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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 10:43

L04.jpgChienne de vie

troubles émotionnels et maladies de l'âme chez les animaux

Laurel Braitman

éditions Autrement

2014

 

Tout commence avec Oliver, le chien de la narratrice. Oliver est un bouvier bernois affectueux et gentil mais voilà, il est un peu étrange. Il a une peur panique de l'orage, mange tout et n'importe quoi alors même qu'il n'est plus un chiot, bondit sur tous les autres chiens au parc et supporte très mal quand ses maîtres s'absentent. Un peu inquiétant peut-être mais rien de forcément alarmant... jusqu'au jour où Oliver se jette par la fenêtre de l'appartement..

C'est le point de départ du livre de Laurel Braitman, Chienne de vie, consacré à la folie animale et à ce qu'elle nomme joliment "les maladies de l'âme", pied de nez à ceux qui considèrent que les animaux ne sont que des bouts de viande en attente d'être cuite et dépecée. Ne voyez cependant pas dans l'ouvrage une démonstration gnangnan et arbitraire d'une amoureuse un peu cucul des bêtes. Chienne de vie est à la base une thèse qui a été retravaillée pour être adaptée à un public plus large. Autant dire qu'il y a derrière pas mal de recherches : l'auteur ainsi a été visiter laboratoires et zoos, cirques et studios de cinéma, a parlé à des dresseurs, des vétérinaires, des particuliers, des comportementalistes et a vu des animaux de toutes sortes, du rat de laboratoire à l'éléphant thaïlandais.

Le résultat est à dire vrai plutôt effrayant. Si la folie humaine a déjà quelque chose d'angoissant, c'est un phénomène que nous pouvons un peu appréhender, encore que... Mais la folie animale nous paraît bien mystérieuse et peut même sembler choquante : des baleines suicidaires, des singes atteints de TOC, des éléphants violents, des rats dépressifs, des oiseaux au coeur brisé... Contrairement à mon habitude, je n'ai pas lu Chienne de vie d'une traite : en effet, c'est un livre qui peut rapidement vous filer le cafard, surtout lorsqu'on se rend compte que la folie animale est souvent liée directement au comportement de l'homme: déforestation, zoos où des animaux vivent dans des territoires cent fois moins grands que leur territoire habituel, chiens qui vivent dans des appartements minuscules et ne voient leur maître qu'au retour de leur travail... Voilà de quoi augmenter le malaise et de s'interroger sur notre rapport avec les bêtes. Laurel Braitman ne pense pas comme certains cependant qu'il faudrait laisser les animaux en dehors de notre vie : le dernier chapitre plaide pour de nouvelles relations inter-espèces, à son sens la meilleure thérapie à la fois pour l'animal mais aussi pour l'homme. Dense, mais clair et instructif.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 10:37

L01.jpgMes sincères condoléances

Les plus belles perles d'enterrements

Guillaume Bailly

éditions de l'Opportun

2014

 

Le saviez-vous? Il y a beaucoup de petits malins qui se croient originaux en se faisant incinérer sur Allumer le feu de Johnny Halliday. Contrairement à une idée reçue, venir au monde coûte beaucoup plus cher que de mourir. Et non, les croques-morts ne "profitent" pas du malheur des gens ou alors il faudrait dire la même chose des pompiers ou des médecins.

Guillaume Bailly travaille depuis près de vingt ans dans les pompes funèbres et nous livre ici un ouvrage tiré de son expérience. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le livre est très drôle : en effet, l'auteur choisit volontairement des anecdotes légères (la femme qui vient le voir pour enterrer... son chien, l'homme qui se trompe en croyant enterrer son père et enterre un parfait inconnu, des proches qui choisissent pour un défenestré la musique I believe I can fly..)  mais il choisit surtout de dédramatiser son sujet : un autre aurait pu faire un récit pesant, grave et plein de réflexions philosophiques. Guillaume Bailly n'a pas cette prétention : certaines de ses histoires ne sont pas drôles, loin s'en faut (petits vieux morts depuis des mois, suicide par un TGV...) mais il essaie toujours de garder un ton léger, parfois un peu satirique cependant quand il dépeint des proches uniquement obsédés par l'argent ou des aspirants volontaires qui croient que le métier de croque-mort ressemble à celui de Six Feet Under. J'aime beaucoup son style, cet humour noir qui n'est pas exempt de compassion : bon nombre d'histoires m'ont touchée (la petite fille de quatre ans qui demande à sa mère de sortir du cercueil parce que c'est plus drôle) , certaines m'ont fait rire. De façon générale, moi qui ne pouvait m'empêcher d'avoir un a priori sur les pompes funèbres, je dois admettre que le livre m'a plus ou moins réconciliée avec l'idée. Peut-on se moquer de la mort? Oui, à condition que cela soit fait avec intelligence ce qui est le cas ici car, après tout, pour Guillaume Bailly, la mort est un client comme un autre...

