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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 12:01

L02.jpgDRH le livre noir

Jean-François Amadieu

éditions Seuil

 

Oui, je sais, on ne parle plus tellement de romans ces temps-ci mais, patience, nous allons y revenir. De temps en temps hélas il faut revenir au principe réalité y compris dans les écrits. Aussi, aujourd'hui, nous allons parler du dernier ouvrage de Jean-François Amadieu, DRH le livre noir. L'auteur, professeur et spécialiste de gestion des ressources humaines, se penche sur toutes les dérives des RH, depuis l'embauche jusqu'au licenciement en passant par le harcèlement en entreprise et les écarts de salaires... Pour Amadieu, il est urgent de revenir à une égalité des chances, en privilégiant par exemple le CV anonyme, en bannissant des pratiques hautement fantaisistes comme la graphologie et en redonnant aux DRH des pistes de réflexion sérieuses...

La bonne nouvelle, c'est que l'auteur ne nous fait pas le couplet traditionnel de la discrimination homme/femme ou celle liée à la religion. Il s'y intéresse certes mais pour lui, ces discrimations ne sont que la partie émergée de l'iceberg: si tout le monde prône aujourd'hui une politique de diversité, avec la sacro-sainte politique des quotas, Amadieu rappelle qu'il existe bien d'autres formes de discriminations tout aussi pénalisantes: le fait d'être syndiqué, la catégorie sociale, l'apparence physique ou encore le fait d'avoir ou non une politique de réseaux (famille, franc-maçonnerie, etc.). De la même manière, Amadieu met en garde contre la discrimination positive en rappelant qu'il s'agit également d'une forme de discrimination. Pour lui, il devient surtout urgent de rétablir une égalité des chances. Enfin il s'attaque au "coaching", nouvelle tendance à la mode qui, pour lui, jongle la plupart du temps avec des pratiques fantaisistes et sans intérêt.

Notre professeur qui met en garde contre "le monde des Bisounours" en parlant de la politique de diversité est parfois également un peu naïf: en effet, vouloir limiter les effets des réseaux sociaux ou familiaux sur la carrière d'un employé ou d'un cadre me semble une entreprise vouée à l'échec, même si la proposition de CV anonymes paraît une bonne idée. Ceci dit, je trouve sa démarche courageuse et, surtout, à contre-courant des idées actuelles sur les discriminations. J'avoue aussi avoir beaucoup ri (un peu jaune quand même) lorsqu'Amadieu s'en prend à des pratiques qui existent dans le monde du travail: graphologie mais surtout astrologie (vous saurez désormais que vous pouvez être rrefusé pour un poste parce que vous n'avez pas le bon thème astral) ou encore cartomancie (le tarot a dit que vous seriez un mauvais salarié: auriez-vous le culot de prétendre le contraire?). La charge contre le coaching est également salutaire: avoir un coach ou en être un soi-même est devenu une pratique à la mode et Amadieu ne se cache pas pour dire tout le mal qu'il en pense... Entre charge virulente et réflexion plus large sur la discrimination, DRH le livre noir est un ouvrage intelligent, accessible aussi bien aux professionnels qu'aux néophytes...

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 19:17

L01.jpgOn/Off

Ollivier Pourriol

éditions NiL

 

Je pense peut-être être l'une des rares personnes à ne connaître Pourriol que par ses livres; j'ignorais en effet qu'il avait été chroniqueur au "Grand Journal" sur Canal Plus durant la saison 2011-2012. C'est cette expérience télévisuelle qu'il raconte dans On/Off, livre qui se présente uniquement sous la forme de dialogues et qui, mois après mois, retrace le parcours du philosophe romancier, depuis son premier jour catastrophique jusqu'à son éviction pure et simple du programme. Un véritable parcours du combattant qui rend compte d'un univers  particulièrement difficile: il faut jouer des coudes pour se faire une place mais pas trop pour ne pas s'attirer les foudres des autres, être intelligent mais pas trop pour ne pas ennuyer le public, se débrouiller pour ne pas se faire couper au montage quitte à tricher un peu, parler de culture mais pas de livres...Tout un code que Pourriol ne maîtrise pas et qui le conduit à sa perte...

