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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 11:40

L05.jpgParions France

Petit traité d'optimisme pour les générations futures

Xavier Louy

éditions Le Cherche-Midi

2014

 

De temps en temps je dois lire de l'économie. Cette semaine ceci dit, vu la morosité ambiante qui règne sur notre pauvre monde bien malmené, j'ai eu envie de lire quelque chose d'un peu positif et me suis donc penchée sur l'ouvrage de Xavier Louy Parions France! qui nous explique que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, notre pays possède des atouts économiques importants et pourrait même accéder à la premier place en 2050. L'auteur nous cite ainsi les entreprises françaises qui ont le vent en poupe, les secteurs florissants (tourisme, luxe, etc.) et surtout nous rappelle que la France ne se cantonne pas à la métropole mais englobe également départements et territoires d'outre-mer, ce qui fait qu'elle possède le deuxième domaine maritime au monde, une donnée qui, à son sens, est loin d'être exploitée convenablement.

L'idée est louable, celle d'arrêter de voir le verre à moitié vite et de se concentrer sur le verre à moitié plein. Après, bien que que non-économiste, j'avoue que la démonstration de Louy m'a laissée assez sceptique. L'idée de remettre les DOM-TOM au coeur de l'économie française me semble une idée séduisante car, tout comme nombre d'habitants de la métropole, j'ai souvent tendance à oublier que la France s'étend au-delà de l'Hexagone (sauf lors des élections des Miss). En revanche, Xavier Louy se revendique haut et fort comme un gaulliste et, de ce fait, semble vouloir appliquer toutes les bonnes vieilles méthodes du général. Je n'ai rien contre ce brave homme hein, mais bon De Gaulle est mort il y a près de cinquante ans maintenant, le monde a quand même pas mal évolué depuis et je doute que la pensée gaulliste soit encore applicable aujourd'hui (papa si tu lis ceci, désolée). Peut-être est-il temps de passer à autre chose non? Ainsi Xavier Louy s'étend-il avec fierté sur l'énergie nucléaire de notre pays, oubliant peut-être un peu vite les débats que cela a suscité récemment. A l'inverse, il ne s'étend que très peu sur l'écologie, ce qui me semble ennuyeux pour quelqu'un qui souhaite exploiter des domaines maritimes. Bon après, je le rappelle, je ne suis pas économiste aussi je n'entrerai pas dans des débats interminables, j'admets volontiers que j'ai peut-être tort, je me contente juste de vous livrer mon ressenti. Pour en revenir à des sujets que je maîtrise plus, je peux dire que Parions France se lit facilement, est accessible, mais qu'il se présente parfois comme un catalogue d'entreprises françaises "qui marchent". Si le lecteur appréciera la volonté de Louy de ne promouvoir aucune politique actuelle, il se lassera en revanche peut-être du ton emphatique de l'essai (c'est bon gros tu écris un livre sur l'économie pas une élégie) ainsi que de ses fréquentes et élogieuses allusions au Tour de France dont, oh surprise, il a été l'un des dirigeants. Pour le reste... Et bien, rendez-vous en 2050 pour voir s'il avait raison.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 12:07

L02.jpgLa libido déficiente de la licorne et autres histoires de science et d'animaux

Sébastien Thorin

éditions Le Pommier

2014

 

Les hommes sont des animaux, tout le monde le sait. La preuve : ils se comportent comme des chevaux dans un manège, mordant celui qui se tient devant eux et lançant des ruades à celui de derrière. Mais l'homme n'est pas le seul sujet d'étude de Sébastien Thorin qui nous parle en vrac des vertus énergétiques de l'ornithorynque, de la faible libido de la licorne, des incidences des panneaux photovoltaïques sur le comportement du caméléon et de l'extrême intelligence et du caractère dépressif du poulpe.

