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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 09:39

L01.jpgFragments

Dan Wells

éditions Albin Michel

2013

 

Nous avions déjà parlé il y a quelques temps de Partials, début d'une série prometteuse à la Hunger Games. Et bien la suite est sortie ! Vous connaissez désormais le principe : que ceux qui veulent découvrir la saga et qui n'ont pas encore lu le premier tome s'abstiennent de lire cette note...

Après avoir découvert qu'elle était une Partial et, qui plus est, une Partial pas comme les autres, Kira n'a plus qu'une idée en tête : remonter à ses origines et retrouver le siège de ParaGen, la société biotechnologique qui a fabriqué les siens. Abandonnant ses amis et son fiancé, la voilà lancée dans une quête au coeur d'une Amérique dévastée : Manhattan est peuplé de bêtes sauvages, le Mississipi est empoisonné, la région centrale des Etats-Unis est devenue un désert toxique à cause d'une raffinerie de pétrole à Houston... Dans sa quête Kira est accompagnée de Samm et d'Heron. Tous trois n'ont qu'une idée en tête : percer les secrets de ParaGen et ainsi sauver à la fois les humains qui n'arrivent toujours pas à mettre au monde des enfants viables et les Partials, condamnés à l'extinction au bout de vingt ans d'existence.

Ce second tome est à la hauteur du premier, avec quelques petits défauts et quelques grandes qualités. Commençons par les défauts : il y a beaucoup de longueurs et de répétitions. Une fois que Kira a dit qu'il fallait sauver les humains et les Partials parce que c'est important de se soutenir, une fois qu'elle a rappelé la date de péremption des Partials, et la maladie qui tue les bébés humains, est-ce que ça vaut le coup d'y revenir encore et encore? Manifestement oui mais ces rappels tendent à ralentir l'action de même que les atermoiements réguliers de notre héroïne partagée entre ses origines (Partials) et son éducation (humaine). De même je ne suis pas fanatique de l'inévitable trio amoureux qui se met en place, même si je dois reconnaître que cette part du roman reste très discrète (ça se voit que l'auteur est un homme) et ne gêne guère le déroulement du récit. Ceci dit, à mon sens, la plus belle réussite de Fragments réside dans des descriptions très convaincantes d'un monde post-apocalyptique : pluie acide, vents meurtriers, immeubles en ruine... Dan Wells qui pêche dans les dialogues excelle en revanche dans ce genre d'exercice. De même, il soigne son intrigue et prend le soin de ne pas faire de son héroïne un être infaillible qui prend toujours les bonnes décisions: ainsi, lors d'un passage presque comique, Kira se terre pendant une dizaine de pages dans le noir, persuadée d'être encerclée alors que personne ne la poursuit. Elle fait également beaucoup d'erreurs dans ce second tome. Enfin, l'action se déplace, faisant la part belle aux personnages secondaires: Marcus, le petit ami médecin resté à Long Island et qui se retrouve bientôt encerclé par les Partials, Ariel, la soeur adoptive de Kira... Si ce choix peut paraître parfois discutable (quand on est au coeur d'une situation dramatique avec un personnage, il est difficile dans le chapitre suivant de le lâcher pour aller voir ce qui se passe ailleurs) il a l'avantage de donner vie à des protagonistes moins importants. En fait, pour le coup, Dan Wells fait exactement le contraire de ce que faisait Suzanne Collins dans Hunger Games: cette dernière racontait l'histoire de tout un monde uniquement à travers les yeux de son héroïne, tandis que notre auteur prend le parti d'en faire un kaléidoscope. Deux partis pris différents mais pour un résultat identique : pour ma part, j'attends le troisième tome de Partials avec impatience.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 09:54

L02.jpgIl faut croire en ses chances

François Szabowski

éditions Aux forges de Vulcain

2014

 

Retour à François Szabowski qui change complètement de registre et nous raconte une histoire assez curieuse, celle de Jean Martinez, professeur de lycée en province. Jean Martinez mène une vie idyllique pour certains : à bientôt cinquante ans, il habite un petit pavillon avec une épouse douce, professeur comme lui, discute théâtre et organise des repas avec ses collègues et joue au tennis avec quelques amis. De plus, il écrit des romans du terroir qui marchent plutôt bien. Tout roule pour lui jusqu'au jour où son éditeur le pousse à changer de registre et à écrire un récit pornographique... se déroulant dans un camp de concentration. Jean s'exécute et, durant ses recherches, se heurte à ses propres convictions, ses propres limites. Il commence à rêver d'une nouvelle vie, plus trépidante, plus aventureuse, fait la connaissance d'une femme plus jeune avec qui il démarre une liaison, réalise des prouesses au tennis... Bref, il se cherche mais tarde à se trouver, tirailllé entre deux aspirations contraires.

