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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 10:07

L02.jpgNiak

Carl Hiaasen

éditions Gallimard Jeunesse

2012

 

On reste dans les livres pour la jeunesse si vous voulez bien, mais on abaisse la tranche d'âge avec un livre plus pour les 10-12 ans, Niak, un roman écrit par le joyeux Carl Hiaasen, auteur entre autres du célèbre Chouette.

Depuis que le père de Whaoo, Mickey Cray, dresseur dans les Everglades s'est pris un iguane gelé sur la tête, il souffre de terribles maux de tête et ne peut accepter aucun contrat. La situation financière devient vite intolérable d'autant plus que la famille a toute une ménagerie à nourrir : des tortues paresseuses, des serpents affamés et le gentil alligator Alice, capable quand même de vous arracher la tête lorsqu'il a faim. Mais une chance unique se présente, un contrat que Mickey ne peut refuser : Derek Blair, le héros de la télé-réalité Expédition survie, l'engage lui et ses animaux pour une émission située dans la région. Théoriquement, il s'agit juste de prêter quelques bêtes pour simuler des situations de survie. Le problème c'est que Derek Blair, qui n'a d'aventurier que de nom, est à la fois irrespectueux et totalement inconscient, un mélange qui risque de lui attirer des problèmes et qui va donner à Whaoo et à son père bien des sueurs froides...

Gentille fable écologique, Niak est assez drôle car il démonte joyeusement une télé-réalité aseptisée et caricature aussi bien les producteurs obnubilés par l'audimat et le financement que l'animateur vedette, Derek Blair, sans conteste le personnage le plus amusant du livre. Il y a également une volonté de sensibiliser à l'environnement mais sans jamais tomber dans la leçon de morale et sans jamais verser dans une conception primaire d'une nature bienveillante et d'un homme hostile : dans Niak, les animaux ne sont pas de gentilles boules de poils ou d'écailles inoffensives mais sont des êtres qu'il s'agit avant tout de comprendre sous peine de se retrouver avec un pouce arraché ou dévoré tout cru. Enfin, les aventures se multiplient sans temps mort, de façon réjouissante, l'aspect didactique de l'histoire ne prenant jamais le pas sur l'intrigue principale. Au final, la seule chose que je trouve presque de trop dans la récit, c'est le personnage féminin, Anguille, l'amie de Whaoo, et son père alcoolique. Ces deux protagonistes apparaissent comme des cheveux sur la soupe en cours d'histoire et ne présentent guère d'intérêt si ce n'est de permettre une histoire sentimentale enfantine et de pimenter un peu le final de Niak. A mettre quand même entre les mains de jeunes lecteurs qui ne risquent guère de s'ennuyer avec toute cette ménagerie.

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 16:05

L02.jpgPartials

Dan Wells

éditions Albin Michel

2012

 

"La dystopie la plus passionnante depuis Hunger Games !" Il faut toujours se méfier de ce genre d'accroches, surtout quand c'est l'éditeur de la dystopie en question qui l'affirme. Mais, une fois n'est pas coutume, Partials, roman ado traduit depuis peu en français, est sans conteste une bonne surprise.

Nous sommes en 2076. Onze ans auparavant, les Partials, des êtres génétiquement modifiés et véritables machines de guerre ont décimé la quasi-totalité de l'espèce humaine grâce à un virus mortel, le RM. Les survivants se sont réfugiés sur l'île de Long Island  sous la tutelle d'un gouvernement  autoritaire et  ce pour se protéger de leurs ennemis bien qu'ils soient demeurés sans nouvelles depuis. Néanmoins, les rescapés ont un autre souci  car  le virus RM demeure sans antidote et continue de faire des ravages : depuis son apparition, aucun nouveau-né n'a survécu plus de trois jours et l'humanité déjà durement éprouvée risque de s'éteindre définitivement. Pour contrer ce péril, le Sénat a mis en place la loi Espoir, contraignant toute jeune fille de dix-huit ans et plus à tomber enceinte régulièrement. Cette loi n'est pas du goût de la Voix, une organisation rebelle qui lutte pour les libertés individuelles. La guerre civile n'est pas loin... Kira, jeune chercheuse en médecine de seize ans n'a qu'un objectif en tête : trouver un remède pour mettre fin à Espoir et, surtout, permettre à sa soeur adoptive Madison, enceinte, de mettre au monde un bébé viable.