Oui certes, je suis sans doute un peu de parti pris, car je n'aime pas du tout "Le Grand Journal" et l'esprit Canal en général et j'avoue que j'ai pris un plaisir mesquin à voir quelqu'un s'y attaquer. Ce qu'Ollivier Pourriol fait assez intelligemment d'ailleurs; il choisit la forme des dialogues, ce qui donne au récit un aspect clinique, purement descriptif et ne le rend que plus accablant. L'auteur a également l'intelligence de ne pas s'épargner dans son histoire: il avoue humblement un salaire mirobolant pour un rôle de potiche et son incapacité à se fondre dans la jungle télévisuelle. Il y a souvent des scènes assez drôles et plutôt cyniques dans le livre: des chroniqueurs qui avouent gaiement qu'ils ne lisent pas les livres qu'ils sont supposés chroniquer, un héros qui se fait systématiquement couper au montage si bien que personne ne comprend trop ce qu'il fait là y compris lui-même, des producteurs et des rédacteurs qui veulent de la culture mais pas trop... Au-delà de cette attaque féroce, Ollivier Pourriol nous livre une réflexion plus générale sur le monde de la télévision et sur ses coulisses et démontre à son lecteur que ce que nous voyons à l'écran n'est qu'une toute petite partie de la réalité. Une réalité déformée, tronquée, modulée au gré des envies et des fantaisies de ceux qui gèrent l'émission. Bref, On/Off est un ouvrage plaisant, bien mené, et démontre que si son auteur n'est peut-être pas un homme de télévision, il est indiscutablement un écrivain...

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 17:04

L02.jpgComment savoir si votre chat cherche à vous tuer

Oatmeal

éditions 12bis

 

Aujourd'hui je vais me faire des ennemis. Aujourd'hui en effet, nous allons déroger à l'une des règles que se devrait d'avoir tout blog et nous allons parler... de chats.

Bon rassurez-vous nous allons tout de même parler d'un livre mais d'un livre qui parle de chats. Il s'agit plus précisément d'un recueil de bandes dessinées, de quizz et d'histoires autour de ce félin aussi attachant qu'irritant. Le recueil est issu d'un site américain, theoatmeal.com que je ne connaissais pas pour ma part jusqu'ici mais qui bénéficie d'un certain succès puisqu'il accueille environ quatre millions de visiteurs par mois. Qu'on se le dise!

Dans Comment savoir si votre chat cherche à vous tuer, nous apprenons ainsi si réellement notre animal de compagnie souhaite notre mort mais aussi pourquoi il vaut mieux avoir un chat chez soi qu'un bébé, comment un chat peut lutter contre Internet, ce qui se passerait si les places étaient inversées entre l'animal et son maître... Nous suivons aussi à la semaine les aventures des "Jacky Chat", deux chats qui travaillent dans un bureau...

Comme tout recueil, il y a du bon et du moins bon dans cet ouvrage. Je suis assez fan pour ma part du dessin plutôt basique mais terriblement efficace. Les histoires ne sont pas toutes très drôles mais dans l'ensemble, j'ai bien ri en parcourant des planches volontairement absurdes et des images évocatrices pour tout propriétaire de chat. Ne cherchez pas à vous instruire ou à réfléchir avec ça; à défaut de comprendre votre boule de fourrure favorite, vous pourrez au moins vous en moquer... et vous moquer de vous-même par la même occasion.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:02

L04.jpgCorinne ou l'Italie

Madame de Staël

éditions Gallimard

 

Corinne est belle et intelligente. Elle chante, danse, peint, a de l'esprit et de l'humour. Elle semble italienne mais parle anglais sans accent, et ses origines sont plus que mystérieuses. Oswald lord Nelvil fait sa connaissance à Rome dans un cadre enchanteur et tombe immédiatement amoureux d'elle. Mais Oswald est un écossais froid et conventionnel, un homme de devoir terrorisé à l'idée de faire un faux pas et de décevoir les attentes d'un père mort depuis peu. La fraîcheur, l'exubérance et le goût de la société de Corinne s'accommode mal dans son esprit avec l'image de la femme anglaise parfaite, en retrait, les yeux baissés et vivant dans l'ombre de son mari. Pourtant le couple se forme; Corinne se prend à son tour de passion pour Oswald et lui fait visiter l'Italie. Les amants coulent des jours heureux mais l'ombre du passé de la jeune femme et le retour prévu d'Oswald pour l'Ecosse vient bientôt mettre un terme à cette lune de miel... En effet, Oswald sait bien que la société anglaise condamnerait une femme comme Corinne et ne sait quel parti adopter.

