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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 18:12

L08.jpgLa Javanaise t1/2

La fille de Mata Hari

Debois/ Cyrus/Annabel

éditions Glénat


 

Rotterdam, 1917. L'espionne Mata Hari est sur le point d'être exécutée. Avant sa mort, sa fille Jeanne passe la voir en prison. Jeune femme douce et austère, elle n'a rien en commun avec une mère qu'elle méprise. Cependant, désireuse d'en savoir plus sur ses origines et en dépit des mises en garde de celle qui l'a mise au monde, elle décide de se rendre sur l'île de Java, son lieu de naissance, afin d'en apprendre un peu plus sur sa famille. Mais, à peine arrivée, notre héroïne se fait arrêter et interroger par la police sur les raisons de sa venue. Et puis... Plus rien, le trou noir. Jeanne se réveille dans un hôpital sur l'île, ignorant tout de ce qui s'est passé après son arrivée.

ça avait l'air sympa à première vue. J'ai ouvert la BD et j'ai déchanté. Déjà, ce n'est pas la faute du dessinateur, mais je n'accroche pas du tout au style de dessin ni à la mise en page: des gros plans partout, des encadrés longs comme le bras, des couleurs sombres, de grands yeux humides... Pour le coup, je ne suis pas une experte donc loin de moi l'idée d'émettre un quelconque jugement de valeur, mais je n'aime pas, c'est tout. Niveau scénario par contre, c'est long, trop long. L'intrigue est fouillis et, sous prétexte de mystère, les auteurs se permettent des ellipses et sautent sans arrêt du coq à l'âne tout en rappelant à quel point tout cela est étrange tout de même et c'est normal si vous ne comprenez pas tout. Oui, enfin bon, il y a des limites tout de même et le lecteur, largué, finit par se désintéresser d'une histoire ou 1) trop compliquée pour le vulgaire profane ou 2) tirée par les cheveux. Quoi qu'il en soit, je me suis franchement ennuyée devant La Javanaise et, malgré une fin de tome assez surprenante, je ne suis pas du tout pressée de lire la suite...

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 18:34

L01.jpgL'homme qui savait la langue des serpents

Andrus Kivirähk

éditions Attila

 

"Il n''y a plus personne dans la forêt." C'est sur ce constat que s'ouvre l'histoire de Leemet, le narrateur, le dernier homme qui sait parler la langue des serpents. Nous sommes en Estonie; il ya quelques temps, les hommes savaient se faire comprendre des animaux et les faire obéir. Ils se nourrissaient exclusivement de viande et habitaient les forêts. Mais les temps ont changé: les hommes de fer sont venus et ont converti les peuples. Les habitants quittent la forêt pour s'installer dans des villages et oublient la langue des serpents pour manier faucille et hache. Ils mangent du pain et boivent de l'alcool. Dans la forêt, Leemet vit quasiment seul avec sa mère, son oncle, sa soeur et deux trois familles disséminées. Leur mode de vie est sur le point de disparaître: Leemet peut bien se promener avec son amie Ints, sa soeur Salme peut bien fricoter avec les ours ou le sage Ulgas faire des sacrifices pour apaiser les génies des bois; bientôt le monde ancien aura disparu, et comment faire quand on n'arrive pas à faire partie du monde nouveau?

