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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 10:34

L08.jpgLe roman de Raspoutine

Vladimir Fédorovski

éditions Livre de Poche

 

Raspoutine... Si ce nom n'évoque rien pour vous si ce n'est la chanson d'Abba, il est urgent de vous pencher un peu sur l'histoire russe. Pas la peine ceci dit de l'aborder avec le livre dont nous allons parler aujourd'hui.

Le roman de Raspoutine, livre de Fédorovski, l'historien le plus prolifique en terme d'ouvrages plus ou moins bons, raconte l'histoire du conseiller des Romanov, Grigori Raspoutine, sans doute la figure la plus énigmatique du XXe siècle. Tout dans cet homme est étrange, depuis sa philosophie bien particulière (très croyant, il prônait néanmoins l'idée que, pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher) jusqu'à son assassinat : empoisonné, abattu par balles, il meurt finalement noyé après avoir prédit sa mort et celle du tsar et de sa famille.

Le parti pris de l'auteur est intéressant puisqu'il s'emploie à réhabiliter un personnage que l'histoire a diabolisé. En effet, connu pour ses frasques sexuelles, son influence pernicieuse auprès de la tsarine et ses pratiques mystiques dont on ne savait trop si elles étaient d'origine divine ou satanique, Raspoutine a été surnommé "le saint diable" et il est difficile encore aujourd'hui de se prononcer sur un homme aussi insaisissable qu'il l'était. Or, si Fédorovski ne dissimule pas les parts d'ombre du personnage, il semble cependant éprouver une certaine admiration pour le conseiller, rappelant son parcours atypique, celui d'un paysan quasi illettré qui, par son seul charisme, s'est hissé dans les faveurs des plus grands, un homme connu pour ses pouvoirs de guérison (il a ainsi "sauvé" à plusieurs reprises le tsarevich) et qui de son temps n'a jamais laissé indifférent. La mort même de Raspoutine est entrée dans la légende! Hélas pour l'auteur, le style de la "biographie" n'est pas à la hauteur du personnage. Il paraissait difficile de rendre ennuyeux un tel sujet, pourtant l'historien y arrive à ravir, multipliant les anecdotes sans intérêt, ressassant sans arrêt les mêmes histoires (la virilité impressionnante de Raspoutine, ses délires mystiques) au détriment de l'aspect plus politique du personnage. L'ouvrage souffre d'un mauvais découpage (chapitres trop courts ou trop longs, passages sans aucun rapport avec Raspoutine) et donne l'impression d'une histoire écrit à la va-vite par petites touches et sans aucune cohérence. Le style même est assez plat. De ce fait, le lecteur reste sur sa faim, avec le vague sentiment de s'être fait avoir. Pour en savoir un peu plus sur Raspoutine, peut-être vaut-il mieux aller chercher ailleurs...

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 19:59

L05.jpgL'ombre de l'autre femme

Dorothy Koomson

éditions France Loisirs

 

Une avant première France Loisirs. Je crois que tout est dit.

Bon, blague à part, ça parle de quoi l'ombre de l'autre femme? L'histoire est simple: Libby, jeune femme de trente-quatre ans tombe amoureuse de Jack, un séduisant mais énigmatique veuf, et l'épouse quelques mois à peine après leur première rencontre. Mais l'ombre de Eve, la première épouse, plane encore dans la maison et Libby a du mal à s'accommoder de cette présence invisible dont Jack est manifestement toujours fou amoureux. Le mystère s'épaissit davantage lorsque notre héroïne s'aperçoit qu'Eve est morte dans des circonstances mystérieuses. Mais, avant qu'elle ait pu creuser davantage, Libby est victime d'un terrible accident de la route....

ça a l'air bien comme ça, sorte de Rebecca moderne. Bah en fait L'ombre de l'autre femme n'est pas franchement palpitant. Je ne sais même pas si on peut le qualifier de roman policier. L'histoire est sympathique mais le style est brouillon. Quant à l'intrigue, elle part dans tous les sens (l'accident de Libby, le côté obscur de Jack, la personnalité mystérieuse de Eve) et du coup donne lieu à un mélange psychologico-policier-surnaturel qui n'aboutit à rien et que pour ma part j'ai trouvé plutôt indigeste. Le final est qui plus est plutôt décevant puisque, au lieu d'une confrontation flamboyante, nous avons un retournement de situation amené brutalement et sans aucune réelle logique. Bon après, c'est facile à lire, ça ne réclame aucune capacité intellectuelle supérieure et, à dire vrai, en lecture de hamac , ça passe merveilleusement bien. On veut malgré tout savoir comment ça se termine et, il faut le dire, le personnage de Eve est plutôt touchant. Pour le coup, voilà une bon roman de plage mais n'en attendez pas grand-chose d'autre...

