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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 10:24

L02.jpgOrphans

t.1 Double disparition

Claire Gratias

éditions Rageot

2013

 

Marin est un ado lambda de dix-sept ans insupportable. Il rêve d'indépendance et de liberté mais ses parents ne le comprennent trop pas et sa grande soeur le traite comme un bébé. Ah, si seulement il était fils unique et orphelin! ça tombe bien, son smartphone lui envoie le lien d'un mystérieux site: www.orphans.com. En suivant les indications du site, Marin se retrouve alors propulsé dans un monde parallèle, un monde où la télépathie a remplacé le téléphone, où sa ville est devenue un état indépendant, où sa grande soeur n'a jamais existé et où ses parents sont morts. Le rêve de Marin s'est enfin réalisé! Et devinez quoi? Et ben en fait c'est pas si cool que ça...

Premier tome d'une trilogie, Orphans est un livre que je ne m'attendais pas à aimer en lisant le résumé. Un ado incompris, un site web mystérieux... Ceci dit, j'ai finalement plutôt bien accroché. Le style est sans prétention mais l'intrigue est intéressante . Le lecteur navigue entre les deux univers : l'univers où Marin se retrouve coincé bien malgré lui, et celui où il a disparu et dans lequel la meilleure amie de sa grande soeur, Alexia, mène l'enquête sur un mystérieux centre de rajeunissement... Bon c'est parfois un peu fouillis et l'on se demande souvent quel est le rapport, même si on le devine, entre le centre en question et ce qui est arrivé à Marin. De même, l'enquête menée par la police pour retrouver l'adolescent ne semble pas crédible. Enfin, et surtout, l'histoire s'achève véritablement en queue de poisson, laissant le lecteur en vrac avec toutes ses questions. Contrairement à bon nombre de trilogies qui misent sur un premier tome plus ou moins bouclé, laissant tout juste une ouverture possible pour la suite, Claire Gratias d'entrée de jeu ne nous laisse pas le choix d'adhérer à son univers. Vous n'aimez pas? Tant pis pour vous, vous ne saurez pas comment cela finit! Ceci dit, c'est réussi : je vais être forcée d'acheter la suite...

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 11:35

L01.jpgSherlock Holmes t.1

La BD dont vous êtes le héros

CED

éditions Makaka

2013

 

Vous vous souvenez sans doute avoir joué quand vous étiez jeunes aux Livres dont vous êtes le héros, ces livres avec, au début, une feuille de route à remplir aux dés. Une fois vos points de force, habileté, intelligence, etc. complétés, vous vous lanciez dans une quête et, en fonction de vos choix, vous alliez à telle ou telle page pour voir ce qui allait vous arriver. Et, si vous étiez comme moi, vous trichiez éhontément pour avoir une chance d'arriver au bout de l'aventure sans vous faire écraser, tuer par un monstre ou empoisonner par un traître. Allez, avouez...

C'est en souvenir du bon vieux temps que j'ai décidé de tester le concept de la BD dont vous êtes le héros, qui fonctionne sur le même principe que les livres du même nom, sauf que la préparation est plus simple. Dans Sherlock Holmes, me voilà donc propulsé dans la peau du docteur Watson. Sherlock Holmes est d'humeur facétieuse et a décidé de me confier une enquête, histoire de voir comment je me débrouille. Je me retrouve ainsi à enquêter sur le meurtre d'un écrivain célèbre. Qui est le coupable entre sa femme, son docteur, son majordome, son rival ou son éditeur?

Disons-le tout net, je ne suis pas fan du dessin. Je trouve ça plutôt grossier et le personnage de Sherlock est moche. Par contre, j'ai trouvé le principe de la BD très intéressant. En effet, quoi de mieux que des illustrations pour trouver des indices, relever des détails et observer les réactions des différents personnages? L'auteur qui plus est a eu la bonne idée de faire des courses poursuites sur plusieurs cases, tant pour faire monter le suspens que pour limiter les tricheries, et le lecteur se retrouve vite pris au jeu de l'enquête, presque déçu que cela se termine si rapidement.