Etrange. Si Le journal d'un copiste était une curiosité, Il faut croire en ses chances réussit l'exploit d'être encore plus barré. Ici, il est très difficile de déterminer de quoi l'auteur se moque exactement. Des déjeuners en terrasse avec l'épouse à la robe de chambre sale qui l'appelle Pilou ou à l'inverse de la liaison glauque qu'entretient le héros avec une bibliothécaire de quinze ans plus jeune que lui ? Des dîners pompeux avec des profs pédants ou des matchs de tennis avec des copains qui picolent plus qu'autre chose ? De la vie de province ou des auteurs bobos parisiens ? La réponse est simple : François Szabowski se moque de tout ça et son ironie fait d'autant plus mal que le second degré est beaucoup plus subtil que dans ses précédents ouvrages, ne se manifestant que dans les choix des intitulés des chapitres (après lecture, faites le test de lire tous ces intitulés d'affilée) ou par des descriptions impitoyables : la première scène d'amour entre Jean Martinez et la bibliothécaire, maladroite et plutôt ridicule, un match de tennis décisif vu essentiellement à travers les yeux d'un gamin qui s'ennuie comme un rat mort, le héros qui dit à son épouse qu'il est prêt... pour reprendre un chien, parodie d'un jeune couple envisageant d'avoir un enfant. Au milieu de tout ça, ceci dit, quelques scènes très touchantes interviennent : complicité entre le mari et la femme, les larmes silencieuses de la maîtresse délaissée dans une voiture... Ces quelques petites scènes contribuent à rendre attachant les personnages mais ne rend que plus cruel l'ironie du propos. Si les protagonistes n'avaient été que des ombres grotesques, Il faut croire en ses chances n'aurait été qu'une bonne comédie. Là, il s'agit d'une satire assez sombre qui nous montre que, bien que nous nous plaisions à imaginer le contraire, la vie est une farce dans laquelle nous serons toujours ridicules quoi que nous décidions.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 12:00

L02.jpgJournal d'un corps

Daniel Pennac

éditions Folio

2012

 

Je pense que peu d'entre nous ont échappé à Daniel Pennac; entre ses romans pour jeunesse et ses livres pour adultes, il est difficile de ne pas en avoir lu au moins un. Personnellement c'est avec un "Je bouquine" que j'ai découvert l'auteur et La petite marchande de prose reste l'un de mes plus beaux souvenirs de lecture adolescente, à égalité avec La fée carabine. Depuis, j'ai un peu laissé tomber Pennac, quelque part entre le cinquième et sixième roman de la famille Malaussène. Ce n'est que récemment, lors d'une conversation avec ma belle-soeur, que l'envie m'a prise de lire Journal d'un corps, ouvrage qui a mis cette dernière un peu mal à l'aise.

Présenté comme le legs d'un vieillard à sa fille, Journal d'un corps est un récit qui couvre pratiquement toute la vie d'un homme, de son adolescence aux derniers jours de son agonie. Il ne s'agit cependant pas du journal intime de l'homme, mais de son corps: pas d'états d'âme, pas d'atermoiements, pas d'expression de sentiments, juste le fonctionnement brut d'une machine plus ou moins efficace. De l'éveil de la sexualité à la défaillance de la vessie, d'un corps fringuant à celui fatigué et usé par le temps, des accidents nocturnes à la cataracte, nous assistons sur plus de soixante ans à l'évolution d'un corps lambda et l'auteur ne nous épargne rien.

