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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 13:39

L03.jpgLes porteurs

1- Matt

C.Kueva

éditions Thierry Magnier

 

Je lance un appel général à tous les auteurs de dystopie en jeunesse : il faut arrêter maintenant avec les postulats de plus en plus improbables sur une société futuriste quelconque. Entre "Le monde est ravagé par une maladie qui a décimé tout le monde sauf les adolescents" ou "sur fond d'inégalité sociale, des enfants sont envoyés chaque année dans une arène géante pour se massacrer entre eux" ou "des loutres géantes ont pris le pouvoir et ont réduit en esclavage les humains, les utilisant comme jouets sexuels lors de cérémonies sacrificielles terrifiantes"ça commence à devenir un peu tout et n'importe quoi (Ok le dernier résumé est inventé mais je pense que je tiens quelque chose). Aujourd'hui donc, le postulat est le suivant : "A la suite d'une maladie mondiale, les bébés naissent désormais hermaphrodites et ne doivent choisir leur sexe qu'à seize ans."

Ouais. Autant vous dire que lorsque j'ai vu atterrir Les porteurs dans mes services de presse j'ai fait un peu la tronche tellement le sujet ne m'inspirait guère. Outre que je trouvais le monde créé des plus irréalistes, je craignais bien évidemment un discours sur la théorie du genre. Et, comme vous l'avez sans doute déjà noté, s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, ce sont les cours d'éducation civique quand je lis un roman, que ce soit pour m'expliquer qu'un papa et une maman c'est mieux ou qu'il faut lutter contre le système corrompu d'une société machiste et carniste qui fait la part belle aux mâles dominants. J'en profite pour lancer un nouvel appel, cette fois aux éducateurs/profs de tout crin qui viennent dans mon rayon adolescent et qui s'indignent parce qu'aucun auteur n'a écrit de romans sur la faim dans le monde, la guerre, l'avortement, l'adoption ou le mode de vie de la loutre dans son habitat naturel. J'ai un scoop pour vous : les auteurs, les bons j'entends, n'écrivent pas parce qu'ils sont mandatés par l'Education Nationale. Ils n'ont pas de quotas à remplir et ils écrivent sur ce qu'ils veulent tout comme les auteurs de littérature. Je ne dis pas qu'ils n'ont pas à aborder de sujets de société mais s'ils le font, ils le font parce que le sujet leur tient à coeur et non pas pour servir de support à votre bien-pensance ou à votre vision de monde. En bref, foutez-leur la paix.

Ceci étant revenons à notre dystopie du jour et penchons-nous sur le cas de trois adolescents, Matt, Gaëlle et Flo qui ont bientôt seize ans et qui, si vous avez bien suivi, doivent choisir leur sexe. Gaëlle c'est sûr, elle veut être une fille et comme Matt est son petit ami, il pense devenir un homme. Flo hésite encore, pas facile de se décider. Mais pour Matt, les choses tournent au drame lorsqu'un courrier l'informe qu'il est atteint d'une maladie génétique rare qui l'oblige à rester neutre jusqu'à ses trente ans. C'est un porteur. D'abord effondré, Matt cherche par la suite à comprendre sa maladie et ne tarde pas à se rendre compte que sa déficience cache quelque chose, un complot orchestré par l'état et le ministère de la Santé...

C'est pas vraiment bien fichu loin de là. En terme de génétique je soupçonne l'auteur d'être aussi calé que moi ce qui un peu délicat quand l'ouvrage est entièrement basé sur le sujet. Je passerai charitablement sous silence les scènes d'amour qui sont d'un ridicule achevé et l'écriture hésitante. C'est un premier roman et ça se voit clairement. Néanmoins, il y a quelque chose là-dedans : déjà ce que j'ai apprécié le plus ce sont les personnages qui sont beaucoup plus subtils que ce qu'on aurait pu penser. La mère du héros paraissait caractérielle elle se révèle pleine de ressources alors que le père dynamique et sportif a bien du mal à faire front à la maladie de son fils. La légère Gaëlle est un appui précieux tout en étant animée par des motivations égoïstes et Matt se découvre de page en page. Ainsi tous ces protagonistes se révèlent curieusement réalistes au milieu d'un monde qui ne l'est aucunement. Et si l'intrigue est mal menée, avec rebondissements sortis d'on ne sait où et personnages secondaires dont on ne voit pas encore l'intérêt qui surgissent et disparaissent de nulle part, reste que je suis venue à bout sans trop de mal de ce premier tome de ce qui sera une trilogie. Avec toutes les casseroles que ce livre traîne, ça donne à réfléchir... En résumé c'est un ratage mais un ratage intéressant et prometteur. J'irais même voir ce que donne le second volume c'est dire.