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 10:50

L02.jpgMenteur, Menteur

Morris Gleitzman

éditions Albin Michel Jeunesse

2006

 

Thomas, petit australien, a terriblement peur de se transformer en fille : depuis quelques temps, ses tétons le grattent terriblement et personne n'est capable de dire ce qu'il a. Pire, ses camarades du collège se moquent de lui et la vie de Thomas est devenu un peu difficile. Mais ce n'est rien quand il se rend compte d'où vient le véritable problème: le phénomène se produit lorsqu'il entend un mensonge à proximité! Thomas est devenu un sceptique, un détecteur de mensonges ambulant. Or le monde est rempli de menteurs : que ce soit à la télé, au restaurant, en famille ou à l'école, tout le monde ment et notre héros ne tarde pas pas à se sentir de plus en plus mal. Il lui reste une solution : trouver la seule sceptique qui ait survécu assez longtemps pour lui en parler et trouver un remède, quitte à aller jusqu'en France pour ça...

Roman pour pré-ados, Menteur, Menteur est assez amusant car il part sur un postulat sympa, celui d'un gamin qui découvre bien malgré lui combien le mensonge fait partie intégrante de la vie en société. L'intrigue se double d'un vague suspens (Thomas va-t-il vaincre la malédiction?) et de nombreuses scènes comiques, notamment cette scène où le garçon décide de filer son père pour comprendre pourquoi il lui ment au sujet de son travail. Je regrette juste dans ce roman la vision un peu étriquée de l'histoire : Thomas va à Paris, fait des rencontres, expérimente de nouvelles choses mais n'en retient rien si ce n'est que "Ah ben, on est mieux chez soi!" En effet, en quelques pages, l'auteur parvient à nous ressortir tous les clichés qu'ont en tête les étrangers sur la France : la Tour Eiffel, les escargots, les fromages moisis, le snobisme... Vous l'avez compris, cette partie-là est sans intérêt et à mon sens pas franchement intelligente pour de jeunes lecteurs qui cultiveront ainsi de bons gros préjugés. Quoi qu'il en soit, Menteur, Menteur! reste néanmoins un ouvrage agréable à lire, mêlant humour, aventure et une touche de fantastique qui séduira sans doute les plus jeunes.

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 19:39

L02.jpgLa terre brûlée

L'épreuve livre 2

James Dashner

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

On retourne donc dans le labyrinthe... ah mais non le labyrinthe c'est fini, Thomas et ses copains s'en sont sortis et ont atterri au milieu d'un groupe d'insurgés qui les a recueillis. Le pire est-il derrière eux? En ont-ils fini avec la WICKED ? Que nenni car il reste encore deux tomes. La nuit de leur sauvetage, le groupe est réveillé par des bruits terrifiants : leurs sauveteurs sont pendus à la cafétéria et Thérésa, l'amie de coeur de Thomas, a disparu, remplacé par un garçon, Aris, qui prétend avoir fait partie d'un autre groupe, constitué celui-ci uniquement de filles. De nouveaux  mystères qui seront éclaircis plus tard car un homme vient bientôt leur transmettre de nouvelles consignes: une nouvelle épreuve les attend, la traversée de la Terre brûlée..