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 11:43

L01.jpgDélivrance

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

 

L'inspecteur Carl Morck revient de vacances et il est de mauvais poil: son bureau est condamné par les services d'hygiène à cause de présence d'amiante, l'élue de son coeur, Mona la psychologue, est au fin fond de l'Afrique pour une mission humanitaire et, pour couronner le tout, ses assistants Rose et Assad sont toujours aussi insupportables. Comment voulez-vous travailler dans des conditions pareilles? C'est dans ce contexte que notre équipe se retrouve en possession d'une bouteille jetée à la mer il y a de nombreuses années. Dans cette bouteille, un SOS rendu illisible par le temps. De quoi et de qui s'agit-il? L'auteur du message est-il toujours vivant? Le défi est de taille et plus grand que Carl ne le pense car, dans l'ombre, un tueur en série agit toujours...

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé mon enquêteur scandinave préféré dans un troisième volume qui ne démérite en rien des premiers. Certes, la trame est toujours la même avec d'un côté l'inspecteur qui mène son investigation et, de l'autre, un tueur qui poursuit ses sombres desseins, la narration alternant essentiellement entre les deux, avec cependant quelques personnages secondaires qui apportent un véritable plus au récit. Cet épisode est également pour nous l'occasion d'en apprendre un peu plus sur la caractérielle Rose et de nous interroger encore davantage sur l'énigmatique Assad. Enfin, comme à son habitude, Adler-Olsen allège une histoire plutôt noire grâce à l'humour désabusé de son protagoniste principal, Carl. Son comportement désinvolte, sa fainéantise mais également son professionnalisme et sa gentillesse bourrue apportent une touche de fantaisie et font de Délivrance plus qu'un simple polar de plage. Ce qui ne m'empêche pas au demeurant de vous le recommander pour cet été...

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:33

L07.jpgOn ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps

Les derniers jours des grands hommes

Patrick Pelloux

éditions Robert Laffont

 

On ne se méfie jamais assez des meilleures ventes en librairie. De ces couvertures colorées ou non qui vous promettent des merveilles et des heures de lecture passionnantes, de ces ouvrages plébiscités par journalistes et citoyens lambdas. Je me suis pourtant fait avoir des centaines de fois...

Voici donc un livre sur l'agonie et la mort de personnalités célèbres: Lully, Louis XIV, Staline, Marie Curie, Henri IV... Oh chic! La mort est un sujet à la mode en ce moment en histoire, ne me demandez pas pourquoi. Il y a quelques temps c'était l'amour, ça tourne. C'est un peu glauque mais bon... Le souci c'est que je ne sais pas pour vous, mais moi la mort des personnages cités et les autres, je la connaissais depuis belle lurette: en primaire, la mort de Lully était citée pour nous mettre en garde contre les blessures infectées, la longue agonie de Staline était décrite de long en large par mes profs d'histoire et tout le monde sait que les restes de Marie Curie sont encore radioactifs... Voilà voilà. Peut-être ceci dit que l'auteur aborde le sujet sous un angle différent, fort de ses connaissances en histoire et... ah non, l'auteur le dit lui-même il n'est pas historien. Patrick Pelloux est médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo. Bien bien bien... Déjà, une question me brûle les lèvres: et gros, pourquoi tu fais un livre sur des personnages historiques si tu n'es pas historien?