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 12:32

L02.jpgJe suis ton soleil

Marie Pavlenko

éditions Flammarion Jeunesse

2017

 

Pour Déborah, l'année de terminale commence franchement mal : son chien a mangé ses chaussures, sa meilleure amie Eloïse n'est pas dans sa classe et pire la délaisse pour Erwann, son nouveau petit ami, sa mère agit de façon bizarre, découpant de façon frénétique des photos dans des magazines, et elle a surpris dans la rue son père avec une inconnue. Ses notes chutent, elle se sent dériver mais heureusement, le destin lui fait rencontrer Jamal, alias Mygale-Man et Victor, un petit nouveau dont elle va très vite (oh surprise!) tomber amoureuse.

Je ne peux pas dire que ce roman soit un coup de coeur. Je trouve qu'il y a un peu trop de thématiques abordées : on y parle d'adultère et de séparation, de premier amour et d'homosexualité, d'IVG et de suicide... Pour ma part je trouve que ça fait un peu beaucoup et cela oblige à saborder certains personnages secondaires qui auraient gagné à être développés, Jamal, le père ou la grand-mère de l'héroïne par exemple (la lettre qu'elle écrit à Déborah est le moment qui m'a curieusement le plus touchée dans l'histoire) Je ne suis pas non plus convaincue que l'histoire d'amour était indispensable car, là encore, elle est traitée sans originalité et n'apporte aucun regard neuf. En revanche, l'écriture est un bijou d'humour et de tendresse, un savant mélange de comique et de mélancolie. L'auteur adopte le point de vue de son héroïne sans concessions, en adoptant ses états d'âme, que ce soit contre son père qui trahit sa mère, contre sa copine qui la délaisse ou contre la rivale parfaite contre laquelle elle ne peut pas lutter. Cependant, de temps à autre, les interactions avec les autres personnages nous montre discrètement que Déborah n'est peut-être pas toujours de bonne foi... Si je ne suis pas fan du personnage de la mère, préférant largement à cette dernière le père plus réservé, j'ai trouvé la relation avec sa fille des plus touchantes. Parsemé de références de chansons et de romans, Je suis ton soleil est un joli livre qui n'est pas à l'abri de quelques clichés mais qui a beaucoup de fraîcheur et donne envie de sourire malgré tout à la fin de la lecture.

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:35

L02.jpgRagdoll

Daniel Cole

éditions Robert Laffont

2017

 

Un corps est retrouvé, cousu à la manière d'une poupée de chiffon. Et pour cause : ce corps est constitué de six cadavres différents, mais lesquels ? l'inspecteur Fawkes, fraîchement réintégré à la Metropolitan Police de Londres reconnaît sans peine la tête, celle de Naguib Khalid, un tueur d'enfants qui lui avait valu sa mise à pied et même un séjour à l'asile psychiatrique. Mais à qui appartiennent les autres membres ? Le mystère s'épaissit lorsque l'assassin diffuse une liste des six prochains meurtres qu'il compte accomplir : Wolf est le dernier de la liste. Le compte à rebours est lancé.

Ragdoll est un bon roman policier qui parvient à donner corps à ses personnages principaux, les enquêteurs, sans pour autant négliger l'intrigue de base, ce qui n'est pas toujours évident. Pour une fois, même si j'avais subodoré certains éléments, je n'ai pas réussi à prédire la fin. Le récit est sombre, les descriptions dures mais ça ne tombe jamais dans le gore ou le sanguinolent alors que rien n'était plus facile. De même l'auteur parvient à éviter une ambiance trop pesante par le biais de Edmunds, le bleu de l'enquête qui découvre avec joie les aléas de la vie de flic, tiraillé entre son travail et sa vie familiale. Dire après que c'est l'oeuvre du siècle me semble un tantinet exagéré : si le style suit, l'auteur cède volontiers à quelques facilités  et le final abrupt est un peu raté. Rien d'inoubliable donc mais un polar honnête et un auteur sur qui il faut probablement garder un oeil.

