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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 12:04

L06.jpgHippocrate aux Enfers

Michel Cymes

éditions Stock

2015

 

Si vous aviez encore un peu le moral après ce début d'année majestueux, j'ai de quoi vous achever avec l'ouvrage de Michel Cymes : Hippocrate aux Enfers qui s'intéresse aux médecins des camps de la mort durant la seconde guerre mondiale. La question de l'auteur est simple : comment des hommes qui ont juré sur le serment d'Hippocrate de soigner et de soulager la souffrance humaine ont-ils pu se livrer à des expériences sur des prisonniers au nom de l'avancée médicale ? Hommes mis dans des caissons de dépressurisation ou plongés dans de l'eau glacée pour être mis en hypothermie, cobayes humains à qui on a innoculé volontairement le typhus, stérilisations de masse aux rayons X, castrations, jumeaux disséqués... je continue ou vous avez compris l'idée ? Cymes nous montre que ces faits n'étaient pas les faits d'hommes isolés, de médecins frustrés ou incompétents,  mais de tout un système financé par l'Etat et les laboratoires pharmaceutiques. C'est assez affreux. L'auteur, malgré son dégoût, essaie cependant de savoir si ses "recherches" ont abouti à de réelles avancées médicales et il apparait vite que cette boucherie n'a guère servi, même si certains médecins des camps seront engagés plus tard par les Etats-Unis et feront faire des avancées majeures dans le domaine de l'armement et de l'aérospatial. je suis sûre que les malheureux qui ont péri par millions sur une table d'opération seraient ravis d'apprendre qu'ils ont aidé indirectement nos amis américains à aller sur la Lune. Mauvaises blagues mises à part, Hippocrate aux Enfers a été très dur à lire puisque le livre nous fait pour le coup plonger dans la barbarie humaine dans toute sa splendeur. J'ai apprécié le style de Cymes qui, sans rester neutre (qui le pourrait ?) s'efforce de s'affranchir de son sentiment d'horreur pour décrire et analyser, préférant à de nombreuses reprises laisser la parole aux documents d'archives et aux témoignages ds rescapés. Un ouvrage dérangeant qui aborde un aspect de la seconde guerre mondiale que, pour ma part, je ne connaissais pas forcément.

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 16:34

L05.jpgBienvenue dans la vraie vie

Lauren Berger

Marabout

2014

 

Jeunes salariés, rassurez-vous : quelqu'un a compris vos problèmes. Vous vous révélez pitoyable dans votre travail? Vos collègues vous jettent des cailloux ? Votre patron vous hait ? Vous vous réveillez chaque matin dans votre vomi au milieu d'impayés ? Pas de panique, Lauren Berger est passée par là et va vous aider à gérer vos difficultés professionnelles, vos finances et même vos relations amoureuses. Cette sémillante trentenaire qui aime à rappeler qu'elle fait partie de la génération Y (comment dire gentiment qu'on s'en fout ?) a connu bien des déboires en entrant dans la vie active et, de fait, a décidé de faire profiter de son savoir-faire.

