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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:29

L01.jpgNotre-Dame de Paris

Victor Hugo

éditions Pocket

1831

 

Il m'a fallu du temps pour le lire celui-là! De Notre-Dame de Paris, mon premier souvenir est celui d'un film terrifiant où un homme abominable balançait du haut de Notre-Dame des seaux d'huile bouillante à des assaillants en colère. Puis, adolescente, j'ai découvert la très très très libre adaptation de Walt Disney, tout aussi terrifiante dans le genre sucré et et nauséabond. Intriguée, j'ai tenté une première fois la lecture de l'oeuvre pour la reposer passées les dix premières pages, découragée par des descriptions à rallonge et des considérations à n'en plus finir sur l'architecture médiévale. Des années plus tard, Les 1001 Livres.... m'ont offert l'occasion d'y revenir.

Nous sommes à Paris en 1482 sous le règne du terrible Louis XI. A l'ombre de Notre-Dame, la jolie bohémienne Esméralda danse sous le regard sombre de l'archidiacre Frollo. Lui l'alchimiste un peu sorcier qui jusque là ne vivait que pour l'étude et son jeune frère, le voilà qu'il est pris d'un désir ardent pour cette gitane. Il décide de l'enlever avec l'aide de son protégé, Quasimodo, un bossu contrefait qu'il a recueilli et qui vit à Notre-Dame, rendu sourd par les cloches. Leur plan est mis à mal par l'arrivée de Gringoire, un poète sans un sou et, surtout, du beau capitaine Phoebus dont Esméralda tombe immédiatement amoureuse.

Il est difficile de résumer un récit aussi foisonnant qui fait intervenir un grand nombre de personnages. Pour dire la vérité, le début du livre m'a sérieusement ennuyée : l'action est très longue à se mettre en place, les descriptions de Hugo sont pesantes et ses références à l'architecture ne me parlent absolument pas. Mais, passé le premier cap, c'est tout un décor qui se met en place : cathédrale imposante, Cour des Miracles, personnages comiques ou tragiques, le grotesque côtoie le sublime et vice-versa. Les bouffonneries de Jehan Frollo contrastent avec les tourments de son frère, la pureté des sentiments de Quasimodo pour Esméralda s'oppose à sa laideur monstrueuse tandis que la passion de cette dernière pour Phoebus se heurte à l'indifférence du beau capitaine. Les scènes comiques (l'arrivée de Gringoire à la Cour des Miracles, le procès de Quasimodo mené par un juge sourd) alternent avec de très beaux moments tragiques (les déchirements de Frollo, la solitude de Quasimodo, les tortures de la bohémienne...). C'est une oeuvre flamboyante, gothique, qui restitue à merveille un monde médiéval grouillant de vie mais acceptant la mort avec tout autant de facilité. Gibets et gargouilles,  alchimie, voleurs et poètes... On passe la première moitié du livre à se demander pourquoi ce roman est si célèbre et l'autre moitié à comprendre son succès.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:18

L05.jpgça peut pas rater !

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2014

 

Ma dernière expérience avec Legardinier a été plus que désastreuse et c'est sans entrain mais pleine de bonne volonté que j'ai décidé de lire son dernier ouvrage : ça peut pas rater ! qui est, encore une fois, une histoire de filles si j'ose dire. Marie est une jeune femme bien malheureuse : quand notre histoire commence, elle vient de se faire larguer par son concubin qui lui a préférée une autre et qui l'a foutue à la porte. Au travail, ce n'est guère mieux : son patron, un tyran, complote contre elle et ses collègues. Notre héroïne en a assez : rébellion! Sus aux hommes et à leurs manoeuvres infâmes! Elle décide de se venger de son ex et de déjouer les pièges de son chef. Mais sa carapace vacille quand elle reçoit une lettre d'un admirateur secret. Marie retrouvera-t-elle le goût d'aimer et sa solitude finira-t-elle ?