A boire et à manger, c'est ce que nous propose pêle-mêle l'auteur de ce court livre qui mêle quelques vérités scientifiques à bon nombre de fantaisies et une ou deux spéculations. Le but de Thorin, clairement avoué à la fin, est de pousser son lecteur à s'interroger et à faire ses propres recherches pour démêler le vrai du faux et séparer le bon grain de l'ivraie. La libido déficiente de la licorne... n'est donc pas à proprement parler un ouvrage scientifique, plutôt une suite d'histoires et de réflexions courtes, écrites par un narrateur plein d'humour et qui s'intéresse aussi bien aux animaux qu'à l'homme, la religion ou la mondialisation. Si l'ensemble reste très léger, le style est agréable, frais et, à défaut d'instruire le lecteur, attise son intérêt et sa curiosité. Et ça, ce n'est déjà pas si mal.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 14:17

L05.jpgLes Soeurs de la Lune

1- Witchling

2- Changeling

Yasmine Galenorn

éditions Milady

2006 et 2007


 

La bit-lit regorge décidemment de chefs-d'oeuvres. Et, aujourd'hui, je pense que vous en avez droit à un de plus, surtout si vous travaillez alors que le reste du monde vous paraît en vacances. Prêts?

Pour parler dignement des Soeurs de la Lune, il me faut établir un parallèle avec un non moins chef-d'oeuvre de la télévision américaine, la série Charmed. Vous vous en souvenez ? La série mettait en scène trois soeurs qui découvraient qu'elles avaient des pouvoirs de sorcellerie. Mais comme c'était une série pour ados, dans la pratique les héroïnes passaient l'essentiel de leur temps à porter des tenues vulg... sexys et à combattre des démons en poussant des petits cris, lorsqu'elles ne parlaient pas des garçons en gloussant. Chaque semaine, les scénaristes semblaient adapter leur histoire en fonction des tenues des actrices (aujourd'hui on va les habiller en déesses grecques, demain on les déguisera en sirènes, etc.) et l'intrigue avait moins d'importance que les affaires de coeur des soeurs (c'est vrai que lorsqu'un démon menace le monde, il est opportun de s'interroger sur les véritables sentiments de Léo). Les Soeurs de la Lune tombent grosso modo dans le même travers :  Camille, Delilah et Menolly sont trois soeurs, faes par leur père, humaines par leur mère. Le coeur entre deux cultures, celle de la Terre et celle d'Outremonde, elles sont agents de la CIA fae dans notre monde et assure la paix du mieux qu'elles peuvent car leurs pouvoirs ne sont pas au top : Camille est une sorcière dont les sorts marchent une fois sur deux, Delilah, garou, ne se transforme qu'en petit chat un peu ridicule et Menolly est devenue vampire à la suite d'une infiltration ratée. Qu'importe ! Elles sont belles, sexys et elles ont de beaux amants qui les aident à vaincre les démons.

Voilà voilà. Globalement je ne serai pas trop méchante avec ce livre car il y a de bonnes idées, notamment celles de faire des trois soeurs des héroïnes un peu ratées, des marginales d'Outremonde exilées sur Terre. Il y a parfois une légère touche d'autodérision dans le récit ainsi que quelques trouvailles intéressantes : le bébé gargouille, l'esprit de la maison, le pourfendeur fou de dragons... Dommage que tout cela soit gâché par un style enfantin et une narration écrite à la première personne qui donne à l'histoire des allures de journal intime d'ado attardée. Dommage aussi que l'auteur accumule les clichés en faisant de ses trois soeurs (blonde, brune, rousse, la nature est bien faite dis donc) des cruches sans cervelles qui, bien que d'un autre monde, ont les comportements d'humaines basse catégorie, regardant la télé en bouffant des chips et mettant presque autant de temps à décrire leur tenue que le monstre qu'elles sont supposées affronter. N'oublions pas de mentionner également leur incroyable frénésie sexuelle qui les conduisent à vivre des histoires d'amour aussi bien avec des humains qu'avec des dragons, des pumas ou des elfes (je vous rassure hein ils ont quand même forme humaine aussi) et les font trembler de désir à chaque mouvement de l'élu en question. Bref, Yasmine Galenorn nous livre un ouvrage très racoleur avec tous les clichés de la bit-lit : héroïnes canons, hommes mystérieux et séduisants, amours défendus, scènes de sexe, pouvoirs magiques, récit à la première personne pour permettre à la lectrice une identification immédiate... le tout émaillé timidement de quelques bonnes idées. Reste à savoir si ces bonnes idées vont prendre le pas ou si la série va finir par sombrer dans le néant le plus total.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 14:35

