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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 11:40

L03.jpgLes râleurs sont les meilleurs

et autres vérités scientifiques prouvées sur l'entreprise

Annie Kahn

éditions JC Lattès

2014

 

Pour donner aux gens le courage de lire des ouvrages aussi rébarbatifs que les livres d'entreprise, il est d'usage des trouver des titres volontairement provocateurs. Ainsi Objectif zéro sale con ouvrage de management tout ce qu'il y a de plus sérieux a longtemps été un best-seller, tandis que Travailler avec des cons, beaucoup plus léger pour le coup, caracole dans les meilleurs ventes des livres d'entreprise depuis des mois. Aussi ne faut-il pas prendre au pied de la lettre ce titre Les râleurs sont les meilleurs, propos qui sera nuancé plus tard dans l'ouvrage par l'auteur Annie Kahn, journaliste au Monde. Dans ce livre, l'objectif est surtout de démontrer que des attitudes ou des comportements qui peuvent paraître contre-productifs sont au contraire bénéfiques à la vie de l'entreprise : ainsi les gens qui râlent sont généralement plus consciencieux dans leur travail, contrairement aux léches-bottes qui cachent leur incompétence derrière une servilité de mauvaise aloi. De même, un employé qui s'accorde quelques temps de récréation est plus productif qu'un employé qui ne s'accorde jamais de pauses et qui, du coup, multiplie les erreurs. Annie Kahn nous explique également qu'il est plus facile de mentir à chaud qu'à froid, que les repas d'affaires sont productifs et que la paternité des PDG influe sur la rénumération des employés.

Si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas complètement inintéressant, c'est un livre qui enfonce beaucoup de portes ouvertes, écrit dans un style plutôt simple et qui, au final, n'apporte pas grand chose. Il y a aussi dans ce livre un côté politiquement correct des plus agaçants, notamment lorsque Annie Kahn vous explique avec moult arguments "scientifiques" que la diversité c'est bien et que jeunes, vieux, hommes et femmes peuvent et doivent participer à la vie de l'entreprise en toute harmonie (j'imagine la réaction de son lectorat si elle avait expliqué que les vieux sont nuisibles à la santé d'une boîte).  Disons qu'on a surtout l'impression que, loin de s'appuyer sur des vérités, Annie Kahn a fait le tri pour prendre ce qui l'arrangeait. Sa vision de l'entreprise a  un côté un peu trop angélique à mon goût et semble avoir surtout pour but de rassurer des français râleurs et contents de savoir que leur petit Mattéo hyperactif ou dyslexique pourra finir patron ou informaticien. De fait, si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas désagréable à lire, c'est un document creux présentant quelques idées intéressantes au milieu de bon nombres de faits inutiles. Si vraiment vous vous intéressez au sujet, mieux vaut vous pencher sur le livre Les stratégies absurdes qui aborde le thème des fausses bonnes idées en entreprise de façon beaucoup plus rigoureuse.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 12:40

L02.jpgMansfield Park

Jane Austen

éditions 10/18

1814

 

Quand je songe à Jane Austen, je suis toujours un peu triste. Voilà quelqu'un avec un talent littéraire absolument étonnant et une connaissance fine des sentiments humains. Serait-elle née à une autre époque, aurait-elle vécu un peu plus longtemps qu'elle se serait pleinement épanouie. Au lieu de cela, morte à à peine plus de quarante ans, elle n'est perçue par la plupart de nos contemporains que comme une vieille fille discrète écrivant des histoires d'amour qui finissent bien.

Mansfield Park n'est pas l'oeuvre de Jane Austen la plus connue et c'est loin d'être son meilleur ouvrage. L'histoire est celle de Fanny Price qui, dès son enfance, est arrachée à sa famille d'origine modeste pour être élevée par son oncle et sa tante à Mansfield Park. Peu à peu la jeune fille craintive et vertueuse tombe amoureuse de son gentil cousin, Edmond, le second fils et destiné à devenir pasteur. Mais Edmond la considère avec toute la tendresse d'un frère et n'a d'yeux que pour la jolie et délurée miss Crawford tandis que, de son côté, ses soeurs Maria et Julia s'éprennent du frère de cette dernière, le volage Henry.