"C'est un avis solennel qu'une femme résignée donne aux femmes qui luttent encore contre le destin." Corinne, qui n'est pas sans rappeler sa propre créatrice, Madame de Staël, est une femme trop moderne, trop indépendante pour espérer une fin heureuse; dès le début, l'auteur multiplie les signes qui montrent que son histoire d'amour est voué à l'échec; un cercueil qui passe, le bruit du canon annonçant l'entrée au couvent d'une nouvelle religieuse, le sens poussé du devoir d'Oswald... Dans le roman, les hommes n'ont guère le beau rôle: il est difficile d'éprouver beaucoup de sympathie pour lord Nelvil qui préfère la raison au sentiment. Quant à son ami, le seul français du roman, le comte d'Erfeuil, il apparaît comme un fat imbut de sa personne qui met sa patrie au-dessus de tout et méprise le reste du monde. A l'inverse, les portraits féminins sont beaucoup plus touchants, que ce soit Corinne ou même Lucille, l'anglaise idéale qui, sous ses dehors réservés, éprouve également passion et jalousie.

L'écriture de Madame de Staël est dense, parfois indigeste, en particulier lorsqu'elle multiplie les descriptions de paysages ou de monuments. Tout est dans l'exaltation et dans la démesure lorsqu'elle évoque l'Italie et ses habitants qu'elle oppose  à une Angleterre plus structurée, plus sage, peut-être plus profonde mais tellement plus triste.... Une petite parenthèse pour souligner que le travail éditorial est ici un peu une catastrophe: il y a des coquilles et des fautes presque à chaque page, ce qui n'est pas sans choquer et gâche quelque peu le plaisir de la lecture. Néanmoins, malgré sa complexité, son épaisseur, sa surrenchère dans le style et l'expression des sentiments, Corinne ou l'Italie reste un ouvrage très beau, très triste surtout, qui met en scène une histoire d'amour vouée à l'échec avec son lot de promesses, de bonheur, d'hésitations, de trahisons, de sacrifices et de remords... Il y a un net désenchantement  dans ce récit très largement inspiré d'une expérience personnelle et qui nous montre, si preuve en était, qu'il ne faisait pas forcément bon être une femme trop brillante au XIXème siècle...

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:49

L02.jpgPest t.1

Le défosseur

Bouillez/ Corbeyran

éditions Delcourt

 

Spleen City était une petite ville paisible bordée par les marais. Mais un jour, une terrible tempête s'est abattue sur la cité, tuant un grand nombre de personnes sur son passage. Quelques semaines plus tard, une épidémie mystérieuse a décimé une grande partie des survivants. Dix ans se sont écoulés, la maladie nommée Pest sévit encore et les malades sont parqués dans des fosses aux conditions sanitaires épouvantables. Les autorités religieuses et politiques s'emploient à trouver un remède à ce qu'ils estiment être un châtiment divin. Abélard Tournemine, jeune employé travaille à la station d'épuration d'eau: un jour, il découvre que la pollution du marais a fortement diminué. Une découverte a priori anodine et qui pourtant va faire de lui l'homme à abattre. De toute évidence, un secret entoure la pest et les hauts responsables ne semblent pas pressés de révéler que les habitants peuvent quitter la ville... A moins que?

