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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 19:47

L02.jpgNââândé!?

Eriko Nakamura

éditions NiL

 

Aujourd'hui nous allons parler d'un genre dont vous connaissez tous ma grande passion: le témoignage. Un genre un peu fourre-tout capable du bon mais surtout du pire. Je situerais le livre du jour, Nââândé, entre les deux extrêmes, dans une médiocrité plutôt sympathique.

Dans ce récit court, Eriko Nakamura, japonaise mariée à un français et qui vit depuis maintenant dix ans à Paris, raconte son expérience de la capitale et son choc lorsqu'elle découvre une culture radicalement différente de la sienne: métro, médecin, magasin, conception du couple ou de la famille, soirées et loisirs... Le contraste est violent et choque à de nombreuses reprises la malheureuse expatriée, d'où cette exclamation Nââândé!? qui revient couramment ponctuer le livre...

Le témoignage de Nakamura a fait sur moi plusieurs impressions contradictoires: par moments, il m'a agacée je dois le reconnaître car il égrène bon nombre de poncifs sur les parisiens; les retards, les vendeurs agressifs, les serveurs cavaliers, les grèves... Le tout bien sûr sur un ton qui suggère la supériorité des japonais dans certains domaines mais qui a tendance à faire hausser des épaules le français moins regardant (ainsi par exemple l'auteur est ulcérée car au restaurant, on lui donne l'addition alors qu'elle ne l'a pas demandée) qui trouve ces japonais bien chichiteurs. A d'autres moments, Nââândé m'a fait sourire, lorsque Nakamura fait l'expérience de situations totalement contraires à sa culture: chez le médecin,  elle découvre ainsi avec horreur qu'il lui faut se déshabiller devant un homme! Le tout sans l'aide d'une infirmière bien entendu. Elle découvre aussi une mentalité radicalement différente de la sienne et j'avoue avoir beaucoup ri devant son choc lors de soirées où tout le monde se querelle (les japonais ne s'invitent pas entre eux et choisissent avec soin leurs sujets de conversations pour ne choquer personne) ou en entrant pour la première fois dans une boucherie (les japonais mangent très peu de viande). Mais surtout, Nââândé m'a intéressée dans la mesure où il souligne les contrastes entre la culture japonaise et la culture française. Pour moi qui souhaitais en découvrir davantage sur les japonais, j'en ai eu un petit aperçu assez intéressant: leur pudeur, leur extrême réserve mais aussi leur conception assez "sèche" du mariage et de la famille, ainsi qu'un savoir-vivre tellement poussé à l'extrême qu'il exclut toute spontanéité. Sur le ton de l'humour, Nakamura nous apprend ainsi une ou deux choses intéressantes. Ce n'est pas le livre du siècle, loin s'en faut: les chapitres sont courts, le style basique et il m'a fallu à peine une heure pour le lire dans son intégralité. Ceci dit, cela reste un témoignage assez drôle et qui me poussera d'autant plus à être gentille avec mes prochains clients japonais, histoire de ne pas les traumatiser dans leur expérience de la France...

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 17:42

L03.jpgStrate-à-gemmes

Terry Pratchett

éditions Pocket

 

C'est un triste jour pour moi: aujourd'hui, je vais devoir dire (juste un peu promis) du mal de Pratchett. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, Terry Pratchett est une référence dans le domaine de la fantasy burlesque; il s'agit d'une fantasy déjantée, bourrée d'humour et qui joue avec les clichés du genre et le parodie parfois sans pour autant le dénigrer. Nous reparlerons d'ailleurs d'ici peu dans ce blog de la série qui l'a rendu célèbre, Les Annales du Disque-Monde. Mais, pour l'heure, nous allons parler d'un ouvrage qui n'a rien à voir avec ce cycle et encore moins avec de la fantasy: Strate-à-gemmes.

L'histoire se passe dans l'espace: Kin Arad, femme de plus d'une centaine d'années est spécialisée dans le design planétaire. Elle fait partie d'une entreprise qui crée des mondes et s'emploie à les rendre viables et crédibles avant de les peupler. L'objectif: éviter l'extinction de la race humaine comme cela a failli être le cas dans le passé. Kin, elle-même humaine, est une sommité dans son domaine et ne tolère guère les planètes inabouties ou les jeunes créateurs par trop facétieux. Aussi, quand un homme étrange vient lui parler d'un monde plat en forme de disque, peuplé de dragons, de vikings, de démons et de tapis volants, une planète qui défie les lois de la physique et du bon sens, notre héroïne ne peut résister à la curiosité d'en savoir plus. Escortée de deux  acolytes extraterrestres, elle se lance sur les traces de cette aberration de la nature...