Bon, et me direz-vous qu'a donné votre enquête à vous au final? La bonne nouvelle, c'est que je n'ai tué ni Sherlock ni Watson, ouf! Je suis arrivée au bout de l'histoire sans tricher. La mauvaise nouvelle c'est que je n'ai pas trouvé le coupable, qu'un homme est mort à cause de moi et que, sur les vingt points et plus requis pour être un "bon" détective, je n'en ai obtenu... que huit. Oui je sais. Je retourne m'entraîner et, d'ici là, ne me confiez pas votre prochaine enquête.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 18:27

L01.jpgPromenade de santé

Fluorette

éditions Grasset

2014

 

Dans la lignée des médecins blogueurs, permettez-moi aujourd'hui de vous présenter Fluorette. Fluorette aurait pu être urgentiste, pédiatre, spécialiste, mais elle a opté pour le voie la plus "ingrate" et est devenue généraliste. C'est son quotidien de généraliste en campagne qu'elle choisit ici de nous raconter, d'abord en tant que remplaçante puis en tant que propriétaire d'un cabinet, avec tous les soucis matériels et moraux que cela implique.

Tiré d'un blog, Promenade de santé est loin d'être un ouvrage complaisant. Fluorette n'est pas tendre avec le système médical dont elle pointe fréquemment les dérives : visiteurs médicaux qui ont trop d'influence, patients qui se font renouveler des médicaments sans même une consultation ou, à l'inverse, patients qui consultent pour un rien à toute heure du jour et de la nuit... Fluorette n'est pas tendre avec elle-même non plus puisqu'elle se remet fréquemment en question et s'interroge régulièrement sur ses choix et sur ses pratiques. Cela ne l'empêche pas pour autant de défendre bec et ongles un métier qu'elle adore et de s'insurger contre tous ceux qui assimilent les généralistes à une bande de fainéants trop payés. Promenade de santé est intéressant de ce fait car c'est un livre un peu dur par endroits mais très touchant, le journal d'une généraliste qui est sans cesse tiraillée entre son amour du métier et des gens et son ras-le-bol des tracas du quotidien et du manque de reconnaissance de sa profession. C'est aussi l'histoire de patients divers et variés qui évoluent dans la vie de Fluorette, malades grincheux ou amicaux, vieillards méfiants ou jeunes filles perdues, hypocondriaques ou dépressifs... Les récits de tous ces êtres ponctuent un ouvrage qui est loin d'être parfait (Fluorette a parfois une tendance à l'auto-apitoiement et digresse à de nombreuses reprises) mais qui reste très émouvant et que, pour ma part, j'ai largement préféré à Alors voilà, pourtant beaucoup plus médiatisé.

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 12:05

L02.jpgMicrocosme

Manu Larcenet

Les Rêveurs

2014

 

En BD, j'avoue être du style minimaliste et préférer aux oeuvres les plus complexes et les plus léchées des petits bonhommes rigolos. On est ainsi... J'ai un peu honte de l'avouer mais, en dehors des BD de Mafalda (et de celles de mon frère bien entendu) ma première collection a été celle du Fond du bocal où, pendant plusieurs tomes, des poissons rouges discutent en tournant dans leur bocal. Inutile donc de vous dire que la dernière BD de Larcenet, Microcosme était pour moi, puisque les héros de cette BD sont des taches d'encre, des petites cellules qui vivent leur vie sous forme de courts sketchs. Les mâles s'appellent tous Jean-Jacques et les femelles s'appellent  toutes Brigitte. Il y a ceux qui sont cancéreux et ceux qui ont le sida; ceux qui sont dépressifs et ceux qui ont déjà franchi le cap en se tuant, devenant des taches fantômes. Il y a le Jean-Jacques tueur en série et le Jean-Jacques qui s'est fait larguer par Brigitte qui le trompe avec Jean-Jacques. Il y a celui qui postule à Jean-Jacques Emploi et le Jean-Jacques barbu qui annonce la fin du monde...