Si ce livre a mis mal à l'aise ma belle-soeur, c'est par son aspect assez cru, qui décrit les doigts dans le nez, les taches de vieillesse sur la peau, l'état des selles, les acouphènes et les hémorragies. Le narrateur ne nous épargne rien, décrit opérations et manipulations de toutes sortes et fait entrer son lecteur dans une intimité presque aussi dérangeante que celle d'un journal. Ceci dit, je n'ai pas trouvé ça aussi tranché que l'auteur l'aurait sans doute aimé et, pour ma part, j'ai eu parfois du mal à distinguer le livre d'un journal intime classique, le corps et l'esprit étant au final assez liés. Ceci dit, le livre m'a également perturbée car il met véritablement en scène l'ascension et la déchéance d'un corps; le héros, mal dans sa peau va se muscler pour devenir bien dans son corps, l'apprivoiser, le questionner puis, sur la fin, va constater sa lente dégradation jusqu'à l'inévitable agonie. Ce n'est pas franchement joyeux me direz-vous d'autant plus que des thèmes assez lourds sont abordés: maladie, mort, handicap... Au final, pour rester dans la métaphore adaptée, il faut avoir l'estomac bien accroché pour adhérer à un ouvrage qui ceci dit, ne serait-ce que par simple curiosité, mérite le coup d'oeil.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 11:40

L03.jpgLes râleurs sont les meilleurs

et autres vérités scientifiques prouvées sur l'entreprise

Annie Kahn

éditions JC Lattès

2014

 

Pour donner aux gens le courage de lire des ouvrages aussi rébarbatifs que les livres d'entreprise, il est d'usage des trouver des titres volontairement provocateurs. Ainsi Objectif zéro sale con ouvrage de management tout ce qu'il y a de plus sérieux a longtemps été un best-seller, tandis que Travailler avec des cons, beaucoup plus léger pour le coup, caracole dans les meilleurs ventes des livres d'entreprise depuis des mois. Aussi ne faut-il pas prendre au pied de la lettre ce titre Les râleurs sont les meilleurs, propos qui sera nuancé plus tard dans l'ouvrage par l'auteur Annie Kahn, journaliste au Monde. Dans ce livre, l'objectif est surtout de démontrer que des attitudes ou des comportements qui peuvent paraître contre-productifs sont au contraire bénéfiques à la vie de l'entreprise : ainsi les gens qui râlent sont généralement plus consciencieux dans leur travail, contrairement aux léches-bottes qui cachent leur incompétence derrière une servilité de mauvaise aloi. De même, un employé qui s'accorde quelques temps de récréation est plus productif qu'un employé qui ne s'accorde jamais de pauses et qui, du coup, multiplie les erreurs. Annie Kahn nous explique également qu'il est plus facile de mentir à chaud qu'à froid, que les repas d'affaires sont productifs et que la paternité des PDG influe sur la rénumération des employés.

Si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas complètement inintéressant, c'est un livre qui enfonce beaucoup de portes ouvertes, écrit dans un style plutôt simple et qui, au final, n'apporte pas grand chose. Il y a aussi dans ce livre un côté politiquement correct des plus agaçants, notamment lorsque Annie Kahn vous explique avec moult arguments "scientifiques" que la diversité c'est bien et que jeunes, vieux, hommes et femmes peuvent et doivent participer à la vie de l'entreprise en toute harmonie (j'imagine la réaction de son lectorat si elle avait expliqué que les vieux sont nuisibles à la santé d'une boîte).  Disons qu'on a surtout l'impression que, loin de s'appuyer sur des vérités, Annie Kahn a fait le tri pour prendre ce qui l'arrangeait. Sa vision de l'entreprise a  un côté un peu trop angélique à mon goût et semble avoir surtout pour but de rassurer des français râleurs et contents de savoir que leur petit Mattéo hyperactif ou dyslexique pourra finir patron ou informaticien. De fait, si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas désagréable à lire, c'est un document creux présentant quelques idées intéressantes au milieu de bon nombres de faits inutiles. Si vraiment vous vous intéressez au sujet, mieux vaut vous pencher sur le livre Les stratégies absurdes qui aborde le thème des fausses bonnes idées en entreprise de façon beaucoup plus rigoureuse.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 12:40

L02.jpgMansfield Park

Jane Austen

éditions 10/18

1814

 

Quand je songe à Jane Austen, je suis toujours un peu triste. Voilà quelqu'un avec un talent littéraire absolument étonnant et une connaissance fine des sentiments humains. Serait-elle née à une autre époque, aurait-elle vécu un peu plus longtemps qu'elle se serait pleinement épanouie. Au lieu de cela, morte à à peine plus de quarante ans, elle n'est perçue par la plupart de nos contemporains que comme une vieille fille discrète écrivant des histoires d'amour qui finissent bien.