Ecrit un peu avant la série des Disque-Monde , Strate-à-gemmes est ce que je qualifierais de science-fiction burlesque. Il y a des vaisseaux, de gros extraterrestes poilus, des gadgets rigolos... Les personnages sont assez sympathiques, l'intrigue de base est plutôt sympa mais comment vous dire? L'écriture ne prend pas, peut-être trop sage. On sent Pratchett peu à l'aise dans un registre trop technique, un univers qu'il ne semble pas forcément maîtriser. La seconde partie du roman est plus intéressante dans la mesure où elle se passe dans le fameux monde plat. Ce monde n'obéissant à aucune logique, l'imagination de l'auteur prend alors pleinement sa mesure et le style de Pratchett retrouve toute sa verve. Le livre est donc inégal, naviguant entre de la science-fiction classique et de la science-fiction de parodie dans un flou des plus inconfortables. L'humour présent dans le récit perd de sa vivacité et le lecteur, un peu perdu, perd par la même occasion son intérêt pour une histoire qui devient presque ennuyeuse. Lisez Pratchett, je vous encourage tous vivement. Mais mieux vaut ne pas commencer par celui-là...

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 14:59

L02.jpgLe Neveu de Rameau

Denis Diderot

éditions Livre de Poche

 

Oui, pas la peine de chipoter: non effectivement, Diderot ne fait pas partie des auteurs du 19ème siècle et la logique voudrait qu'on n'en parle plus. Mais Le neveu de Rameau est un texte publié de façon posthume et, à ce titre, les 1001 livres le classe dans les oeuvres incontournables de cette époque. Donc, parlons-en.

La scène se passe dans un café parisien, fréquenté essentiellement par des joueurs d'échecs. Le narrateur, un "moi" derrière lequel se cache l'auteur, s'entretient avec le neveu de Rameau, le célèbre musicien. "Lui", le neveu, n'a rien d'un être de génie, se définissant lui-même comme un médiocre, mais son intelligence n'a d'égal que sa moralité des plus douteuses. Rameau est un vaurien sans scrupules qui ne croit guère qu'au pouvoir de l'argent et qui considère les hommes avec cynisme, les voyant comme des marionnettes soumises au bon vouloir d'hommes plus puissants. "Moi", le philosophe désapprouve sa conduite légère. Le dialogue est moins un échange qu'une passe d'armes entre deux personnages et l'occasion pour Diderot de mettre à face-à-face deux conceptions opposées du libertinage, tout en égratignant quelques-uns de ses contemporains au passage. C'est aussi l'occasion pour l'auteur d'exprimer sa pensée sur la musique, seul sujet sur lequel "lui" et "moi" sont en harmonie...

J'avais déjà lu Le neveu de Rameau dans le cadre de mes études et j'en ai déjà fait des dissertations et des analyses de texte aussi, vous ne m'en voudrez pas si je fais court aujourd'hui. Rien à dire, le style de Diderot est brillant, le ton est féroce et le dialogue ponctué par la pantomime constant du neveu est un régal littéraire. Les sujets abordés sont des brûlots pour l'époque, la forme du récit est original... Voilà, après le texte est dense, fourmille de références diverses et variées et, surtout, se lit plus à mon sens comme un essai que comme un roman. Si le neveu a un côté canaille qui fait rire, le "moi" pontifiant et plein de principes est plus ennuyeux. N'allez pas hurler: oui, je sais que Le Neveu de Rameau est un chef-d'oeuvre, un brillant exercice de style, etc. Mais, pour tout vous dire, ça ne me parle pas. Il en est comme pour Candide de Voltaire: je reconnais les mérites de l'écriture mais je n'y accroche pas. Je lis le début avec plaisir, je comprends les implications mais, petit à petit, l'entrain s'essouffle et je quitte le texte aussi soulagée que j'étais contente d'y rentrer... Le 18ème et moi ne seront définitivement jamais bons amis...