Amateurs de bon goût, passez votre chemin car les gags de Microcosme sont vraiment loin d'être toujours très fin (doux euphémisme) et l'humour noir de l'album sombre parfois dans le vulgaire. Ceci dit, pour ceux qui sont moins délicats l'album reste très drôle. Personnellement, j'apprécie le graphisme et ces petites taches me font bien rire ainsi que les situations absurdes qu'elles rencontrent. Ah le Jean-Jacques tueur en série ou le Jean-Jacques chômeur... Si Microcosme ne restera pas forcément dans les annales, il procure en tous cas un agréable moment de détente.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 10:35

L01.jpgBrochettes à gogo

Anne Fine

éditions Ecole des Loisirs

2009

 

Pour avoir incendié involontairement la cuisine de ses parents, le jeune Harry est exilé par ces derniers le temps des travaux. C'est son oncle Tristram qui hérite de lui pour la semaine et qui l'emmène chez sa dernière conquête en date, la très jolie Belle-de-Jour. Le problème c'est que Belle-de-Jour est très "nature", un peu extravagante, et qu'elle vit sur une île où il n'y a ni télé ni ordinateur. Même la nourriture y est étrange : beignets de pissenlits, terrines d'orties... Le second problème c'est que le ferry ne passe que le samedi et que Harry et son oncle sont coincés ici pour la semaine et condamnés à passer des vacances pour le moins insolites. Au programme : concours de brochettes et de la plus belle barbe, chasse aux anges, maisons qui s'effondrent...

Anne Fine si ça vous dit quelque chose est l'auteur du Journal d'un chat assassin, une série pour les premiers lecteurs et qui était déjà très drôle. Brochettes à gogo, pour les plus grands cette fois, est également une réussite. Anne Fine n'a pas ce côté gentiment moralisateur qu'ont la plupart des auteurs de jeunesse. BIen au contraire, l'histoire de Harry et de son oncle a une petite touche de politiquement incorrect des plus rafraîchissantes : Harry enchaîne bêtises sur bêtises, son oncle ne vaut guère mieux et se révèle en plus être un coureur de jupons. De façon générale, tous les personnages sont tournés en ridicule, que ce soit Belle-de-Jour qui parle à son ange ou qui remercie ses pieds avant de marcher, ou les habitants de l'île, tous barbus et patibulaires. On aurait pu craindre que le récit se révèle un vibrant hommage à notre Mère Nature, mais Brochettes à gogo est surtout un enchaînement de situations plus absurdes les unes que les autres qui ne donne pas plus le beau rôle à notre narrateur pyromane qu'il ne le donne à l'excentrique Belle-de-Jour ou aux insulaires. C'est seulement une histoire très drôle qui multiplie les rebondissements les plus improbables et qui n'a d'autre vocation que de faire rire avec talent sans chercher à toute force à instruire. Et vous savez quoi ? Personnellement, c'est comme ça que je préfère les livres pour enfants.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 10:58

L09.jpgVictoria rêve

Timothée de Fombelle

éditions Gallimard Jeunesse

2012

 

Victoria rêve; elle rêve d'une vie d'aventures trépidantes, une vie comme dans celles des romans qu'elle dévore, une vie avec des pirates et des chevaliers, des indiens et des monstres. En gros, une vie qui ne soit pas, comme la sienne, désespérement ordinaire. Victoria en effet vit dans une petite ville sans histoires, dans une famille sans histoires avec un père qui travaille dans usine de pâtée et une grande soeur insupportable. Sa mère n'a rien d'extraordinaire et sa maison est identique à ceux des voisins. Mais, un soir, quelque chose se produit : le petit Jo vient lui demander où elle a caché les trois cheyennes et Victoria aperçoit dans une voiture son propre père habillé en cow-boy. Des livres disparaissent mystérieusement de sa chambre... L'aventure va-t-elle enfin commencer?