Je décide de laisser néanmoins sa chance à l'auteur. Après tout, on m'a dit du bien de Histoires d'urgences, pourquoi ne pas tenter le coup... Alors allons-y gaiement! Je vous rassure ceci dit: Patrick Pelloux n'a beau avoir aucune légitimité en la matière, ça ne l'empêche pas d'avoir tout un tas d'avis sur l'histoire, sur la médecine de l'époque qui était nulle, sur le clergé qui était intolérant, sur l'aristocratie corrompue etc. Dans le même genre, ça m'a fait penser au Manuel d'inculture générale de Bernard de Koch. Pareil que Pelloux, ça ne gênait absolument pas l'auteur de juger littérature et histoire selon nos critères actuels: ainsi tous les auteurs de la Renaissance étaient anti-féministes, le livre La prise d'Orange était raciste... Super. Dites les gars, vous avez entendu parler de la notion de contexte historique? Il est fort probable qu'un jour on découvre qu'il est criminel de manger des animaux: je suis sûre que vous serez ravis d'être considérés comme des monstres et des imbéciles par des auteurs futurs aussi suffisants que vous. Mais passons. Passons aussi sur l'anticléricalisme primaire de Pelloux et le couplet habituel: les religions sont la cause de toutes les guerres et de toutes les souffrances, etc. En revanche, il y a une chose sur laquelle je ne peux pas passer: le style. Il faut dire ce qu'il est, l'auteur écrit comme un pied: en souhaitant jouer la provocation, Pelloux est simplement vulgaire; il multiplie les points d'exclamation (mes plus grands ennemis en littérature) pour donner plus de force à des propos sans intérêt, s'égare dans des considérations sans aucun rapport avec la choucroute et, surtout, il se répète. On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps est de toute évidence une compilation d'articles parues dans Charlie Hebdo et n'a manifestement pas été retravaillé ce qui fait que les histoires se ressemblent toutes, le style est plat... Sous forme de chroniques je pense que ça peut passer; en livre c'est une catastrophe. C'est dommage car pour le coup, une ou deux histoires ne sont pas trop mauvaises:  Saturnin le canard  par exemple est vraiment un récit intéressant mais peut-être est-ce justement parce que pour une fois l'auteur se penche sur un thème méconnu, celui de l'agonie des animaux de la télé...

Donc résumons: pas d'intérêt au niveau du contenu, beaucoup de mauvaise foi, un style brouilon... Pourquoi diable ce livre se vend-il aussi bien? Allons donc faire un tour au niveau des meilleures ventes voulez-vous? Inferno, le dernier Dan Brown, caracole en tête suivi par les derniers Lévy et Musso et l'éternel 50 nuances de Grey. Je ne sais pas pour vous mais moi je crois que j'ai ma réponse....

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:13

L01.jpgJe crève la forme

A.J. Jacobs

éditions Jacqueline Chambon

 

Après avoir vécu un an selon les préceptes de la Bible et testé différents concepts comme la vérité absolue (dire la vérité tout le temps en toutes circonstances) ou la sous-traitance au quotidien (ou comment sous-traiter les querelles avec sa femme) notre journaliste préféré A.J Jacobs se lance dans un nouveau défi. Obnubilé par sa santé et par la triste conscience de sa mortalité, il décide de tester et d'appliquer toutes les méthodes possibles et inimaginables pour devenir l'homme le plus sain de la Terre... Il se lance dans le sport, la diététique, compare les différents régimes que ce soit le protéiné ou le crudivore, teste graines et jus, fait l'examen de la moindre parcelle de son anatomie, de ses pieds à ses oreilles en passant par ses testicules, va courir pieds nus dans le parc pour retrouver ses réflexes d'homme des cavernes ou, au contraire, fait la guerre au moindre microbe qui traîne, entraîne son cerveau, éveille son odorat...

Je l'aime bien Jacobs. N'importe quel auteur aurait pris prétexte de ce livre pour se moquer des différentes méthodes abordées; mais notre petit journaliste, tout comme pour ses précédents ouvrages, applique tout ce qu'il fait avec la meilleure foi du monde. S'il tire ses propres conclusions, il ne se permet aucun jugement de valeur. Je crève la forme est de fait un livre qui n'est jamais méchant ou suffisant. Loin de se placer en gourou de la diététique, Jacobs reconnaît son humble ignorance en la matière et ne s'épargne pas tout au long de son expérience (étalée sur plus de deux ans), ce qui ne l'empêche pas d'émettre ça et là des remarques désopilantes qui rendent vraiment le livre très drôle: ah cette scène ou sa tante Marti, chasseuse de toxines, vient inspecter son intérieur, ah ce moment où l'auteur décide de remplacer ses toilettes favorisant les hémorroïdes par des toilettes où il faut s'accroupir au-dessus de la cuvette (meilleur pour la santé a priori) Casques anti-bruits, testeur de sommeil, jus, tapis roulant pour marcher tout en tapant à l'ordinateur... autant de gadgets que Jacobs a expérimenté. Et, si sa conclusion reste mitigée (est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine au fond et une vie sans chocolat vaut-elle la peine d'être vécue?) il tire néanmoins de ces deux ans quelques enseignements utiles et nous livre une réflexion à la fois drôle et mélancolique sur notre destinée de mortel...