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 11:32

L01.jpgEnquête au collège l'intégrale 1

Jean-Philippe Arrou-Vignod

éditions Gallimard Jeunesse

 

La note d'aujourd'hui sera plus légère qu'à l'ordinaire, désolée. Il faut un peu diversifier ses lectures et, d'un point de vue purement pratique, j'en ai assez de sécher lorsqu'on me demande des romans pour enfants; "pour des ados?" je demande avec espoir. Non, non pour ces petites têtes blondes bruyantes, à l'école ou au début du collège, et qu'on ne peut pas encore traumatiser avec des histoires de viol, de meurtre ou de vampires. Il est donc de temps de prendre le taureau par les cornes et de s'atteler à ces romans qui détermineront le goût des futures générations et qui plus tard, les empêcheront peut-être de demander en gloussant le dernier 50 nuances de Gray...

On commence donc avec un auteur ultra-classique mais que je ne connaissais que de réputation jusqu'à présent, Arrou-Vignod, et avec les trois premiers volumes de sa série la plus célèbre, Enquête au collège, réunis ici en un un seul tome. Trois collégiens, les grands gagnants d'un concours d'histoire, sont en route pour Venise, flanqués de leur professeur, monsieur Coruscant. Ils n'ont rien en commun: Rémi est un cancre notoire, un peu chahuteur sur les bords; Mathilde est une jeune fille timide et brillante qui supporte mal d'avoir changé de collège; Pierre-Paul (alias P.P) enfin est un surdoué tête à claques, persuadé d'être le plus grand génie de la terre. Tous les trois ne se connaissent pas vraiment, mais, pourtant, ils vont être obligés d'unir leurs forces lorsque leur professeur disparaît mystérieusement dans la nuit, les laissant seuls dans le train et bientôt livrés à eux-même dans une ville étrangère...

Il faut une certaine gymnastique cérébrale pour lire un récit pour les plus jeunes  et se souvenir de temps à autre qu'il s'agit d'un livre pour enfants et que c'est tout à fait normal que des phrases nous paraissent un peu bêbêtes. Ceci dit, l'oeuvre de Arrou-Vignod est malgré tout bien écrite et évite justement de tomber dans la niaiserie condescendante. L'auteur multiplie les points de vue: le premier tome est raconté par les trois protagonistes à tour de rôle, le second par Rémi, le troisième par P.P.  De ce fait, cela permet au jeune lecteur d'apprécier la différence de style entre le ton léger et moderne de Rémi, l'écriture mélancolique de Mathilde ou le récit pontifiant et emphatique de Pierre-Paul. A l'enfant ensuite de s'identifier à l'un ou l'autre de ces personnages. L'intrigue est bien menée car elle évite à la fois de faire de nos héros des détectives chevronnés ridiculisant les forces de police à la manière du Club des Cinq (pas très crédible) et à la fois d'en faire des sales gosses qui fabulent. Du suspens mais pas de morts; des vols mais pas de traumatisme; des enlèvements mais pas de sang. Bref, un roman parfait pour donner aux plus jeunes le goût de la lecture et se faire la réflexion que l'art d'écrire pour la jeunesse est un art beaucoup plus difficile qu'on ne le croit...

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 17:27

L04.jpgHors champ

Sylvie Germain

éditions Le Livre de Poche

 

Aurélien mène une vie tranquille: Bientôt quinquagénaire, il est célibataire mais fréquente la jolie Clotilde avec qui il envisage d'avoir un enfant. Il n'a jamais connu son père mais a une mère attentionnée et un demi-frère Joël qu'une agression a rendu idiot. Il travaille dans un bureau et compte quelques amis parmi ses collègues; il rêvasse en regardant Glagys, l'hôtesse d'accueil et, pendant ses heures libres, compulse les notes de Joël pour lui rendre hommage. En bref, Aurélien est un homme ordinaire qui mène une vie ordinaire. Mais un dimanche, le train-train d'Aurélien déraille: insomnies, ordinateur qui tombe en panne, passants qui le bousculent... Le phénomène s'accentue et, bientôt, Aurélien réalise avec horreur qu'il est en train de disparaître. Ainsi, tout au long de la semaine, tandis que son existence s'efface, que ses proches l'oublient, Aurélien se voit lui-même devenir de plus en plus flou, comme une photo qui perdrait tout doucement en netteté...