Comme dans Raisons et sentiments et Orgueil et préjugés, on retrouve des personnages types de l'auteur: la jeune fille vertueuse (Fanny), le jeune homme vertueux (Edmond) le séducteur volage (Henry) et la gourgandine mal éduquée (Mary). Dans Mansfield Park ceci dit, les caractères sont plus nuancés: Mary, aussi frivole soit-elle, est capable d'aimer profondément Edmond, Henry est prêt à épouser Fanny tandis qu'Edmond est prêt à faire fi de certains principes pour les beaux yeux de sa belle. La seule qui soit toujours égale à elle-même, droite et constante, c'est Fanny et elle est d'un ennui! Jamais Jane Austen ne m'avait ennuyée avec une héroïne aussi timorée, aussi prude et aussi prévisible. Amoureuse d'Edmond elle ne prend aucune initiative pour se l'attacher, n'ose rien demander, n'ose rien entreprendre et se contente durant tout le livre de s'indigner devant les manières très libres de ses proches. De fait, elle reste l'éternelle spectactrice de l'ouvrage, ne jouera aucun rôle majeur et ne se livrera à aucun épanchement d'aucune sorte. Oui, il faut être honnête; j'ai largement préféré le couple de frère et soeur à celui du couple de cousins. Henry et Mary Crawford sont en effet des personnages plus intéressants et il est dommage que l'auteur leur réserve une fin aussi prévisible et aussi convenue. Mansfield Park a cependant de nombreuses qualités : l'ironie de Jane Austen fait toujours merveille, notamment lorsqu'elle raille le personnage de  Mrs Norris, la veuve avare et commère ou encore celui du fiancé insipide de Maria. Les sentiments sont également très bien rendus; je pense notamment à ce très émouvant passage où Fanny assiste, impuissante, à la répétition théâtrale d'une scène d'amour entre Mary et Edmond ou à ces nombreux moments où elle joue bien malgré elle le rôle de confidente de miss Crawford ou de son cousin. Pour toutes ces raisons, je ne considèrerai pas Mansfield Park comme un mauvais livre mais je conseillerai plutôt à ceux qui n'ont jamais lu du Jane Austen de commencer par autre chose...

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 14:36

L02.jpgMelmoth

Charles R. Mathurin

éditions Libretto

1820

 

L'histoire commence lorsque le jeune John Melmoth se rend au chevet de son oncle mourant dont il est l'héritier. Ce dernier, sur son lit de mort, lui fait promettre de détruire le portrait vieux de 150 ans d'un mystérieux aïeul. Notre héros s'exécute, non sans avoir pris le temps de lire quelques documents relatifs à l'homme du portrait, documents troublants s'il en est... Quelques temps plus tard, un navire fait naufrage sur la côte et Melmoth recueille un rescapé espagnol, ancien moine, qui lui relate son histoire, histoire qui, curieusement, fait encore une fois intervenir l'ancêtre de notre héros...

Melmoth, ouvrage faisant partie de nos 1001 livres... délaissés quelque peu ces derniers temps, est considéré comme le dernier roman gothique mêlant surnaturel et couloirs sombres, pactes maudits et religieux exaltés. D'un point de vue narratif, c'est plutôt intéressant : l'auteur imbrique plusieurs récits les uns dans les autres, celui de Melmoth interrompu par celui de l'espagnol, lui-même interrompu par l'histoire de la jeune fille sur son île, interrompu par l'histoire de la famille malchanceuse, etc. Toutes ces histoires imbriquées à la manière de poupées gignognes ont une seule constante, l'homme au portrait qui, telle une ombre menaçante, plane sur le livre. Bon, dit comme ça, Melmoth a l'air génial. En pratique, c'est un pavé de sept cent pages un peu longuet, avec une fin expéditive et des descriptions saisissantes qui se perdent dans un style emphatique et des personnages manichéens. Je n'en retiendrai pas de ce fait l'aspect "gothique" (j'ai été pour le coup beaucoup plus convaincue par Anne Radcliffe ou Le Moine de Lewis) mais j'avoue avoir été séduite par quelques envolées lyriques, notamment celles de la malheureuse "fiancée" de Melmoth le maudit:

 

"Je ne sais qui vous êtes, mais je suis à vous. Je ne sais qui vous servez, mais, qui que ce soit, je le servirai aussi. Je veux être à vous pour toujours. Abandonnez-moi si vous voulez mais, quand je serai morte, revenez dans cette île, et dites en vous-même : les roses ont fleuri et se sont fanées, les ruisseaux ont coulé et se sont desséchés, les rochers ont été déplacés et les astres dans le ciel ont changé leur cours; mais il existait un coeur qui n'a jamais changé, et il n'est point ici!"