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 18:42

L01.jpgBiographies animales

Eric Baratay

éditions du Seuil

2017

 

Un ouvrage qui entend se consacrer à des biographies animales... Quand vous entendez ça, sans doute vous imaginez-vous un de ces énièmes livres un peu gnangnans et anecdotiques sur le chien de Stéphane Bern ou le cheval de Henri IV. Il n'en est rien : l'approche de Eric Baratay, historien spécialisé dans l'histoire animale, est beaucoup plus originale. L'auteur divise son livre en plusieurs parties : dans l'une, la plus "classique", il s'intéresse à deux destins animales, celui de la première girafe importée en France sous Charles X et de Warrior, un cheval utilisé lors de la première guerre mondiale. Dans une seconde partie, il nous parle de deux autres animaux mais cette fois en adaptant sa narration au ressenti de l'individu : qu'a ressenti l'âne de Stevenson lors de son fameux voyage dans les Cévennes et quelles étaient les sensations d'un taureau lors d'une tauromachie qui coûta la vie au toréador ? La troisième partie s'interroge sur l'attrait pour certains animaux à une époque donnée en se penchant cette fois sur le cas de deux chimpanzés. Enfin, l'ultime chapitre s'emploie à démontrer l'évolution du chien à travers le portrait de quatre bêtes qui ont noué des relations bien différentes avec leurs maîtres selon les époques.

Le point de vue adopté est résolument celui de l'animal et c'est sans doute ce qui fait la force de cet essai qui par ailleurs explique en substance qu'il existe une histoire animale tout comme il existe une histoire des hommes. Croire que le chien a toujours été ce qu'il est ou que le comportement du chat est demeuré le même au fil des siècles est une grave erreur. A l'instar des humains, l'animal a été amené à évoluer et à s'adapter à un monde en perpétuelle mutation. En s'appuyant sur des individus, Eric Baratay parvient ainsi à esquisser cette évolution. Si l'idée me plaît je suis moins fan de l'écriture qui, pour représenter la perception de l'animal, joue sur les phrases courtes, hachées, les italiques et les redondances : c'est parfois un peu maladroit mais je dois admettre ceci dit que l'effet est réussi. Le lecteur se sent souvent mal à l'aise en se rendant compte à quel point les sensations d'une bête diffèrent de celles qu'on lui prête et les souffrances endurées par l'âne de Stevenson ou le taureau condamné à mort pour assouvir la soif de sang d'humains idiots sont très bien rendues par un auteur qui par ailleurs maîtrise parfaitement son sujet. Un ouvrage instructif pour tous ceux qui de près ou de loin s'intéressent à la cause animale ou plus simplement à l'histoire.

 

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 12:02

L02.jpg
Rage

Orianne Charpentier

éditions Gallimard Jeunesse

2017

 

Son nom d'avant, personne ne le connaît plus. Désormais elle s'appelle Rage, du surnom que lui donne son amie. Rage est une jeune fille fragile, paumée, alternant crises de colères et crises de panique. Réfugiée en France, elle vient d'un pays qui n'est pas nommé, mais marqué par la violence et la guerre. Rage a perdu là-bas toute sa famille et tous ses repères : isolée elle ne fait plus confiance (et encore) qu'à sa colocataire, la gentille Artémis, elle aussi réfugiée. Jusqu'à ce soir décisif où, embarquée de force à une fête chez un inconnu, elle tombe nez-à-nez avec un chien poursuivi par des hommes. Il semble terrifié et maltraité et dans ses yeux Rage y lit sa propre souffrance : sans même en prendre conscience elle décide le prendre sous son aile et, en l'espace d'une nuit décisive, va réapprendre à aimer et à faire confiance.

Ce court roman ado n'est pas vraiment un coup de coeur. Je trouve ça un peu facile au niveau du style : des phrases très courtes, des descriptions brèves et chocs, un abus manifeste des pronoms personnels... Une écriture qu'il me semble avoir déjà vu des dizaines de fois, efficace certes mais pas franchement audacieuse. Le début m'a ennuyée. En revanche, dès le moment où Rage croise le chien, l'histoire prend un tour plus intéressant, établissant un parallèle entre ce pelé mal en point et hargneux et la jeune réfugiée. Chacun blessé à sa manière va pouvoir se guérir au contact de l'autre le temps d'une nuit où, pour sauver l'animal, Rage va être également amenée à devoir s'appuyer de nouveau sur ses semblables. C'est touchant, émouvant, s'approchant à la limite du pathos sans jamais y tomber cependant. Un petit roman ado sans originalité mais agréable qui revisite le thème de l'apprivoisement.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 18:20

L10Moby Dick

Melville

éditions Gallimard

1851

 