L'homme qui savait la langue des serpents est en apparence un conte, une fable un peu noire. On voit des serpents fraterniser avec des humains, des ours séduire des jeunes filles, un couple élever des pous géants... Le style est fluide et se lit avec plaisir, comme on lirait une belle histoire pleine de rebondissements. Il y a même pas mal d'humour perdu malheureusement en partie par ma méconnaissance de la langue et de la civilisation estonnienne (on fait ce qu'on peut) mais que j'ai quand même pu apprécier à de nombreux endroits: le narrateur et sa famille qui sont considérées comme des modernes par les anthropopithèques vivant dans les arbres et se nourrissant exclusivement de viande crue, les garçons du village qui souhaitent être castrés pour pouvoir chanter comme les moines, le vieux grand-père qui sculpte le crâne de ses ennemis pour en faire des coupes... C'est cependant un récit plutôt sombre et cynique. Très anticlérical, L'homme qui savait la langue des serpents met en scène un homme condamné à être le dernier, le survivant d'un monde qui s'effondre. Leemet sait pertinement que rien ne redeviendra plus comme avant et il est sans cesse hanté par l'odeur de pourriture, celle son univers en ruines. Pourtant, même lorsqu'il essaie de s'adapter, il n'y arrive pas. Sa vie a donc tout d'une farce tragique puisqu'il est tôt ou tard condamné à la solitude. C'est donc une vision nettement désenchantée du "progrès" que dresse l'auteur, puisque ce progrès implique de laisser des individus sur la route. Leemet ne peut s'adapter au risque de contraindre sa nature, il est donc voué à l'extinction. Kivirähk ne tombe pas pour autant dans le piège de faire de son narrateur un être avec un mode de vie idyllique: le monde de Leemet est un monde violent, primitif et si les villageois sont perçus comme des idiots, c'est avant tout parce que le narrateur a du mal à les comprendre. Les vrais méchants de l'histoire ce sont Ulgas et Tambet, prêts à toutes les horreurs pour préserver leur monde; c'est de l'autre côté l'ami de Leemet, Pärtel, qui trahit ce qu'il a été de la façon la plus abominable qui soit.  Les autres personnages, y compris le narrateur, ne sont guère que des pions soumis aux caprices d'une civilisation mouvante. Pamphlet, fable, L'homme qui savait la langue des serpents est un récit à l'humour noir et au désespoir rigolard qui ne laissera sûrement personne indifférent...

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 10:37

L06.jpgLe froid modifie la trajectoire des poissons

Pierre Szalowski

éditions Héloïse d'Ormesson

 

Nous sommes à Montréal en 1998. Un jeune garçon d'une dizaine d'années apprend avec horreur que ses parents ont décidé de se séparer. Pour lui, il n'en est pas question, aussi demande-t-il au Ciel de l'aider à empêcher cette séparation. Une tempête de verglas commence dès le lendemain. Aussitôt, c'est toute la vie de ses voisins qui s'en trouve bouleversée: privés d'électricité, son ami Alex emménage avec son père, homophobe convaincu, chez un couple de "frères" qui n'osent pas avouer aux autres leur véritable relation,  la jolie Julie offre l'hospitalité à Boris, un scientifique russe égocentrique obnubilé par ses expériences sur les poissons, sa directrice se casse la clavicule... Tout le monde se rapproche, les langues se délient et le verglas change la vie de tout le voisinage... sauf celle du narrateur. Du moins, jusqu'à ce que son père se casse à son tour les deux bras sur le verglas...

Que vous le croyez ou non, je n'ai rien contre un peu de sucre dans les romans. Les bons sentiments ne me gênent pas, surtout lorsqu'ils sont clairement affichés. Dans Le froid modifie la trajectoire des poissons, il est évident que le cynisme n'a rien à faire dans une oeuvre qui se veut résolument optimiste... Le ton est léger d'entrée de jeu, le lecteur est invité à laisser toute rationalité au placard avec cette tempête "magique" qui fait ressortir ce qu'il y a de meilleur chez chacun des habitants du quartier et peut goûter alors à une succession d'événements insolites mais positifs tout en appréciant le style fluide de la narration et l'exotisme de la langue canadienne (personne ne sait jurer aussi bien que les canadiens).

A quel moment le sucre devient de trop? A quel moment se transforme-t-il en une mélasse poisseuse qui vous bouche la gorge et les artères? Dans mon cas, l'indigestion a commencé au dernier quart du roman: que Alex et Alexis apprennent à connaître et à aimer leurs voisins homosexuels soit, mais qu'Alex découvre l'identité de sa mère et reprenne contact avec elle, non. Que Julie et Boris tombent amoureux l'un de l'autre, soit, mais que Julie aide Boris à résoudre l'expérience avec les poissons, non. Que les parents du narrateur découvrent que finalement ils s'aiment, que le père se rende compte qu'en évoluant professionnellement il peut reconquérir sa femme et que tout le monde devienne copains comme cochon à la fin de l'histoire, faut quand même pas charrier. Là c'est plus du bon sentiment, c'est de la guimauve brute. Pour ma part, j'aurais préféré une conclusion plus nuancée, qui montre que les miracles n'existent pas forcément, qu'aucun gel ne peut vaincre des parents qui ne s'aiment plus ou permettre de retrouver une mère absente. Que le bonheur parfait n'existe pas mais que l'adversité n'empêche pas de profiter du moment présent, enfin, vous voyez ce genre de choses. Après tout, n'est-ce pas la tristesse et les chagrins qui nous permettent d'apprécier d'autant plus les jolis instants de la vie? Voilà voilà... Bon je vous épargne mes envolées lyriques, si vous voulez vraiment de l'envolée lyrique sur le bonheur, lisez donc Le froid modifie la trajectoire des poissons mais, je le répète, gare à l'étouffement...