Bon, soyons honnête : ça peut pas rater! est nettement moins catastrophique que Et soudain tout change et renoue un peu avec le plus plaisant Demain j'arrête ! Comme dans tous ses livres, Legardinier commence par une scène d'ouverture choc, notre héroïne qui, ruminant sa tristesse dans les rues de Paris, tombe accidentellement dans le canal et se fait piquer son sac à main par un clochard. Très cinématographique tout ça mais ça fait bien rire de même que quelques scènes très "visuelles" du livre : Marie qui monte une expédition commando à la soirée de son ex, une journée formation qui tourne à la farce... Dommage que ce comique de situation soit gâché par des dialogues artificiels et pompeux qui détonnent dans un récit léger. J'émets aussi de sérieuses réserves sur une intrigue plus que mince et prévisible de bout en bout. Si l'idée d'un mystérieux admirateur crée un mini suspens, c'est un suspens vite éventé car, pour ma part, j'avais déjà trouvé l'élu dès les premières pages. Enfin et surtout, je trouve le personnage de Marie caricatural : Legardinier a voulu faire d'elle une Bridget Jones à la française : il en fait juste une célibataire incapable de se prendre en charge et terrorisée à l'idée de finir seule. Ceci est un message direct adressé à l'auteur : si les célibataires effectivement ne sont parfois pas forcément enchantés de leur célibat, ce ne sont pas pour autant des désespérées chantant du Céline Dion sous leur douche et obnubilées par le moindre homme qui leur sourit. Legardinier fait en effet de son héroïne un véritable coeur d'artichaut, tombant amoureuse du premier homme qui est gentil avec elle et se guérissant d'une relation de dix ans avec autant de facilité que quelqu'un s'arrachant un pansement. Un personnage sans grand intérêt donc que même une ultime décision ne parvient pas à rendre crébile. De plus, j'ai été plus qu'exaspérée par cette dichotomie homme/ femme présente tout au long du récit et qui fait des hommes soit des ordures machos, sexistes et volages, soit des êtres doux et attentionnés jouant avec le petit Enzo dans une maisonnette de banlieue tandis qu'il fait des femmes des êtres d'exception tout en les renvoyant à des rôles de victimes innocentes qui se regroupent entre elles (oui oui, comme à la maternelle, chez Legardinier les garçons et les filles ils préfèrent faire des clans et glousser en se regardant de loin) pour essayer de comprendre leurs mâles. Pas du tout caricatural tout ça. En bref, ça peut pas rater ! présente quelques qualités comiques mais est si manichéen qu'il finit plus par agacer que par faire rire.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 18:50

L08.jpgLe château des étoiles

t.1 1869 La conquête de l'espace

Alix / Alice

éditions Rue des Sèvres

2014

 

XIXe siècle. Une femme fait ses adieux à son mari et à son fils avant d'embarquer à bord d'une mongolfière. Passionnée par la science, elle a pour ambition de découvrir l'éther, une substance aux propriétés nouvelles qui ne se trouverait que tout là haut dans le ciel. Hélas pour elle, le voyage se termine mal : la mongolfière monte trop haut pour redescendre et notre héroïne meurt, faute d'oxygène, mais pas avant d'avoir fait une découverte qu'elle consigne soigneusement dans son journal de bord... Des années plus tard, son fils et son mari, qui sont toujours hantés par son souvenir, reçoivent une lettre les informant que le dit journal a été récupéré.. par l'empereur d'Autriche. Ce dernier, passionné d'astronomie, leur demande de reprendre les travaux de la défunte. Un objectif qui n'est pas de tout repos car les espions sont partout.

Théoriquement c'est de la BD. Dans la pratique, Le château des étoiles  se présente presque plus comme un roman graphique avec même des chapitres qui ponctuent l'histoire. Le scénario est construit, instructif, avec plein de références historiques et de petits discours scientifiques. Mais... comment le dire gentiment? C'est assez ennuyeux. J'avoue que déjà je n'accroche pas avec le dessin trop léché, très académique, mais c'est surtout le scénario qui m'a laissée froide : alambiqué avec, paradoxalement, un air de déjà-vu. Passé le choc des premières pages (la mort de la mère), j'ai eu du mal à entrer dans une intrigue décousue mêlant espace et XIXe siècle en une SF bâtarde. Question de goût je suppose. Toujours est-il est que l'histoire est en deux parties mais que, pour ma part, je compte m'arrêter à ce premier tome. 