Bon, déjà là j'avoue que j'étais un peu perplexe car, tout bon roman d'apprentissage vous le dira, il me semble justement que l'intérêt de rentrer dans la vraie vie c'est justement d'apprendre, de commettre des erreurs et d'en tirer des leçons pour la suite, pas d'avoir derrière soi un coach qui vous explique que non, là, il faut que tu dises non à cette soirée parce que demain tu te lèves tôt pour aller travailler, sinon l'intérêt d'être parti de chez papa/ maman me semble minime. D'ailleurs je suis toujours perplexe devant ce métier de coach, un gars payé à vous dire comment mener votre vie comme s'il existait un mode d'emploi universel. Lauren Berger, elle, y croit : elle croit à sa mission d'aider les jeunes en début de carrière si fort qu'elle a créé une entreprise rien que pour ça, qu'elle est overbookée mais qu'elle y arrive parce qu'elle applique ses propres conseils, même si elle nous confesse que, parfois, elle envie les barmen qui, eux, une fois achevée leur journée, sont libres jusqu'au prochain service. Oui, enfin excuse-moi mais eux ils font un vrai métier hein, à courir partout, ils ne passent pas leurs journées à consulter Facebook, à se créér un réseau par téléphone et à donner des conseils foireux à de jeunes diplômés. L'écueil le plus important de cet ouvrage cependant, c'est que c'est écrit par une américaine et que le monde du travail anglo-saxon n'a pas grand-chose à voir avec le nôtre. Ainsi, quand l'auteur conseille d'aller à son bureau un dimanche pour tout ranger, je demande à voir en France les employés qui, pouf, comme ça, peuvent aller travailler le week-end sans trouver portes closes. De même, l'auteur nous raconte le cas où sa chef l'avait appelée au milieu de la nuit : cette dernière était en vacances en Italie et avait oublié du savon dans le restaurant où elle était allée  dîner. En Italie donc. Et comme elle ne se souvenait plus où elle avait dîné, elle demandait donc à son assistante de retrouver son savon à sa place. Assistante qui était, je le rappelle aux Etats-Unis. Voilà, et ça c'était pour illustrer le propos : "Débrouillez-vous pour toujours trouver une solution" et non pas : "Cette radasse m'a réveillée au milieu de la nuit pour une mission dont je doute qu'elle fasse partie de mes attributions. Je l'ai envoyée paître car il est important de garder une vie privée." Tout ça pour dire que beaucoup de conseils de Lauren Berger ne sont pas applicables et c'est tant mieux : pour ma part, je ne comptais pas m'inscrire à des associations pour inonder des malheureux de mes cartes de visite ou pour envoyer un mail au PDG de Pampers histoire de le féliciter de la naissance de son petit dernier parce que j'ai pris soin de lancer des alertes mail quand on parle de lui. Et encore je n'évoque même pas la partie finances ou déclarations d'impôts qui, pour le coup a été je pense entièrement adaptée par le traducteur.

Ne soyons pas trop méchante (comment ça trop tard?) tous les conseils de Lauren Berger ne sont pas mauvais mais il n'y a là rien de révolutionnaire : des trucs tirés de bouquins de développement personnel, des basiques comme faire du sport ou aller chez le dentiste et des mots choc comme "organiser", "prioriser" ou "maximiser". Merci madame, que ferais-je sans vous, vous qui jugez que Kim Kardashian est la femme la plus occupée au monde ? Pour ma part je pense surtout que vous pouvez faire comme Lauren Berger : si vous n'êtes pas bon dans votre travail, quittez-le pour créer un site expliquant aux autres comment mener leur vie. ça fait fureur en ce moment.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 15:53

L05.jpgPico Bogue

Cadence infernale

Roques/ Dormal

éditions Dargaud

2014

 

J'aime bien la BD Pico Bogue, si si je vous assure. J'ai beaucoup ri lors des premiers tomes. Mais là, je commence à me lasser. Dans ce cinquième volume on retrouve toute notre petite famille avec Pico, ses parents, sa soeur, ses amis et les amis de sa soeur.  Le fil rouge de Cadence infernale, c'est un livre d'étymologie que les enfants se refilent, qui leur permet d'apprendre de nouveaux mots et de donner lieu à des situations diverses et variées. Certaines planches font sourire il est vrai mais, pour le coup, beaucoup ont un air de déjà-vu. Peut-on consacrer cinq tomes à des personnages qui n'évoluent pas, à des gags qui se répètent et à un ton résolument gentillet et sans réelle audace ? Plus drôle certes que Cédric, Pico Bogue n'a ni la maturité des personnages de Mafalda, ni l'impertinence de Calvin et Hobbes et, si ses mésaventures étaient amusantes au début, elles commencent sérieusement à s'essouffler. Peut-être est-il temps d'évoluer quitte à prendre un risque. En effet, à vaincre sans péril...

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 18:15

L02.jpgLa fabrique de l'ennemi

Georges Lewi

éditions Vuibert

2014

 

Vous en rêviez : aujourd'hui nous allons parler du storytelling. Oh oui ok je sais mais je rappelle pour ceux qui auraient oublié que je gère un rayon livres d'entreprise et qu'il faut bien que j'aille y jeter un coup d'oeil de temps en temps. Qu'est-ce donc que le storytelling ? Georges Lewi dans son livre La fabrique de l'ennemi nous en fait une analyse assez intéressante. Le storytelling c'est l'art de raconter l'histoire d'une marque, d'un produit ou même d'une personne pour mieux vendre. Sachez donc que pour faire rêver vous devez mettre en scène, susciter l'imagination du consommateur avec le fameux "Il était une fois". Pour Lewi, il s'agit de s'appuyer sur des contraires : le fort/ le faible, le féminin/ le masculin et de créer une histoire avec un héros, un adjuvant et, surtout, un ennemi. Le "client" doit pouvoir s'identifier à son héros et ainsi être poussé à le soutenir. L'auteur, pour étayer sa démonstration, s'appuie sur le storytelling de marques (l'enfance et l'innocence de Coca-Cola contre la jeunesse et la fougue de Red Bull), de territoires (le calme naturel de l'île de Ré, la modernité festive de Ibiza) et même de personnalités (Barack Obama et Vladimir Poutine) tout en rappelant que le storytelling présente un danger, celui de figer marques ou autres dans un modèle qui parfois ne correspond plus à aucune attente.