L08.jpgLe dragon et le diamant

Le peuple des Nuées t.3

Kai Meyer

éditions Atalante Jeunesse

2007

 

Suite et fin du Peuple des Nuées, notre trilogie jeunesse sur les dragons. Niccolo et Fille-De-Lune ont retrouvé Nugua et les dragons dans les Montagnes Célestes, là où gît Pangu, le géant primitif pétrifié que l'Ether s'efforce de réveiller afin de le faire détruire le monde. Pendant ce temps, Alessia parmi le Peuple des Nuées s'efforce de garder la Cité intact et Pleuring et Bisevent, accompagnés des Marchands Secrets, font route vers les grottes où se tiendra l'ultime bataille...

Et c'est que l'ultime bataille elle dure des plombes ! Autant le deuxième tome était intéressant et plutôt prenant, autant ce volume final nous fait retomber dans l'ennui qu'avait déjà provoqué le premier livre. Intrigue mal construite, atermoiements des personnages, combats qui n'en finissent pas, dialogues lourds et longs... Trop d'action tue l'action si j'ose dire et Kai Meyer en consacrant quasiment tout un ouvrage à la bataille finale lasse son lecteur qui ne peut durant trois cent pages s'inquiéter ou se désoler en continu. Le dragon et le diamant, malgré une fin ouverte plutôt sympathique et un ou deux rebondissements inattendus conclut donc de façon très moyenne une trilogie en dents de scie qui, à mon sens, ne restera pas dans les annales de la littérature jeunesse fantastique.

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 17:13

L02.jpgMensonge romantique et vérité romanesque

René Girard

éditions Hachette

1961

 

Le titre de cet essai littéraire est assez énigmatique : qu'est-ce qu'un mensonge romantique? A contrario qu'est-ce qu'une vérité romanesque? Dans ce livre René Girard s'attaque à la conception romantique. Les romantiques célèbrent le "Moi" en opposition aux "Autres", ce "Moi" qui puise en lui ses propres aspirations et qui se suffit presque à lui-même. Or René Girard s'appuie sur la littérature pour démontrer que le "Moi" romantique est un mensonge. L'homme est un être désirant certes, mais qui ne désire qu'à travers les autres. En s'appuyant sur cinq auteurs, Flaubert avec Madame Bovary, Cervantès avec Don Quichotte,  Stendhal, Proust et Dostoïevski, René Girard élabore la théorie d'un désir triangulaire, c'est-à-dire d'un désir qui naît par le biais d'un médiateur : Don Quichotte veut devenir un chevalier comme le héros de roman Amadis, Madame Bovary aspire à ce qui lui dictent ses lectures parisiennes, Julien Sorel n'est amoureux de Mathilde que parce qu'elle est désirée par les autres... L'objet du désir a en soi moins d'importance que le médiateur lui-même. Plus la médiation est lointaine et reconnue (René Girard la qualifie "d'externe") plus le héros est "lucide" dans ses désirs (aussi paradoxal cela peut-il sembler, Don Quichotte serait plus sain que les héros de Proust ou Stendhal car il revendique clairement son admiration pour Amadis) et plus le médiateur apparaît comme un personnage lointain et bienveillant, semblable à un Dieu qu'on ne peut remettre en cause. A l'inverse, plus le médiateur est proche, plus le désir dissimule sa véritable nature, plus le médiateur peut tomber facilement de son piédestal et plus les sentiments deviennent confus, entre amour et haine, servitude et pouvoir, sadisme et masochisme et font des héros de Dostoïevski par exemple des êtres tourmentés, voire possédés. La passion romantique de ce fait est un mensonge car, pour Girard, la véritable passion est celle qui ne transfigure pas. Pris au piège de leurs propres désirs, ce n'est qu'en les reconnaissant et en lâchant prise que les héros peuvent espérer se débarrasser de leurs illusions  comme Don Quichotte sur son lit de mort ou madame de Clèves fuyant le duc de Nemours par crainte que l'amour de ce dernier pour elle ne survive pas au manque d'obstacles.

