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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 12:35

L03.jpgIsabellae

t.1 L'homme nuit

Gabor/ Raule

éditions Lombard

 

 

Japon 1192. Isabellae, une jeune femme à la chevelure flamboyante fait route en solitaire sur son cheval, escortée du fantôme de son père tué sept ans auparavant. Pour gagner sa vie, elle propose ses services aux villageois et les débarrassent des brigands grâce à son talent pour le combat au sabre. Mais Isabellae a un seul objectif qui n'est pas celui d'une justicière: elle cherche avant tout à retrouver sa soeur Siuko qui a disparu, tâche d'autant plus délicate que Siuko est partie en la maudissant... La quête s'annonce difficile mais Isabellae va croiser sur son chemin des compagnons d'une aide précieuse.

Pour une fois, j'ai été séduite par le dessin, très sombre, très violent, avec des personnages hauts en couleur et un style qui est loin d'être monotone. L'histoire pour le coup m'emballe moins: une jeune femme très belle et très douée, un acolyte à qui on pressent que l'héroïne va succomber tôt ou tard, une quête qui peut s'étirer en longueur.... L'idée du père décédé qui accompagne sa fille est pour le coup une bonne idée et donne d'emblée à la bande dessinée une touche fantastique qui se confirme par la suite: une mère sorcière, une étrange créature ailée, un moine médium... C'est ceci dit un petit peu longuet: il y a beaucoup de combats sanguinolents, beaucoup de parlotte. Heureusement, le récit est interrompu par des flash-back du passé de l'héroïne qui casse un peu ce road-movie au demeurant sympathique mais guère enthousiasmant. A voir ce que cela donne par la suite...

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 19:43

L02.jpgApprivoiser sa culpabilité

Catherine Aimelet-Périssol

Aurore Aimelet

éditions Albin Michel

 

Nous nous sentons tous coupables à un moment ou à un autre de notre existence et, paradoxalement, ce n'est pas de notre faute: la société, notre éducation, nos ressentis, nos expériences, tout nous pousse à être ainsi. Faut-il, comme nous y incitent tous les gourous du développement personnel, cesser de culpabiliser? Non, répondent les auteurs de l'ouvrage Apprivoiser sa culpabilité, Catherine Aimelet-Périssol et Aurore Aimelet, respectivement mère et fille. Le sentiment de culpabilité n'a pas à être réprimé: tout comme n'importe quel sentiment, il s'agit simplement de l'apprivoiser et de faire en sorte qu'il ne devienne pas pathologique car c'est alors qu'il gâche notre vie.

Vous l'avez compris, on sort du cadre du roman aujourd'hui. Apprivoiser sa culpabilité n'a rien non plus d'un ouvrage de psychologie de comptoir qui s'emploie à déresponsabiliser l'individu en lui intimant de ne pas culpabiliser. Pour les auteurs, la culpabilité n'est pas une mauvaise chose en soi: par cette émotion, l'être s'affirme puisque, confronté à une situation inconfortable voire même insoluble (une mère sommée de choisir entre la fête de l'école de sa fille ou une réunion importante, un homme qui quitte sa femme pour une autre, un enfant confronté au divorce de ses parents..., quelques exemples parmi d'autres cités dans le livre) il affronte cette situation par un sentiment qui va lui permettre par la suite d'agir face au problème (fuite, justification...) et de se replacer en tant que sujet. La culpabilité en soi n'a donc rien de néfaste.

Voilà, voilà. Bon j'ignore si j'ai bien exprimé la pensée des deux auteurs (je suis bien meilleure lectrice de romans que de psychologie) mais en gros voici ce que j'ai retenu d'un ouvrage au demeurant plutôt intéressant et qui a le mérite d'aller à contre-courant de la pensée actuelle... La culpabilité nous expliquent les auteurs n'a pas à être réprimée. Tout comme la jalousie, l'amour, l'envie ou le dégoût, il s'agit seulement de l'assumer et, comme n'importe quelle émotion, de ne pas nous laisser dévorer...