La fabrique de l'enneni est un ouvrage assez intéressant malgré de nombreuses digressions (j'essaie toujours de comprendre pourquoi Lewi évoque l'interview d'une femme routier au beau milieu de sa démonstration) . Plus essai que manuel pratique, il présente un système qu'il défend tout en en montrant les limites et, au final, nous laisse avec cette morale étrange c'est, qu'au fond, ce ne sont pas les plus intelligents ni les plus travailleurs qui réussissent, mais ceux qui savent raconter les plus belles histoires.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 15:15

L01.jpgL'arabe du futur

Riad Sattouf

Allary éditions

2014

 

Sous forme d'une bande dessinée, Riad Sattouf, l'auteur entre autres de La vie secrète des jeunes, revient sur ses premières années. Né de mère française et de père syrien, c'est un enfant blond qui va d'abord passer son enfance en Libye, puis en Syrie, deux pays alors sous les dictatures respectives de Khadafi et d'Hafez Al-Assad.

C'est rare qu'un livre me mette mal à l'aise, encore moins une bande dessinée. C'est pourtant le cas ici. Il n'y a rien de gommé et d'atténué dans cette description du monde arabe vu à travers les yeux d'un enfant : des maisons qu'on peut occuper si elles sont vides, des allocutions télé à la gloire du dirigeant en place, des immeubles jamais terminés, des pendaisons et des promenades en famille. Un univers qui contraste fortement avec les vacances passées en Bretagne auprès de la famille française. C'est un univers qui nous paraît totalement étranger, avec des touches de tendresse (la grand-mère qui sourit sans rien dire, le père qui montre à son fils comment faire tomber les fruits d'un arbre..) mais également beaucoup de violence : enfants qui jouent avec des pistolets ou livrés à eux-mêmes, tortures d'animaux, messages de haine... Toutes les contradictions d'un peuple qui se retrouvent dans le père du héros lui-même : celui qui se révèle être par ailleurs un père aimant et un homme cultivé, méprisant la bigoterie et l'obscurantisme et rêvant d'un "arabe du futur" lettré et apte à se prendre en main, celui-là même quand il se retrouve chez lui prend la défense de Khadafi ou d'Hafez Al-Assad, tient des propos haineux contre juifs et américains et fait clairement comprendre à son fils que la femme est un être inférieur. A dire vrai, j'ai trouvé ça un peu décourageant. Décourageant de se rendre compte à quel point le choc des cultures peut être brutal. Bien sûr, il s'agit de souvenirs datant de trente ans mais tout de même. C'est plutôt rude. Là où je trouve Sattouf particulièrement bon, c'est quand dans son dessin il laisse le regard s'attarder sur les détails : le père qui dit des horreurs devant la télé mais, tout ce que l'enfant note et retient, c'est sa position, la tête relevée alors qu'il est couché par terre ; les petites voitures rangées impeccablement en ligne, les motifs symétriques de l'étoile de David... Tout pour nous rappeler que c'est à travers les yeux d'un gamin de six ans que nous vivons ce récit et que ce dernier s'intéresse moins à la situation géopolitique de la Libye ou de la Syrie qu'au fait qu'il perd toujours aux petits soldats parce que ses cousins lui filent systématiquement les soldats juifs.  Cela produit un mélange détonnant entre innocence et cruauté (le dessin est doux, presque enfantin, le propos violent), entre souvenirs d'enfance assez émouvants et descriptions qui n'ont rien de complaisantes. Je suis donc sortie plus que perturbée de cette lecture, ce qui ne m'empêchera pas de lire la suite dès qu'elle sortira. 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 13:48

L02.jpgJe sais que vous mentez

Paul Ekman

éditions J'ai Lu

2009

 