Mansfield Park n'est pas l'oeuvre de Jane Austen la plus connue et c'est loin d'être son meilleur ouvrage. L'histoire est celle de Fanny Price qui, dès son enfance, est arrachée à sa famille d'origine modeste pour être élevée par son oncle et sa tante à Mansfield Park. Peu à peu la jeune fille craintive et vertueuse tombe amoureuse de son gentil cousin, Edmond, le second fils et destiné à devenir pasteur. Mais Edmond la considère avec toute la tendresse d'un frère et n'a d'yeux que pour la jolie et délurée miss Crawford tandis que, de son côté, ses soeurs Maria et Julia s'éprennent du frère de cette dernière, le volage Henry.

Comme dans Raisons et sentiments et Orgueil et préjugés, on retrouve des personnages types de l'auteur: la jeune fille vertueuse (Fanny), le jeune homme vertueux (Edmond) le séducteur volage (Henry) et la gourgandine mal éduquée (Mary). Dans Mansfield Park ceci dit, les caractères sont plus nuancés: Mary, aussi frivole soit-elle, est capable d'aimer profondément Edmond, Henry est prêt à épouser Fanny tandis qu'Edmond est prêt à faire fi de certains principes pour les beaux yeux de sa belle. La seule qui soit toujours égale à elle-même, droite et constante, c'est Fanny et elle est d'un ennui! Jamais Jane Austen ne m'avait ennuyée avec une héroïne aussi timorée, aussi prude et aussi prévisible. Amoureuse d'Edmond elle ne prend aucune initiative pour se l'attacher, n'ose rien demander, n'ose rien entreprendre et se contente durant tout le livre de s'indigner devant les manières très libres de ses proches. De fait, elle reste l'éternelle spectactrice de l'ouvrage, ne jouera aucun rôle majeur et ne se livrera à aucun épanchement d'aucune sorte. Oui, il faut être honnête; j'ai largement préféré le couple de frère et soeur à celui du couple de cousins. Henry et Mary Crawford sont en effet des personnages plus intéressants et il est dommage que l'auteur leur réserve une fin aussi prévisible et aussi convenue. Mansfield Park a cependant de nombreuses qualités : l'ironie de Jane Austen fait toujours merveille, notamment lorsqu'elle raille le personnage de  Mrs Norris, la veuve avare et commère ou encore celui du fiancé insipide de Maria. Les sentiments sont également très bien rendus; je pense notamment à ce très émouvant passage où Fanny assiste, impuissante, à la répétition théâtrale d'une scène d'amour entre Mary et Edmond ou à ces nombreux moments où elle joue bien malgré elle le rôle de confidente de miss Crawford ou de son cousin. Pour toutes ces raisons, je ne considèrerai pas Mansfield Park comme un mauvais livre mais je conseillerai plutôt à ceux qui n'ont jamais lu du Jane Austen de commencer par autre chose...

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 14:36

L02.jpgMelmoth

Charles R. Mathurin

éditions Libretto

1820

 

L'histoire commence lorsque le jeune John Melmoth se rend au chevet de son oncle mourant dont il est l'héritier. Ce dernier, sur son lit de mort, lui fait promettre de détruire le portrait vieux de 150 ans d'un mystérieux aïeul. Notre héros s'exécute, non sans avoir pris le temps de lire quelques documents relatifs à l'homme du portrait, documents troublants s'il en est... Quelques temps plus tard, un navire fait naufrage sur la côte et Melmoth recueille un rescapé espagnol, ancien moine, qui lui relate son histoire, histoire qui, curieusement, fait encore une fois intervenir l'ancêtre de notre héros...