Plutôt grosse nouvelle que roman, Hors Champ est une réflexion assez angoissante sur la notion même d'existence: existe-t-on dès le moment où personne ne se rend compte de votre existence? Aurélien erre tel un fantôme dans une ville indifférente, devenu assez semblable aux SDF que personne ne voit plus. Ignoré de tous, son image se brouille, il devient flou, les objets le trahissent... Avec un minimum d'effets et une grande finesse dans l'écriture, Sylvie Germain parvient à mettre en scène toute la détresse d'un homme qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui commence la semaine en se faisant ignorer dans les cafés pour la finir seul, affamé et sans domicile (les hommes invisibles n'ont pas d'appartement) oublié par sa fiancée et sa propre mère. C'est assez triste et certains passages m'ont touchée même si je regrette le final pour le coup un peu trop dans la surrenchère et tranchant nettement avec la sobriété de l'ensemble. Aurélien a-t-il disparu parce qu'il devenait trop vieux, semblable aux livres dont se débarrassent ses voisins au début du roman? Le récit n'apporte aucune réponse: conte noir, il se contente peut-être seulement au fond de mettre en scène l'une nos pires craintes: nous faire rejetter ou oublier par ceux que nous aimons...

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:41

L02.jpgLe monde de Charlie

Stephen Chbosky

éditions Sarbacane

 

"Si c'est à toi que j'écris, c'est à cause de cette fille, qui a dit que tu savais écouter et comprendre (...) Cherche pas à savoir qui c'est, la fille, sinon tu pourras deviner qui je suis et j'en ai franchement pas envie. Je ne veux pas que tu me retrouves (...) J'ai juste besoin de savoir que quelqu'un m'écoute et me comprend."

 

Charlie est un garçon en première année de lycée, un peu marginal, qui se sent seul depuis le suicide de son ami Michael. Aussi, il décide d'écrire à un garçon anonyme dont il a entendu parler et à qui il entreprend de raconter ses journées. Drôle d'idée mais Charlie est un drôle d'adolescent: il pleure énormément, il lit beaucoup, il semble un peu retardé en ayant pourtant des notes brillantes, à la fois curieusement enfantin et profondément mature. La chance va lui sourire puisqu'il va se lier d'amitié avec deux élèves de terminale: Patrick, un drôle de phénomène lui aussi, et la jolie Sam dont il tombe immédiatement amoureux... Commence alors pour Charlie une vie ponctuée par les fêtes, la drogue et la musique...

Le monde de Charlie est un livre qui peut d'abord agacer car il pioche sans vergogne dans tous les bons vieux poncifs de la littérature adolescente; presque tous les thèmes de société sont abordés: enfants battus, sexe, drogue, alcool, avortement, suicide... On parle aussi des bons vieux livres qu'il est de bon ton d'avoir lu: L'attrappe-coeur ou encore Sur la route et on fait l'apologie de valeurs comme l'amitié ou la soif de connaissances. OK. Passé ces aspects horripilants du livre, l'histoire est intéressante et tient surtout à la personnalité de Charlie, le narrateur. Charlie parle beaucoup, parle de ses amis, de sa famille, mais ce qui est intéressant, c'est ce qui ressort de ces lettres à sens unique, le caractère assez curieux du personnage; son style traduit un garçon un peu enfantin, un adolescent très affectueux, presque amoral, qui ne porte quasiment jamais de jugement de valeur. Peu à peu, quelques sous-entendus trahissent un personnalité mentalement perturbée, un caractère à la fois doux et violent, il mentionne l'air de rien un passé psychiatrique... En fait, l'intrigue tient moins dans ce que Charlie dit que dans ce qu'il ne dit pas, dans ces phrases placées là comme par hasard entre deux récits de fêtes: "J'ai parlé du livre à mon psy, et aussi de Bill, de Sam et de Patrick et de leurs facs, mais il arrête pas de me poser des questions sur quand j'étais petit. Le problème, c'est que j'ai l'impression de passer mon temps à lui raconter les mêmes souvenirs". Pour une fois, oh merveille, surtout dans un roman pour ados, le point de vue est pensé, la narration est beaucoup moins légère qu'il n'y paraît et donne lieu du coup à un coup de théâtre assez intéressant vers la fin du récit. Cela sauve le livre et fait du Monde de Charlie un bon divertissement, à conseiller ceci dit surtout à des grands ados...