Sauf qu'en fait l'auteur passe la moitié du livre à vous expliquer que, non, on ne peut jamais être sûr à 100% de qui ment ou de qui dit la vérité. L'auteur c'est Paul Ekman, psychologue et formateur au FBI, également consultant à l'époque pour la série Lie to me, vous savez la série un peu ennuyeuse où un gars parvenait à connaître la vérité rien qu'au mouvement de sourcil de son interlocuteur : "Ah ah vous mentez ! Je le vois à la façon dont votre nez se plisse." Bon, de toute évidence, la vérité est une affaire autement plus complexe et Paul Ekman s'attache surtout à la morpho-psychologie et à la façon dont nos émotions peuvent se refléter dans nos paroles mais, surtout, sur notre visage. En effet, c'est en analysant ces émotions que le détecteur peut déterminer si son interlocuteur lui cache des choses ou pas. Paul Ekman en profite pour nous rappeler les différentes formes de mensonges en nous citant bon nombre d'exemples de l'histoire.

Je sais que vous mentez n'est pas inintéressant, loin de là, mais, à dire vrai, ne m'a pas beaucoup parlée. D'une part, parce que je pense être une très mauvaise menteuse. D'autre part, parce que, défaillance génétique plus que probable, je ne suis absolument pas pas physionomiste et que je suis capable de dire bonjour à un client que je viens de servir. Alors, quand Ekman présente une série de photos avec un gars en train de sourire et explique que bon là, c'est un vrai sourire, là un sourire de tristesse, celui-là un sourire de dégoût... je me retrouve à loucher sur les images à chercher les différences, un jeu que j'ai toujours cordialement détesté. Menteurs, menteuses, rassurez-vous donc : je suis malgré la lecture de cet ouvrage bien incapable de vous démasquer et ce n'est pas plus mal car, comme le souligne Ekman, tous les mensonges ne sont pas mauvais puisqu'ils permettent bien souvent de se préserver une part d'intimité dans un monde qui ne le permet plus guère.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 15:53

L02.jpgL'oeuf de dragon

George R.R.Martin

éditions Pygmalion

2010

 

Et non ! Désolée de vous décevoir mais, encore une fois, nous ne parlerons pas de la suite du Trône de Fer. Revenons en revanche quatre-vingt-dix ans en arrière avec L'oeuf de dragon du même auteur.

Au royaume des sept couronnes, bien des années avant la chute de la maison Targaryen, Aegon, surnommé l'Oeuf  (il se fait raser le crâne pour ne pas se faire reconnaître), neveu du roi Aerys 1er, voyage incognito avec un chevalier errant, Dunk, à qui il sert d'écuyer. Une façon comme une autre de faire son apprentissage. Sur leur route, les deux hommes croisent un groupe de chevaliers qui les invitent à rejoindre un tournoi donné à l'occasion des noces de lord Beurpuits. Le prix de ce tournoi n'est pas moindre puisqu'il s'agit d'un oeuf de dragon d'une valeur inestimable. Dunk, attiré surtout par la perspective d'une récompense moindre (de l'argent) se joint aux invités de la noce mais ne tarde pas à découvrir que ce mariage est un nid d'intrigues et de complots visant à renverser le roi légitime de son trône. Si quelqu'un découvre l'identité de l'Oeuf, le chevalier et son écuyer sont perdus...

Plus qu'un roman, L'oeuf de dragon est surtout une grosse nouvelle qui,  pour les amateurs de la saga, nous replonge un peu dans l'univers des sept royaumes. Ne cherchez pas vos personnages favoris, ni même vos familles de prédilection : les noms des Stark et des Lannister sont seulement mentionnés, les Baratheon sont totalement absents. Un seul personnage du Trône de Fer apparaît dans le récit, je vous laisse trouver lequel ! Concernant l'histoire, celle-ci n'a rien d'exceptionnel : l'intrigue se déroule sur quelques jours, le temps du tournoi, et se concentre essentiellement sur Dunk et sur son écuyer. C'est une intrigue assez ténue qui repose sur les dialogues entre les personnages et des rivalités plus ou moins déclarées. Pour résumer, L'oeuf de dragon est surtout un récit destiné aux amateurs de la saga et qui retrouveront avec plaisir l'univers de cette dernière, mais a peu de chances de séduire ceux qui voudraient commencer par là.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:21

L02.jpgBroken Soup

Jenny Valentine

éditions Ecole des Loisirs

2008

 

Depuis deux ans, la vie de Rowan a viré au cauchemar : son grand frère Jack est mort, ses parents se sont séparés, et sa mère est devenue tellement dépressive qu'elle n'est plus capable de s'occuper d'elle et de sa petite soeur Stroma. A Rowan de gérer le quotidien en faisant face à son propre chagrin et au souvenir de son frère qui hante la maison. Mais un jour, un événement étrange se produit : un inconnu lui tend un négatif d'une photographie qu'elle aurait laissé tomber. Sauf que cette photo, Rowan ne l'a jamais vue, même si elle ne tarde pas à se rendre compte que le visage dessus lui est familier.