Second tome de la série, La Terre brûlée n'est ni moins bon ni meilleur que son premier volet Le Labyrinthe. En effet, James Dashner est encore une fois très inégal : des moments très angoissants (la première nuit, la traversée du tunnel pour retrouver l'air libre) alternent avec des dialogues pourris et les états d'âme inutiles du héros qui demeure toujours hélas cruellement inintéressant. L'auteur commence bien son roman en mettant en scène une nouvelle épreuve, qui semble encore plus cruelle que la première : en revanche, il fait l'erreur de séparer la plupart du temps Thomas du reste du groupe, ce qui tue le suspens. En effet, qui peut avoir peur de ce qui arrive à Thomas? N'importe quel lecteur même un peu naïf sait qu'il ne va pas mourir et ne tremble donc pas pour lui alors que le reste de ses amis semble plus vulnérable... De plus, Dashner a un réel souci dans sa narration, tantôt très resserrée dans le temps, tantôt au contraire passant trois jours en deux lignes. Enfin, les péripéties s'accumulent. C'est un peu trop parfois. Certes, cela permet une intrigue qui n'en finit pas de rebondir mais entre les "Thérésa est peut-être morte mais en fait non c'est une traîtresse mais en fait non" ou encore "Minho est le chef mais en fait non c'est Thomas qui est vraiment le chef, sauf qu'il doit se faire tuer par l'autre groupe mais en fait non". Dans Hunger Games, les règles étaient simples. Là on s'interroge franchement sur les motivations d'une société capable de pondre des épreuves pareilles. Donc, de deux choses l'une : soit tout s'éclaircira brillamment dans le troisième tome et on dira avec admiration "bien joué!" soit Dashner ne sait absolument pas où il va et l'ultime volet est un navet sans nom. Dans le doute je mets quand même un petit lapin souriant  à ce deuxième tome mais, honnêtement, je tremble un peu pour la suite...

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 10:05

L02.jpgAu bonheur des monstres

Les chroniques de Pont-aux-rats t.1

Alan Snow

éditions Nathan

2005

 

Le jeune Arthur vit sous terre avec son grand-père depuis sa naissance : pour se nourrir, il fait régulièrement des incursions dans le monde d'en haut et survole la ville de Pont-aux-rats grâce à des ailes mécaniques fabriqués par son aïeul, bricoleur de génie. Mais un jour, Arthur tombe sur une étrange clique mené par l'odieux Gnapard  et qui semble nourrir de noirs desseins pour la ville. Notre héros parviendra-t-il à déjouer leurs plans? Heureusement, il ne sera pas seul, aidé par un avocat à la retraite, des bricoliaux et des rats pirates à l'intelligence aiguisée. Les malfrats n'ont qu'à bien se tenir...

Il m'est très difficile de juger ce genre d'ouvrages car Au bonheur des monstres est clairement un livre pour plus jeunes qui, de fait, fonctionne avec ses codes propres : un jeune héros malicieux et pas toujours irréprochable, des méchants vraiment méchants mais pas toujours très futés, des situations rocambolesques et des dîners composés de chocolat chaud. Le merveilleux est volontairement naïf avec des fromages sauvages, des rats parlants et des êtres minuscules qui s'habillent de carton. Bref, Au bonheur des monstres est un ouvrage qui demande à son lecteur une âme d'enfant, pas trop petit quand même parce que le livre fait tout de même plus de cinq cent pages, illustré cependant en abondance et avec pas mal de dialogues. L'auteur a un joli style ceci dit et un univers assez proche de celui de Coraline, un univers qui paraît sombre et pluvieux, avec de petits personnages tout en angles et un certain cynisme sous-jacent : à Pont-aux-rats les policiers sont corrompus, les bricoliaux sont méprisés et les femmes sont prêtes à tout pour être à la mode, y compris à se charcuter. Un livre faussement naïf et plutôt joli qui a inspiré le film d'animation Boxtrolls sorti cette année.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 09:59

L02.jpgLe labyrinthe

L'épreuve tome 1

James Dashner

éditions Pocket Jeunesse

2009

 

Quand Thomas se réveille, il ne se rappelle plus de rien sauf de son prénom. Autour de lui des ados qui lui sont tous inconnus et un étrange endroit cerné par un labyrinthe... A la nuit tombée, il ne fait pas bon traîner dans ce labyrinthe car les Griffeurs, des machines meurtrières en acier, sont de sortie pour tuer quiconque s'y aventurerait dans l'espoir de chercher une issue. Cependant, Thomas ne tarde pas à prendre ses marques et se porte bientôt volontaire pour explorer l'endroit : en effet ce lieu lui semble familier et il sent qu'il a un rôle capitale à jouer dans leur future évasion.