 

Pour faire court, amateurs de sueurs froides ne vous lancez pas là-dedans. L'oeuvre de Mathurin est un récit fantastique, certes, mais c'est un fantastique à la Mary Shelley : romantisme noir, ode à la nature, solitude de l'homme face à une société corrompue et fanatique (les moines décrits par l'espagnol inquiètent presque plus que l'homme du portrait), souffrance de l'être écartelé entre son désir de survie et la craine de perdre son âme... Certes, quand on y songe, c'est effectivement presque plus inquiétant que des hurlements ou des chaînes qui grincent dans l'obscurité...

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 19:18

L01.jpgGone

La lumière

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse

2013

 

Il est temps d'en finir avec les enfants de Perdido Beach coincés dans la zone depuis maintenant près d'un an. Avec ce sixième tome, Michael Grant boucle une série fantastique qui en a fait cauchemarder plus d'un. Attention! On rappelle que les gentils lecteurs qui souhaitent un jour se pencher sur Gone mais qui n'ont pas encore commencé doivent sauter cette note...

ça y est! Le dôme est devenu translucide et, désormais, les enfants peuvent voir tout ce qui se passe au-delà et retrouver leurs parents dont ils sont séparés par une paroi infranchissable. C'est un choc pour les gens de l'extérieur qui découvre une ville saccagée et des sujets devenus armés et dangereux. Mais, dans la Zone, on a d'autres préoccupations en tête: en effet, le gaïaphage, incarné sous la forme d'une petite fille, sème la terreur et menace de tous les tuer. Si Sam et les autres ne font rien, bientôt il ne restera plus d'enfants de Perdido Beach à sauver...

Qu'il suffise de vous dire que le point final de cette série pour ados fait plus peur que le dernier Stephen King et tout est dit. Michael Grant a le chic pour distiller le malaise dans une écriture rythmée et évocatrice et n'a aucun scrupule à décrire les pires horreurs ou à faire mourir de la façon la plus atroce des personnages que nous suivons depuis le tout début. La narration, découpée toujours selon le même bon vieux principe de compte à rebours que dans les autres tomes, ne faiblit pas et le lecteur se retrouve vite pris au piège d'une intrigue menée sans temps mort. J'émettrai juste une petit bémol sur la fin un peu longuette mais qui se justifie je suppose lorsqu'il faut conclure une série de cette ampleur. Les questions qu'on pouvait se poser sont résolues, les zones d'ombre sont plus ou moins dissipées et, à défaut d'être entièrement satisfait (Grant aura forcément tué l'un de vos petits chouchous dans le lot, ne vous faites pas d'illusions) les amateurs devraient pouvoir y trouver leur compte. Comme le dit lui-même l'auteur à la fin de l'ouvrage: "Vous êtes maintenant libres de quitter la zone".

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 11:58

L08.jpgLe grand coeur

Jean-Christophe Rufin

éditions Folio

2012

 

Un homme exilé au fin fond d'une île grecque prend la plume pour raconter son histoire, et quelle histoire ! Car ce vieillard n'est ni plus ni moins que Jacques Coeur, l'ancien Argentier du roi Charles VII. Charles VII ça vous dit peut-être rien mais si je vous dis que c'est le dauphin qu'est venu trouver Jeanne d'Arc pour le couronner...Voilà, c'est bien. Revenons donc à Jacques Coeur, cet homme d'origine modeste, fils d'un pelletier mais qui, grâce à ses talents de commerçant et de visionnaire, est devenu l'homme le plus riche de France. Héros complexe, précurseur de la Renaissance qui s'annonce, il a permis au roi de terminer la guerre de cent ans et a rêvé toute sa vie d'un Occident et d'un Orient réconciliés. Mais on ne peut être aussi ambitieux sans s'attirer les foudres des envieux et du roi lui-même, cet être complexe et mesquin. Fort heureusement, Jacques peut compter sur le plus sûr des soutiens, celui de Agnès Sorel, la première favorite royale de l'histoire de France...