Partials a un certain nombre d'atouts indéniables et le premier est sans conteste son héroïne. Hourra ! Kira a beau être une ado de seize ans, oh merveille, elle ne glousse pas ni ne s'interroge sur les méandres de sa vie sentimentale : faut-il rester avec le gentil et rigolo Marcus ou succomber au charme du ténébreux Samm ? Non, Kira se comporte comme toute personne ayant vu ses proches mourir à cinq ans et qui a ensuite grandi dans la terreur et l'insécurité. C'est une jeune fille de seize ans ayant vieilli trop vite et qui passe son temps dans les labos à essayer de trouver un remède au RM, un personnage sympathique, sérieux, pas forcément rebelle mais qui s'interroge sur le bien-fondé du gouvernement et sur ses méthodes. L'autre intérêt de Partials c'est son intrigue et les questions que le roman soulève : faut-il sacrifier l'intérêt individuel pour le bien commun ? La sécurité justifie-t-elle l''absence de libertés? Ce sont des thématiques intéressantes qui sont d'ailleurs traités avec finesse par un auteur plus subtil qu'il n'y paraît. Le seul reproche au fond que je ferai à ce roman pour ados de bonne facture, c'est sa construction un peu brouillonne. Dan Wells, craignant peut-être d'ennuyer son lecteur, multiplie les rebondissements et les situations critiques dès le début du récit, ne s'accordant à mon sens pas assez de temps pour planter le décor de son monde post-apocalyptique. C'est plutôt dommage car les quelques descriptions qu'il fait d'un New-York envahi par les animaux et la végétation sont assez réussis. Au final, j'ai tout de même passé un agréable moment de lecture et j'attends avec impatience la suite de l'histoire.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 13:23

L06.jpgEt soudain tout change

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2013

 

Que s'est-il passé chez les auteurs français? Avant,la littérature française était certes nombriliste, prétentieuse et souvent ennuyeuse, mais restait cynique et joyeusement amorale. Et puis il y a eu Barbery et son Elegance du hérisson, il y a eu Gavalda et le fakir chez Ikéa, il y a eu Deghelt et Legardinier... A croire que la génération qui pleurait devant La petite maison dans la prairie et qui s'est émue devant Amélie Poulain a décidé de nous bombarder de bons sentiments jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Je savais certes en lisant Et soudain tout change que j'allais avoir droit à une bonne dose de guimauve. Après tout, j'ai lu Demain j'arrête du même auteur et je connais le potentiel lacrymal de Legardinier. Mais j'avais plutôt apprécié Demain j'arrête et l'humour gentil qui s'en dégageait. Rien de tel pour Et soudain tout change qui n'est plus de la guimauve mais carrément du sucre en intraveineuse.

L'histoire c'est celle de la narratrice, Camille, qui est trop contente de retrouver toute sa bande dans la même classe de terminale. Il y a Léo, Manon, Pauline, Inès, etc. et, surtout, Axel, sur qui elle craque grave. L'ennui c'est que sa besta Léa craque aussi sur Axel, du coup elles ont décidé de ne rien tenter avec lui. C'est beau (et, au demeurant, totalement irréaliste). Mais, comme le titre l'indique, tout change brutalement. Léa découvre qu'elle est atteinte d'une maladie rare du coeur et qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre. Aussitôt, tous ses amis l'entourent pour l'aider à vivre au mieux ses derniers instants.