Tout droit dans la lignée des Hunger games, Le labyrinthe met en scène un univers du même genre, avec des ados vieillis trop vite qui doivent se dépatouiller dans un monde devenu hostile et côtoient la mort et la souffrance au quotidien. De ce fait, nous ne sommes pas à l'abri des clichés du genre : le futur leader charismatique, l'acolyte marrant et attachant, le baroudeur bourru, le méchant paranoïaque...Il y a des fois ceci dit où l'engrenage fonctionne parfaitement : tout le début du récit est vraiment une réussite avec la mise en place du  décor, le Bloc gris cerné par de hauts murs, le labyrinthe sans cesse en mouvement, l'ombre inquiétante des Griffeurs...Et puis, ça se dégrade un peu : le récit s'accélère trop, les descriptions se font plus rares au profit de dialogues creux et redondants, les incohérences se multiplient et les personnages principaux, Thomas et Thérésa, sont de franches têtes à claques pour qui il est difficile d'éprouver de la sympathie. Quelques rebondissements rythment cependant un récit en dent-de-scie, tantôt prenant, tantôt ennuyeux. Ainsi, sans trop en dévoiler, le final est bâclé, déjà vu, mais l'épilogue nous fait miroiter une suite alléchante. Assez en tous cas pour me convaincre de tenter le deuxième volume la semaine prochaine...

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 10:24

L01.jpgL'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Haruki Murakami

éditions Belfond

2013

 

Au lycée, ils étaient inséparables, comme les cinq doigts de la main. Ils faisaient tout ensemble et partageaient tout. Deux filles et trois garçons. Presque tous avait une couleur dans leur nom : il y avait les filles, Blanche et Noire, les garçons Bleu et Rouge. Et il y avait Tsukuru, l'incolore. Tsukuru c'est également le seul à être parti de Nagoya pour aller faire ses études à Tokyo, le seul à s'être éloigné du groupe, même s'il revenait les voir lors des vacances scolaires. Jusqu'au jour où ses amis l'ont rejeté sans la moindre explication. Une séparation qui l'a anéanti. Pendant des mois, Tsukuru est devenu un fantôme et a côtoyé les portes de la mort, privé des êtres qui lui étaient les plus chers au monde. Seize ans plus tard, la blessure est toujours vive, aussi lorsque la pétillante Sara entre dans sa vie, elle le presse de retrouver ses amis pour avoir enfin des réponses à ses questions. La quête de Tsukuru peut commencer...

Après le décevant 1Q84, Murakami renoue avec le style qui lui est propre, ce mélange de poésie, de musique et d'introspection ponctuée d'une touche de fantastique. D'entrée de jeu le lecteur est porté par cette histoire curieuse, celle d'une amitié forte qui, du jour au lendemain, a pris fin sans qu'on sache pourquoi. Murakami met en scène un héros peu conventionnel : Tsukuru est un être silencieux comme une ombre, un homme qui se sent vide, incolore, et qui ne trouve de joie que dans la construction de gares. Sa vie se résume à regarder passer des trains, jolie symbolique d'une vie vécue en spectateur. Il est difficile de ne pas s'y attacher, tout comme il est difficile de ne pas s'interroger sur les motifs qui ont poussé ses amis à l'exclure. De fait, le livre se présente un peu comme une intrigue policière, une suite de rencontres fortes qui conduisent tout doucement notre héros à une vérité plus ou moins étrange. En revanche, c'est du Murakami, aussi, comme bon nombre de ses livres, l'intrigue s'achève plus ou moins en queue de poisson, laissant bien des zones dans l'ombre et bien des interrogations dont quelques-unes à mon avis auraient quand même mérité d'être résolues... L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage reste néanmoins, malgré quelques dialogues un peu artificiels, une très belle réflexion sur l'amitié et l'amour et l'ombre et la lumière qui est en chacun de nous. Il laisse à la fin de la lecture un sentiment doux-amer et dans la tête la très jolie musique du Mal du pays de Liszt qui nous rappelle qu'au fond, nous sommes tous d'une façon ou d'une autre des déracinés...