Ishmaël a parfois des idées noires alors, pour changer d'air, il prend la mer : il aime à s'embarquer sur l'océan pendant quelques années et travailler sur un navire, oublieux de tout si ce n'est de cette vie aventureuse et comme entre parenthèses. Un jour, il croise Queequeg, un sauvage des îles lointaines devenu harponneur et, sympathisant rapidement avec lui, décide de s'engager avec lui sur un baleinier. Mais ce baleinier n'est pas tout à fait comme les autres : il est dirigé par le capitaine Achab, un homme obsédé par l'idée de capturer et de tuer Moby Dick, une baleine blanche dont le nom est devenu légendaire et qui, autrefois, lui a arraché la jambe. Pour assouvir sa vengeance Achab est prêt à tout, y compris à mettre son équipage en danger...

Moby Dick est un monstre de la littérature américaine et une référence pour beaucoup. J'avoue pour ma part être assez partagée sur ce roman-fleuve qui joue avec toutes les règles de la narration et maîtrise aussi bien le style comique que le tragique. Cependant à mon sens, c'est long. Les nombreuses digressions sur les baleines et leur anatomie peuvent lasser. De plus le livre est violent et cruel : ce n'est que baleines tuées, hommes et animaux qui se livrent un combat sans merci sur une mer imprévisible et sauvage. L'homme est au coeur d'un monde sans pitié qui ne pardonne pas ; dès ses premiers jours sur le Péquod, Ishmaël comprend qu'il risque sa vie en permanence, tout ça pour au final rapporter quelques tonneaux d'huile. La quête du baleinier est une quête qui paraît bien dérisoire et ne semble au fond qu'un prétexte pour se mesurer à la nature indomptée que représente la baleine. Achab pousse la logique du baleinier jusqu'au bout puisqu'il ne cherche même pas à justifier sa chasse, mais si son équipage le suit dans son délire vengeur y compris son second, le sage Starbuck, c'est bien que cet équipage comprend au fond l'obsession de son chef. Ce combat perpétuel est ce qui fait sans conteste la force du roman ; la fascination et la répugnance pour une sauvagerie que chacun traque tout en sachant pertinemment qu'elle n'est que l'exutoire à leur propre nature. Pour ma part, cela m'a mise parfois mal à l'aise et j'ai trouvé particulièrement violentes certaines descriptions : l'agonie d'une vieille baleine, le massacre des requins, le matelot qu'on laisse tomber à l'eau... Je reconnais cependant à l'ensemble un certain génie et il faut saluer la qualité d'écriture qui joue avec tous les codes de la littérature, intégrant au roman saynètes, définitions, moments franchement comiques (la rencontre entre Ishmaël et Queequeg par exemple) ou au contraire très émouvants. Le final est tout particulièrement déchirant. Que dire de plus ? Je ne reviendrai pas sur le roman perçu comme une allégorie, la quête impossible d'Achab vu comme une quête de l'éternel (la baleine blanche semble dans le roman comme immortelle et inaccessible)  d'une part parce que je pense que cela a déjà été traité et, d'autre part, parce que je ne suis pas tout à faire sûre que l'auteur aurait apprécié que son roman soit réduit à ça. Roman d'aventure par excellence, ambitieux, Moby Dick présente bien des visages : on aimera ou on n'aimera pas mais une chose est sûre, l'ouvrage ne laissera pas indifférent.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 12:47

L10

La lettre écarlate

Nathaniel Hawthorne

éditions Livre de Poche

1850

 

La lettre écarlate n'est ni une lettre d'amour, ni un courrier honteux. C'est un "A" majuscule brodé en rouge vif sur la poitrine d'une femme, Hester. A comme adultère. Nous sommes en effet en 1642 à Boston et les puritains d'antan ne rigolent pas avec ces choses-là. Aussi, lorsque Hester, nouvellement débarquée en Amérique, accouche d'une petite fille alors que son mari ne l'a jamais rejointe, elle est conduite au pilori et condamnée à porter cette lettre d'infamie durant toute sa vie, signe distinctif qui la condamne à être mise à l'écart de la société. Hester demeure stoïque cependant et refuse de livrer le nom de son amant, de quoi intriguer son mari, revenu au moment de son châtiment, et qui décide de garder le secret de son identité afin de mieux enquêter sur son offenseur.