N'en jetez plus. En un seul livre, par un admirable tour de force, Gilles Legardinier a réussi à réunir tous les clichés possibles et inimaginables. Il y a les gentils ados un peu tapageurs mais avec un bon fond quand même ; le méchant ado qui ne se soucie que de lui-même et qui n'a aucune pitié pour sa petite camarade en train de crever, mais qui sera puni en étant mis à poil au milieu du lycée (hi hi) ; le méchant vieux nazi voleur et grossier qui sera lui aussi puni (des croix gammés sur sa voiture, hi hi) ; la gentille tante compréhensive, le prof à la Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus qui aime et comprend tous ses élèves... Ajoutons à cela l'histoire de l'ado qui ne veut pas que ses parents divorcent et qui est prête à tout pour qu'ils ne vendent pas leur maison parce que merde vous êtes trop égoïstes d'abord. Et les parents qui au lieu de lui foutre une baffe décident que, oh oui alors, cette grue a raison, continuons à être malheureux ensemble. Il y a aussi la mourante qui découvre le sens de la vie en lisant les philosophes, ce qui donne lieu à des maximes tirées tout droit des biscuits chinois, et la meilleure amie qui se dévoue pour sacrifier son bonheur avant de découvrir que, oh mais non, tout s'arrange finalement. Je continue ou ça vous va ?

Je n'ai rien contre Gilles Legardinier hein. Ce n'est pas un mauvais auteur en soi et, quand il veut être drôle, il y parvient admirablement (le portrait du petit frère de la narratrice est par exemple une grande réussite) Mais on peut, sans être une méchante sorcière cynique qui découpe des chatons dans une cave, aspirer à un récit qui ne soit pas dégoulinant, manichéen et ne verse pas dans la comédie dramatique hollywoodienne au rabais (le premier chapitre fait clairement penser à l'intro d'un film, j'ai même guetté le moment du générique). Contrairement à Demain j'arrête, tout est factice dans Et soudain tout change depuis les personnages jusqu'aux situations et, de fait, ne suscite aucune émotion si ce n'est de temps en temps un vague sourire. Rien à tirer donc de ce naufrage si ce n'est ma conviction personnelle, n'en déplaise à l'auteur, que de temps en temps un peu de cynisme ne fait pas de mal et que les bons sentiments à la louche sont une plaie pour l'humanité et, accessoirement, pour la littérature.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:26

L08.jpgRob Roy

Walter Scott

éditions Robert Laffont

1817

 

J'avais déjà entendu parler de Rob Roy par le passé en lisant des romans sans doute déjà datés et qui évoquait le livre de Walter Scott en le présentant comme le récit d'aventure par excellence. Aussi n'ai-je pas été surprise de le retrouver dans les 1001 livres... En revanche, c'est en voulant me le procurer que j'ai découvert avec étonnement que :

a) Rob Roy n'est plus édité et ne se trouve que dans des oeuvres complètes.

b) et ben en fait, le livre n'est pas connu que ça.

 

Ajoutons à cela que, après lecture, je comprends un peu pourquoi l'ouvrage a mal vieilli.

 

Si Rob Roy est bien le nom d'un personnage, celui d'un brigand écossais ayant réellement existé, le narrateur est Franck Osbaldistone, un jeune homme rêveur qui aime écrire des vers et ne peut se résigner à reprendre le métier de son père, commerçant de son état. Ce dernier, mécontent, menace de le déshériter et l'envoie chez son oncle tandis que son cousin Rasleigh prend sa place dans la succession. Franck fait de la sorte connaissance avec son oncle, ses cousins et, surtout, une ravissante et lointaine cousine, Diana Vernon, dont il tombe immédiatement amoureux. Mais, entre les malversations de Rasleigh, des démêlés judiciaires et les tensions politiques entre catholiques et protestants à la veille de la révolte de 1715, Franck se retrouve bientôt embarqué dans d'incroyables péripéties qui le mèneront au coeur de l'Ecosse et lui feront faire la connaissance de Robert Campbell, alias Rob Roy, bandit écossais au grand coeur (l'équivalent de Robin Hood) qui, à la tête d'un clan pille les villages et tient tête aux forces de l'ordre...