C'est un peu compliqué je ne vous le cache pas et, même après trois semaines de vacances, j'ai trouvé le texte particulièrement difficile à appréhender. Ce dont je viens de vous parler n'est qu'une petite partie de la pensée de Girard qui parle aussi de l'existentialisme (ça n'avait pas l'air d'être un grand ami de Sartre) en abordant la notion de liberté et de la Révolution qui, en supprimant le droit divin a plus ou moins aboli la notion de médiation externe.  En bref, René Girard s'appuie sur la littérature pour nous montrer que notre monde est de plus en plus aliéné à mesure que différences sociales et culturelles s'abolissent (on pourrait penser le contraire pourtant) allant jusqu'à la folie des personnages de Dostoïevski. Voilà. J'espère n'avoir pas dit trop de bêtises en parlant de cet ouvrage fort intéressant que je vous encourage à compulser si vous avez du temps et de la concentration...

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 11:52

L01.jpgUne double famille

Honoré de Balzac

éditions Livre de Poche

1830

 

Nous avons déjà vu dans ce blog que Balzac dans sa jeunesse s'est intéressé à la vie maritale avec son très court mais hilarant Physiologie du mariage. Il revient sur le sujet avec cette nouvelle publiée un an plus tard, Une double famille. L'histoire commence avec une douce romance, celle de la jolie et pauvre Caroline qui voit passer chaque jour à sa fenêtre un homme à l'air triste. Leurs regards se croisent, ils tombent amoureux sous l'oeil bienveillant de la mère de Caroline, madame Crochard, qui pressent que le prétendant est fortuné. Son intuition est juste: quelques années plus tard, Caroline mène une vie heureuse installée dans un appartement luxueux et mère de deux beaux enfants. Ce qu'elle ne comprend pas, ce sont les soudaines disparitions de son amant. A la mort de madame Crochard, la vérité éclate au grand jour : Roger Granville, le protecteur de Caroline est déja marié. Retour en arrière avec l'histoire de Roger et de son épouse Angélique, une femme froide et bigote dont la rigidité a fait de la vie de son mari un enfer.

Amateurs de morale, passez votre chemin; en écrivant d'abord l'histoire de Caroline et de Roger avant celle d'Angélique et de Roger, Balzac nous montre clairement sa préférence pour la famille adultère. Caroline est douce et dénuée d'ambition: elle ne vit que pour le bonheur de son amant et de celui de ses enfants. Elle s'adapte à Roger et à ses goûts. A l'inverse, le foyer d'Angélique apparaît comme un enfer familial. Austère et bigote, la jeune femme ne sait pas arranger sa maison, n'éprouve aucune passion charnelle pour son époux, refuse les mondanités et se laisse totalement diriger par un conseiller spirituel janséniste à la morale étroite. Ce portrait peu flatteur n'est pas fait pour attendrir le lecteur qui se rallie vite au mari malheureux. Comment le blâmer de rechercher un bonheur qu'il ne trouve pas chez lui? Peut-on lui en vouloir pour un adultère qu'il n'a pas prémédité et contre lequel il a même un peu lutté? Balzac nous campe sans vergogne un univers hypocrite rempli de Tartuffes et de commères, un monde où le mariage est une union financière avant d'être une union amoureuse ou même de caractères. Ce n'est pas Roger Granville qui est blâmé mais son père qui a voulu le marier à un être qui ne lui correspondait pas. Une double famille pourrait être une apologie de l'adultère mais il n'en est rien: le dénouement dans lequel on apprend que Granville s'est lui-même fait tromper par Caroline qui l'a quitté pour un autre homme nous rappelle, comme le dit très bien la quatrième de couverture que 'L'adultère ne saurait être la solution à un mariage raté". Les lecteurs de Balzac ont dû soupirer: la morale est sauve, le mari volage est seul, trahi par la maîtresse qui se meurt elle-même à cause d'un vaurien. N'en reste pas moins une réflexion intéressante sur l'hypocrisie religieuse, l'institution du mariage et l'idée que la fidélité et l'argent sont loin d'être le gage d'un mariage réussi.