Ce livre m'a laissée profondément perplexe. ça fait une semaine que je l'ai fini et je suis encore incapable de déterminer si j'ai aimé ou pas et quelles étaient les intentions de l'auteur quand il a écrit cet ouvrage. La première scène est saisissante car extrêmement cruelle dans sa description, celle d'une jeune femme frêle avec son enfant, livrée à la vindicte d'une foule bien-pensante. Elle fait pendant à d'autres scènes tout aussi magistrales : les tourments du jeune pasteur qui rongé par la culpabilité passe une nuit de veille sur le pilori, tourmenté par sa conscience, Pearl, la petite fille de Hester qui se promène dans les bois tel un lutin malicieux et qui est à la fois source de joie et de désespoir pour sa mère, reproche vivant de sa faute...Malheureusement ces tableaux sont gâchés par des descriptions beaucoup plus plates, trop emphatiques et qui à force d'outrance produisent l'inverse de l'effet escompté. Y-a-t'il une morale à cette histoire ? Difficile à déterminer : alors qu'Hester, officiellement une traînée se comporte comme une femme des plus vertueuses par la suite, le pasteur, considéré comme un saint homme, souffre les plus atroces souffrances d'une âme damnée.  L'un comme l'autre ont tous les deux fauté (oh ça va il n'y a pas tellement de suspens non plus) mais alors que l'une n'a eu d'autre choix que d'assumer son "crime", l'autre s'est lâchement caché. Pour l'auteur peut-être au fond est-ce là le plus grand des péchés : se faire passer pour ce qu'on n'est pas (le personnage le plus "mauvais" de l'histoire n'est ainsi rien d'autre que le mari docteur dont le seul crime de l'histoire est de taire son identité aux autres) et agir contre sa conscience qui, plus que toute considération sociale, doit seule faire office de juge. La lettre écarlate est ainsi à double tranchant : symbole de honte elle est aussi paradoxalement ce qui libère Hester et lui donne la force de se libérer d'une société étouffante. Ainsi alors que le pasteur est un être qui arpente les maisons, Hester est un être qui se réfugie dans les bois et près des rivières, ne fréquentant les autres qu'à l'heure de leur mort, peut-être pour leur rappeler que le pardon est toujours possible. La lettre écarlate est un curieux mélange, oeuvre romantique à la fois novatrice et puritaine, un récit qui s'emmêle parfois dans ses contradictions et qui mérite peut-être plusieurs lectures.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 13:24

L02.jpgNos coeurs en désaccord

Krystal Sutherland

éditions Pocket Jeunesse

2016

 

Je n'étais vraiment pas disposée à aimer ce livre. Il faut dire que le quatrième de couverture ne donnait pas du tout envie : l'histoire d'un adolescent , Henry Page, qui n'a jamais été amoureux et qui tombe sous le charme de Grace, une nouvelle venue dans sa classe. Bien évidemment, Grace n'est pas une fille comme les autres, elle n'est pas spécialement belle, pas spécialement propre, elle marche avec une canne et elle s'habille avec des vêtements de garçon trop grands pour elle. Bien évidemment, elle va se retrouver à collaborer avec Henry pour le journal du lycée. Bien évidemment elle est plutôt cynique alors que Henry est somme toute assez fleur bleue car il est persuadé que, tout comme ses parents, la première personne qu'il aimera sera la femme de sa vie. Bien évidemment il a deux meilleurs amis, Murray, un play-boy australien (si le héros avait été une fille, il aurait été gay) et Lola, une belle lesbienne (si le héros avait été une fille, elle aurait été la copine super populaire) Bien évidemment, Grace cache un lourd secret...

Mais, peu à peu, au fil de la lecture, les clichés s'estompent : notre couple phare se révèle vite bancal et l'histoire d'amour vire un peu au glauque, entachée par les secrets et les non-dits. Elle prend paradoxalement plus de profondeur et donne plus d'étoffe aux deux personnages. Si les nombreuses références à Fight Club ou Harry Potter peuvent agacer, je salue la justesse et le réalisme des dialogues. De plus, sans vouloir trop en dévoiler, l'intrigue part là où on ne l'attendait pas et réserve un final surprenant, doux-amer, dans lequel chacun des personnages va acquérir une nouvelle dimension. Un roman déroutant à la fois drôle et triste qui rappelle aux adolescents et aux autres que, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'amour ne suffit pas toujours.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 17:50

L01.jpgLa Faucheuse tome 1 : futur parfait

Neale Shusterman

éditions Robert Laffont

 