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 17:53

L01.jpg

La huitième couleur

Terry Pratchett

éditions Pocket

 

J'avais dit que nous reviendrions sur Terry Pratchett; c'est donc parti pour parler un peu du Disque-Monde  et l'on commence fort logiquement avec le premier tome de la série: La huitième couleur.

L'histoire se passe sur un monde plat, en forme de disque, porté par quatre éléphants eux-même soutenus par une tortue géante. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Sur ce monde, magie et héros cohabitent en toute sérénité. A Ankh-Morpork, ville à la réputation douteuse, Rincevent, mage déchu, mène son petit bonhomme de chemin, désireux d'éviter les ennuis; depuis en effet qu'un sortilège puissant s'est niché dans son crâne, l'empêchant d'assimiler toute autre forme de magie simple, il a fort à faire pour survivre dans une cité où la corruption et la bêtise règnent en maîtresses absolues. Hélas pour lui, sa route croise celui de DeuxFleurs, le premier touriste jamais rencontré dans cette ville et, à Ankh-Morpork, l'espérance de vie de ce genre d'individu est plus que réduite...

Que ce soit dit, La huitième couleur est loin d'être le meilleur tome des annales du Disque-Monde. Déjà parce qu'il s'agit moins d'un roman que d'une succession d'histoires découpées en plusieurs chapitres et relatant les tribulations de DeuxFleurs et de Rincevent. La narration est donc de ce fait un peu décousue. De plus, le style de Pratchett n'est pas encore abouti, si bien que le récit comporte quelques longueurs, des descriptions un peu fastidieuses ou des répétitions inutiles. Mais bon, on a déjà un bon avant-goût de la série avec un humour décapant, des personnages décalés (que ce soit le faussement inoffensif DeuxFleurs ou l'inoubliable Mort, mon protagoniste favori de la saga) et une mise en place sympathique du décor. Sur le Disque-Monde, Pratchett nous avertit d'office, les dieux se promènent et jouent aux dés, les mages ronflent dans leur université et la réalité tel que nous la connaissons est à prendre à l'envers, ce qui donne lieu notamment à cette scène cocasse où Rincevent déplore l'absence d'une "magie" qui s'expliquerait par la science:

 

" - Il parlait de quoi, alors, si c'est pas de magie?"

Rincevent commençait à se sentir vraiment malheureux. "Je ne sais pas, dit-il. D'une meilleure façon de procéder, j'imagine. Un système un peu plus sensé. Domestiquer... domestiquer la foudre, ou autre chose."

Le diablotin posa sur lui un regard doux mais compatissant.

"La foudre, ce sont les piques que se lancent les géants du tonnerre quand ils se battent, dit-il gentiment. C'est un fait météorologique reconnu. On ne peut pas la domestiquer.

- Je sais, fit Rincevent d'une voix pitoyable. C'est là que pêche mon raisonnement, bien sûr."

 

En résumé, la huitième couleur est à l'image de Rincevent. Ce n'est pas mon volet préféré du Disque-Monde tout comme Rincevent n'est pas mon personnage favori mais je le considère néanmoins avec une grande tendresse parce que, et bien, c'est quand même le premier de la saga...


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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 19:17

L01.jpg8h29

Lisa Bresner

éditions Actes Sud Junior

 

On reste un peu au Japon avec un joli roman pour ados un peu triste, écrit par Lisa Bresner, une jeune écrivain spécialisée dans la culture asiatique et professeur de chinois. Le livre est d'ailleurs posthume: l'auteur s'est suicidée avant sa parution, ce qui lui donne d'ailleurs peut-être ce vernis mélancolique...