On m'avait dit tellement de bien de ce livre: j'attends encore le moment où je dois m'extasier. La narration est linéaire et plate au possible: Jacques Coeur raconte son enfance (50 pages) les premiers temps de son mariage (50 pages) pour enfin avoir une révélation et décider de visiter l'Orient. Chic! se dit le lecteur, ça y est on entre dans le vif du sujet! Que nenni.. Après une visite éclair, Jacques se dit qu'il va se lancer dans le commerce à l'échelle mondiale: suit une pesante explication sur les tenants et aboutissants, les différentes tractations, le choix des associés, etc. Notre héros cherche un appui, ce qui donne lieu à une scène un peu intéressante, sa rencontre avec le roi. Retour aux explications, mise en place de l'affaire de Jacques. Jacques devient argentier du roi, il est de plus en plus riche, il s'ennuie un peu alors il achète beaucoup de châteaux et en fait construire un pour sa femme. Rencontre avec Agnès Sorel  (le livre est déjà à moitié entamé) dont il tombe amoureux (attention, c'est à peu près la seule partie intéressante du roman). Mort d'Agnès, Jacques perd goût au monde d'autant plus que ses ennemis complotent derrière son dos. Procès, déchéance, fuite. Fin.

Non non, je ne vous mens pas: il ne se passe absolument rien dans ce livre: pas de moment clé, pas de montée dans l'intrigue, aucun personnage ne ressort pas même les principaux, absolument rien. Bon, soyons honnêtes: il y a peut-être des gens que la vie de Jacques Coeur intéresse (j'ai une collègue qui ne jure que par ce livre après tout) mais, personnellement j'ai du mal à m'attacher à un être dont le seul mérite est d'avoir amassé de l'argent. Certes, il a voyagé, rencontré des gens puissants et des humbles mais rien de tout ça n'est vraiment mis en relief par l'auteur qui, perdu dans sa narration à la première personne, semble enfermé dans un personnage qu'il semble beaucoup admirer et a énormément de mal à s'en détacher pour donner son importance aux autres protagonistes ou même aux simples descriptions.. Résultat, le récit centré exclusivement sur le héros  et ses états d'âme tourne à vie et m'a ennuyée furieusement. En fin de compte, peut-être suis-je trop jeune ou trop vieille pour les romans historiques.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 10:44

L03.jpgFight Club

Chuck Palahniuk

éditions Folio

1996

 

Bon, que ce soit clair : je n'ai jamais vu Fight Club et je n'ai jamais été tentée de le voir malgré la présence de Brad Pitt. J'ignore pourquoi mais ce film fleure trop la testostérone pour vraiment me séduire. J'ai sans doute tort mais voilà il y a des préjugés comme ça dont on ne peut se défaire. En revanche, apercevant sur un coin de table le roman de Palahniuk à l'origine de l'adaptation, je me suis dit : "Bah pourquoi pas..." Après tout Fight Club est devenu un classique.

Tout commence avec un narrateur un peu paumé à la vie bien rangée qui, pour vaincre ses insomnies chroniques, s'est inscrit dans des clubs de soutien divers, le plus souvent des groupes de personnes malades et en phase terminale. La souffrance des autres l'aide à mieux dormir. Un jour, il rencontre Marla qui, comme lui, est un imposteur : elle ne va à ses groupes que pour se sentir moins minable. Quelques temps plus tard, il fait aussi la connaissance de Tyler, un homme déjanté à la limite de la folie mais qui le fascine. Aussi, lorsque son appartement explose, notre héros s'installe tout naturellement chez Tyler qui l'initie au Fight Club, un club très fermé qu'il a inventé et qui va entraîner son ami dans une succession d'événements de plus en plus dangereux.