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 10:21

L02.jpgHappy Parents

Zep

éditions Delcourt

2014

 

Après Happy Sex, Happy rock et Happy Girls, Zep récidive avec la BD Happy Parents, recueil de planches mettant en scène parents et enfants dans des situations diverses et variées. Mots d'enfants, pères indignes, ados pénibles, parents hétéros ou homos, couples unis ou mères célibataires, il y en a pour tous les goûts dans ce qui est actuellement un gros succès en librairie. Il faut dire que c'est assez facile et plutôt universel. Personnellement, Zep me fait facilement rire : j'aime ses petits personnages tout en jambes et en nez pas très beaux. Happy Parents  n'a pas dérogé à la règle même si je trouve certaines planches moins drôles que d'autres : les enfants innocents qui posent des questions à leurs parents et qui les mettent mal à l'aise ou, pire, les humilient devant les autres, ça a quand même un air de déjà vu. Idem pour la "joie" des bébés qui pleurent la nuit ou l'éternel collier de nouilles de la fête des mères. Les planches qui m'ont amusée en revanche sont celles où Zep met des parents pas forcément à la hauteur : l'éternel gamin qui traumatise son enfant de deux ans en lui faisant des blagues pourries, la mère qui accompagne son ado au ciné parce qu'elle va enfin voir des films intéressants, le père trop bête pour se rendre compte que son fils est un délinquant ou encore la mère célibataire qui ne comprend pas que ses enfants sont si insupportables qu'ils font fuir son amoureux potentiel. Mention spéciale aussi à cette jolie planche un peu triste où un père divorcé mange seul la pizza qu'il a acheté pour un fils qui, finalement, a préféré passer la soirée chez sa mère... Bref, du bon et du moins bon dans une BD qui reste cependant assez consensuel et qui se présente comme le cadeau passe-partout pour Noël.

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:00

L03.jpgHard romance

50 nuances de Grey et nous

Eva Illouz

éditions Seuil

2013

 

Il y a fort longtemps, nous avons parlé de ce monument littéraire qu'est 50 nuances de Grey, ce roman érotique qui fait encore fureur aujourd'hui et qui se retrouvera un Noël de plus sous beaucoup de sapins. Comme bon nombre de mes contemporains je suis restée perplexe devant cette histoire cucul mâtinée de scènes de sexe nous racontant la relation entre la nunuche Anastasia et le possessif Christian Grey. Apparemment, je ne suis pas la seule à m'interroger sur ce succès puisqu'une sociologue israëlienne, Eva Illouz, s'est penchée sur le phénomène et a tenté d'en expliquer les raisons. Ce qu'il faut savoir, c'est déjà qu'à la base 50 nuances de Grey  a débuté sur un blog de fan fiction : c'est un texte qui a été écrit puis adapté en fonction des attentes d'un lectorat bien particulier, évoluant au fil des suggestions tel une pizza bien indigeste. Le second argument d'Illouz c'est la libération de la femme : le féminisme a conduit à une parité dans le couple qui a mis à mal le système patriarcal et en a dessiné un nouveau. Il faut désormais trouver un équilibre notamment par la communication. Or, la femme est contradictoire dans le sens où elle souhaite cette communication tout en désirant paradoxalement que l'homme devine ce qu'elle veut. C'est particulièrement vrai dans le domaine sexuel où trop de communication ou de rationnalisation peut tuer le désir. 50 nuances de Grey offre une alternative satisfaisante à ce paradoxe : il met en scène une femme plus ou moins moderne qui, sur un plan sexuel, accepte de jouer les soumises dans une relation BDSM, un cadre rassurant puisqu'il permet aux deux participants d'affirmer leurs désirs contradictoires et multiples dans un jeu rigoureusement réglementé et clairement défini et consenti. Eva Illouz va plus loin en affirmant que, de la sorte, 50 nuances de Grey est plus ou moins un livre de self help (développement personnel) à la manière de Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus : il apporte une solution aux couples d'aujourd'hui en leur proposant de déplacer les contradictions et les rapports de force de leur relation dans des pratiques BDSM contrôlées, s'appuyant sur des gadgets et des sex toys qui, d'ailleurs, depuis la parution du livre, connaissent un succès croissant.