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 11:32

L01.jpgLe dernier des Mohicans

James Fenimore Cooper

éditions Flammarion

1826

 

Des soldats et des indiens, une romance et des demoiselles en détresse, des combats et de la violence, des nobles sentiments et des trahisons... Nous ne sommes pas dans un film hollywoodien mais dans les 1001 livres... avec Le dernier des Mohicans de Cooper.

1757: dans la forêt nord-américaine, alors que la guerre entre les anglais et ces chiens de français fait rage, un jeune major anglais, Heyward, a la mission délicate de mener les deux filles du colonel Munroe, Cora et Alice, jusqu'à leur père assiégé au Fort Williams. Il est aidé par un indien Huron, Magua, qui se révèle bientôt être un traître. Heureusement, la route de Heyward croise celle de Oeil-de-Faucon, un chasseur blanc, et de deux Indiens, Chingachgook et son fils Uncas, ultimes survivants de la race des Mohicans. Les trois guerriers acceptent d'aider les anglais et de les guider à travers ce territoire hostile, cerné par les français et leurs alliés indiens.

Pour ceux qui ont vu le film, autant vous prévenir; le livre n'a rien à voir. Pas de jeune héros fougueux mais un vieux chasseur mal embouché. A dire vrai, dans Le dernier des Mohicans, nous avons plusieurs protagonistes importants: le major Heyward, jeune soldat méritant plein de noblesse d'âme mais encore inexpérimenté et un peu naïf forme avec Alice, la jeune soeur blonde et douce mais timorée et fragile, le couple de jeunes premiers sans envergure mais sympathiques et à qui on souhaite une fin heureuse tout simplement parce qu'on ne les voit pas assumer le rôle de héros tragiques. A l'inverse Uncas, le dernier des Mohicans, ultime descendant d'une lignée condamnée à disparaître, forme avec Cora la soeur aînée, métisse, un autre couple, tragique et plus complexe, celui de deux êtres menant avec courage et héroïsme un combat qui semble perdu d'avance. Enfin Munroe, Chingachgook et Oeil-de-Faucon sont des hommes d'expérience: à la différence de Cora et d'Uncas dont la sagesse semble innée et fait d'eux des êtres d'exception presque irréels, les trois hommes sont ancrés dans une réalité qui les rend pragmatiques: ils savent fuir, se cacher et ce seront les moins en danger durant tout le roman car leur vécu les rend plus prudents. Face à ce groupe de héros, Cooper nous oppose deux visages de l'ennemi; le français Montcalm, courtois, élégant, raffiné et chevaleresque mais dont la faiblesse et l'indécision font le malheur de nos personnages aussi sûrement que le "méchant" du livre, Magua, caricature de l'Indien vicieux et rusé.