Court récit de Timothée de de Fombelle, l'auteur notamment de Tobie Lolness, Victoria rêve est un très joli roman d'une poésie rare qui, non sans humour mais avec beaucoup de sensibilité également met en scène une collégienne rêveuse qui tente désespérement de trouver de la magie là où il n'y en a pas forcément et qui recherche un peu de fantaisie dans un monde où des grandes soeurs se plaignent de visiter Venise et où des adolescentes frivoles n'ont d'autre intérêt dans la vie que de se faire porter leurs cartables par des adolescents plein d'hormones. Flirtant joliment avec le fantastique et le mystère, Victoria rêve est d'une sensibilité rare pour un livre jeunessse et sa conclusion, qui parvient à être très émouvante sans pour autant être mièvre, nous offre une morale sympathique bien loin de ce à quoi on pourrait s'attendre. En bref, c'est une parenthèse rafraîchissante et un doux moment de lecture.

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 12:12

L02.jpgLady Susan

Jane Austen

éditions Folio

vers 1793

 

Lady Susan est contrariée: veuve depuis quelques mois, elle ne peut profiter de ce nouvel état en toute quiétude. En effet, sa fille de seize ans se refuse à épouser l'homme qu'elle a choisi pour elle et elle est contrainte de quitter la famille où elle logeait à la suite de son deuil : la maîtresse de maison ne goûtait guère les prévenances de son mari à son égard. Voilà donc notre lady contrainte d'aller vivre chez son beau-frère, un riche banquier qui mène une vie des plus austères avec sa famille. Qu'à cela ne tienne! Lady Susan décide de s'amuser un peu et jette son dévolu sur le frère de sa belle-soeur, un homme pourtant fortement prévenu contre elle.

Oeuvre de jeunesse de Jane Austen, Lady Susan est un court récit épistolaire à la façon du XVIIIe siècle et qui n'est pas sans rappeler de très loin Les Liaisons dangereuses : intrigues amoureuses, personnages peu recommandables, donzelles innocentes... Tout comme dans Northanger Abbey, le style est extrêmement léger et, si le personnage de Lady Susan est loin d'être fréquentable, le lecteur ne peut s'empêcher d'être amusé par le tranquille aplomb dont elle fait preuve, tant pour jouer les coquettes que pour s'indigner du manque d'égard à son égard justement. Vite lu, très prévisible, Lady Susan n'a ni la profondeur ni le mordant des autres romans de Jane Austen. En revanche, son humour et sa légèreté en font une oeuvre agréable à lire et qui laisse présager du grand écrivain qu'allait devenir la jeune fille moqueuse.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 12:12

L02.jpgLes confessions d'un fanatique

James Hogg

éditions Terre de Brume

1824

 

Où s'arrête la foi et où commence le fanatisme? La fin justifie-t-elle les moyens? Telles sont quelques-unes des nombreuses questions que nous pose James Hogg, berger écossais devenu auteur, presque aussi célèbre en son temps que son compatriote Walter Scott et qui, dans un curieux ouvrage baptisé Les confessions d'un fanatique raconte l'histoire de Robert Wringhim, un extrêmiste religieux pas tout à fait comme les autres. Elevé dans la haine d'un père bon vivant par une mère bigote et un révérend exalté, croyant à la thérie calviniste de la prédestination, Robert aspire à faire partie des Elus du Seigneur, jusqu'au jour où il rencontre un curieux inconnu, puissant orateur qui l'exhorte à suivre la volonté de Dieu... en tuant tous ceux en désaccord avec ses doctrines.