Encore un style de dessin très particulier: des personnages avec des proportions bizarres, des hommes-machines tentaculaires, des appareils sophistiqués, une ville surréaliste... c'est un monde étrange que ce monde mis en scène par les deux auteurs avec un univers qui n'est pas sans me faire songer à celui Tim Burton. L'imaginaire est plus qu'original et l'histoire bien sympathique. J'ai beaucoup apprécié le personnage d'Abélard Tournemine, naïf, innocent ainsi que celui d'Héloise, la femme d'un scientifique corrompu, épouse adultère et qui l'assume. La dimension inquiétante du récit (une maladie mortelle, des décors menaçant) est désamorcée par un humour discret et des situations absurdes. Ce que je reprocherais surtout à Pest, c'est l'action un peu décousue et un rythme assez lent dû essentiellement à l'alternance des points de vue entre les personnages. Mais bon, cela ne m'empêchera pas d'aller voir comment tout cela se finit dans le second tome...

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 12:35

L03.jpgIsabellae

t.1 L'homme nuit

Gabor/ Raule

éditions Lombard

 

 

Japon 1192. Isabellae, une jeune femme à la chevelure flamboyante fait route en solitaire sur son cheval, escortée du fantôme de son père tué sept ans auparavant. Pour gagner sa vie, elle propose ses services aux villageois et les débarrassent des brigands grâce à son talent pour le combat au sabre. Mais Isabellae a un seul objectif qui n'est pas celui d'une justicière: elle cherche avant tout à retrouver sa soeur Siuko qui a disparu, tâche d'autant plus délicate que Siuko est partie en la maudissant... La quête s'annonce difficile mais Isabellae va croiser sur son chemin des compagnons d'une aide précieuse.

Pour une fois, j'ai été séduite par le dessin, très sombre, très violent, avec des personnages hauts en couleur et un style qui est loin d'être monotone. L'histoire pour le coup m'emballe moins: une jeune femme très belle et très douée, un acolyte à qui on pressent que l'héroïne va succomber tôt ou tard, une quête qui peut s'étirer en longueur.... L'idée du père décédé qui accompagne sa fille est pour le coup une bonne idée et donne d'emblée à la bande dessinée une touche fantastique qui se confirme par la suite: une mère sorcière, une étrange créature ailée, un moine médium... C'est ceci dit un petit peu longuet: il y a beaucoup de combats sanguinolents, beaucoup de parlotte. Heureusement, le récit est interrompu par des flash-back du passé de l'héroïne qui casse un peu ce road-movie au demeurant sympathique mais guère enthousiasmant. A voir ce que cela donne par la suite...

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 19:43

L02.jpgApprivoiser sa culpabilité

Catherine Aimelet-Périssol

Aurore Aimelet

éditions Albin Michel

 

Nous nous sentons tous coupables à un moment ou à un autre de notre existence et, paradoxalement, ce n'est pas de notre faute: la société, notre éducation, nos ressentis, nos expériences, tout nous pousse à être ainsi. Faut-il, comme nous y incitent tous les gourous du développement personnel, cesser de culpabiliser? Non, répondent les auteurs de l'ouvrage Apprivoiser sa culpabilité, Catherine Aimelet-Périssol et Aurore Aimelet, respectivement mère et fille. Le sentiment de culpabilité n'a pas à être réprimé: tout comme n'importe quel sentiment, il s'agit simplement de l'apprivoiser et de faire en sorte qu'il ne devienne pas pathologique car c'est alors qu'il gâche notre vie.

Vous l'avez compris, on sort du cadre du roman aujourd'hui. Apprivoiser sa culpabilité n'a rien non plus d'un ouvrage de psychologie de comptoir qui s'emploie à déresponsabiliser l'individu en lui intimant de ne pas culpabiliser. Pour les auteurs, la culpabilité n'est pas une mauvaise chose en soi: par cette émotion, l'être s'affirme puisque, confronté à une situation inconfortable voire même insoluble (une mère sommée de choisir entre la fête de l'école de sa fille ou une réunion importante, un homme qui quitte sa femme pour une autre, un enfant confronté au divorce de ses parents..., quelques exemples parmi d'autres cités dans le livre) il affronte cette situation par un sentiment qui va lui permettre par la suite d'agir face au problème (fuite, justification...) et de se replacer en tant que sujet. La culpabilité en soi n'a donc rien de néfaste.