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:00

L08.jpgHenri d'Ofterdingen

Novalis

éditions Gallimard

 

Et oui! Nous avons gaiement sauté dans le 19ème siècle avec Les 1001 livres...(il était temps) et pourtant, déception, le début du siècle ressemble fort à la fin de l'autre: des auteurs allemands hypersensibles qui rêvent d'amour et de poésie.

Henri d'Ofterdingen est un jeune homme tout ce qu'il y a de bien, peut-être un peu trop sensible et souffrant d'un curieux manque qu'il ne saurait définir. Son âme aspire à la beauté de la poésie mais il ne sait comment répondre à cet appel. Sa mère décide de l'emmener en voyage pour lui faire rencontrer son grand-père et, dans la foulée, un bon parti. Sur la route, ils font de nombreuses rencontres qui émeuvent notre héros et le font progresser, mais ce n'est qu'arrivé chez son grand-père que Henri vit le terme de son apprentissage. En effet, il fait la connaissance de la belle Mathilde dont il tombe immédiatement amoureux et qu'il épouse presque aussitôt; le voilà prêt à devenir poète. Hélas pour lui, Mathilde meurt et Henri devient un itinérant, prêt à percer le secret des mots et de l'âme, à la poursuite de l'amour  et du bonheur entrevus avec sa jeune épouse et qu'il espère retrouver dans l'essence même de la poésie.

Bon, Novalis n'a pas eu une vie très drôle puisqu'il est mort de phtisie alors qu'il n'avait pas trente ans et qu'il a perdu son premier amour, encore une adolescente, alors qu'il n'en avait pas vingt. Cela fait de lui la caricature du poète maudit et cela explique son style plein d'emphase et son goût pour les allégories. Henri d'Ofterdingen est l'essence même du romantisme allemand; les sentiments sont exacerbés, la nature est magnifiée, souffrance et joie se confondent... Le problème c'est que j'en ai un peu ma claque des poètes maudits pleurant sous des arbres à la recherche de leur amour perdu. L'oeuvre de Novalis est loin d'être inintéressante mais ça fourmille d'allégories, il y a des poèmes partout, des histoires à l'intérieur de l'histoire, le héros tout comme celui de Hölderlin est élevé au rang de demi-dieu et ce n'est que passions sublimes et êtres flamboyants. Heureusement pour moi, malheureusement pour les amateurs du genre, le roman est inachevé, l'auteur étant mort avant d'avoir pu comme il en avait l'ambition faire le tour de l'idée même de poésie. Je ne vais pas prétendre que Novalis ne vaut rien: d'autres mieux que moi sauront vous faire découvrir toute la beauté d'une prose pleine de délicatesse et d'images lyriques: jeu sur les mots et l'amour, mythes anciens et nouveaux qui se mêlent, etc. Peut-être n'étais-je pas d'humeur, peut-être ne suis-je pas taillée pour le romantisme allemand. Toujours est-il que Henri d'Ofterdingen fait partie de ce genre de livres qui ne me marqueront pas. A bon entendeur...

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:52

L01.jpgLe roman du mariage

Jeffrey Eugenides

éditions de l'Olivier

 

Toute histoire d'amour est un triangle. Il y a lui, il y a elle et il y a l'autre, le ou la parasite, celui qui va mettre son grain de sel alors qu'on ne lui a rien demandé; c'est  parfois le malheureux ou la malheureuse qui aime mais n'est pas aimé et dont l'ombre plane sur la relation amoureuse des deux; c'est parfois le "mauvais" ou la "mauvaise" prétendante, celui qui est aimé mais dont on sait pertinement qu'il n'est pas fait pour le héros ou l'héroïne. En bref, c'est un faire-valoir de l'histoire d'amour et, comme tout faire-valoir, son destin est parfois tragique...

Madeleine est une inconditionnelle de la littérature, et tout particulièrement de la littérature du 18ème siècle. Elle apprécie particulièrement les romans dits "du mariage", les histoires  victoriennes qui s'achèvent par une jolie cérémonie. Mais Madeleine n'est pas une héroïne de Jane Austen; c'est une étudiante américaine des années 80, issue d'une famille assez aisée. La pudeur a disparu, le divorce a fait son apparition. Madeleine s'efforce de s'adapter: elle s'essaie au sexe avec plus ou moins d'entrain, se plonge dans la littérature française contemporaine  mais, peine perdue, elle continue à rêvasser devant Fragments d'un discours amoureux de Barthe. Dans ces conditions, elle devrait finir par tomber amoureuse du gentil Mitchell, l'étudiant en théologie, brillant mais sans histoire et qui a craqué sur elle dès qu'il l'a vue. Mais, comme dans les romans, Madeleine tombe amoureuse du "mauvais" garçon, Leonard, un étudiant maniaco-dépressif issu d'un milieu défavorisé. Commence alors l'histoire de cette étrange triangle amoureux dont hélas personne ne sortira indemne: car, les héros vont l'apprendre à leurs dépens, la vie est loin d'être aussi simple que dans les romans de Jane Austen...