Dans ce roman, Walter Scott se penche sur le parcours d'un jeune homme tiraillé entre son devoir et ses aspirations, son amour pour une femme et son respect pour un père. Encore faut-il relativiser car à dire vrai, Franck n'hésite guère. Il sacrifie son amour de la poésie pour suivre une carrière dans les affaires, quitte Diana pour voler au secours d'un père et, en dépit de sa sympathie pour Rob Roy lutte contre lui et ses sympathisants, ardent défenseur du gouvernement protestant et d'un monde où les horloges tournent à l'heure. Est-il besoin de le dire? Franck n'est guère un personnage intéressant : il est lisse, ne remet rien en question, et regrette immédiatement son seul acte de rébellion, avoir tenu tête à son père. Rien d'étonnant à ce que beaucoup considèrent Rob Roy comme le véritable héros de l'histoire, le narrateur ne jouant alors qu'un simple rôle de spectacteur. Rob Roy est un homme haut en couleurs, brigand sans cruauté et qui se bat pour ses idées quitte à braver le pays tout entier. Il ruse, il s'échappe, il a une bonne dose d'humour et un certain sens de l'honneur. Ainsi, alors que Franck semble être le jouet de sa destinée, Rob Roy la domine. Inutile de dire lequel des deux est le plus intéressant. Dommage que Walter Scott n'aille pas au bout de son idée : de ce roman il aurait pu faire quelque chose d'assez subversif mais, à la place il en fait un récit historique sans revendications et présente Rob Roy comme un personnage atypique qui n'a guère de place dans le monde réel et bien rangé de Franck et n'éveille aucun écho en lui. Ce parti pris ainsi qu'un style assez poussiéreux a fait que Rob Roy n'a pas éveillé en moi un intérêt majeur si ce n'est pour l'histoire de l'Ecosse, un pays que notre auteur décrit avec beaucoup de réalisme et un sincère enthousiasme. Espérons que Ivanhoé, prochain roman de Walter Scott sur ma liste, m'apporte plus de satisfaction...

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:22

L02.jpgReseau(x) t.1

Vincent Villeminot

éditions Nathan

2013

 

Depuis toute petite, Sixie, quinze ans, fait de mauvais rêves qu'elle transcrit sur la page "nocturne" de son réseau social, DKB, un endroit réservé aux cauchemars de tous les internautes. Le problème c'est que la plupart de ses cauchemars se sont révélés prémonitoires et c'est avec horreur que Sixie reçoit un jour sur son site la vidéo d'un meurtre qui ressemble trait pour trait à l'un de ses rêves. En parallèle, sur Internet, Cesar Diaz, qui se fait aussi appeler Nada#1, a créé un mouvement nommé "Play It For Real" qui incite ses admirateurs à reconstituer des jeux vidéos grandeur nature dans les rues de différentes villes européennes. Le jeu est pour l'instant sans conséquence car les armes sont fausses et les rassemblements bon enfant, mais, peu à peu, le mouvement prend de l'ampleur et transgresse les règles de sécurité. La police s'inquiète: Cesar Diaz est-il juste un potache un peu mégalo ou un terroriste en puissance?

Après la série Instinct, Vincent Villeminot revient avec une série encore plus sombre, cette fois centrée sur les nouvelles technologies. Réseau(x) a l'avantage de ne pas condamner Internet en bloc mais de s'interroger davantage sur ses dérives : les snuff-movies et l'étalage de la vie privée de chacun, l'isolement et un anonymat qui permet les pires horreurs. Qui plus est, et c'est bien agréable, l'auteur semble connaître un peu le sujet et ne se contente pas d'assener quelques poncifs moralisateurs sur les dangers des réseaux sociaux. Mais Réseau(x) est surtout un "cyber-polar" pour reprendre la quatrième de couverture, un roman sur une guerre aussi bien virtuelle que réelle. C'est très angoissant à lire, certaines scènes étant particulièrement stressantes car somme toute assez réalistes: meurtres sur Internet, gardes à vue qui finissent mal,brutalités policières, manifestations brisées par la force, cauchemars qui rôdent...  La force de Villeminot c'est sa capacité à solliciter notre imagination par des images saisissantes et des descriptions brèves mais efficaces. Sa faiblesse, car il y en a une, c'est de vouloir mêler trop d'intrigues et de personnages ce qui fait que le lecteur se perd un peu entre les internautes, les policiers, les lycéens et peut facilement décrocher de l'histoire. C'est dommage. A trop vouloir en dire, Réseau(x) perd un peu de sa force et aurait gagné à un peu plus de simplicité. Ceci dit, le roman reste quand même plaisant à lire et annonce ce qui sera sans doute une bonne série...