Il est difficile de décrire ce roman, plein de pièges et de faux semblants et avec un style assez unique; l'écriture est décousue, les descriptions frappantes et le trivial côtoie des interrogations assez angoissantes. Les situations, d'abord perçues comme ordinaires, se révèlent vite absurdes : un homme en pleine santé qui fréquente des groupes de malades, une femme qui se suicide pour se sentir plus vivante, un personnage qui érige en véritable institution des combats qui par définition sont sans règles. Le contraste naît aussi entre les deux héros: un narrateur trop sage qui étouffe dans sa vie bien rangé et Tyler, un anarchiste qui, par le chaos veut refonder une nouvelle société. Le dénouement est plutôt inattendu, du moins pour ceux qui, comme moi, n'ont pas vu le film. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai pas réussi à entrer dans ce livre. Je ne me l'explique pas vraiment : c'est sans doute dû à la thématique de Fight Club qui ne m'a absolument pas inspirée : combats, fabrication de bombes, tabassages, dialogues virils... J'ai été de ce fait sensible au style mais je suis restée totalement en dehors de l'intrigue. Fight Club est un roman brut et tortueux, et pour l'apprécier totalement, je pense qu'il faut avoir une tournure d'esprit que pour le coup je ne possède pas. Avis aux amateurs...

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:20

L05.jpgLes vies parallèles de Greta Wells

Andrew Sean Greer

éditions de l'Olivier

2013

 

1985, New York. Greta Wells est en pleine dépression : son frère jumeau, Félix, est mort du sida et son compagnon, Nathan, l'a quittée après dix ans de vie commune. Seule, malheureuse, elle se laisse convaincre par son médecin et tente un traitement à base d'électrochocs. Mais le traitement a des résultats inattendus: Greta se retrouve propulsée dans des existences parallèles, l'une en 1918, l'autre en 1941. Dans l'une, la guerre se termine, dans l'autre elle commence à peine; Nathan et Félix sont de nouveau là mais différents, modelés par leur époque. Et, si Greta est heureuse de se retrouver entourée, elle ne tarde pas à se rendre compte que la Greta de 1918 et de 1941 étaient également loin de mener une vie idyllique.

Il y a des livres qui, sans bien comprendre pourquoi, ne touchent pas. L'histoire de Andrew Sean Greer était pourtant intéressante, mettant en scène une femme prête à tout pour retrouver son frère disparu. Mais la Greta de 1985 ne souhaite pas la même chose que celle de 1941 qui elle veut garder son mari, Nathan, ou celle de 1918 qui elle veut retrouver son amant, Léo. Trois femmes, la même pourtant, pour trois aspirations différentes et qui vont interagir chacune dans la vie de l'autre. Le problème c'est que cette histoire n'a pas de réelle mise en scène a mon sens; à peine propulsée en 1918, Greta sait d'instinct comment s'y comporter et peut établir un schéma (je vais y passer une journée, je passerai ensuite une semaine en 1941, je reviendrai ensuite dans mon époque, etc.). Il n'y a ni situations de crises (à part peut-être le mariage de Félix en 1918) ni véritable enjeu. A vrai dire, j'ai trouvé la narration très linéaire et bien fade. L'héroïne glisse d'une époque à une autre sans accroc et sans vraiment se poser de questions. Il y a des moments très touchants (les scènes entre le frère et la soeur par exemple) mais qui sont gâchés par un style un peu mièvre et des interrogations métaphysiques dignes d'une classe de philo de terminale (où suis-je ? où vais-je?) Bon, je suis très dure je le reconnais. Certaines de mes collègues ont beaucoup aimé ce livre, touchés par le thème universel de la solitude. Peut-être vous touchera-t-il aussi. Mais, pour ma part, Les vies parallèles de Greta Wells ne me laisseront que le souvenir mitigé d'un roman féminin de qualité médiocre.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 18:12

L01.jpgMême pas mort

première branche

Jean-Philippe Jaworski

éditions les Moutons électriques

2013

 

Allez, aujourd'hui on va parler d'un ouvrage de fantasy soyez dans la joie! D'autant plus que là je n'ai aucune pitié et que j'ai fait ma sélection aux éditions Les moutons électriques qui est à Bragelonne ce que la série Game of Thrones est à Julie Lescaut. Allergiques au style ampoulé et aux noms improbables passez votre chemin. Les autres, vous pouvez rester.