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:48

L02.jpgLes affinités électives

Goethe

éditions Folio

 

Edouard aime Charlotte, Charlotte aime Edouard. Ils se sont désirés pendant longtemps mais ont dû chacun endurer un premier mariage avant de pouvoir enfin convoler ensemble. Maintenant, ils sont riches et heureux et, installés, n'ont qu'un projet, celui de réaménager au mieux leur vaste propriété: jardins, résidence secondaire... Deux lettres arrivent et le couple décide de bousculer ses habitudes en accueillant chez eux l'ami d'Edouard, un capitaine, et la nièce de Charlotte, Odile. Et l'impensable se produit: tandis que Charlotte et le capitaine tombent amoureux, Edouard et Odile sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre...

Les affinités électives c'est la vision de l'amour sous un angle chimique: soit deux éléments A+B (Charlotte + Edouard) qui se dissocient pour s'allier à deux éléments C et D (le capitaine et Odile) avec qui ils ont plus d'affinités. Morale et préjugés sont laissés de côté: pourquoi s'entêter à lutter contre la nature? Pourtant, c'est la morale et la société qui, au final, compliquent la destinée des personnages et les condamnent au malheur: amis trop zélés, éclésiastique puritain, tous ceux qui s'opposent à une double passion qui, au fond, ne nuit à personne... Goethe décrit ici l'amour de façon clinique, froide. On est bien loin des soupirs du jeune Wherter dans le roman éponyme. La passion dans Les affinités électives a quelque chose d'iréel: les déclarations sont rares, les sentiments survolés, les personnages esquissés... Goethe est devenu vieux et son regard sur l'amour a changé.

Je n'ai pas plus accroché que ça au roman, essentiellement à cause de ce style par trop contrôlé et de cette passion disséquée par l'oeil impitoyable de l'auteur. J'ai eu également beaucoup de mal avec les allusions à la franc-maçonnerie, Goethe étant adepte d'un mouvement qui, pour moi, ne présente strictement aucun intérêt. Cependant, je reconnais au texte certaines scènes d'une grande intensité: la nuit qu'Edouard et Charlotte passent dans les bras l'un de l'autre en songeant au capitaine et à Odile, double adultère moral qui donne un enfant avec les traits de l'un et les yeux de l'autre, la noyade du bébé, les derniers jours d'Odile... autant de passages où la retenue dans l'écriture ne donne que plus de relief au tragique... Mais, soulignons surtout le propos audacieux de Goethe dans Les affinités électives qui fait de l'amour une combinaison chimique contre laquelle ni le mariage ni la morale ne peuvent lutter et qui, même encore aujourd'hui,  peut susciter le débat...

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 19:05

L01.jpgLes trois grosses dames d'Antibes et vingt-neuf autres nouvelles

Somerset Maugham

éditions Robert Laffont

 

On revient à un peu de littérature, même si c'est pas franchement de la littérature toute fraîche, avec Maugham, un auteur qui a surtout été publié dans la première partie du 20e siècle. Les trois grosses dames d'Antibes est un recueil de nouvelles inspirées la plupart du temps par l'expérience et les voyages de l'écrivain. Maugham, d'origine britannique, a été en effet un grand baroudeur qui a visité une bonne partie du globe et a tiré parti de toutes ses rencontres. Volontiers cynique, il met en scène des personnages peu recommandables et des situations qui n'ont rien d'extraordinaires mais qui suscitent volontiers le rire. Ainsi, dans la nouvelle Les trois grosses dames d'Antibes, il raconte l'histoire de trois amies d'âge mûr au régime qui se retrouvent contraintes de partager une villégiature avec une femme qui, elle, mange comme quatre....