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 20:52

L02.jpgIdiopathie

Sam Byers

éditions Seuil

2013

 

"Un roman d'amour, de narcissisme et de vaches en souffrance", tel est le sous-titre de ce roman anglais déjanté qui, dès la couverture, annonce la couleur. Idiopathie, c'est l'histoire de trois trentenaires mal dans leurs peaux. Katherine, cynique et misanthrope n'aime rien ni personne et prend plaisir à être malheureuse et mauvaise. Son ex, Daniel, en couple avec une gentille adepte des énergies intérieures et du développement personnel se sent quant à lui mal à l'aise dans une existence trop confortable pour être honnête. Enfin, il y a Nathan, leur ami commun qui,  un jour, a disparu mystérieusement après une déclaration d'amour ratée à Katherine. Or, Nathan réapparaît et le trio se reforme le temps d'une brève soirée qui va vite virer au désastre...
Amour, vaches maladives, mères insupportables, alcool et cigarettes, joutes verbales, tout cela rythme un ouvrage plutôt drôle et il faut le dire assez féroce. Les personnages sont plus insupportables les uns que les autres, que ce soit Katherine la colérique qui est incapable du moindre geste de tendresse ou Daniel le mou qui n'ose jamais dire ce qu'il pense. Quelques scènes sont très drôles : je pense ainsi au moment où Daniel se croit obligé d'échanger des déclarations d'amour avec sa compagne tout en se passant la boîte de céréales au petit déj' ou encore à ce moment où Nathan, sorti d'un hôpital psychiatrique, se rend compte que sa mère a créé un blog et sorti un livre sur leur relation filiale. On reconnaît bien là l'humour anglais un peu décalé et une bonne dose d'ironie quasi-présente dans tout le récit. Le problème cependant d'Idiopathie réside essentiellement dans les dialogues: c'est un livre extrêmement bavard avec, comme je l'ai déjà souligné, énormément de joutes verbales, notamment entre Katherine et Daniel. Or, si ces joutes sont au départ amusantes, elles deviennent à force un peu barbante et la rhétorique tourne à vide, les bons mots lassant plus qu'ils ne distraient.  Ce défaut ainsi qu'une intrigue un peu légère font d'Idiopathie un ouvrage amusant mais sans plus, le premier livre prometteur d'un jeune auteur mais avec encore trop de défauts pour être une totale réussite.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 10:17

L05.jpgChroniques d'une Magie Annoncée

Nicolas Cluzeau

éditions Midgard/ Lokomodo/ Asgard

2013

 

Il est certains genres de littérature qui vous laisse perplexe. Certains romans que même avec la meilleure volonté du monde vous ne pouvez appréhender car leurs codes vous échappent. Je suis loin d'être une ignare en matière de fantasy, comme vous avez déjà pu le constater. Je peux vous parler de Gaiman et de Pratchett; je peux vous dessiner la carte des Sept couronnes ou celle de la Terre du Milieu; je peux vous parler des théories vampiriques à la mode. Mais, il faut le reconnaître, bien des branches du genre me paraissent encore hermétiques. De même qu'il m'est impossible de m'enflammer pour un jeu de rôle, j'ai bien du mal à m'enthousiasmer pour des histoires écrites dans un langage ampoulé parlant de magie et de créatures étranges...