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 18:42

L01.jpgJournal d'un dégonflé

Carnet de bord de Greg

Jeff Kinney

éditions Seuil

 

 

Greg est un collégien ordinaire, avec un grand frère fan de heavy metal et un petit frère pourri gâté. Sa mère, très soucieuse de son développement, lui a offert un cahier qu'il se refuse à considérer comme un journal intime (la honte pour lui) mais plutôt comme un carnet de bord. Greg note et dessine tout ce qu'il lui arrive: ses démêlés avec les plus grands, sa vie au collège avec son meilleur ami, Robert, un garçon gentil mais un peu limité...

J'avoue je suis fan. Il est rare qu'un roman pour les plus jeunes me fasse autant rire, mais c'est le cas ici. Les dessins sont sommaires, voire même plutôt moches, mais sont drôles (ah le petit frère à grandes dents assis sur son pot, ah la tête des "débiles" du collège...) Le texte est franchement léger et par endroits assez cynique, bien loin des bons sentiments dont peuvent raffoler certains auteurs de jeunesse... Greg, c'est une sorte de Titeuf un peu plus grand et un peu moins naïf, qui pose sur le monde un regard désabusé mais qui sait déjà en tirer parti. C'est un personnage attachant parce qu'au fond, comme presque tous les enfants, il n'a guère de scrupules: il laisse son meilleur ami se faire punir à sa place, il tente tout pour plaire aux filles, il cherche à devenir populaire par n'importe quel moyen... C'est spontané et frais. Qui plus est, Journal d'un dégonflé est un roman idéal pour les enfants qui n'aiment pas trop lire car il est abondamment illustré et se lit vraiment facilement. Bref, qu'attendez-vous pour retomber en enfance?

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:54

L02.jpgCorps

Fabienne Jacob

éditions Buchet Chastel

 

"Je n'aime pas les femmes comblées, tout le monde pense qu'elles sont heureuses elles ont tout pour l'être. Je ne le pense pas, elles ne sont pas heureuses j'aime mieux les femmes à qui il manque quelque chose celles qui désirent à celles qui possèdent. J'aime mieux celles qui continuent d'attendre qui continuent de palpiter."

Monika, la narratrice, travaille dans un institut de beauté. Ce qu'elle aime c'est parler avec ses clientes, découvrir l'histoire de ces corps féminins pudiques ou volubiles, jeunes ou vieux, résignée ou absents... Il y a la femme du boucher qui traîne son ennui dans la boutique de son mari jour après jour, il y a Adèle qui a été tondue à la Libération pour avoir couché avec un allemand, Alix dont le collègue est fou amoureux  de son odeur, Ludmilla qui refuse de vieillir... Autant de vies qui interpellent la narratrice et la renvoient à sa propre enfance dans une ferme.

Corps est, si j'ose dire, un ouvrage typiquement français: une narration à la première personne, des phrases claires, un style épuré, un goût affiché pour l'introspection...C'est assez lisse mais pas franchement désagréable. Il y a une certaine poésie dans tous ces corps de femmes mis à nu, toutes ces histoires qui tournent au fond autour de la même chose: le désir féminin, qu'il soit assouvi comme Adèle qui vit son histoire d'amour jusqu'au bout avec l'allemand quitte à en payer le prix, ou, au contraire, renié, comme la femme du boucher qui laisse tomber ses rêves de prince charmant pour se marier avec un homme qu'elle n'aime pas, poussée par son horloge biologique. L'originalité du roman tient dans le fait que la narratrice ne relègue pas le corps féminin à un corps maternel uniquement. Au contraire, Monika considère avec mépris ces femmes qui ne se croient accomplies que parce qu'elles ont enfanté: "Elles sont enfin quelqu'un maintenant qu'elles sont pleines, elles se croient supérieures à vous qui êtes vide comme une coque à vous qui vivez pour vous seule dans les jours et la vanité des jours. Elles allèguent leur protubérance comme un papier d'identité à croire qu'auparavant elles n'en avaient pas d'identité." Sans renier cette dimension, elle voit avant tout la mère à l'ombre de la femme, à l'instar de sa propre mère qui forme avant tout un couple avec son père. Cela change agréablement il faut le dire de tous les clichés sur la Mère toute puissante. Ainsi, sans être un chef-d'oeuvre, Corps est un roman agréable qui se lit rapidement et qui apporte au milieu d'une sensation de déjà-vu quelques idées intéressantes...