Voilà en substance la pensée d'Illouz si j'ai bien tout saisi. Je suis assez admirative que quelqu'un trouve autant à dire sur un livre dont, par ailleurs, elle souligne "l'extrême pauvreté littéraire". C'est un truc de sociologue je suppose. Concernant sa démonstration, j'avoue que cela m'a un peu amenée à reconsidérer le livre que je voyais comme le roman machiste par excellence. Après, je ne suis pas sociologue, juste lectrice, et cela me gêne un peu qu'un ouvrage soit uniquement abordé sous l'aspect "phénomène", et encore plus qu'Illouz englobe toutes les femmes dans sa démonstration : je n'ai pas aimé 50 nuances de Grey, suis-je la seule à ne pas succomber à l'hystérie collective? Si le livre répond peut-être aux attentes d'un lectorat bien défini, il serait bon cependant de rappeler qu'un roman c'est pas mal aussi quand c'est bien écrit et que les personnages sont crédibles, histoire de pouvoir adhérer un minimum (ou non d'ailleurs) aux messages qu'il véhicule.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 10:31

L01.jpgLe chat qui ne mangeait pas de souris

Carment Agra Deedy/ Randall Wright

éditions Flammarion

2011

 

Skilley, un chat errant, a enfin trouvé LE travail du siècle. Contre le gîte et le couvert  il doit chasser les souris qui peuplent une auberge, le Ye Olde Cheshire. Le rêve pour lui si Skilley ne cachait pas un secret : notre matou ne mange pas les souris. Lui, ce qu'il adore, c'est le fromage, la spécialité du pub. Il conclut un accord avec Pip, une souris érudite et offre sa protection aux rongeurs de l'endroit contre son péché mignon. Un arrangement qui convient à tout le monde jusqu'au jour où débarque à son tour Pinch, un autre chat cruel et dangereux...

Petit roman sympathique sur une amitié improbable entre un chat et une souris, Le chat qui ne mangeait pas de souris est un de ces livres pour la jeunesse un peu décalés, se situant dans une Angleterre victorienne au charme désuet et se plaisant à multiplier allusions littéraires (on retrouve ainsi le personnage de Dickens) et vocabulaire un peu recherché. Le texte est plein d'humour mais sait parfois devenir plus grave : ainsi l'auteur ne craint pas d'introduire quelques scènes violentes dont le massacre de souris par Pinch ou le récit de la jeunesse de Skilley. Joli récit plutôt bien écrit, ce roman aborde des thèmes aussi variés que le différence, la nécessité de ne pas se fier aux apparences ou encore le pardon, le tout avec une légèreté et une désinvolture très britannique (même si l'auteur n'est pour le coup absolument pas anglaise). On prendra donc les inévitables petites piques sur les Français avec le sourire pour ne retenir qu'un conte charmant qui plaira avant tout aux 10-12 ans.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 11:08

L01.jpgLe Rouge et le Noir

Stendhal

éditions Flammarion

1830

 

Julien est un jeune homme rêveur, passionné de latin et de Napoléon et guère apte à la vie que lui réserve son père, charpentier et exaspéré par ce fainéant de fils. Fort heureusement pour lui, il est engagé comme précepteur par le pontifiant monsieur de Rénal dont il séduit la femme. Ses manières et son succès auprès de la gent féminine lui valent bientôt une ascension sociale rapide et Julien voit enfin l'opportunité de monter à Paris...