Melmoth, ouvrage faisant partie de nos 1001 livres... délaissés quelque peu ces derniers temps, est considéré comme le dernier roman gothique mêlant surnaturel et couloirs sombres, pactes maudits et religieux exaltés. D'un point de vue narratif, c'est plutôt intéressant : l'auteur imbrique plusieurs récits les uns dans les autres, celui de Melmoth interrompu par celui de l'espagnol, lui-même interrompu par l'histoire de la jeune fille sur son île, interrompu par l'histoire de la famille malchanceuse, etc. Toutes ces histoires imbriquées à la manière de poupées gignognes ont une seule constante, l'homme au portrait qui, telle une ombre menaçante, plane sur le livre. Bon, dit comme ça, Melmoth a l'air génial. En pratique, c'est un pavé de sept cent pages un peu longuet, avec une fin expéditive et des descriptions saisissantes qui se perdent dans un style emphatique et des personnages manichéens. Je n'en retiendrai pas de ce fait l'aspect "gothique" (j'ai été pour le coup beaucoup plus convaincue par Anne Radcliffe ou Le Moine de Lewis) mais j'avoue avoir été séduite par quelques envolées lyriques, notamment celles de la malheureuse "fiancée" de Melmoth le maudit:

 

"Je ne sais qui vous êtes, mais je suis à vous. Je ne sais qui vous servez, mais, qui que ce soit, je le servirai aussi. Je veux être à vous pour toujours. Abandonnez-moi si vous voulez mais, quand je serai morte, revenez dans cette île, et dites en vous-même : les roses ont fleuri et se sont fanées, les ruisseaux ont coulé et se sont desséchés, les rochers ont été déplacés et les astres dans le ciel ont changé leur cours; mais il existait un coeur qui n'a jamais changé, et il n'est point ici!"

 

Pour faire court, amateurs de sueurs froides ne vous lancez pas là-dedans. L'oeuvre de Mathurin est un récit fantastique, certes, mais c'est un fantastique à la Mary Shelley : romantisme noir, ode à la nature, solitude de l'homme face à une société corrompue et fanatique (les moines décrits par l'espagnol inquiètent presque plus que l'homme du portrait), souffrance de l'être écartelé entre son désir de survie et la craine de perdre son âme... Certes, quand on y songe, c'est effectivement presque plus inquiétant que des hurlements ou des chaînes qui grincent dans l'obscurité...

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 19:18

L01.jpgGone

La lumière

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse

2013

 

Il est temps d'en finir avec les enfants de Perdido Beach coincés dans la zone depuis maintenant près d'un an. Avec ce sixième tome, Michael Grant boucle une série fantastique qui en a fait cauchemarder plus d'un. Attention! On rappelle que les gentils lecteurs qui souhaitent un jour se pencher sur Gone mais qui n'ont pas encore commencé doivent sauter cette note...

ça y est! Le dôme est devenu translucide et, désormais, les enfants peuvent voir tout ce qui se passe au-delà et retrouver leurs parents dont ils sont séparés par une paroi infranchissable. C'est un choc pour les gens de l'extérieur qui découvre une ville saccagée et des sujets devenus armés et dangereux. Mais, dans la Zone, on a d'autres préoccupations en tête: en effet, le gaïaphage, incarné sous la forme d'une petite fille, sème la terreur et menace de tous les tuer. Si Sam et les autres ne font rien, bientôt il ne restera plus d'enfants de Perdido Beach à sauver...

Qu'il suffise de vous dire que le point final de cette série pour ados fait plus peur que le dernier Stephen King et tout est dit. Michael Grant a le chic pour distiller le malaise dans une écriture rythmée et évocatrice et n'a aucun scrupule à décrire les pires horreurs ou à faire mourir de la façon la plus atroce des personnages que nous suivons depuis le tout début. La narration, découpée toujours selon le même bon vieux principe de compte à rebours que dans les autres tomes, ne faiblit pas et le lecteur se retrouve vite pris au piège d'une intrigue menée sans temps mort. J'émettrai juste une petit bémol sur la fin un peu longuette mais qui se justifie je suppose lorsqu'il faut conclure une série de cette ampleur. Les questions qu'on pouvait se poser sont résolues, les zones d'ombre sont plus ou moins dissipées et, à défaut d'être entièrement satisfait (Grant aura forcément tué l'un de vos petits chouchous dans le lot, ne vous faites pas d'illusions) les amateurs devraient pouvoir y trouver leur compte. Comme le dit lui-même l'auteur à la fin de l'ouvrage: "Vous êtes maintenant libres de quitter la zone".