Je ne suis pas assez calée sur l'histoire américaine et sur les Indiens pour vous dire si oui ou non Cooper a fait preuve d'une grande rigueur ou si, au contraire il s'est lancé dans un sujet trop vaste pour lui et a utilisé un ou deux clichés pour faire une bonne histoire. Bien qu'on le compare souvent à Walter Scott, Cooper n'a pas eu l'intention avec Le dernier des Mohicans d'écrire un roman historique; le seul événement "historique" du récit est le massacre  de Fort Williams, événement d'une rare violence certes mais qui, s'il occupe une place centrale, n'en est pas moins un rebondissement parmi d'autres. Le Dernier des Mohicans est avant tout un roman d'aventures : enlèvements, combats, têtes de bébés fracassés contre un rocher, Indiens qui scalpent à tout va, pièges et déguisements... Cinq cent pages épuisantes et angoissantes pour le lecteur. Là où Cooper rejoint Scott, c'est dans sa conception du roman où, tout comme l'auteur écossais, il met en scène des personnages qui luttent pour un monde qu'ils savent condamné à disparaître. Cooper pense manifestement que la mort de la civilisation indienne est inévitable et, y voit-il un inconvénient, rien n'est moins sûr. En revanche, il admire ces destinées individuelles qui vont à contre-courant de la destinée collective, de même qu'il admire Munroe, homme d'honneur perdu face à un Montcalm plus politicien que vraiment méchant. Tout ça en tous cas fait du Dernier des Mohicans une oeuvre extrêmement réussie qui, malgré quelques longueurs au début et un peu sur la fin, malgré des dialogues ampoulés et une "morale" légèrement douteuse donne au roman d'aventure ses lettres de noblesse et fait passer à son lecteur un très agréable bien qu'éprouvant moment.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:49

L01.jpgLa famille Fang

Kevin Wilson

Presses de la Cité

2009

 

Caleb et Camille Fang sont ce qu'on appelle des originaux, des artistes, mais ils méprisent l'art immobile; eux, ce qu'ils veulent, c'est faire de leur vie entière une oeuvre d'art. Pour cela, ils organisent des performances en se mettant en scène au quotidien dans des situations improbables et en filmant les réactions des spectateurs malgré eux. Un mode de vie éreintant pour leurs deux enfants, Buster et Annie (enfants A et B), entraînés bien malgré eux dans la folie douce de leurs parents et condamnés eux aussi à participer à des "happenings" aussi fréquents que déstabilisants. Aussi, devenus adultes, les enfants Fang ont-ils bien du mal à mener une existence normale d'autant plus que les circonstances les forcent un jour à retourner vivre chez Caleb et Camille.

Déroutant, La famille Fang est une agréable surprise. C'est un roman extrêmement drôle mettant en scène des personnages déjantés et des situations délirantes, que ce soit Buster se faisant blesser par un lance-patate ou les performances surréalistes de Caleb et de Camille. Nous sommes ici dans une comédie de l'absurde portée par des protagonistes qui semblent tout droit venir d'une autre planète; en effet, si le couple Fang domine l'histoire de bout en bout, leurs enfants ne sont pas en reste ainsi que les personnes qui gravitent autour de leur monde et qui semblent immédiatement atteints par leur délire. J'ai beaucoup ri devanit une intrigue et des dialogues savamment servis par un auteur maîtrisant les ressorts comiques à la perfection mais qui sait aussi alterner avec des passages plus sobres et plus émouvants. La seule chose qui m'a un peu gênée dans ce roman, c'est le final un peu longuet et assez décevant qui fait perdre au livre beaucoup de son impact. Cela n'en demeure pas moins un ouvrage original que je vous encourage vivement à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 13:53

L10Eveil

Robert J.Sawyer

Robert Laffont

2009

 

ça fait seize ans que Caitlin vit dans l'obscurité. Aveugle de naissance, elle n'a jamais vu ses parents et ignore tout des couleurs et du monde qui l'entoure. Son monde à elle c'est celui d'Internet et des mathématiques. C'est une vie agréable mais qui la frustre un peu. Aussi, lorsqu'un japonais, le docteur Kuroda, la contacte par mail pour lui proposer un traitement expérimental qui lui permettrait de guérir en partie sa cécité, l'adolescente n'hésite pas une seconde. Mais après l'opération, c'est un nouveau monde qui lui apparaît...