Je n'avais jamais rien lu de Jaworski mais j'avais toujours entendu le plus grand bien de ses ouvrages, aussi me suis-je lancée dans sa toute nouvelle série, Même pas mort, un titre accrocheur pour une histoire plutôt complexe. Bellovèse est le fils d'un roi déchu: son père s'est fait tuer par son beau-frère et sa mère, son petit frère et lui-même ont été exilés au fin fond du royaume. Elevé comme un sauvageon, Bellovèse mène la belle vie jusqu'au jour où son oncle se souvient de lui et l'envoie guerroyer, espérant sa mort. Effectivement, le jeune homme se prend un coup mortel dès les premières joutes. Mais, oh surprise, il ne meurt pas...

Il faut un peu de temps pour entrer dans cet ouvrage à l'écriture ronflante, au style emphatique et mettant en scène un monde avec des civilisations étranges et des personnages aux noms impossibles. Mais, passé le cap des dix premières pages franchement ennuyeuses, on entre dans le coeur du sujet. La bonne idée de l'auteur c'est de créer une narration qui n'est pas linéaire et qui mêle astucieusement passé et futur et réel et irréel. Le lecteur louvoie entre les différents souvenirs du personnage sans bien savoir s'il s'agit de vrais souvenirs ou simplement de délires. Les époques se superposent et le récit forme une spirale dans laquelle nous nous laissons bien volontiers prendre. C'est un exercice difficile maîtrisé avec brio par un auteur qui de toute évidence aime jouer avec l'écriture. L'intrigue de l'histoire est plus classique, l'éternel roman d'apprentissage d'un jeune homme appelé contre toute attente à devenir un héros, mais là ;pour le coup, j'attends le second volume de la série pour voir où tout ça nous mène. Ceci dit, que j'attende le second volume d'un roman de fantasy est déjà en soi un bel exploit... A découvrir!

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 20:51

L01.jpgMauvaise étoile

R.J. Ellory

éditions Sonatine

2011

 

On retourne dans le roman policier mais avec un registre bien plus sombre que celui de Adler Olsen puisque nous allons parler aujourd'hui de Mauvaise étoile de Ellory, l'auteur de Seul le silence dont nous avions déjà parlé ici (il y a plus de quatre ans certes mais bon, faites un effort tout de même). Ellory n'est pas franchement un joyeux drille, en tous cas pas dans ses romans et si vous ne voulez pas vous plomber le moral, je vous déconseille ses oeuvres.

Clarence et Elliott, demi-frères, sont nés sous une mauvaise étoile : leur mère s'est faite assassiner par le père de Clarence et ils ont passé le plus clair de leur jeunesse en maison de redressement. Nous sommes dans les années 60 aux Etats-Unis, inutile de vous dire que leur enfance est loin d'avoir été folichonne. Les voilà âgés respectivement de dix-sept et dix-neuf ans; si Elliott l'aîné montre déjà des signes de violence et semble bien parti pour aller en prison dès sa majorité, Clarence en revanche, plus doux, ne rêve que d'évasion. Les deux frères sont cependant très attachés l'un à l'autre. Mais, un jour, un condamné à mort en transit les prend en otage pour s'évader et les embarque dans un périple qui va bientôt devenir une véritable boucherie...

Il faut entrer dans cette histoire déconcertante et dans un roman qui a un style qui n'a rien à voir avec celui d'un polar traditionnel; l'écriture est soignée, les dialogues rares et les personnages principaux ne sont pas ceux qu'on pourrait s'attendre à rencontrer. Au début, Clarence et Elliott sont deux gamins terrifiés et inexpérimentés, victimes d'une malchance qui semble les poursuivre. Mais, peu à peu, le lecteur se laisse vite happer par ce road-movie particulièrement atroce et par une violence qui va crescendo jusqu'à atteindre le summum. Je l'avais déjà dit pour Seul le silence; contrairement à d'autres auteurs, Ellory ne semble éprouver aucune fascination morbide pour les meurtriers et fait de Earl Sheridan d'abord, puis d'Elliott ensuite des hommes plutôt limités qui tuent pour le plaisir de tuer. Il est de fait difficile de s'identifier à eux d'autant plus que l'auteur prend le temps de raconter l'histoire de chacune des malheureuses victimes, ce qui ne rend que plus atroce leur mort. Elles ont chacune leur identité et ne sont pas des personnages secondaires mis là uniquement pour permettre à un brillant inspecteur de tirer les conclusions qui s'imposent. De fait, quand on y réfléchit, il y a autant, voire même moins, de cadavres dans Mauvaise étoile que dans n'importe quel autre ouvrage policier, mais leur mort est longuement décrite et a de fait beaucoup plus d'impact sur le lecteur. C'est un univers sombre, cru, brillant mais violent, avec un suspens qui ne part pas du tout dans la direction qu'on pourrait croire. Bref, un ouvrage que vous ne pourrez pas offrir à votre grand-mère adepte de Mary Higgins Clark mais que je vous encourage vivement à lire.