Un soir à Nantes, une jeune japonaise, Fumiko, enceinte, est quittée par son amant japonais, le marin Jean. Pendant ce temps, dans le noir, une voyante part se jeter d'un pont en laissant derrière elle, enfermée dans le casier d'une consigne automatique, un bébé du nom de Louisa. Fumiko sauve la petite fille. Quelques mois plus tard, elle-même met au monde une enfant qu'elle appelle Eimi. Les années passent... Louisa, adolescente et restée en France, prend contact avec  Fumiko retournée au Japon avant la naissance de sa fille, et entame une correspondance avec les deux femmes. Eimi et Louisa rêvent de se rencontrer avant longtemps. Hélas, un jour, à 8h29 précisément, le destin va en décider autrement...

Il est assez difficile de décrire ce livre, plus proche du roman adulte que du roman ado, et dont l'écriture tout en finesse n'est pas forcément accessible et peut tout d'abord déstabiliser. Lisa Bresner joue volontiers avec les phrases, mêle les différents types de narration et s'attarde peu sur les sentiments des personnages, préférant les retranscrire dans des scènes révélatrices: Louisa qui se tient sur le bord du pont, fascinée par le vide et prête à sauter comme l'a fait sa mère des années plus tôt, Fumiko qui accroche des prières à un arbre, Eimi qui se fait prendre en photo avec son petit ami... Autant de moments qui, par petites touches apportent bien plus d'émotion que n'importe quel épanchement... 8h29 a aussi la particularité d'être extrêmement décousu: à un moment donné, il m'a fallu repartir en arrière pour être sûre que je n'avais pas raté un épisode. Mais non, c'est comme ça, il y a des blancs, des flous, des interrogations qui restent en supens: un être dont on ne verra jamais le visage, un père dont on ne connaîtra pas l'histoire, une mère dont on ne comprendra pas le suicide... Mal raconté, ce genre de récit peut être une catastrophe: là ça passe très bien. Roman court, 8h29 est une jolie réflexion sur le deuil, pleine de poésie, et qui apporte cependant une touche d'espoir, une histoire qui allie la pudeur asiatique à la passion française. Mariage réussi.

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 19:47

L02.jpgNââândé!?

Eriko Nakamura

éditions NiL

 

Aujourd'hui nous allons parler d'un genre dont vous connaissez tous ma grande passion: le témoignage. Un genre un peu fourre-tout capable du bon mais surtout du pire. Je situerais le livre du jour, Nââândé, entre les deux extrêmes, dans une médiocrité plutôt sympathique.

Dans ce récit court, Eriko Nakamura, japonaise mariée à un français et qui vit depuis maintenant dix ans à Paris, raconte son expérience de la capitale et son choc lorsqu'elle découvre une culture radicalement différente de la sienne: métro, médecin, magasin, conception du couple ou de la famille, soirées et loisirs... Le contraste est violent et choque à de nombreuses reprises la malheureuse expatriée, d'où cette exclamation Nââândé!? qui revient couramment ponctuer le livre...

Le témoignage de Nakamura a fait sur moi plusieurs impressions contradictoires: par moments, il m'a agacée je dois le reconnaître car il égrène bon nombre de poncifs sur les parisiens; les retards, les vendeurs agressifs, les serveurs cavaliers, les grèves... Le tout bien sûr sur un ton qui suggère la supériorité des japonais dans certains domaines mais qui a tendance à faire hausser des épaules le français moins regardant (ainsi par exemple l'auteur est ulcérée car au restaurant, on lui donne l'addition alors qu'elle ne l'a pas demandée) qui trouve ces japonais bien chichiteurs. A d'autres moments, Nââândé m'a fait sourire, lorsque Nakamura fait l'expérience de situations totalement contraires à sa culture: chez le médecin,  elle découvre ainsi avec horreur qu'il lui faut se déshabiller devant un homme! Le tout sans l'aide d'une infirmière bien entendu. Elle découvre aussi une mentalité radicalement différente de la sienne et j'avoue avoir beaucoup ri devant son choc lors de soirées où tout le monde se querelle (les japonais ne s'invitent pas entre eux et choisissent avec soin leurs sujets de conversations pour ne choquer personne) ou en entrant pour la première fois dans une boucherie (les japonais mangent très peu de viande). Mais surtout, Nââândé m'a intéressée dans la mesure où il souligne les contrastes entre la culture japonaise et la culture française. Pour moi qui souhaitais en découvrir davantage sur les japonais, j'en ai eu un petit aperçu assez intéressant: leur pudeur, leur extrême réserve mais aussi leur conception assez "sèche" du mariage et de la famille, ainsi qu'un savoir-vivre tellement poussé à l'extrême qu'il exclut toute spontanéité. Sur le ton de l'humour, Nakamura nous apprend ainsi une ou deux choses intéressantes. Ce n'est pas le livre du siècle, loin s'en faut: les chapitres sont courts, le style basique et il m'a fallu à peine une heure pour le lire dans son intégralité. Ceci dit, cela reste un témoignage assez drôle et qui me poussera d'autant plus à être gentille avec mes prochains clients japonais, histoire de ne pas les traumatiser dans leur expérience de la France...