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 12:00

L02.jpgBridget Jones, Folle de lui

Helen Fielding

éditions Albin Michel

2014

 

On a souvent une conception erronée de Bridget Jones, n'y voyant qu'une légère comédie romantique à l'image de son adaptation cinématographique. C'est un peu injuste : Fielding a en effet créé un genre et mis en scène une héroïne moderne en réinterprétant (très librement) le célèbre Orgueuil et préjugés. Tout comme Elizabeth, Bridget est une célibataire en quête de l'âme soeur; tout comme l'héroïne de Austen, elle a une mère envahissante qui lui fait honte. Enfin, tout comme elle, elle est face à deux prétendants : le séduisant mais dévergondé Daniel Cleaver et le froid, guindé mais respectable Mark Darcy. Le problème c'est que Bridget, malgré ses nombreux visionnages de l'adaptation BBC de Orgueil et préjugés et sa multitudes de bouquins de développement personnel est loin d'être l'héroïne qu'elle voudrait être : maladroite, immature, légèrement enrobée, frivole, elle boit et fume trop et prend toutes les mauvaises décisions concernant sa vie professionnelle et sentimentale. Mais, comme chez Jane Austen, la fin est heureuse : Bridget trouve l'amour avec le prétendant respectable. L'originalité du livre tient aussi dans la forme narrative, celle du journal intime qui confère au récit un ton de confidence propre à charmer la lectrice potentielle. Quand Bridget Jones est sorti de ce fait, le succès a été très vite au rendez-vous. Une suite est parue quelques temps après : Bridget Jones, l'âge de raison. L'effet de surprise était passée, ça sentait un peu le réchauffé mais on avait plaisir à retrouver notre trentenaire dans les affres d'une relation longue durée. Et puis, plus rien... Bridget Jones a disparu des librairies pendant près de quinze ans avant de revenir cette année pour une troisième (et dernière?) aventure : Bridget Jones folle de lui. Cette fois, plus de trentenaire célibattante : Bridget a plus de cinquante ans, deux enfants en bas âge, et se retrouve veuve à la suite du décès prématuré de Mark Darcy. Quatre ans après ce tragique événement, notre héroïne essaie de faire face et de se reconstruire. Mais, entre les réunions parents/profs, les sites de rencontres plus ou moins douteux et le monde magique de Twitter, cela reste malgré tout compliqué de trouver l'amour et de ne pas se sentir larguée.

La bonne idée de l'auteur, même si j'ai encore du mal à le digérer, c'est d'avoir tué Mark Darcy. Les gens heureux n'ont pas d'histoire comme a dit je ne sais plus qui : laisser le héros en vie était difficile pour un nouveau tome et cela permet de donner à Bridget une profondeur qu'elle n'avait pas dans les deux premiers volumes, celle d'une femme qui a vécu des épreuves difficiles et y a plus ou moins fait face. De plus, on a plaisir à retrouver notre héroïne préférée face au monde d'aujourd'hui, toujours incapable de se servir d'une télécommande, s'indignant parce qu'elle n' a pas de followers sur Twitter, tentant tant bien que mal de trouver l'amour sur Cupid.com ou Parentsolo.com et sortant avec un jeunot qui pourrait être son fils. Le fait d'en faire une mère permet également d'ajouter une nouvelle dimension au personnage en la mettant aux prises avec un quotidien bien peu glamour. Ceci dit, il faut se résigner : Bridget Jones folle de lui garde le même style, le même ton que les deux premiers ouvrages et l'effet de surprise est passé depuis longtemps. Pour le coup, le livre est une comédie romantique un peu pâlichonne, assez conventionnelle, avec une morale plutôt facile (Bridget ne peut espérer trouver une vie de couple harmonieuse avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle) et une fin beaucoup trop sucre d'orge, même pour les amateurs. Ce n'est pas mauvais, c'est souvent drôle et parfois émouvant mais, loin d'avoir le mordant et l'originalité du premier volet, ce livre n'en est plus qu'un lointain écho qui, pour le coup, ne laissera pas de souvenirs indélébiles.

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 09:30

L02.jpgLa vie par sept

Holly Goldberg Sloan

éditions Gallimard Jeunesse

2014

 

La jeune Willow Chance a toujours été une enfant un peu étrange. Adoptée, c'est une surdouée qui ne jure que par le chiffre sept et par la médecine et le jardinage. C'est aussi une solitaire, au grand désespoir de ses parents aimants mais un peu dépassés par leur petit génie. Pour ne pas aggraver leur anxiété, Willow leur cache qu'elle voit un éducateur mandaté par l'école et qui bien vite se passionne pour son cas. C'est également chez lui qu'elle fait la connaissance de deux adolescents d'origine vietnamienne, un frère et une soeur avec qui elle lie une vague relation. Cette relation va cependant prendre un tournant décisif le jour où Willow rentre chez elle et découvre que ses parents sont morts brutalement dans un accident de voiture.