Il y a des auteurs qu'on se plaît à imaginer. Personnellement j'ai toujours imaginé Balzac comme un gros monsieur dodu et jovial, Zola comme un vieil homme au regard acéré mais un peu pontifiant, et Stendhal... et ben pour moi Stendhal ça a toujours été une sorte de jeune chien fou comme son héros Fabrice dans la Chartreuse de Parme. Là où Balzac crée des jeunes hommes ambitieux qui réussissent, Stendhal se plaît à créer des personnages stoppés au sommet de leur gloire, que ce soit volontaire ou non. Julien Sorel est un être complexe, dévoré à la fois par l'ambition et le mépris de l'ambition : il voudrait faire partie des puissants tout en niant les classes sociales; il voudrait avoir fait ses preuves sous Napoléon mais se fait bien voir des royalistes au pouvoir. Au-dessus des Parisiens dont il méprise les manières, il voudrait cependant  leur ressembler. Vous l'avez compris : contrairement à ce qu'on pourrait croire, Le Rouge et le Noir est moins un roman politique (la politique à mon sens joue plus le rôle de toile de fond) qu'un roman psychologique. C'est le roman de la schizophrénie : je veux mais je ne veux pas, je t'aime mais je ne t'aime pas. Julien voudrait être dans le clergé mais rêve de gloire militaire; il aime madame de Rénal mais paradoxalement lui en veut d'être au-dessus de lui. Il aime Mathilde dès le moment où celle-ci le méprise et ne l'aime plus dès qu'elle lui avoue son amour tout comme Mathilde se met à l'adorer dès lors qu'elle le croit épris d'une autre. Seule madame de Rénal pourrait paraître constante dans toute cette histoire, si son amour pour Julien n'entrait pas sans cesse en contradiction avec ses convictions religieuses et morales, convictions cependant qu'elle finit par laisser de côté pour n'apparaître plus que comme un personnage entièrement livré à la passion. Si Stendhal se montre très critique vis-à-vis de ses trois protagonistes (Julien nous paraît assez insupportable, surtout au début), il apparaît bien vite cependant que Mathilde, madame de Rénal et Julien sont les seuls vrais héros méritants de l'histoire : pétris d'orgueil, d'amour ou d'ambition, ils se démarquent de contemporains ternes et plats dont les intérêts se limitent à des besoins immédiats, des intrigues politiques mesquines et des ambitions sans envergure. Mathilde a beau être orgueilleuse, caractérielle et inconstante, elle se refuse à jouer le rôle de la jeune fille qu'on marie par intérêt de même que madame de Rénal casse son carcan de sage mère de famille ou que Julien se refuse à accepter les offres d'emploi d'un ami qui le rendraient pourtant riche et prospère. Ce sont des héros romanesques dans un monde qui n'est pas un roman, conté par un narrateur qui lui-même n'est pas dupe. Le Rouge et le Noir pour résumer c'est l'histoire d'un monde au lendemain de la révolution française et qui a perdu tout repère, un livre où des personnages s'agitent pour faire de leur vie un conte de fées en oubliant que cela est impossible.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 10:43

L04.jpgChienne de vie

troubles émotionnels et maladies de l'âme chez les animaux

Laurel Braitman

éditions Autrement

2014

 

Tout commence avec Oliver, le chien de la narratrice. Oliver est un bouvier bernois affectueux et gentil mais voilà, il est un peu étrange. Il a une peur panique de l'orage, mange tout et n'importe quoi alors même qu'il n'est plus un chiot, bondit sur tous les autres chiens au parc et supporte très mal quand ses maîtres s'absentent. Un peu inquiétant peut-être mais rien de forcément alarmant... jusqu'au jour où Oliver se jette par la fenêtre de l'appartement..

C'est le point de départ du livre de Laurel Braitman, Chienne de vie, consacré à la folie animale et à ce qu'elle nomme joliment "les maladies de l'âme", pied de nez à ceux qui considèrent que les animaux ne sont que des bouts de viande en attente d'être cuite et dépecée. Ne voyez cependant pas dans l'ouvrage une démonstration gnangnan et arbitraire d'une amoureuse un peu cucul des bêtes. Chienne de vie est à la base une thèse qui a été retravaillée pour être adaptée à un public plus large. Autant dire qu'il y a derrière pas mal de recherches : l'auteur ainsi a été visiter laboratoires et zoos, cirques et studios de cinéma, a parlé à des dresseurs, des vétérinaires, des particuliers, des comportementalistes et a vu des animaux de toutes sortes, du rat de laboratoire à l'éléphant thaïlandais.

Le résultat est à dire vrai plutôt effrayant. Si la folie humaine a déjà quelque chose d'angoissant, c'est un phénomène que nous pouvons un peu appréhender, encore que... Mais la folie animale nous paraît bien mystérieuse et peut même sembler choquante : des baleines suicidaires, des singes atteints de TOC, des éléphants violents, des rats dépressifs, des oiseaux au coeur brisé... Contrairement à mon habitude, je n'ai pas lu Chienne de vie d'une traite : en effet, c'est un livre qui peut rapidement vous filer le cafard, surtout lorsqu'on se rend compte que la folie animale est souvent liée directement au comportement de l'homme: déforestation, zoos où des animaux vivent dans des territoires cent fois moins grands que leur territoire habituel, chiens qui vivent dans des appartements minuscules et ne voient leur maître qu'au retour de leur travail... Voilà de quoi augmenter le malaise et de s'interroger sur notre rapport avec les bêtes. Laurel Braitman ne pense pas comme certains cependant qu'il faudrait laisser les animaux en dehors de notre vie : le dernier chapitre plaide pour de nouvelles relations inter-espèces, à son sens la meilleure thérapie à la fois pour l'animal mais aussi pour l'homme. Dense, mais clair et instructif.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 10:37

L01.jpgMes sincères condoléances

Les plus belles perles d'enterrements

Guillaume Bailly

éditions de l'Opportun

2014

 

Le saviez-vous? Il y a beaucoup de petits malins qui se croient originaux en se faisant incinérer sur Allumer le feu de Johnny Halliday. Contrairement à une idée reçue, venir au monde coûte beaucoup plus cher que de mourir. Et non, les croques-morts ne "profitent" pas du malheur des gens ou alors il faudrait dire la même chose des pompiers ou des médecins.