Gourmandise, envie, paresse, luxure, autant de péchés qui se retrouvent dans la plupart des histoires  que Maugham s'amuse à décliner. L'auteur prend ici clairement parti pour les "fauteurs": l'homme qui renonce à ses ambitions pour un métier modeste et une vie confortable dans les îles, la jeune fille qui met le grappin sur un homme riche et décide d'en tirer parti, la prostituée qui pousse au suicide un missionnaire par trop zélé, le jeune garçon qui transgresse tous les interdits dictés par son père... Tous ces personnages, malins et retors, suscitent le rire. A l'inverse, Maugham condamne assez sévérement les autres, les gens convenables: par exemple, dans la nouvelle le tribunal, il met en scène un trio condamné aux flammes éternelles par le Tout-Puissant lui-même. Les trois personnages ont été exemplaires pourtant: le mari, amoureux d'une autre, n'a pas voulu quitter sa femme pour ne pas la faire souffrir, la femme a fermé les yeux sur les sentiments de son époux, l'autre femme a admiré le courage des deux et s'est résignée à son amour sans espoir. Aigris, amers, ils sont passés à côté de leur vie et sont  sévérement punis. Ainsi, si l'auteur semble poser sur ses contemporains un regard amusé mais bienveillant, il fustige sans appel les donneurs de leçons comme le missionnaire intégriste de Pluie ou le mari piqué d'honneur dans Un point d'honneur. Cette légéreté dans les propos se reflète également dans le style: l'écriture est alerte et amusante, le ton concis. Bien entendu, toutes les histoires sont de qualité inégale, et beaucoup semblent se répéter tant elles semblent similaires dans leurs propos. Cela reste cependant un ouvrage agréable à lire et curieusement optimiste puisqu'il ne met en scène ni héros ni vrais méchants, juste des gens plus ou moins originaux, plus ou moins imparfaits et à qui nous nous attachons de fait assez facilement...

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 12:01

L02.jpgDRH le livre noir

Jean-François Amadieu

éditions Seuil

 

Oui, je sais, on ne parle plus tellement de romans ces temps-ci mais, patience, nous allons y revenir. De temps en temps hélas il faut revenir au principe réalité y compris dans les écrits. Aussi, aujourd'hui, nous allons parler du dernier ouvrage de Jean-François Amadieu, DRH le livre noir. L'auteur, professeur et spécialiste de gestion des ressources humaines, se penche sur toutes les dérives des RH, depuis l'embauche jusqu'au licenciement en passant par le harcèlement en entreprise et les écarts de salaires... Pour Amadieu, il est urgent de revenir à une égalité des chances, en privilégiant par exemple le CV anonyme, en bannissant des pratiques hautement fantaisistes comme la graphologie et en redonnant aux DRH des pistes de réflexion sérieuses...

La bonne nouvelle, c'est que l'auteur ne nous fait pas le couplet traditionnel de la discrimination homme/femme ou celle liée à la religion. Il s'y intéresse certes mais pour lui, ces discrimations ne sont que la partie émergée de l'iceberg: si tout le monde prône aujourd'hui une politique de diversité, avec la sacro-sainte politique des quotas, Amadieu rappelle qu'il existe bien d'autres formes de discriminations tout aussi pénalisantes: le fait d'être syndiqué, la catégorie sociale, l'apparence physique ou encore le fait d'avoir ou non une politique de réseaux (famille, franc-maçonnerie, etc.). De la même manière, Amadieu met en garde contre la discrimination positive en rappelant qu'il s'agit également d'une forme de discrimination. Pour lui, il devient surtout urgent de rétablir une égalité des chances. Enfin il s'attaque au "coaching", nouvelle tendance à la mode qui, pour lui, jongle la plupart du temps avec des pratiques fantaisistes et sans intérêt.

Notre professeur qui met en garde contre "le monde des Bisounours" en parlant de la politique de diversité est parfois également un peu naïf: en effet, vouloir limiter les effets des réseaux sociaux ou familiaux sur la carrière d'un employé ou d'un cadre me semble une entreprise vouée à l'échec, même si la proposition de CV anonymes paraît une bonne idée. Ceci dit, je trouve sa démarche courageuse et, surtout, à contre-courant des idées actuelles sur les discriminations. J'avoue aussi avoir beaucoup ri (un peu jaune quand même) lorsqu'Amadieu s'en prend à des pratiques qui existent dans le monde du travail: graphologie mais surtout astrologie (vous saurez désormais que vous pouvez être rrefusé pour un poste parce que vous n'avez pas le bon thème astral) ou encore cartomancie (le tarot a dit que vous seriez un mauvais salarié: auriez-vous le culot de prétendre le contraire?). La charge contre le coaching est également salutaire: avoir un coach ou en être un soi-même est devenu une pratique à la mode et Amadieu ne se cache pas pour dire tout le mal qu'il en pense... Entre charge virulente et réflexion plus large sur la discrimination, DRH le livre noir est un ouvrage intelligent, accessible aussi bien aux professionnels qu'aux néophytes...