Comment retrouver le goût de la vie après la perte d'un être aimé ? Comment se débarrasser d'un fantôme sans pour autant l'oublier ? Broken Soup est avant tout un très joli roman sur le deuil et la manière de le gérer : il y a Rowan qui essaie de faire front en conservant dans son esprit les bons comme les mauvais côtés de son frère et qui gère le quotidien comme elle peut, et il y a sa mère qui s'enfonce dans la dépression et qui chérit un enfant idéalisé qui n'a jamais existé en oubliant de vivre. Là où Jenny Valentine est assez subtile, c'est lorsqu'elle met en avant les failles des deux méthodes : si la mère ne peut pas s'en sortir de la sorte, Rowan ne peut pas non plus se substituer à ses parents et doit faire face à son propre chagrin. Survient alors une histoire d'amour avec un jeune baroudeur du nom de Harper qui lui donne envie de redevenir adolescente, et une histoire d'amitié avec Bee, une fille de son école avec qui elle peut se confier sur son frère..  Autant de rencontres qui vont permettre à notre héroïne de se reconstruire. C'est mignon et assez touchant mais j'ai trouvé ça un peu facile parfois, en particulier ces deux personnages sortis de nulle part qui prennent soudain une place démesurée dans la vie de Rowan. De même, la petite soeur Stroma est un personnage très drôle, très attachant, mais elle paraît peu crédible. Enfin, si le style du roman est agréable, bien écrit, je suis gênée par une fin abracadabrante et par quelques passages trop sucrés à mon goût. Cela n'empêche pas à Broken Soup de demeurer un roman ado de très bonne facture qui nous rappelle que la meilleure façon de gérer le deuil, c'est le temps.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:29

L01.jpgNotre-Dame de Paris

Victor Hugo

éditions Pocket

1831

 

Il m'a fallu du temps pour le lire celui-là! De Notre-Dame de Paris, mon premier souvenir est celui d'un film terrifiant où un homme abominable balançait du haut de Notre-Dame des seaux d'huile bouillante à des assaillants en colère. Puis, adolescente, j'ai découvert la très très très libre adaptation de Walt Disney, tout aussi terrifiante dans le genre sucré et et nauséabond. Intriguée, j'ai tenté une première fois la lecture de l'oeuvre pour la reposer passées les dix premières pages, découragée par des descriptions à rallonge et des considérations à n'en plus finir sur l'architecture médiévale. Des années plus tard, Les 1001 Livres.... m'ont offert l'occasion d'y revenir.

Nous sommes à Paris en 1482 sous le règne du terrible Louis XI. A l'ombre de Notre-Dame, la jolie bohémienne Esméralda danse sous le regard sombre de l'archidiacre Frollo. Lui l'alchimiste un peu sorcier qui jusque là ne vivait que pour l'étude et son jeune frère, le voilà qu'il est pris d'un désir ardent pour cette gitane. Il décide de l'enlever avec l'aide de son protégé, Quasimodo, un bossu contrefait qu'il a recueilli et qui vit à Notre-Dame, rendu sourd par les cloches. Leur plan est mis à mal par l'arrivée de Gringoire, un poète sans un sou et, surtout, du beau capitaine Phoebus dont Esméralda tombe immédiatement amoureuse.