Guillaume Bailly travaille depuis près de vingt ans dans les pompes funèbres et nous livre ici un ouvrage tiré de son expérience. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le livre est très drôle : en effet, l'auteur choisit volontairement des anecdotes légères (la femme qui vient le voir pour enterrer... son chien, l'homme qui se trompe en croyant enterrer son père et enterre un parfait inconnu, des proches qui choisissent pour un défenestré la musique I believe I can fly..)  mais il choisit surtout de dédramatiser son sujet : un autre aurait pu faire un récit pesant, grave et plein de réflexions philosophiques. Guillaume Bailly n'a pas cette prétention : certaines de ses histoires ne sont pas drôles, loin s'en faut (petits vieux morts depuis des mois, suicide par un TGV...) mais il essaie toujours de garder un ton léger, parfois un peu satirique cependant quand il dépeint des proches uniquement obsédés par l'argent ou des aspirants volontaires qui croient que le métier de croque-mort ressemble à celui de Six Feet Under. J'aime beaucoup son style, cet humour noir qui n'est pas exempt de compassion : bon nombre d'histoires m'ont touchée (la petite fille de quatre ans qui demande à sa mère de sortir du cercueil parce que c'est plus drôle) , certaines m'ont fait rire. De façon générale, moi qui ne pouvait m'empêcher d'avoir un a priori sur les pompes funèbres, je dois admettre que le livre m'a plus ou moins réconciliée avec l'idée. Peut-on se moquer de la mort? Oui, à condition que cela soit fait avec intelligence ce qui est le cas ici car, après tout, pour Guillaume Bailly, la mort est un client comme un autre...

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 10:50

L02.jpgMenteur, Menteur

Morris Gleitzman

éditions Albin Michel Jeunesse

2006

 

Thomas, petit australien, a terriblement peur de se transformer en fille : depuis quelques temps, ses tétons le grattent terriblement et personne n'est capable de dire ce qu'il a. Pire, ses camarades du collège se moquent de lui et la vie de Thomas est devenu un peu difficile. Mais ce n'est rien quand il se rend compte d'où vient le véritable problème: le phénomène se produit lorsqu'il entend un mensonge à proximité! Thomas est devenu un sceptique, un détecteur de mensonges ambulant. Or le monde est rempli de menteurs : que ce soit à la télé, au restaurant, en famille ou à l'école, tout le monde ment et notre héros ne tarde pas pas à se sentir de plus en plus mal. Il lui reste une solution : trouver la seule sceptique qui ait survécu assez longtemps pour lui en parler et trouver un remède, quitte à aller jusqu'en France pour ça...

Roman pour pré-ados, Menteur, Menteur est assez amusant car il part sur un postulat sympa, celui d'un gamin qui découvre bien malgré lui combien le mensonge fait partie intégrante de la vie en société. L'intrigue se double d'un vague suspens (Thomas va-t-il vaincre la malédiction?) et de nombreuses scènes comiques, notamment cette scène où le garçon décide de filer son père pour comprendre pourquoi il lui ment au sujet de son travail. Je regrette juste dans ce roman la vision un peu étriquée de l'histoire : Thomas va à Paris, fait des rencontres, expérimente de nouvelles choses mais n'en retient rien si ce n'est que "Ah ben, on est mieux chez soi!" En effet, en quelques pages, l'auteur parvient à nous ressortir tous les clichés qu'ont en tête les étrangers sur la France : la Tour Eiffel, les escargots, les fromages moisis, le snobisme... Vous l'avez compris, cette partie-là est sans intérêt et à mon sens pas franchement intelligente pour de jeunes lecteurs qui cultiveront ainsi de bons gros préjugés. Quoi qu'il en soit, Menteur, Menteur! reste néanmoins un ouvrage agréable à lire, mêlant humour, aventure et une touche de fantastique qui séduira sans doute les plus jeunes.

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