Le roman du mariage aurait gagné à être plus court, mais c'est la seule chose qu'on peut réellement lui reprocher. Tout comme dans Virgin suicides, Jeffrey Eugenides met en scène des personnages extrêmes et décalés, déterminés à vivre selon leur vision du monde. Madeleine la romantique, s'accroche à une histoire vouée à l'échec, Leonard se bat contre une maladie impossible à guérir, Mitchell part en Inde pour se prouver qu'il est un homme bien dont l'héroïne ne peut que tomber amoureuse à la fin... Les trois sont touchants chacun à leur manière. L'écriture d'Eugenides est un curieux mélange de réalisme brute (cf les scènes brutales en Inde) et de poésie mélancolique (la dernière scène entre Mitchell et Madeleine est particulièrement poignante) doublé d'une réflexion intéressante sur la littérature. L'humour n'est jamais très loin, un humour grinçant, le rire du désespoir. Car, le roman du mariage est, il faut l'avouer, un livre qui rappelle avant tout que l'amour romantique est mort, qu'il ne peut survivre dans notre société actuelle. A peine Madeleine fait-elle l'aveu de ses sentiments à Leonard que ce dernier lui rappelle cette citation de Barthe: "Passé le premier aveu "je t'aime" ne veut plus rien dire". Les héros eux-même sont en carton: Mitchell se rend ainsi compte durant son voyage en Europe qu'il est loin d'être l'homme parfait. Quant à l'amour de Madeleine pour Leonard, n'est-il pas sans cesse entaché par celui que lui porte Mitchell? Tiraillés entre leurs aspirations romanesques et la cruelle réalité de la vie, leur soif d'absolu et leurs appétits purement terrestres, les personnages sont malmenés tout du long  du récit par un auteur désabusé. Le roman du mariage est peut-être mort ou peut-être n'est-il finalement qu'une illusion: en effet, Jane Austen a beau en avoir écrit des tonnes, elle-même est restée vieille fille...

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:34

L05.jpgLe roman de Claire

Marie Gray

éditions Pocket Jeunesse

 

Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit il y a deux jours sur les romans ados destinés uniquement aux ados? Dans un style différent, en voici un autre.

Le roman de Claire fait partie de la collection "Oseras-tu Réalités d'ados". Inutile de vous dire qu'en lisant cet intitulé, je m'attendais au pire. Et, à dire vrai, je ne sais pas encore trop quoi en penser: mais parlons un peu de l'histoire voulez-vous?

Et l'histoire c'est celle de Claire, écrivain en herbe, petite rondouillarde qui barbouille des pages en rêvant au prince charmant. Sa vie est loin d'être facile entre un petit frère en pleine crise et une mère odieuse qui la traite comme un chien. Hélas pour Claire, elle n'a également guère de succès auprès des garçons, ces derniers lui préférant sa copine Anne-Sophie, une blonde longiline guère farouche. Jusqu'au jour où Claire, lasse d'être la fille invisible, décide de changer de look et découvre alors qu'attirer les regards n'est parfois guère mieux...