Voilà, voilà. Bon j'ignore si j'ai bien exprimé la pensée des deux auteurs (je suis bien meilleure lectrice de romans que de psychologie) mais en gros voici ce que j'ai retenu d'un ouvrage au demeurant plutôt intéressant et qui a le mérite d'aller à contre-courant de la pensée actuelle... La culpabilité nous expliquent les auteurs n'a pas à être réprimée. Tout comme la jalousie, l'amour, l'envie ou le dégoût, il s'agit seulement de l'assumer et, comme n'importe quelle émotion, de ne pas nous laisser dévorer...

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 18:42

L01.jpgJournal d'un dégonflé

Carnet de bord de Greg

Jeff Kinney

éditions Seuil

 

 

Greg est un collégien ordinaire, avec un grand frère fan de heavy metal et un petit frère pourri gâté. Sa mère, très soucieuse de son développement, lui a offert un cahier qu'il se refuse à considérer comme un journal intime (la honte pour lui) mais plutôt comme un carnet de bord. Greg note et dessine tout ce qu'il lui arrive: ses démêlés avec les plus grands, sa vie au collège avec son meilleur ami, Robert, un garçon gentil mais un peu limité...

J'avoue je suis fan. Il est rare qu'un roman pour les plus jeunes me fasse autant rire, mais c'est le cas ici. Les dessins sont sommaires, voire même plutôt moches, mais sont drôles (ah le petit frère à grandes dents assis sur son pot, ah la tête des "débiles" du collège...) Le texte est franchement léger et par endroits assez cynique, bien loin des bons sentiments dont peuvent raffoler certains auteurs de jeunesse... Greg, c'est une sorte de Titeuf un peu plus grand et un peu moins naïf, qui pose sur le monde un regard désabusé mais qui sait déjà en tirer parti. C'est un personnage attachant parce qu'au fond, comme presque tous les enfants, il n'a guère de scrupules: il laisse son meilleur ami se faire punir à sa place, il tente tout pour plaire aux filles, il cherche à devenir populaire par n'importe quel moyen... C'est spontané et frais. Qui plus est, Journal d'un dégonflé est un roman idéal pour les enfants qui n'aiment pas trop lire car il est abondamment illustré et se lit vraiment facilement. Bref, qu'attendez-vous pour retomber en enfance?

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:54

L02.jpgCorps

Fabienne Jacob

éditions Buchet Chastel

 

"Je n'aime pas les femmes comblées, tout le monde pense qu'elles sont heureuses elles ont tout pour l'être. Je ne le pense pas, elles ne sont pas heureuses j'aime mieux les femmes à qui il manque quelque chose celles qui désirent à celles qui possèdent. J'aime mieux celles qui continuent d'attendre qui continuent de palpiter."

Monika, la narratrice, travaille dans un institut de beauté. Ce qu'elle aime c'est parler avec ses clientes, découvrir l'histoire de ces corps féminins pudiques ou volubiles, jeunes ou vieux, résignée ou absents... Il y a la femme du boucher qui traîne son ennui dans la boutique de son mari jour après jour, il y a Adèle qui a été tondue à la Libération pour avoir couché avec un allemand, Alix dont le collègue est fou amoureux  de son odeur, Ludmilla qui refuse de vieillir... Autant de vies qui interpellent la narratrice et la renvoient à sa propre enfance dans une ferme.

Corps est, si j'ose dire, un ouvrage typiquement français: une narration à la première personne, des phrases claires, un style épuré, un goût affiché pour l'introspection...C'est assez lisse mais pas franchement désagréable. Il y a une certaine poésie dans tous ces corps de femmes mis à nu, toutes ces histoires qui tournent au fond autour de la même chose: le désir féminin, qu'il soit assouvi comme Adèle qui vit son histoire d'amour jusqu'au bout avec l'allemand quitte à en payer le prix, ou, au contraire, renié, comme la femme du boucher qui laisse tomber ses rêves de prince charmant pour se marier avec un homme qu'elle n'aime pas, poussée par son horloge biologique. L'originalité du roman tient dans le fait que la narratrice ne relègue pas le corps féminin à un corps maternel uniquement. Au contraire, Monika considère avec mépris ces femmes qui ne se croient accomplies que parce qu'elles ont enfanté: "Elles sont enfin quelqu'un maintenant qu'elles sont pleines, elles se croient supérieures à vous qui êtes vide comme une coque à vous qui vivez pour vous seule dans les jours et la vanité des jours. Elles allèguent leur protubérance comme un papier d'identité à croire qu'auparavant elles n'en avaient pas d'identité." Sans renier cette dimension, elle voit avant tout la mère à l'ombre de la femme, à l'instar de sa propre mère qui forme avant tout un couple avec son père. Cela change agréablement il faut le dire de tous les clichés sur la Mère toute puissante. Ainsi, sans être un chef-d'oeuvre, Corps est un roman agréable qui se lit rapidement et qui apporte au milieu d'une sensation de déjà-vu quelques idées intéressantes...