Chroniques d'une Magie Annoncée est en fait une compilation de plusieurs histoires mettant en scène une thaumaturge, Harmelinde, et sa fille Deirdre, toutes les deux parcourant le continent pour démêler des affaires ayant trait à la magie: meurtres, vol, cuisine trop goûteuse, etc. et qui, après avoir résolu leur enquête partent joyeusement festoyer comme dans Astérix. Le principe est sympa et le début de l'enquête est toujours intéressant à suivre : cadavres déchiquetés, fantômes qui jouent mélancoliquement du clavecin, automates enchantés... Le problème, c'est que l'auteur s'est créé son univers bien à lui qu'il ne se soucie guère de faire partager. Ainsi, Nicolas Cluzeau nous parle de champs ondilignes, de Sarengard, d'hommes-arbres ou de videsèves mais ne se fend pas d'une explication (pas même d'une carte bon sang!) parce que voyez-vous c'est comme ça : les vrais amateurs de fantasy peuvent se passer de ce genre d'explications qui les empêchent d'entrer pleinement dans l'histoire. Le lecteur lambda lui du coup est assez vite largué et, au bout de quelques pages se désintéressent de l'enquête en cours, d'autant plus que les descriptions sont plutôt maladadroites et le style lourdingue. Pourquoi, mais pourquoi bon sang, les auteurs purs et durs de fantasy se croient-ils obligés d'écrire comme au siècle dernier? Ajoutez à cela que Nicolas Cluzeau a voulu faire de Deidre et Harmelinde des personnages brillants et spirituels et qu'elles se révèlent surtout être des têtes à claques. Leurs échanges sont ce qu'il y a incontestablement de plus ennuyeux dans le livre. Enfin voilà tout ce que m'a inspiré un roman pas catastrophique certes mais pas non plus inoubliables et qui m'incite à penser que je ne suis pas encore prête à me costumer en vampire ou en magicienne pour aller faire la queue devant le stand de Nicolas Cluzeau lors de sa prochaine dédicace...

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 09:53

L05.jpgLa soie et l'épée

Le peuple des nuées t.1

Kai Meyer

éditions l'Atalante Jeunesse

2006

 

Elle s'appelle Nugua. Recueillie par des dragons étant bébé, elle n'a jamais connu le monde des humains et ne s'en soucie guère. Lui s'appelle Niccolo; il vit avec son peuple dans une cité au-dessus des nuages, une cité qui flotte grâce au souffle des dragons, l'éther. Contrairement à Nugua, il rêve d'évasion. Ces deux-là n'auraient jamais dû se rencontrer : mais, du jour au lendemain, les dragons disparaissent brusquemenet laissant l'une sans famille et l'autre menacé ainsi que tout son peuple d'une mort horrible. Niccolo descend sur terre pour retrouver les dragons. Il fait la connaissance de Nugua et, ensemble, ils se lancent dans une quête à travers toute la Chine, quête qui les conduira de découvertes en découvertes plus surprenantes les unes que les autres.

Premier tome de la trilogie Le peuple des Nuées, la soie et l'épée n'est pas dépourvu de qualités : l'histoire est originale et s'appuie sur un imaginaire qui relève presque du merveilleux; demi-dieux chevauchant des grues, dragons, tours de laves, nuages flottants, malédictions et sortilèges... Las, le style est plutôt pataud, pas forcément à la hauteur d'une telle aventure. Les descriptions sont difficiles à appréhender et à visualiser et les personnages n'ont pas tellement de profondeur. Le lecteur, malgré toute sa bonne volonté, peine à entrer dans une intrigue pas forcément bien menée et qui s'interrompt parfois brutalement pour se focaliser sur un des personnages secondaires, Alessia, fille du peuple des Nuées également mais qui, elle, est restée en haut. Son utilité reste encore à prouver ainsi que celle de Pleuring, un autre personnage plus léger, le faire-valoir comique du récit mais qui, pour l'instant, suscite surtout l'irritation. Très sincèrement, si je n'avais pas déjà toute la série, je me serais arrêtée à ce premier volet, trop bancal pour m'avoir convaincue, mais bon, dans la mesure où j'ai déjà les deux autres tomes de la trilogie, autant voir comment ça se finit non? Affaire à suivre donc en espérant que le dragon se décide à déployer ses ailes...