Le roman de Claire et construit de façon assez classique: l'héroïne vit des situations de plus en plus glauques et de plus en plus traumatisantes (on passe de "je suis une petite grosse que personne ne regarde" à "je suis harcelée sexuellement") pour finir par un "happy end" merveilleux (l'héroïne va vivre chez son père aimant, trouve des amis dans un groupe de musique et sort avec le garçon de ses rêves) Y a que moi qui tique sur le "Réalités d'ados" à ce moment-là? L'histoire est manichéenne au possible: d'un côté nous avons la douce, la gentille Claire et, de l'autre, tout le reste, les mauvais: la mère perfide, les mauvaises copines, le patron pervers, la colocataire droguée... Ce manichéisme peut à la rigueur se justifier par le fait que la narratrice soit l'héroïne, on va dire ça, et qu'elle écrit selon sa propre perception de la réalité. Reconnaissons à l'auteur une façon plutôt réaliste de traiter la sexualité adolescente: toute la première partie du livre est d'ailleurs plutôt pas mal: une ado mal dans sa peau, en décalage avec les autres, et qui se fait tout le temps gentiment jeter... Je suis déjà plus perplexe sur le harcèlement que subit Claire par la suite au collège à cause d'une rumeur lancée contre elle mais bon, admettons qu'une mauvaise réputation puisse avoir de telles retombées si vous le voulez. En revanche, la fin du roman est tout bonnement ridicule: le père qui s'impose face à son ex-femme pour récupérer ses enfants, Claire qui rencontre des amis formidables et talentueux qui ont vécu eux aussi des choses très difficiles par le passé, de la musique, des larmes et du rire... J'ai perdu à la fin du livre toute l'indulgence que m'avait inspirée le début. Enfin, j'attire votre attention sur deux détails qui m'ont choquée: l'un, c'est quand l'héroïne propose à un garçon d'être son cavalier au bal de fin d'année. Huuum, les choses ont peut-être changé depuis mon époque mais je n'ai pas le souvenir en France des bals de promo. C'est pas une tradition américaine ça mes braves? Le second détail, encore plus choquant, c'est quand Claire découvre que le méchant Renaud a parié cent dollars qu'il coucherait avec elle. Ok, ça ne me choquerait pas si l'héroïne s'appelait Brenda et le héros Brandon, mais avec des personnages comme Raphaël, Cédric ou Anne-Sophie, oui, là, j'avoue que je tique un peu. Je suppose que cent euros ça faisait pas assez "jeune" et que Marie Gray s'est cru obligée de donner à son roman l'allure d'une série télé anglo-saxonne. Si ça l'amuse, pourquoi pas? Mais qu'on ne vienne pas après saluer le "réalisme" d'un roman qui, pour ma part, me semble tout aussi crédible qu'un épisode de Plus belle la vie...

 

Mise à jour! L'une de mes gentilles lectrices m'a fait remarquer que l'auteur était canadienne. Bon, alors on pardonne les dollars et le bal de fin d'année. Mais on pardonne pas quand même le dénouement ridicule...

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 11:23

L01.jpgLe trône de fer

t.15: Une danse avec les dragons

George R.R Martin

éditions Pygmalion

 

Enfin! Après des mois, nous arrivons enfin au dernier tiers du livre Dance with dragons de la série du trône de fer. Maudit soit le découpage français...

L'histoire poursuit son petit bonhomme de chemin et le royaume des sept Couronnes est plongé dans la plus grande confusion. Les alliances d'hier semblent bien fragiles: Tyrell et Lannister se méfient les uns des autres et la reine Cersei aura fort à faire pour se sortir des accusations d'adultère qui risquent de lui coûter la vie. A l'autre bout du monde, son frère Tyrion, devenu esclave, n'a une situation guère plus enviable et tente de protéger ses compagnons, Ser Jorah et Sou d'une fin atroce. Près du Mur, John Snow fait tout pour récupérer sa soeur Arya tout en prenant des décisions qui se révéleront lourdes de conséquences. Enfin, Daenerys s'est mariée à contrecoeur pour préserver son peuple mais ne tarde pas à se rendre compte que la paix escomptée est illusoire. Peut-être est-il temps pour la Mère des Dragons de révéler sa véritable nature...

Trahisons, manigances, stratégies et rebondissements rythment le dernier tiers du roman avec pour le lecteur toujours cette question angoissante: "Quelqu'un va-t-il mourir aujourd'hui et, si oui, qui?". On le sait, George R.R Martin n'est pas tendre avec ses personnages, et il le prouve une fois de plus dans cet épisode en faisant subir à ses héros bien des avanies. C'est aussi l'occasion pour le lecteur de s'y attacher davantage ceci dit, des fois que l'un ou l'autre vivent ses derniers instants. Niveau style, on notera l'effort louable de traduction. Niveau intrigue, je vous conseille de reprendre vos arbres généalogiques, histoire de ne pas être trop largués par la profusion de personnages secondaires. Et, à la fin du volet, je vous conseille de faire comme tous les fans et de prier pour que l'auteur ne nous fasse pas la mauvaise blague de mourir avant de terminer la saga...

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