Il est difficile de résumer un récit aussi foisonnant qui fait intervenir un grand nombre de personnages. Pour dire la vérité, le début du livre m'a sérieusement ennuyée : l'action est très longue à se mettre en place, les descriptions de Hugo sont pesantes et ses références à l'architecture ne me parlent absolument pas. Mais, passé le premier cap, c'est tout un décor qui se met en place : cathédrale imposante, Cour des Miracles, personnages comiques ou tragiques, le grotesque côtoie le sublime et vice-versa. Les bouffonneries de Jehan Frollo contrastent avec les tourments de son frère, la pureté des sentiments de Quasimodo pour Esméralda s'oppose à sa laideur monstrueuse tandis que la passion de cette dernière pour Phoebus se heurte à l'indifférence du beau capitaine. Les scènes comiques (l'arrivée de Gringoire à la Cour des Miracles, le procès de Quasimodo mené par un juge sourd) alternent avec de très beaux moments tragiques (les déchirements de Frollo, la solitude de Quasimodo, les tortures de la bohémienne...). C'est une oeuvre flamboyante, gothique, qui restitue à merveille un monde médiéval grouillant de vie mais acceptant la mort avec tout autant de facilité. Gibets et gargouilles,  alchimie, voleurs et poètes... On passe la première moitié du livre à se demander pourquoi ce roman est si célèbre et l'autre moitié à comprendre son succès.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:18

L05.jpgça peut pas rater !

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2014

 

Ma dernière expérience avec Legardinier a été plus que désastreuse et c'est sans entrain mais pleine de bonne volonté que j'ai décidé de lire son dernier ouvrage : ça peut pas rater ! qui est, encore une fois, une histoire de filles si j'ose dire. Marie est une jeune femme bien malheureuse : quand notre histoire commence, elle vient de se faire larguer par son concubin qui lui a préférée une autre et qui l'a foutue à la porte. Au travail, ce n'est guère mieux : son patron, un tyran, complote contre elle et ses collègues. Notre héroïne en a assez : rébellion! Sus aux hommes et à leurs manoeuvres infâmes! Elle décide de se venger de son ex et de déjouer les pièges de son chef. Mais sa carapace vacille quand elle reçoit une lettre d'un admirateur secret. Marie retrouvera-t-elle le goût d'aimer et sa solitude finira-t-elle ?

Bon, soyons honnête : ça peut pas rater! est nettement moins catastrophique que Et soudain tout change et renoue un peu avec le plus plaisant Demain j'arrête ! Comme dans tous ses livres, Legardinier commence par une scène d'ouverture choc, notre héroïne qui, ruminant sa tristesse dans les rues de Paris, tombe accidentellement dans le canal et se fait piquer son sac à main par un clochard. Très cinématographique tout ça mais ça fait bien rire de même que quelques scènes très "visuelles" du livre : Marie qui monte une expédition commando à la soirée de son ex, une journée formation qui tourne à la farce... Dommage que ce comique de situation soit gâché par des dialogues artificiels et pompeux qui détonnent dans un récit léger. J'émets aussi de sérieuses réserves sur une intrigue plus que mince et prévisible de bout en bout. Si l'idée d'un mystérieux admirateur crée un mini suspens, c'est un suspens vite éventé car, pour ma part, j'avais déjà trouvé l'élu dès les premières pages. Enfin et surtout, je trouve le personnage de Marie caricatural : Legardinier a voulu faire d'elle une Bridget Jones à la française : il en fait juste une célibataire incapable de se prendre en charge et terrorisée à l'idée de finir seule. Ceci est un message direct adressé à l'auteur : si les célibataires effectivement ne sont parfois pas forcément enchantés de leur célibat, ce ne sont pas pour autant des désespérées chantant du Céline Dion sous leur douche et obnubilées par le moindre homme qui leur sourit. Legardinier fait en effet de son héroïne un véritable coeur d'artichaut, tombant amoureuse du premier homme qui est gentil avec elle et se guérissant d'une relation de dix ans avec autant de facilité que quelqu'un s'arrachant un pansement. Un personnage sans grand intérêt donc que même une ultime décision ne parvient pas à rendre crébile. De plus, j'ai été plus qu'exaspérée par cette dichotomie homme/ femme présente tout au long du récit et qui fait des hommes soit des ordures machos, sexistes et volages, soit des êtres doux et attentionnés jouant avec le petit Enzo dans une maisonnette de banlieue tandis qu'il fait des femmes des êtres d'exception tout en les renvoyant à des rôles de victimes innocentes qui se regroupent entre elles (oui oui, comme à la maternelle, chez Legardinier les garçons et les filles ils préfèrent faire des clans et glousser en se regardant de loin) pour essayer de comprendre leurs mâles. Pas du tout caricatural tout ça. En bref, ça peut pas rater ! présente quelques qualités comiques mais est si manichéen qu'il finit plus par agacer que par faire rire.

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