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 10:36

L02.jpgL'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa

Romain Puértolas

éditions Le Dilettante

2013

 

Ajatashatru Lavash Patel est un fakir indien fraîchement débarqué en France pour une seule et unique raison : visiter le magasin Ikéa le plus proche de l'aéroport et repartir avec le dernier modèle de lit à clous, le tout avec un faux billet de cent dollars imprimé sur une seule face. Vaste et ambitieux programme mais Ajatashatru Lavash Patel plus qu'un fakir est surtout un escroc qui maîtrise à merveille l'art de la supercherie et de l'arnaque. Cependant, des événements inattendus viennent mettre à mal son plan ingénieux. Après être tombé amoureux d'une jolie française rencontrée dans la file d'attente du restaurant du magasin, notre héros se retrouve coincé durant la nuit dans une armoire Ikéa en partance pour le Royaume-Uni. Ajoutez à cela un chauffeur de taxi floué qui a juré de le traquer jusqu'au bout du monde, des clandestins africains, une jolie actrice française, des contrebandiers libyens... La vie de Ajatashatru se complique considérablement mais toutes ces péripéties ainsi qu'un voyage qui le mènera jusqu'en Libye va lui faire comprendre à quel point son existence a été futile jusque là...

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa bénéficie de trois atouts pour être populaire : sa couverture jaune flashy qui attire immédiatement l'oeil, son titre à rallonge absurde qui suscite la curiosité et, enfin, un ton humoristique qui ne peut que plaire à l'heure où les livres drôles ne sont pas légion. Personnellement, il n'est pas sans m'avoir fait penser quelque peu au Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire : l'auteur met en scène un personnage atypique qui, à la suite d'événements aussi délirants qu'inattendus, se retrouve embarqué presque malgré lui dans une aventure dont il ignore tout du dénouement. C'est amusant et j'ai souri plusieurs fois grâce à des personnages comme l'improbable gitan chauffeur de taxi ou le directeur du magasin Ikéa. L'ensemble est léger même si certains running gags finissent par être lassants : les noms indiens imprononçables, les jeux de mots sur les vaches sacrées... Ceci dit, je l'avoue, ce qui m'a le plus gênée, ce sont les bons sentiments. Il y en a à la pelle dans ce récit : le fakir arnaqueur comprend qu'il est plus glorieux de faire plaisir aux gens que de les dépouiller, son amoureuse Marie prend conscience qu'il est plus gratifiant de se lancer dans une longue histoire d'amour que dans des aventures d'un soir. Personne n'est vraiment méchant, les bons finissent presque toujours par s'en sortir et le récit s'achève sur un Happy End dégoulinant de sucre. Dommage, car l'auteur est plus convaincant lorsqu'il fait preuve d'humour ou de cynisme, notamment lorsqu'il évoque le sort de ces immigrés clandestins que les pays européens se balancent mutuellement pour s'en débarrasser. L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa est loin d'être un mauvais livre : c'est facile et agréable tout en étant distrayant. Justifie-t-il pour autant un tel succès comparé par exemple aux livres de Lalumière chez le même éditeur? Voilà pour le coup ce dont je suis loin d'être convaincue.

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:53

L03.jpgLa mort dans l'âme

Le prince des ténèbres t.1

Jeaniene Frost

éditions Milady

2012

 

C'est un vampire solitaire et ténébreux, c'est une humaine que d'étranges pouvoirs ont également condamné à la solitude... Ils se rencontrent, ils s'aiment mais se déchirent... Non, nous ne sommes pas dans Twilight ni dans True Blood mais La mort dans l'âme est également de la bit-lit et, comme vous allez vite vous en rendre compte, tous les ouvrages de bit-lit se ressemblent...

