de comprendre leurs mâles. Pas du tout caricatural tout ça. En bref, ça peut pas rater ! présente quelques qualités comiques mais est si manichéen qu'il finit plus par agacer que par faire rire.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 18:50

L08.jpgLe château des étoiles

t.1 1869 La conquête de l'espace

Alix / Alice

éditions Rue des Sèvres

2014

 

XIXe siècle. Une femme fait ses adieux à son mari et à son fils avant d'embarquer à bord d'une mongolfière. Passionnée par la science, elle a pour ambition de découvrir l'éther, une substance aux propriétés nouvelles qui ne se trouverait que tout là haut dans le ciel. Hélas pour elle, le voyage se termine mal : la mongolfière monte trop haut pour redescendre et notre héroïne meurt, faute d'oxygène, mais pas avant d'avoir fait une découverte qu'elle consigne soigneusement dans son journal de bord... Des années plus tard, son fils et son mari, qui sont toujours hantés par son souvenir, reçoivent une lettre les informant que le dit journal a été récupéré.. par l'empereur d'Autriche. Ce dernier, passionné d'astronomie, leur demande de reprendre les travaux de la défunte. Un objectif qui n'est pas de tout repos car les espions sont partout.

Théoriquement c'est de la BD. Dans la pratique, Le château des étoiles  se présente presque plus comme un roman graphique avec même des chapitres qui ponctuent l'histoire. Le scénario est construit, instructif, avec plein de références historiques et de petits discours scientifiques. Mais... comment le dire gentiment? C'est assez ennuyeux. J'avoue que déjà je n'accroche pas avec le dessin trop léché, très académique, mais c'est surtout le scénario qui m'a laissée froide : alambiqué avec, paradoxalement, un air de déjà-vu. Passé le choc des premières pages (la mort de la mère), j'ai eu du mal à entrer dans une intrigue décousue mêlant espace et XIXe siècle en une SF bâtarde. Question de goût je suppose. Toujours est-il est que l'histoire est en deux parties mais que, pour ma part, je compte m'arrêter à ce premier tome. 

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 10:21

L02.jpgHappy Parents

Zep

éditions Delcourt

2014

 

Après Happy Sex, Happy rock et Happy Girls, Zep récidive avec la BD Happy Parents, recueil de planches mettant en scène parents et enfants dans des situations diverses et variées. Mots d'enfants, pères indignes, ados pénibles, parents hétéros ou homos, couples unis ou mères célibataires, il y en a pour tous les goûts dans ce qui est actuellement un gros succès en librairie. Il faut dire que c'est assez facile et plutôt universel. Personnellement, Zep me fait facilement rire : j'aime ses petits personnages tout en jambes et en nez pas très beaux. Happy Parents  n'a pas dérogé à la règle même si je trouve certaines planches moins drôles que d'autres : les enfants innocents qui posent des questions à leurs parents et qui les mettent mal à l'aise ou, pire, les humilient devant les autres, ça a quand même un air de déjà vu. Idem pour la "joie" des bébés qui pleurent la nuit ou l'éternel collier de nouilles de la fête des mères. Les planches qui m'ont amusée en revanche sont celles où Zep met des parents pas forcément à la hauteur : l'éternel gamin qui traumatise son enfant de deux ans en lui faisant des blagues pourries, la mère qui accompagne son ado au ciné parce qu'elle va enfin voir des films intéressants, le père trop bête pour se rendre compte que son fils est un délinquant ou encore la mère célibataire qui ne comprend pas que ses enfants sont si insupportables qu'ils font fuir son amoureux potentiel. Mention spéciale aussi à cette jolie planche un peu triste où un père divorcé mange seul la pizza qu'il a acheté pour un fils qui, finalement, a préféré passer la soirée chez sa mère... Bref, du bon et du moins bon dans une BD qui reste cependant assez consensuel et qui se présente comme le cadeau passe-partout pour Noël.