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:45

L01.jpgLe Guépard

Giuseppe Tomasi Di Lampedusa

éditions Points

 

 

Le prince de Salina est un aristocrate sicilien issu d'une noble lignée dont le blason est un guépard. Il mène une vie oisive entourée de nombreux enfants, d'une femme tour à tour hystérique et mollasse, et de maîtresses plus ou moins accommodantes. Sa passion c'est l'astronomie, une passion qui lui permet de trouver un dérivatif à son ennui. Mais nous sommes en 1860: les troupes de Garibaldi débarquent et la Sicile est sommée d'adhérer à une Italie désormais unifiée. Peu à peu, la noblesse est forcée de s'écarter devant une bourgeoisie naissante. Le prince, conscient de changements qu'il ne peut combattre, se résigne de bonne grâce à cette évolution, d'autant plus que son neveu Tancredi combat pour ce nouvel état de choses. Par amour pour ce même neveu, il consent même à le laisser épouser la fille d'un parvenu, Angelica, signant ainsi le déclin de sa famille et brisant le coeur de sa propre fille, Concetta, amoureuse elle aussi du jeune homme...

Tout comme dans l'homme qui savait la langue des serpents, nous assistons ici à la fin d'un monde vu de l'intérieur. Dans Le Guépard, le prince de Salina sait d'avance que son mode de vie est condamné mais ne fait rien pour y remédier, conscient que cela n'est pas de son pouvoir. Il y a toute la mélancolie du monde dans cet ouvrage aux descriptions foisonnantes, au style presque baroque et à l'écriture à la fois curieusement démodée et prenante. Le personnage de Salina, très grand physiquement dans le livre, écrase également de façon symbolique les autres personnages, y compris son neveu exalté, Tancredi qui, malgré un certain cynisme (il épouse Angelica certes un peu par amour mais surtout par opportunisme) reste assez transparent et ne prend vraiment consistance que lors de scènes campagnardes assez poétiques; le passage où Angelica et Tancredi explorent la villa délabrée est par exemple un très joli moment de littérature. L'auteur pour la première fois du roman (et sans doute la seule) laisse la vie et le désir prendre le pas sur la mort et la pourriture en montrant les fiancés s'embrassant dans des pièces poussièreuses et luttant contre leurs pulsions, comme poussés à l'amour par un passé enterré. Passés ces scènes, Tancredi n'est pas un personnage foncièrement intéressant et finalement, c'est la fille du Guépard, Concetta, personnage discret mais cinglant qui parvient à rivaliser avec son père, ce dont ce dernier se rend compte avec complaisance: "le plaisr éprouvé quand il s'était rendu compte que dans la beauté et dans le caractère de Concetta se perpétuait une vraie Salina". C'est d'ailleurs avec elle que s'achèvera l'ouvrage, quand cette dernière se rendra compte que l'ancien temps a disparu et qu'il ne sert à rien de le retenir...

Roman largement inspiré de sa propre histoire familiale, Le Guépard a également la particularité d'avoir été le seul roman de Tomasi Di Lampedusa et publié qui plus est à titre posthume. Souvent remanié, longtemps travaillé, il est à la fois assez drôle (certaines situations sont absurdes et les réparties cinglantes du Guépard sont pleine d'humour) et, je l'ai déjà dit profondément mélancolique. Plus que tout, c'est un roman très visuel qui nous présente une Sicile  dont, personnellement, je ne soupçonnais pas l'existence...

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 19:55

L01.jpgPhysiologie du mariage

Honoré de Balzac

Folio Classique

 

De Balzac, je ne connaissais jusqu'ici que ses ouvrages réalistes, ses pavés sur les vies et moeurs de ses contemporains, plus ou moins intéressants selon les thèmes. Mais, oh surprise, avec Physiologie du mariage, j'ai découvert un aspect de l'auteur que j'étais loin de seulement imaginer, un Balzac plus satirique, plus léger et, il faut le dire, beaucoup plus drôle.