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:45

L01.jpgLe Guépard

Giuseppe Tomasi Di Lampedusa

éditions Points

 

 

Le prince de Salina est un aristocrate sicilien issu d'une noble lignée dont le blason est un guépard. Il mène une vie oisive entourée de nombreux enfants, d'une femme tour à tour hystérique et mollasse, et de maîtresses plus ou moins accommodantes. Sa passion c'est l'astronomie, une passion qui lui permet de trouver un dérivatif à son ennui. Mais nous sommes en 1860: les troupes de Garibaldi débarquent et la Sicile est sommée d'adhérer à une Italie désormais unifiée. Peu à peu, la noblesse est forcée de s'écarter devant une bourgeoisie naissante. Le prince, conscient de changements qu'il ne peut combattre, se résigne de bonne grâce à cette évolution, d'autant plus que son neveu Tancredi combat pour ce nouvel état de choses. Par amour pour ce même neveu, il consent même à le laisser épouser la fille d'un parvenu, Angelica, signant ainsi le déclin de sa famille et brisant le coeur de sa propre fille, Concetta, amoureuse elle aussi du jeune homme...

Tout comme dans l'homme qui savait la langue des serpents, nous assistons ici à la fin d'un monde vu de l'intérieur. Dans Le Guépard, le prince de Salina sait d'avance que son mode de vie est condamné mais ne fait rien pour y remédier, conscient que cela n'est pas de son pouvoir. Il y a toute la mélancolie du monde dans cet ouvrage aux descriptions foisonnantes, au style presque baroque et à l'écriture à la fois curieusement démodée et prenante. Le personnage de Salina, très grand physiquement dans le livre, écrase également de façon symbolique les autres personnages, y compris son neveu exalté, Tancredi qui, malgré un certain cynisme (il épouse Angelica certes un peu par amour mais surtout par opportunisme) reste assez transparent et ne prend vraiment consistance que lors de scènes campagnardes assez poétiques; le passage où Angelica et Tancredi explorent la villa délabrée est par exemple un très joli moment de littérature. L'auteur pour la première fois du roman (et sans doute la seule) laisse la vie et le désir prendre le pas sur la mort et la pourriture en montrant les fiancés s'embrassant dans des pièces poussièreuses et luttant contre leurs pulsions, comme poussés à l'amour par un passé enterré. Passés ces scènes, Tancredi n'est pas un personnage foncièrement intéressant et finalement, c'est la fille du Guépard, Concetta, personnage discret mais cinglant qui parvient à rivaliser avec son père, ce dont ce dernier se rend compte avec complaisance: "le plaisr éprouvé quand il s'était rendu compte que dans la beauté et dans le caractère de Concetta se perpétuait une vraie Salina". C'est d'ailleurs avec elle que s'achèvera l'ouvrage, quand cette dernière se rendra compte que l'ancien temps a disparu et qu'il ne sert à rien de le retenir...

Roman largement inspiré de sa propre histoire familiale, Le Guépard a également la particularité d'avoir été le seul roman de Tomasi Di Lampedusa et publié qui plus est à titre posthume. Souvent remanié, longtemps travaillé, il est à la fois assez drôle (certaines situations sont absurdes et les réparties cinglantes du Guépard sont pleine d'humour) et, je l'ai déjà dit profondément mélancolique. Plus que tout, c'est un roman très visuel qui nous présente une Sicile  dont, personnellement, je ne soupçonnais pas l'existence...

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