Je ne sais pas pourquoi je m'acharne encore à lire des ouvrages de science-fiction. Certes, il y en a des simples mais Eveil ne fait absolument pas partie de cette catégorie. L'histoire "initiale", celle de Caitlin est vite rejointe par le récit d'une épidémie mortelle qui frappe la Chine et par celui d'un singe qui converse via Internet avec un autre singe. Trois narrations qui ont entre elles un lien si ténu (l'intelligence artificielle) que je ne suis pas encore sûre à la fin du livre d'avoir tout saisi. Et comme si ça ne suffisait pas, l'auteur nous ressort douze formules mathématiques par page et parle programmation et neurosciences avec la même désinvolture que s'il nous racontait ce qu'il avait mangé à midi. Vous l'avez compris, Eveil s'adresse avant tout à des initiés et il m'est difficile de vous en parler de ce fait correctement. Ce que je retiendrai surtout de ce livre, c'est une histoire plutôt intéressante mais "gâchée" par un trop grand nombre d'intrigues secondaires. Il aurait été à mon sens plus judicieux de se contenter de focaliser le récit sur Caitlin et d'oublier le débat sur la censure informatique en Chine ou les considérations zoologiques sans guère de rapport avec la choucroute. J'avoue aussi avoir été agacée par la référence constante à Wikipédia présentée comme l'encyclopédie ultime et l'accès à toute la connaissance humaine. Enfin, de façon plus générale, j'ai trouvé l'héroïne un peu tête à claques. Auteur de Flashforward, Sawyer signe avec Eveil un texte de SF qui fait moins dépassé mais qui me semble pour le coup nettement moins abouti en terme de personnages et d'intrigue. Pas sûre que je me laisse tenter par un autre de ses ouvrages.

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 10:21

L03.jpgScènes de la vie d'un propre à rien

Joseph von Eichendorff

éditions Libretto

1826

 

Dans un petit village allemand, près du moulin de son père, un jeune homme rêvasse paisiblement en contemplant la nature qui s'éveille d'un long hiver. Mais le meunier n'a que faire d'un fainéant et envoie son propre à rien de fils parcourir le vaste monde. Sitôt dit, sitôt fait : notre héros s'exécute et, sans rien d'autre que son violon sous le bras, se lance dans une aventure qui l'emmènera jusqu'en Italie et lui fera rencontrer peintres et nobles, soubrettes et villageois... Situations cocasses et romances sont au rendez-vous.

Quiproquos, rebondissements, intrigues tortueuses et chansons rythment ce court roman considéré par beaucoup comme la dernière oeuvre majeure du romantisme allemand. De fait, j'ai trouvé que le romantisme était ici plus qu'affaibli; hormis les très belles descriptions d'une nature célébrée à travers les chansons du narrateur, on ne retrouve guère dans Scènes de la vie d'un propre à rien tout ce qui fait la spécificité du genre que sous une forme atténuée, allégée. Le narrateur a beau clamer sa souffrance à la lune et aux étoiles, les situations grotesques et invraisemblables dans lesquelles il se retrouve en font surtout un personnage comique. L'histoire d'amour qu'il vit avec une belle et inaccessible inconnue est également loin d'avoir la profondeur et la gravité de celles que l'on retrouve dans les oeuvres de Goethe. Aussi, si j'ai apprécié le style léger d'Eichendorff, à mille lieux de l'emphase pompeuse d'un Novalis, j'aurais aimé je l'avoue, un peu plus de consistance à une histoire qui en manque cruellement et qui s'apparente plus à mon sens à une opérette : c'est distrayant, amusant, les rebondissements sont multiples, mais le le lecteur à aucun moment n'est vraiment touché ou ému, se contentant de suivre les pérégrinations d'un héros volatile. Fantôme du romantisme allemand, Scènes de la vie d'un propre à rien en est un peu le chant du cygne: j'avoue que pour ma part, j'en suis soulagée.

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