Physiologie du mariage, même s'il fait partie du cycle de la Comédie Humaine, n'est pas un roman. Dans ce texte assez dense, l'auteur s'emploie à décrire la noble institution du mariage en partant de ce postulat: tôt ou tard, l'homme marié est condamné à se faire "minotauriser" (vous aussi vous trouvez ça mignon comme expression?). En clair messieurs, malgré tous vos efforts, votre femme fourbe trouvera moyen de mettre un homme dans son lit dès vos premiers signes de relâchement. Malgré tout, Balzac propose de retarder l'inévitable grâce à toute un succession d'astuces, de conseils (lit commun ou chambres séparées, confguration de votre maison, indices vous permettant d'identifier l'infidèle et son amant, relations avec l'argent, etc.) et en vous donnant un véritable art de vivre conjugal qui mêle en vrac les migraines et les belles-mères, les lunes de miel et la façon de réagir en cas de flagrant délit.... L'auteur console même les maris trompés en leur rappelant tous les bienfaits qu'ils peuvent tirer d'une minotaurisation intempestive: une femme plus imaginative au lit, un amant prêt à défendre sa famille, un bienfait économique à l'échelle nationale...

C'est léger, amusant et le style est volontiers égrillard. Je ne pensais pas autant rire en lisant un ouvrage de Balzac qui mêle sur le ton le plus sérieux statistiques improbables et témoignages rapportés et qui traite de façon impassible les sujets les plus grivois. Bien entendu, le mariage a bien changé (vraiment?) mais certaines "méditations" ne nous paraissent pas si éloignées que ça de notre réalité. Je pense que des féministes outrées hurleraient au scandale devant cet ouvrage qui fait de la femme un être manipulateur et sournois mais, pour ma part, Physiologie du mariage est à ce jour mon livre préféré de Balzac à qui je laisserai le dernier mot dans cette jolie citation tirée de son "catéchisme conjugal": "Il est plus facile d'être amant que mari, par la raison qu'il est plus difficile d'avoir de l'esprit tous les jours que de dire de jolies choses de temps en temps." A méditer...

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 11:11

L01.jpgLe Fléau

(3 volumes)

Stephen King

éditions J'ai Lu

 

Nous avions déjà parlé de Stephen King avec la série Dôme mais il est temps de revenir à ses oeuvres de jeunesse qui, à mon sens, sont tout de même ses meilleures. Ou peut-être est-ce ma nostalgie qui parle, car pratiquement tous les ouvrages de Stephen King à ses débuts font partie de mes livres doudous: Shining, Charlie, Salem, ça (si vous ne devez lire qu'un livre de Stephen King, lisez ça), Misery, et, celui dont nous allons parler  aujourd'hui, Le Fléau.

Nous sommes en 1990. L'été s'annonce chaud. Dans le Maine, Fran Goldsmith, vingt ans, se demande bien comment annoncer à sa mère qu'elle est enceinte et qu'elle ne veut pas épouser le père; A New York, Larry Underwood, chanteur d'un seul tube, revient chez lui pour échapper aux parasites qui lui tournent autour depuis sa célébrité; en Arizona, Lloyd Heinreid, auteur d'un braquage raté, se fait arrêter par la police; dans l'Arkansa, Nick Andros, jeune sourd muet en vadrouille, se fait attaquer par des voyous.... Tous ces gens vivent leurs petites vies en ignorant que bientôt, tout va changer: dans le Texas, Stuart Redman assiste à un accident et aide à secourir le blessé... Il s'appelle Charles Campion et, dans sa voiture, transporte une femme et une enfant décédées. Lui-même meurt bientôt de ce qui semble être une très mauvaise grippe. Or, cette grippe est extrêmement contagieuse et, bientôt, contamine 90% de la population. Personne n'en réchappe et, pour les survivants, le cauchemar commence...