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 21:09

L08.jpgDocteur Sleep

Stephen King

éditions Albin Michel

2013

 

Comme la plupart des fans de Stephen King, j'étais impatiente de découvrir Docteur Sleep, la suite officielle de Shining, l'un de mes livres fantastiques préférés étant ado. Que dire? Ma déception a été à la hauteur de l'attente.

Trente-cinq ans se sont écoulés depuis la destruction de l'Overlook et Danny Torrance, notre héros, a bien grandi. Tout comme son père, il est devenu alcoolique, en partie pour échapper aux fantômes du passé. Mais son arrivée dans une petite ville du New Hampshire le pousse à changer de vie :  il devient sobre, s'inscrit aux AA et se sert de ses dons pour accompagner les mourants en douceur dans l'autre monde... Tout se passerait bien pour lui si bientôt sa route ne croisait pas une adolescente, Abra. Tout comme lui, Abra est dotée de pouvoirs étranges, des pouvoirs qui malheureusement attire à elles des vampires d'un genre un peu particulier, des hommes et femmes qui se nourrissent du Don.

Il y a tous les ingrédients du Stephen King traditionnel; des enfants aux pouvoirs paranormaux, des héros un peu largués, des petites villes au fin fond des Etats-Unis, des flash-backs... mais ça ne marche pas. Vraiment, vraiment pas. Ce qui faisait la force de Shining, de Salem ou encore plus récemment de Dôme, c'est ce huis-clos angoissant que notre auteur parvenait à générer et la confrontation de différents personnages qui tournait rapidement au désastre. Les héros se retrouvaient livrés à eux-mêmes et à leurs démons. Là, rien de tel puisque Docteur Sleep a une narration qui s'étend aussi bien dans le temps (entre le début du roman et sa fin il s'écoule quand même quinze ans) que dans l'espace (le Noeud vrai sillonne les Etats-Unis, Danny voyage). L'action est diluée, l'effet d'étouffement manque et le lecteur rapidement s'ennuie. L'héroïne est une tête à claques et les grands méchants ne présentent absolument aucun intérêt : en dépit de leur statut de quasi-immortels, ils se comportent ni plus ni moins comme des humains. On est bien loin des fantômes de l'Overlook, des vampires de Salem, des clowns tueurs ou des infirmières givrées. Quant à Danny... C'était pour le coup une bonne idée d'en faire un alcoolique mais loin de partir dans cette direction et de construire une intrigue basée sur la face sombre de son personnage, Stephen King préfère s'en détourner presque immédiatement pour repartir sur une intrigue vue et revue, de même qu'il n'insiste pas assez à mon sens sur son métier officieux de "Docteur Sleep", idée que je trouvais pour le coup assez poétique. Pas une seule fois je n'ai ressenti la petite angoisse que je ressentais autrefois quand je lisais Salem ou ça et que j'ai ressenti encore un peu en lisant Dôme. En revanche, n'ayant pas pu entrer dans la narration, j'ai donc pu tout à loisir retrouver des "tics"d'écriture de King qui sont franchement agaçants quand justement on n'est pas pris par l'histoire: les parenthèses pour finir des phrases ou représenter des pensées, les interruptions, les flash-backs en italique... Bref, un joli fiasco qui me ferait presque regretter que le petit Danny ne soit pas mort trente-cinq auparavant.

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Published by beux - dans Fantastique
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