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 17:42

L03.jpgStrate-à-gemmes

Terry Pratchett

éditions Pocket

 

C'est un triste jour pour moi: aujourd'hui, je vais devoir dire (juste un peu promis) du mal de Pratchett. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, Terry Pratchett est une référence dans le domaine de la fantasy burlesque; il s'agit d'une fantasy déjantée, bourrée d'humour et qui joue avec les clichés du genre et le parodie parfois sans pour autant le dénigrer. Nous reparlerons d'ailleurs d'ici peu dans ce blog de la série qui l'a rendu célèbre, Les Annales du Disque-Monde. Mais, pour l'heure, nous allons parler d'un ouvrage qui n'a rien à voir avec ce cycle et encore moins avec de la fantasy: Strate-à-gemmes.

L'histoire se passe dans l'espace: Kin Arad, femme de plus d'une centaine d'années est spécialisée dans le design planétaire. Elle fait partie d'une entreprise qui crée des mondes et s'emploie à les rendre viables et crédibles avant de les peupler. L'objectif: éviter l'extinction de la race humaine comme cela a failli être le cas dans le passé. Kin, elle-même humaine, est une sommité dans son domaine et ne tolère guère les planètes inabouties ou les jeunes créateurs par trop facétieux. Aussi, quand un homme étrange vient lui parler d'un monde plat en forme de disque, peuplé de dragons, de vikings, de démons et de tapis volants, une planète qui défie les lois de la physique et du bon sens, notre héroïne ne peut résister à la curiosité d'en savoir plus. Escortée de deux  acolytes extraterrestres, elle se lance sur les traces de cette aberration de la nature...

Ecrit un peu avant la série des Disque-Monde , Strate-à-gemmes est ce que je qualifierais de science-fiction burlesque. Il y a des vaisseaux, de gros extraterrestes poilus, des gadgets rigolos... Les personnages sont assez sympathiques, l'intrigue de base est plutôt sympa mais comment vous dire? L'écriture ne prend pas, peut-être trop sage. On sent Pratchett peu à l'aise dans un registre trop technique, un univers qu'il ne semble pas forcément maîtriser. La seconde partie du roman est plus intéressante dans la mesure où elle se passe dans le fameux monde plat. Ce monde n'obéissant à aucune logique, l'imagination de l'auteur prend alors pleinement sa mesure et le style de Pratchett retrouve toute sa verve. Le livre est donc inégal, naviguant entre de la science-fiction classique et de la science-fiction de parodie dans un flou des plus inconfortables. L'humour présent dans le récit perd de sa vivacité et le lecteur, un peu perdu, perd par la même occasion son intérêt pour une histoire qui devient presque ennuyeuse. Lisez Pratchett, je vous encourage tous vivement. Mais mieux vaut ne pas commencer par celui-là...

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 14:59

L02.jpgLe Neveu de Rameau

Denis Diderot

éditions Livre de Poche

 

Oui, pas la peine de chipoter: non effectivement, Diderot ne fait pas partie des auteurs du 19ème siècle et la logique voudrait qu'on n'en parle plus. Mais Le neveu de Rameau est un texte publié de façon posthume et, à ce titre, les 1001 livres le classe dans les oeuvres incontournables de cette époque. Donc, parlons-en.