Le Fléau réunit à mon sens tout ce qu'il y a de pire et de meilleur dans l'écriture de Stephen King. Commençons par le pire: la longueur de l'ouvrage (l'auteur lui-même reconnaît dans sa préface avoir souvent été accusé de "diarrhée verbale") qui crée parfois un léger sentiment d'ennui au début et retarde la mise en place de l'histoire. Le Fléau est également très empreint de mysticisme et de religion puisqu'il s'agit au fond d'opposer Dieu (représenté par mère Abigail) au Diable (représenté par l'homme noir, Randall Flagg). Or, même moi qui suis pourtant croyante, j'ai trouvé la démonstration des plus lourdes. Ceci dit, Le Fléau demeure quand même l'un de mes ouvrages préférés de King à cause de son ambiance "fin du monde" particulièrement prenante et que l'auteur parvient à rendre par le biais des villes jonchées de cadavres et des maisons abandonnées. Stephen King pousse son raisonnement jusqu'au bout, explore toutes les facettes de la maladie et de ses conséquences et ne nous épargne ni les descriptions cliniques, ni les détails les plus affreux (un survivant qui meurt bêtement d'une crise d'appendicite faute de médecin, Fran qui doit enterrer elle-même son père pour ne pas le laisser pourrir dans la maison...) De plus, il fait de l'exode des survivants un moment particulièrement réussi et déploie une palette de personnages hétéroclites qu'il se contente de téléscoper les uns les autres. Tous ses protagonistes ne sont pas convaincants; après relecture, je n'aime toujours pas le couple fadasse de Stuart et Frannie, beaucoup trop lisses à mon goût (lui le Texan silencieux, pas forcément cultivé mais plein de bonne volonté et énergique et elle, la jeune femme caractérielle et sentimentale) mais des personnages comme Harold,  Larry, Nadine ou même Lloyd, plus complexes, plus sombres aussi, sont de fait plus intéressants. Au final, on se laisse embarquer dans ce récit où tout repère de notre civilisation a disparu, où des hommes et des femmes essaient de reconstruire une société tandis que, de l'autre côté des Rocheuses, une autre société dirigée par un homme maléfique les menace silencieusement. Bienvenu dans le monde post-apocalyptique...

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 12:01

L02.jpgL'homme aux cercles bleus

Fred Vargas

éditions J'ai Lu

 

Nous continuons à avancer sur les livres de Fred Vargas, et, cette fois, nous allons nous pencher sur le premier roman mettant en scène le commissaire Adamsberg, personnage fétiche de l'auteur. Adamsberg est un doux rêveur, un être particulièrement difficile à appréhender, à la logique obscure et qui, pourtant, trouve toujours la solution aux enquêtes les plus complexes. Fraîchement muté à Paris, il se perd dans des réflexions curieuses et ses subordonnés, en particulier le très cartésien Danglard, ont du mal à le comprendre. Ainsi, pourquoi Adamsberg prend-il la peine d'enquêter sur un homme anonyme et invisible qui s'amuse à tracer des cercles bleus un peu partout dans les rues de Paris? Des inscriptions enfantines, des déchets mis à l'intérieur des cercles, rien de bien méchant qui semble justifier une surveillance... Pourtant, l'intuition de Adamsberg se révèle juste lorsqu'un cadavre de femme est retrouvé un jour dans l'un de ces fameux cercles...

Aveugle caractériel, chercheuse déjantée, commissaire étrange, alcoolique désabusé, vieille courant les petites annonces... Encore une fois, nous retrouvons dans L'homme aux cercles bleus tout ce qui fait le charme des romans de Vargas: des personnages complexes décrits avec une étrange tendresse. Si Adamsberg a une forte personnalité, il n'écrase pas pour autant les autres protagonistes qui ont chacun leur propre histoire; Danglard et ses enfants, "la reine" Mathilde et ses poissons, même la première victime qui travaille dans sa boutique et dont toute la vie solitaire est résumée dans un petit carnet... C'est le petit plus de l'auteur qui insuffle de ce fait au roman une dynamique toute particulière, prenant le parti d'axer son histoire sur les relations entre les personnages. L'intrigue elle-même reste pour ainsi dire secondaire même si elle est soigneusement construite et réserve son lot de surprises. En résumé, encore une fois, c'est plutôt du joli travail...

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 17:27

L02.jpgMon fiancé chinois

Laure Garancher

éditions Steinkis

 

Pad, vietnamienne mariée à un chinois depuis presque cinquante ans, s'apprête à marier à son tour sa petite-fille. L'occasion pour elle de se remémorer son propre mariage mais également d'évoquer l'histoire de son mari, de sa mère et de sa belle-mère. Quatre portraits bien différents qui esquissent l'image d'une Chine à la fois repoussante et fascinante...