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 11:58

L08.jpgLe grand coeur

Jean-Christophe Rufin

éditions Folio

2012

 

Un homme exilé au fin fond d'une île grecque prend la plume pour raconter son histoire, et quelle histoire ! Car ce vieillard n'est ni plus ni moins que Jacques Coeur, l'ancien Argentier du roi Charles VII. Charles VII ça vous dit peut-être rien mais si je vous dis que c'est le dauphin qu'est venu trouver Jeanne d'Arc pour le couronner...Voilà, c'est bien. Revenons donc à Jacques Coeur, cet homme d'origine modeste, fils d'un pelletier mais qui, grâce à ses talents de commerçant et de visionnaire, est devenu l'homme le plus riche de France. Héros complexe, précurseur de la Renaissance qui s'annonce, il a permis au roi de terminer la guerre de cent ans et a rêvé toute sa vie d'un Occident et d'un Orient réconciliés. Mais on ne peut être aussi ambitieux sans s'attirer les foudres des envieux et du roi lui-même, cet être complexe et mesquin. Fort heureusement, Jacques peut compter sur le plus sûr des soutiens, celui de Agnès Sorel, la première favorite royale de l'histoire de France...

On m'avait dit tellement de bien de ce livre: j'attends encore le moment où je dois m'extasier. La narration est linéaire et plate au possible: Jacques Coeur raconte son enfance (50 pages) les premiers temps de son mariage (50 pages) pour enfin avoir une révélation et décider de visiter l'Orient. Chic! se dit le lecteur, ça y est on entre dans le vif du sujet! Que nenni.. Après une visite éclair, Jacques se dit qu'il va se lancer dans le commerce à l'échelle mondiale: suit une pesante explication sur les tenants et aboutissants, les différentes tractations, le choix des associés, etc. Notre héros cherche un appui, ce qui donne lieu à une scène un peu intéressante, sa rencontre avec le roi. Retour aux explications, mise en place de l'affaire de Jacques. Jacques devient argentier du roi, il est de plus en plus riche, il s'ennuie un peu alors il achète beaucoup de châteaux et en fait construire un pour sa femme. Rencontre avec Agnès Sorel  (le livre est déjà à moitié entamé) dont il tombe amoureux (attention, c'est à peu près la seule partie intéressante du roman). Mort d'Agnès, Jacques perd goût au monde d'autant plus que ses ennemis complotent derrière son dos. Procès, déchéance, fuite. Fin.

Non non, je ne vous mens pas: il ne se passe absolument rien dans ce livre: pas de moment clé, pas de montée dans l'intrigue, aucun personnage ne ressort pas même les principaux, absolument rien. Bon, soyons honnêtes: il y a peut-être des gens que la vie de Jacques Coeur intéresse (j'ai une collègue qui ne jure que par ce livre après tout) mais, personnellement j'ai du mal à m'attacher à un être dont le seul mérite est d'avoir amassé de l'argent. Certes, il a voyagé, rencontré des gens puissants et des humbles mais rien de tout ça n'est vraiment mis en relief par l'auteur qui, perdu dans sa narration à la première personne, semble enfermé dans un personnage qu'il semble beaucoup admirer et a énormément de mal à s'en détacher pour donner son importance aux autres protagonistes ou même aux simples descriptions.. Résultat, le récit centré exclusivement sur le héros  et ses états d'âme tourne à vie et m'a ennuyée furieusement. En fin de compte, peut-être suis-je trop jeune ou trop vieille pour les romans historiques.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 10:44

L03.jpgFight Club

Chuck Palahniuk

éditions Folio

1996

 

Bon, que ce soit clair : je n'ai jamais vu Fight Club et je n'ai jamais été tentée de le voir malgré la présence de Brad Pitt. J'ignore pourquoi mais ce film fleure trop la testostérone pour vraiment me séduire. J'ai sans doute tort mais voilà il y a des préjugés comme ça dont on ne peut se défaire. En revanche, apercevant sur un coin de table le roman de Palahniuk à l'origine de l'adaptation, je me suis dit : "Bah pourquoi pas..." Après tout Fight Club est devenu un classique.