Les confessions d'un fanatique est composé de deux parties principales: l'une raconte l'histoire du point de vue de l'"éditeur" et livre le récit de façon soi-disant objective, relatant les événements tels qu'ils ont été vécus de l'extérieur et condamnant fermement le fanatique. Des détails ennuyeux cependant viennent troubler le déroulement de l'histoire: incohérences, faits troublants... des détails cependant que l'éditeur se garde bien de relever. La seconde partie, la plus longue, est celle du journal de Robert Wringhim lui-même. Son mysticisme, sa foi exaltée et son intolérance religieuse frappent d'emblée le lecteur d'un profond malaise. Peu à peu cependant, nous comprenons qu'il n'est pas forcément le monstre dépeint par l'éditeur mais le jouet d'un étrange compagnon qui pourrait être bien le Diable en personne. C'est le fantastique qui domine dans cette partie, en opposition avec le réalisme éclairé du début, et les thèmes chers au gothique y reviennent: fantômes, démons, apparitions, pacte avec le Diable... Hogg nous plonge dans un univers fait de terreurs et de superstitions, un univers où Robert essaie tant bien que mal de s'y retrouver, prenant peu à peu conscience que l'Enfer est parfois pavé de "bonnes" intentions. Le lecteur ne peut s'empêcher alors de prendre en pitié cet être aveuglé par ses croyances et terrorisé par l'idée d'aller brûler en Enfer. Aussi, si Les confessions d'un fanatique est effectivement un plaidoyer contre le fanatisme religieux, c'est surtout un choc entre deux mondes, celui des Lumières et de la raison, représenté par l'éditeur, et celui médiéval du second narrateur, monde de terreurs religieuses. A noter d'ailleurs que Hogg se garde bien de railler l'univers de Robert : il n'explique pas les phénomènes surnaturels et rend son narrateur touchant alors que la version de l'éditeur, froide, prenant résolument parti contre le fanatique, peut agacer. Le tout forme un ensemble curieux, assez perturbant et se rapproche presque d'un récit fantastique d'un style inégal mais fort intéressant et justifiant pleinement sa place dans Les 1001 livres...

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 15:29

L01.jpgNorthanger Abbey

Jane Austen

éditions Archipoche

1817

 

Retournons à Jane Austen et à ce livre entrepris en 1798 mais publié peu après sa mort en 1817. L'histoire est celle de Catherine Morland, une héroïne de roman pas franchement très conventionnelle. Elle n'est pas très dégourdie, pas très habile et elle cumule deux handicaps : une grande naïveté et un solide bon sens, des traits de caractère qui ne conviennent guère à une jeune fille du XIXe siècle. Férue des romans d'Anne Radcliffe, Catherine rêve de châteaux gothiques et de fantômes errant dans des couloirs. Ce n'est hélas pas à Bath, la ville où se réunit la bonne société anglaise durant l'hiver qui va lui apporter son lot de frissons : hommes fats, femmes ridicules, aventuriers sans scrupules, notre héroïne se retrouve vite perdue dans un monde dont elle ne comprend qu'à moitié les règles. Son séjour va cependant être pour elle l'occasion de faire la connaissance du charmant Henry Tilney et de sa famille et d'être invitée à séjourner à Northanger Abbey, propriété paternel et lieu dont le nom présente pour elle presque autant d'attraits que les beaux yeux de son hôte...