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:00

L03.jpgHard romance

50 nuances de Grey et nous

Eva Illouz

éditions Seuil

2013

 

Il y a fort longtemps, nous avons parlé de ce monument littéraire qu'est 50 nuances de Grey, ce roman érotique qui fait encore fureur aujourd'hui et qui se retrouvera un Noël de plus sous beaucoup de sapins. Comme bon nombre de mes contemporains je suis restée perplexe devant cette histoire cucul mâtinée de scènes de sexe nous racontant la relation entre la nunuche Anastasia et le possessif Christian Grey. Apparemment, je ne suis pas la seule à m'interroger sur ce succès puisqu'une sociologue israëlienne, Eva Illouz, s'est penchée sur le phénomène et a tenté d'en expliquer les raisons. Ce qu'il faut savoir, c'est déjà qu'à la base 50 nuances de Grey  a débuté sur un blog de fan fiction : c'est un texte qui a été écrit puis adapté en fonction des attentes d'un lectorat bien particulier, évoluant au fil des suggestions tel une pizza bien indigeste. Le second argument d'Illouz c'est la libération de la femme : le féminisme a conduit à une parité dans le couple qui a mis à mal le système patriarcal et en a dessiné un nouveau. Il faut désormais trouver un équilibre notamment par la communication. Or, la femme est contradictoire dans le sens où elle souhaite cette communication tout en désirant paradoxalement que l'homme devine ce qu'elle veut. C'est particulièrement vrai dans le domaine sexuel où trop de communication ou de rationnalisation peut tuer le désir. 50 nuances de Grey offre une alternative satisfaisante à ce paradoxe : il met en scène une femme plus ou moins moderne qui, sur un plan sexuel, accepte de jouer les soumises dans une relation BDSM, un cadre rassurant puisqu'il permet aux deux participants d'affirmer leurs désirs contradictoires et multiples dans un jeu rigoureusement réglementé et clairement défini et consenti. Eva Illouz va plus loin en affirmant que, de la sorte, 50 nuances de Grey est plus ou moins un livre de self help (développement personnel) à la manière de Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus : il apporte une solution aux couples d'aujourd'hui en leur proposant de déplacer les contradictions et les rapports de force de leur relation dans des pratiques BDSM contrôlées, s'appuyant sur des gadgets et des sex toys qui, d'ailleurs, depuis la parution du livre, connaissent un succès croissant.

Voilà en substance la pensée d'Illouz si j'ai bien tout saisi. Je suis assez admirative que quelqu'un trouve autant à dire sur un livre dont, par ailleurs, elle souligne "l'extrême pauvreté littéraire". C'est un truc de sociologue je suppose. Concernant sa démonstration, j'avoue que cela m'a un peu amenée à reconsidérer le livre que je voyais comme le roman machiste par excellence. Après, je ne suis pas sociologue, juste lectrice, et cela me gêne un peu qu'un ouvrage soit uniquement abordé sous l'aspect "phénomène", et encore plus qu'Illouz englobe toutes les femmes dans sa démonstration : je n'ai pas aimé 50 nuances de Grey, suis-je la seule à ne pas succomber à l'hystérie collective? Si le livre répond peut-être aux attentes d'un lectorat bien défini, il serait bon cependant de rappeler qu'un roman c'est pas mal aussi quand c'est bien écrit et que les personnages sont crédibles, histoire de pouvoir adhérer un minimum (ou non d'ailleurs) aux messages qu'il véhicule.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 10:31

L01.jpgLe chat qui ne mangeait pas de souris

Carment Agra Deedy/ Randall Wright

éditions Flammarion

2011

 

Skilley, un chat errant, a enfin trouvé LE travail du siècle. Contre le gîte et le couvert  il doit chasser les souris qui peuplent une auberge, le Ye Olde Cheshire. Le rêve pour lui si Skilley ne cachait pas un secret : notre matou ne mange pas les souris. Lui, ce qu'il adore, c'est le fromage, la spécialité du pub. Il conclut un accord avec Pip, une souris érudite et offre sa protection aux rongeurs de l'endroit contre son péché mignon. Un arrangement qui convient à tout le monde jusqu'au jour où débarque à son tour Pinch, un autre chat cruel et dangereux...

Petit roman sympathique sur une amitié improbable entre un chat et une souris, Le chat qui ne mangeait pas de souris est un de ces livres pour la jeunesse un peu décalés, se situant dans une Angleterre victorienne au charme désuet et se plaisant à multiplier allusions littéraires (on retrouve ainsi le personnage de Dickens) et vocabulaire un peu recherché. Le texte est plein d'humour mais sait parfois devenir plus grave : ainsi l'auteur ne craint pas d'introduire quelques scènes violentes dont le massacre de souris par Pinch ou le récit de la jeunesse de Skilley. Joli récit plutôt bien écrit, ce roman aborde des thèmes aussi variés que le différence, la nécessité de ne pas se fier aux apparences ou encore le pardon, le tout avec une légèreté et une désinvolture très britannique (même si l'auteur n'est pour le coup absolument pas anglaise). On prendra donc les inévitables petites piques sur les Français avec le sourire pour ne retenir qu'un conte charmant qui plaira avant tout aux 10-12 ans.

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