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 19:17

L01.jpgOn/Off

Ollivier Pourriol

éditions NiL

 

Je pense peut-être être l'une des rares personnes à ne connaître Pourriol que par ses livres; j'ignorais en effet qu'il avait été chroniqueur au "Grand Journal" sur Canal Plus durant la saison 2011-2012. C'est cette expérience télévisuelle qu'il raconte dans On/Off, livre qui se présente uniquement sous la forme de dialogues et qui, mois après mois, retrace le parcours du philosophe romancier, depuis son premier jour catastrophique jusqu'à son éviction pure et simple du programme. Un véritable parcours du combattant qui rend compte d'un univers  particulièrement difficile: il faut jouer des coudes pour se faire une place mais pas trop pour ne pas s'attirer les foudres des autres, être intelligent mais pas trop pour ne pas ennuyer le public, se débrouiller pour ne pas se faire couper au montage quitte à tricher un peu, parler de culture mais pas de livres...Tout un code que Pourriol ne maîtrise pas et qui le conduit à sa perte...

Oui certes, je suis sans doute un peu de parti pris, car je n'aime pas du tout "Le Grand Journal" et l'esprit Canal en général et j'avoue que j'ai pris un plaisir mesquin à voir quelqu'un s'y attaquer. Ce qu'Ollivier Pourriol fait assez intelligemment d'ailleurs; il choisit la forme des dialogues, ce qui donne au récit un aspect clinique, purement descriptif et ne le rend que plus accablant. L'auteur a également l'intelligence de ne pas s'épargner dans son histoire: il avoue humblement un salaire mirobolant pour un rôle de potiche et son incapacité à se fondre dans la jungle télévisuelle. Il y a souvent des scènes assez drôles et plutôt cyniques dans le livre: des chroniqueurs qui avouent gaiement qu'ils ne lisent pas les livres qu'ils sont supposés chroniquer, un héros qui se fait systématiquement couper au montage si bien que personne ne comprend trop ce qu'il fait là y compris lui-même, des producteurs et des rédacteurs qui veulent de la culture mais pas trop... Au-delà de cette attaque féroce, Ollivier Pourriol nous livre une réflexion plus générale sur le monde de la télévision et sur ses coulisses et démontre à son lecteur que ce que nous voyons à l'écran n'est qu'une toute petite partie de la réalité. Une réalité déformée, tronquée, modulée au gré des envies et des fantaisies de ceux qui gèrent l'émission. Bref, On/Off est un ouvrage plaisant, bien mené, et démontre que si son auteur n'est peut-être pas un homme de télévision, il est indiscutablement un écrivain...

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 17:04

L02.jpgComment savoir si votre chat cherche à vous tuer

Oatmeal

éditions 12bis

 

Aujourd'hui je vais me faire des ennemis. Aujourd'hui en effet, nous allons déroger à l'une des règles que se devrait d'avoir tout blog et nous allons parler... de chats.

Bon rassurez-vous nous allons tout de même parler d'un livre mais d'un livre qui parle de chats. Il s'agit plus précisément d'un recueil de bandes dessinées, de quizz et d'histoires autour de ce félin aussi attachant qu'irritant. Le recueil est issu d'un site américain, theoatmeal.com que je ne connaissais pas pour ma part jusqu'ici mais qui bénéficie d'un certain succès puisqu'il accueille environ quatre millions de visiteurs par mois. Qu'on se le dise!

Dans Comment savoir si votre chat cherche à vous tuer, nous apprenons ainsi si réellement notre animal de compagnie souhaite notre mort mais aussi pourquoi il vaut mieux avoir un chat chez soi qu'un bébé, comment un chat peut lutter contre Internet, ce qui se passerait si les places étaient inversées entre l'animal et son maître... Nous suivons aussi à la semaine les aventures des "Jacky Chat", deux chats qui travaillent dans un bureau...

Comme tout recueil, il y a du bon et du moins bon dans cet ouvrage. Je suis assez fan pour ma part du dessin plutôt basique mais terriblement efficace. Les histoires ne sont pas toutes très drôles mais dans l'ensemble, j'ai bien ri en parcourant des planches volontairement absurdes et des images évocatrices pour tout propriétaire de chat. Ne cherchez pas à vous instruire ou à réfléchir avec ça; à défaut de comprendre votre boule de fourrure favorite, vous pourrez au moins vous en moquer... et vous moquer de vous-même par la même occasion.

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