Si Northanger Abbey est considéré par beaucoup comme un roman mineur de Jane Austen, je l'ai pour ma part préféré à Mansfield Park et et peut-être même à Emma. Certes, l'auteur fait de nombreuses références au roman d'Anne Radcliffe, Les mystères d'Udolphe, ce qui peut déboussoler le lecteur d'aujourd'hui; certes, le ton est léger, peut-être un peu trop, et ne donne guère de profondeur aux personnages; certes le style est parfois un peu brouillon (et la traduction française par endroits incompréhensible) et le propos désinvolte. Mais quelle ironie! Nous sommes ici dans le domaine de la parodie et Jane Austen n'y va pas de main morte : et que je t'égratigne la coquette hypocrite qui, tout en feignant la vertu et la pudibonderie, se comporte mal, et que je raille le soupirant ridicule qui n'a d'autres intérêts dans la vie que les voitures et les chevaux, et que je me moque même de mon héroïne qui ne voit rien, ne comprend rien et rêve d'être le personnage d'un roman gothique dans une Angleterre proprette et austère... Disons-le : Northanger Abbey est drôle. Oui, on y retrouve bien le schéma classique des romans de Austen (une comédie amoureuse qui se termine par un mariage) mais ce schéma lui-même semble tourné en dérision par l'auteur qui intervient, une fois n'est pas coutume, énormément tout au long du récit. Le trait est forcé mais la satire n'a pas ce côté moralisateur à la Mansfield Park. Ici, Jane Austen se soucie bien peu de punir les méchants ou de récompenser les bons. En témoigne la désinvolture avec laquelle elle expédie sa fin heureuse. Les gens sont comme ils sont semble clamer le récit et bien fou serait celui qui croit que la vie est comme un roman : les maris ne tuent pas leurs épouses mais les rendent malheureuses par leur avarice; les hommes ne tombent pas amoureux des femmes au premier regard, les soupirants sont parfois (souvent) des importuns et les héroïnes n'agissent pas toujours avec la dignité appropriée. Au lecteur de déterminer si cela vaut mieux ou pas.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 18:12

L02.jpgL'ogre au pull vert moutarde

Marion Brunet

éditions Sarbacane

2014

 

Retour en littérature jeunesse mais cette fois on descend d'une bonne tranche d'âge au dessous pour s'intéresser à l'histoire de l'ogre au pull vert moutarde. Le narrateur c'est Abdou, un petit garçon qui vit dans un foyer pour enfants. Arrive un soir un nouveau veilleur de nuit : Abdou et son copain Yoan sont bien décidés à faire tourner en bourrique ce nouveau venu qui porte le pull vert moutarde le plus laid au monde. Manque de chance, le veilleur est un ogre : il a très faim et il est bien déterminé à croquer ces enfants dont, de toute façon, personne ne veut. Pour Abdou et Yoan, la nuit s'annonce longue...

On ne va pas épiloguer des heures durant sur un roman qui ennuiera quiconque a dépassé dix ans et qui amusera surtout les plus jeunes : le texte est vif, les illustrations sont rigolotes... Rien à dire au niveau du style, l'auteur a un certain talent même si elle a une fâcheuse tendance à mettre des points d'exclamation partout et à mettre en gras et en majuscules certains mots dans le texte : on s'adresse quand même à des enfants qui savent théoriquement lire couramment (8/10 ans) et qui n'ont pas besoin qu'on leur souligne en permanence les mots-clés ou qu'on les stimule constamment dans leur lecture. En tous cas, personnellement, cette pratique me gonflait déjà royalement étant jeune et je m'aperçois que ça ne s'améliore pas en vieillissant. Quant à l'histoire, certes, elle est drôle mais il y a en elle un petit côté propret avec la ritournelle "Les enfants sont notre avenir, ils ont un petit goût d'espoir, protégeons-les etc." qui paraît parfois un peu artificiel. Les héros, des enfants en foyer, paraissent de même trop parfaits : ils sont un peu turbulents mais gentils tout plein, vous voyez le topo. Ceci dit, le récit est sauvé par le personnage de l'ogre, vraiment très réussi, par les "bonus" intercalés entre chaque chapitre et qui portent aussi bien sur l'art de décrypter ce que dit un éducateur que de l'art de cuisiner un vieux. Enfin et surtout, la fin est complètement amorale (enfin si l'on veut) et, de fait, sauve une histoire qui sinon aurait pu tomber dans la sucrerie la plus totale. Bref, l'ogre au pull vert moutarde se lit plutôt bien et est tout à fait adapté aux plus jeunes même si, pour ma part, je lui préfère pour la même tranche d'âge l'irrévérencieux Journal d'un dégonflé, à mon sens beaucoup plus drôle.

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