Notre héroïne s'appelle Bella, pardon Leïla. Comme son illustre consoeur c'est une jeune fille renfermée et solitaire et pour cause... Depuis un tragique accident qui a aussi coûté la vie à sa mère, elle a la capacité de percer les secrets les plus sombres des gens et, accessoirement, de leur envoyer des décharges électriques dans la tronche. C'est donc une âme tourmentée, ce qui serait davantage crédible si elle ne travaillait pas dans un cirque et ne se promenait pas toute la journée dans un justaucorps fluo. C'est d'ailleurs en pleine répétition qu'elle se fait enlever par des créatures de la nuit qui la forcent à entrer en contact avec Vlad (on ne rit pas s'il vous plaît), un célèbre vampire à tendance pyromane. Vlad, intrigué par Leïla, tue ses ravisseurs et l'enlève à son tour. Il l'emmène dans son immense château et lui donne de nouveaux habits parce que le justaucorps ça va cinq minutes. Paf, ils tombent amoureux évidemment et vous savez quoi? ça tombe bien, Vlad est ignifugé et ne craint donc pas les décharges de la jeune fille, ce qui leur permet de faire moult galipettes sous la douche et dans le lit, une chance pour Leïla qui se voyait déjà condamnée à finir vieille fille. Bon, elle s'interroge bien un peu sur les tendances ultra-possessives de Vlad et son goût prononcé pour la torture mais oh hein il ressemble à Aragorn dans le film du Seigneur des Anneaux et il a une super baraque donc faisons comme si de rien n'était. Qui plus est, les ennuis se profilent car c'est pas tout ça mais il faut quand même retrouver celui qui en veut à Vlad et qui a juré de le détruire...

A la suite de ce résumé qui, je n'en doute pas, vous a mis l'eau à la bouche, il est possible je pense de tirer quelques enseignements généraux que nous retrouverons dans beaucoup d'ouvrages de bit-lit et, accessoirement de mauvais romans comme 50 nuances de Grey.

La bit-lit est un genre pour filles. C'est la descendante inavouée des romans à l'eau de rose de l'ancien temps, Barbara Cartland et Harlequin, sauf qu'on remplace princes et industriels richissimes par des vampires ou des loups-garous. L'action se déroule de ce fait du point de vue de l'héroïne qui est d'ailleurs même le plus souvent la narratrice. C'est un genre du fantasme : l'héroïne est en apparence une femme comme les autres, telle cette malheureuse lectrice incomprise, mais, en réalité c'est un être exceptionnel et unique qui se fait immédiatement remarquer par un beau vampire (à remplacer selon les romans par la créature surnaturelle de votre choix), vampire qui est lui-même doté de qualités non négligeables : il est riche et peut apporter à l'héroïne tout ce qu'elle souhaite; il lui assure sa protection ("Rien de mal ne t'arrivera avec moi bébé"); il est remarquablement membré et c'est un amant extraordinaire qui fait découvrir à sa maîtresse tous les plaisirs sensuels au lieu de se jeter sur elle bestialement après quelques dizaines d'années d'abstinence sexuelle (oui, le vampire est sélectif). Enfin, qualité non négligeable, il n'a aucun besoin naturel à part celui de l'accouplement: il ne se nourrit pas et ne met donc pas sa dulcinée derrière les fourneaux le coït achevé, il ne boit rien d'autre que du sang, ce qui lui évite de roter sa bière devant la télé, et il ne pète pas au lit. En contrepartie, il se montre violent dans la passion et très possessif, ce qui séduira d'autant plus une lectrice en mal d'affection et/ou délaissée.

Que penser de la bit-lit et de La mort dans l'âme en particulier? Honnêtement, pas grand-chose. L'écriture est navrante et les ficelles de l'intrigue si grosses qu'il faut être vraiment naïve pour se laisser happer par une action quasi-inexistante. La lectrice lit l'ouvrage uniquement pour deux choses: l'histoire d'amour et les scènes érotiques. Ce premier tome de Janiene Frost, comme dans 50 nuances de Grey d'ailleurs, a certes une conception assez malsaine du couple puisqu'il met en scène un homme macho et violent et une femme somme toute assez soumise malgré quelques éclairs de lucidité qui fondent devant son propre désir... Personnellement, je ne suis pas fan de ce genre de romances (je suis toujours indignée qu'aucune héroïne ne craque jamais pour Jérémy, le comptable au lunettes d'écaille qui rougit et parle trop fort quand il est perturbé) mais bon... je suis aujourd'hui d'humeur conciliante et je veux bien admettre que le roman de Frost n'a aucune valeur littéraire mais remplit juste une fonction précise, celui de faire croire à une lectrice de plus en plus désabusée que les belles histoires d'amour existent encore...

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Published by beux - dans Fantastique
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