J'avoue qu'au début j'ai eu du mal avec cette narration centrée autour d'un personnage tête à claques, la surdouée incomprise seule dans un monde de brutes. En effet, malgré ses nombreux talents, Willow est un personnage froid et peu attachant et, jusqu'à la mort de ses parents, elle reste un protagoniste sans envergure, une madame je sais tout pénible et pas franchement intéressante. Après le rebondissement en revanche, elle gagne un peu d'épaisseur et acquiert plus d'importance, paradoxalement lorsqu'elle découvre que tout ce qu'elle sait n'a au fond que bien peu d'importance face à la mort des deux seuls êtres qui l'aiment. Autour d'elle se déploient divers protagonistes assez amusants : l'éducateur bordélique et maladroit, l'adolescent renfermé, la mère de famille tyrannique... Tout ce groupe finit par former une cohésion et nous entraîne dans une histoire avec certes plein de bons sentiments (l'important c'est d'aimer, les gens ne peuvent pas être rangés dans des cases,la persévérance finit toujours par payer...) mais dénuée de mièvrerie et assez drôle par endroits. Mon seul bémol serait sur l'écriture : je suis loin d'être fanatique des phrases courtes de l'auteur donnant au récit un style hâché et à la narration un ton pédant et lourd. A part ça je n'ai pas grand chose à reprocher à ce roman adolescent plutôt sympa à lire et plein d'espoir.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 10:08

L01.jpgBlood song

tome 1 - La voix du sang

Anthony Ryan

éditions Bragelonne

2011

 

Un scribe à la solde d'un empire puissant accompagne un prisonnier de guerre à la réputation légendaire : Vaelin Al Sorna, dit le Tueur d'Espoir, est craint et haï par ses ennemis depuis qu'il a tué nombre des leurs y compris l'héritier présomptif du trône. Intrigué cependant par cet homme qui paraît bien moins féroce que ce qu'on prétend, notre héros le pousse à raconter son histoire, une histoire pleine de zone d'ombres qui révèle un personnage plus complexe qu'il n'y paraît.

C'est un petit miracle : pour une fois, j'ai bien aimé un ouvrage des éditions Bragelonne. Certes, c'est de la bonne grosse fantasy et, de ce fait, on retrouve tous les ingrédients qui en font la composition : un héros prophétique, des fanatiques religieux, des animaux au service de l'élu, des noms à coucher dehors et des batailles à n'en plus finir. Si Anthony Ryan se réclame carrément de Gemmell, certaines des particularités de son récit ne sont pas non plus sans faire songer à Martin : Vaelin adhère à un Ordre exigant qui rend tous ses membres frères, les contraint à ne pas prendre femme et les met au service de la Foi avant d'être au service d'un royaume. ça ne vous rappelle rien? D'un point de vue technique, je suis un peu déçue par la composition de l'ouvrage qui pourrait être plus aboutie : en effet, le récit s'articule entre la narration du scribe et l'histoire de Al Sorna. Or, Al Sorna est loin de dire tout au scribe et lui cache bon nombre d'éléments qu'on retrouve quand même dans le texte. Il aurait peut-être été intéressant de mettre en avant ces incohérences et de comparer la version "officielle" à la version "officieuse", celle que le lecteur connaît. Ceci dit, passé ces quelques points de détail, Blood song remplit parfaitement sa part du contrat : l'histoire est prenante, le monde parfaitement bien décrit et on repère ça et là quelques originalités dans le texte; le fait par exemple que la Foi soit une religion qui, paradoxalement ne reconnaît aucun dieu, des personnages qui ont chacun une part de mystère, la construction du texte qui nous épargne un faux suspens (d'entrée de jeu on sait que le héros survit), l'inversion des valeurs et une critique sans fard de la guerre, présentée tout au long du roman comme une vaste boucherie inutile au service d'intérêts personnels et divergents. Al Sorna ne se bat pas pour la justice : il se bat pour un envahisseur qui a besoin de saphirs. Cette morale est loin d'être manichéenne et me rend d'autant plus agréable un livre qui, en dépit des clichés, parvient à s'en extraire pour un résultat plutôt satisfaisant.

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