C'est un monde débarrassé des guerres et des gouvernements corrompus. Un monde dirigé par une intelligence artificielle ultime qui a vaincu la vieillesse et même la mort. Un monde parfait en somme si ce n'est que le Thunderhead (l'intelligence surpuissante) n'a pas encore réussi à trouver le moyen d'explorer l'espace pour coloniser d'autres planètes. Du coup la Terre serait en surpopulation si une caste n'avait pas été créée, celle des Faucheurs. Les Faucheurs ont pour tâche de "glaner" leurs semblables, c'est-à-dire de les tuer définitivement. Des quotas leur sont imposés mais leurs choix restent libres et ils sont en-dehors du système et n'obéissent à aucune loi à l'exception des leurs. Citra et Rowan, deux adolescents, sont choisis par maître Farraday, un faucheur taciturne, pour devenir apprentis. L'occasion pour eux de découvrir qu'une nouvelle école de faucheurs, exaltée et dangereuse, est sur le point de corrompre la caste toute entière.

C'est une très bonne dystopie pour adolescents. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été autant immergée dans une histoire qui mêle univers futuriste et intrigues de "cour" : la caste des Faucheurs s'apparente en effet un peu à une aristocratie, ils sont au-dessus même du Thunderhead et apparaissent quasi comme des dieux aux yeux de leurs semblables. Il est intéressant de ce fait de suivre le cheminement de Citra et Rowan qui vont se retrouver confrontés à l'attrait de ce nouveau statut. La "morale" de l'histoire me semble plus ambigüe car en faisant d'une intelligence artificielle le gardien de ce monde parfait, l'auteur semble suggérer que le salut et la paix ne peuvent pas venir de l'être humain, naturellement corruptible. C'est une idée qui me dérange un peu. Pour revenir à un aspect plus technique, si le style de La Faucheuse est fluide, certains rebondissements sont prévisibles et le monde paraît parfois un peu irréaliste sur certains détails. En revanche, l'auteur a la bonne idée de suggérer plutôt que de montrer une histoire d'amour entre nos deux héros et s'abstient d'un récit à la première personne. Rien que pour ça il a toutes mes faveurs. Ajoutez à cela un bon sens du suspens et un dénouement pour le coup inattendu, et l'on obtient un roman somme toute captivant. Il sort quand le deuxième tome ?

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 15:36

L01.jpgFlora Banks

Emily Barr

éditions Casterman

 

Un souvenir, un seul : c'est tout ce que Flora a de la période qui s'étend de ses dix à ses dix-sept ans. En effet, une opération quand elle était petite fille a provoqué chez elle une amnésie antérograde : toutes les deux heures elle oublie ce qui vient de lui arriver et redevient une enfant perdue dont le cerveau s'est brusquement détraqué. Aussi elle chérit d'autant plus ce souvenir d'un baiser sur la plage avec un garçon, Drake, après une fête. Flora aime Drake, c'est écrit sur son bras pour ne pas qu'elle l'oublie, et est persuadée que s'il lui a donné un souvenir, il peut lui rendre la mémoire. Aussi, peu importe qu'il soit déjà le petit ami de sa copine Paige ou qu'il parte à Spitzberg, dans le Nord, Flora est prête à tout pour le retrouver. Après un échange de mails et profitant d'une absence mystérieuse de ses parents et de la découverte d'un passeport valide, elle se munit d'argent, de son carnet et part à l'aventure, écrivant sur ses bras pour se rappeler le but ultime de son voyage.

C'est un roman très étrange, avec une écriture parfaitement maîtrisée, qui met en scène une narratrice toujours perdue dans un monde inconnu. Cela donne au récit une tonalité bien particulière, basée sur la répétition et une atmosphère angoissante, quasi-étouffante, notamment dans la toute première partie du récit lorsque Flora est chez ses parents, seule. A travers les yeux de Flora, tout comme elle, nous tâtonnons à l'aveugle pour trouver un sens à ce qui lui arrive, conscients tout comme elle que quelque chose nous échappe mais quoi ? Le suspens ainsi que les péripéties de notre voyageuse atypique font de Flora Banks un roman adolescent intéressant, d'autant plus qu'il ne cède pas aux clichés du genre, une belle histoire d'amour entre une jeune fille "infirme" et un jeune homme qui va lui redonner le goût de vivre. Bien au contraire, Emily Barr s'amuse de ces clichés et les démonte dans un final aussi inattendu que rafraîchissant. Si certains détails peuvent paraître un tantinet irréaliste et que les bons sentiments sont parfois un peu trop présents, notamment sur la fin, je salue malgré tout un livre original que pour le coup je ne risque pas d'oublier.

 

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