Sans prétention aucune, Laure Garancher, jeune dessinatrice, choisit par le biais du roman graphique et de la fiction de se pencher sur la culture chinoise, qu'au fond nous connaissons assez mal. Elle choisit pour cela de décrire le destin de deux vietnamiennes (Pad et sa mère) et de deux chinois (Lan la belle-mère et Tao, le fiancé chinois) en opposant ces histoires. Huong, la mère de la narratrice a grandi à la campagne, entourée d'une famille nombreuse et a épousé celui qu'elle aimait; à l'inverse, Lan, fille unique, a dû faire un mariage de raison et travailler en ville. Quand elle épouse Tao, Pad est une déjà une jeune femme meurtrie par une histoire d'amour rendue impossible par les traditions; à l'inverse, son mari, malgré de nombreuse expériences, reste un gamin gâté qui a toujours obtenu ce qu'il voulait.... La force de cette bande dessinée est d'aborder une civilisation par le petit bout de la lorgnette: le restaurant familial de Tao et de sa famille, la tribu de Pad.... Ainsi certains faits de société sont abordés de façon subtile: le poids des traditions (Pad ne peut pas épouser celui qu'elle aime car il fait partie de sa tribu,) la politique de l'enfant unique en Chine (Lan est contrainte d'avorter de son premier enfant car c'est une fille et, dans la mesure où elle ne peut en avoir qu'un, sa belle-mère exige que ce soit un garçon) la structure familiale étouffante... Tout cela est fait très naturellement, sans parti pris, et sans avoir l'impression pour le lecteur d'assister à un cours d'éducation civique. A l'inverse, la faiblesse de Mon fiancé chinois serait peut-être cet aspect très froid, très neutre, et un dessin qui pour ma part ne m'emballe pas plus que ça. Il n'en demeure pas moins que l'oeuvre de Garancher reste plutôt touchante et une réussite pour un premier essai dans le monde cruel de l'édition...

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 09:53

L02.jpgLes filles de Brooklyn

Jessie Elliot

éditions Hachette

 

Je voulais en finir avec les romans ados et m'attaquer à une catégorie plus jeune, mais Les filles de Brooklyn n'a rien d'un roman pour enfants malgré les apparences, ou alors c'est moi qui suis décidément trop vieille.

Nous sommes à Brooklyn où nous suivons le parcours de trois jeunes filles de 17 ans: Junie, Célia et Danielle, toutes trois d'origine et de culture différente. Junie vit quasiment seule car ses parents sont toujours à travers le monde pour affaires. C'est une adolescente douce, une grande sportive, mais qui a du mal à s'imposer et n'ose pas dire à son petit ami Brian qu'elle n'a pas aimé sa première expérience sexuelle avec lui et ne veut pas recommencer tout de suite; il y a Célia, une grande noire dynamique, amatrice de yoga et de méditation qui gère mal l'intrusion d'une nouvelle femme dans la vie de son père; enfin, il y a Danielle, la rebelle de sa famille qui fréquente un petit ami infidèle. Les trois copines, malgré leurs différences, s'apprécient et décident de se retrouver chaque semaine à l'initiative de Danielle pour apprendre à cuisiner. Un moment qui leur permet de se découvrir et d'échanger...

Je pensais détester ce livre, rien qu'à voir la couverture rose bonbon et le résumé accrocheur sur la quatrième. Ben en fait, j'ai plutôt apprécié. Attention hein, c'est pas le chef-d'oeuvre du siècle non plus; c'est très girly, ça parle garçons, cuisine, bassistes mignons et états d'âme d'ados dont personnellement je me fous un peu. C'est aussi un peu gnangnan sur les bords puisque l'auteur exalte l'amitié entre filles, refuge absolue contre les misères sentimentales que leur font vivre les hommes: oui messieurs vous n'avez pas franchement le beau rôle là-dedans. Mais, passés les clichés, il faut reconnaître aux filles de Brooklyn une certaine fraîcheur: les personnages sont plutôt marrants, assez réalistes, et les situations vécues n'ont rien d'abracadabrantes. L'auteur se contente de mettre en scène trois ados plus ou moins bien dans leur peau qui doivent faire face à leurs propres faiblesses: Junie ne sait pas dire non, Célia est trop exigeante, Danielle sous ses dehors confiants souffre d'un manque d'estime de soi.... Ceci dit, Jessie Elliot a l'intelligence de ne pas caricaturer en poussant à l'extrême leurs traits de caractère. De fait, le récit demeure crédible. Et, en prime, nous avons droit à quelques cours de cuisine toujours bon à prendre...

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