Tout commence avec un narrateur un peu paumé à la vie bien rangée qui, pour vaincre ses insomnies chroniques, s'est inscrit dans des clubs de soutien divers, le plus souvent des groupes de personnes malades et en phase terminale. La souffrance des autres l'aide à mieux dormir. Un jour, il rencontre Marla qui, comme lui, est un imposteur : elle ne va à ses groupes que pour se sentir moins minable. Quelques temps plus tard, il fait aussi la connaissance de Tyler, un homme déjanté à la limite de la folie mais qui le fascine. Aussi, lorsque son appartement explose, notre héros s'installe tout naturellement chez Tyler qui l'initie au Fight Club, un club très fermé qu'il a inventé et qui va entraîner son ami dans une succession d'événements de plus en plus dangereux.

Il est difficile de décrire ce roman, plein de pièges et de faux semblants et avec un style assez unique; l'écriture est décousue, les descriptions frappantes et le trivial côtoie des interrogations assez angoissantes. Les situations, d'abord perçues comme ordinaires, se révèlent vite absurdes : un homme en pleine santé qui fréquente des groupes de malades, une femme qui se suicide pour se sentir plus vivante, un personnage qui érige en véritable institution des combats qui par définition sont sans règles. Le contraste naît aussi entre les deux héros: un narrateur trop sage qui étouffe dans sa vie bien rangé et Tyler, un anarchiste qui, par le chaos veut refonder une nouvelle société. Le dénouement est plutôt inattendu, du moins pour ceux qui, comme moi, n'ont pas vu le film. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai pas réussi à entrer dans ce livre. Je ne me l'explique pas vraiment : c'est sans doute dû à la thématique de Fight Club qui ne m'a absolument pas inspirée : combats, fabrication de bombes, tabassages, dialogues virils... J'ai été de ce fait sensible au style mais je suis restée totalement en dehors de l'intrigue. Fight Club est un roman brut et tortueux, et pour l'apprécier totalement, je pense qu'il faut avoir une tournure d'esprit que pour le coup je ne possède pas. Avis aux amateurs...

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:20

L05.jpgLes vies parallèles de Greta Wells

Andrew Sean Greer

éditions de l'Olivier

2013

 

1985, New York. Greta Wells est en pleine dépression : son frère jumeau, Félix, est mort du sida et son compagnon, Nathan, l'a quittée après dix ans de vie commune. Seule, malheureuse, elle se laisse convaincre par son médecin et tente un traitement à base d'électrochocs. Mais le traitement a des résultats inattendus: Greta se retrouve propulsée dans des existences parallèles, l'une en 1918, l'autre en 1941. Dans l'une, la guerre se termine, dans l'autre elle commence à peine; Nathan et Félix sont de nouveau là mais différents, modelés par leur époque. Et, si Greta est heureuse de se retrouver entourée, elle ne tarde pas à se rendre compte que la Greta de 1918 et de 1941 étaient également loin de mener une vie idyllique.

Il y a des livres qui, sans bien comprendre pourquoi, ne touchent pas. L'histoire de Andrew Sean Greer était pourtant intéressante, mettant en scène une femme prête à tout pour retrouver son frère disparu. Mais la Greta de 1985 ne souhaite pas la même chose que celle de 1941 qui elle veut garder son mari, Nathan, ou celle de 1918 qui elle veut retrouver son amant, Léo. Trois femmes, la même pourtant, pour trois aspirations différentes et qui vont interagir chacune dans la vie de l'autre. Le problème c'est que cette histoire n'a pas de réelle mise en scène a mon sens; à peine propulsée en 1918, Greta sait d'instinct comment s'y comporter et peut établir un schéma (je vais y passer une journée, je passerai ensuite une semaine en 1941, je reviendrai ensuite dans mon époque, etc.). Il n'y a ni situations de crises (à part peut-être le mariage de Félix en 1918) ni véritable enjeu. A vrai dire, j'ai trouvé la narration très linéaire et bien fade. L'héroïne glisse d'une époque à une autre sans accroc et sans vraiment se poser de questions. Il y a des moments très touchants (les scènes entre le frère et la soeur par exemple) mais qui sont gâchés par un style un peu mièvre et des interrogations métaphysiques dignes d'une classe de philo de terminale (où suis-je ? où vais-je?) Bon, je suis très dure je le reconnais. Certaines de mes collègues ont beaucoup aimé ce livre, touchés par le thème universel de la solitude. Peut-être vous touchera-t-il aussi. Mais, pour ma part, Les vies parallèles de Greta Wells ne me laisseront que le souvenir mitigé d'un roman féminin de qualité médiocre.

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