La scène se passe dans un café parisien, fréquenté essentiellement par des joueurs d'échecs. Le narrateur, un "moi" derrière lequel se cache l'auteur, s'entretient avec le neveu de Rameau, le célèbre musicien. "Lui", le neveu, n'a rien d'un être de génie, se définissant lui-même comme un médiocre, mais son intelligence n'a d'égal que sa moralité des plus douteuses. Rameau est un vaurien sans scrupules qui ne croit guère qu'au pouvoir de l'argent et qui considère les hommes avec cynisme, les voyant comme des marionnettes soumises au bon vouloir d'hommes plus puissants. "Moi", le philosophe désapprouve sa conduite légère. Le dialogue est moins un échange qu'une passe d'armes entre deux personnages et l'occasion pour Diderot de mettre à face-à-face deux conceptions opposées du libertinage, tout en égratignant quelques-uns de ses contemporains au passage. C'est aussi l'occasion pour l'auteur d'exprimer sa pensée sur la musique, seul sujet sur lequel "lui" et "moi" sont en harmonie...

J'avais déjà lu Le neveu de Rameau dans le cadre de mes études et j'en ai déjà fait des dissertations et des analyses de texte aussi, vous ne m'en voudrez pas si je fais court aujourd'hui. Rien à dire, le style de Diderot est brillant, le ton est féroce et le dialogue ponctué par la pantomime constant du neveu est un régal littéraire. Les sujets abordés sont des brûlots pour l'époque, la forme du récit est original... Voilà, après le texte est dense, fourmille de références diverses et variées et, surtout, se lit plus à mon sens comme un essai que comme un roman. Si le neveu a un côté canaille qui fait rire, le "moi" pontifiant et plein de principes est plus ennuyeux. N'allez pas hurler: oui, je sais que Le Neveu de Rameau est un chef-d'oeuvre, un brillant exercice de style, etc. Mais, pour tout vous dire, ça ne me parle pas. Il en est comme pour Candide de Voltaire: je reconnais les mérites de l'écriture mais je n'y accroche pas. Je lis le début avec plaisir, je comprends les implications mais, petit à petit, l'entrain s'essouffle et je quitte le texte aussi soulagée que j'étais contente d'y rentrer... Le 18ème et moi ne seront définitivement jamais bons amis...

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 11:32

L01.jpgEnquête au collège l'intégrale 1

Jean-Philippe Arrou-Vignod

éditions Gallimard Jeunesse

 

La note d'aujourd'hui sera plus légère qu'à l'ordinaire, désolée. Il faut un peu diversifier ses lectures et, d'un point de vue purement pratique, j'en ai assez de sécher lorsqu'on me demande des romans pour enfants; "pour des ados?" je demande avec espoir. Non, non pour ces petites têtes blondes bruyantes, à l'école ou au début du collège, et qu'on ne peut pas encore traumatiser avec des histoires de viol, de meurtre ou de vampires. Il est donc de temps de prendre le taureau par les cornes et de s'atteler à ces romans qui détermineront le goût des futures générations et qui plus tard, les empêcheront peut-être de demander en gloussant le dernier 50 nuances de Gray...

On commence donc avec un auteur ultra-classique mais que je ne connaissais que de réputation jusqu'à présent, Arrou-Vignod, et avec les trois premiers volumes de sa série la plus célèbre, Enquête au collège, réunis ici en un un seul tome. Trois collégiens, les grands gagnants d'un concours d'histoire, sont en route pour Venise, flanqués de leur professeur, monsieur Coruscant. Ils n'ont rien en commun: Rémi est un cancre notoire, un peu chahuteur sur les bords; Mathilde est une jeune fille timide et brillante qui supporte mal d'avoir changé de collège; Pierre-Paul (alias P.P) enfin est un surdoué tête à claques, persuadé d'être le plus grand génie de la terre. Tous les trois ne se connaissent pas vraiment, mais, pourtant, ils vont être obligés d'unir leurs forces lorsque leur professeur disparaît mystérieusement dans la nuit, les laissant seuls dans le train et bientôt livrés à eux-même dans une ville étrangère...

Il faut une certaine gymnastique cérébrale pour lire un récit pour les plus jeunes  et se souvenir de temps à autre qu'il s'agit d'un livre pour enfants et que c'est tout à fait normal que des phrases nous paraissent un peu bêbêtes. Ceci dit, l'oeuvre de Arrou-Vignod est malgré tout bien écrite et évite justement de tomber dans la niaiserie condescendante. L'auteur multiplie les points de vue: le premier tome est raconté par les trois protagonistes à tour de rôle, le second par Rémi, le troisième par P.P.  De ce fait, cela permet au jeune lecteur d'apprécier la différence de style entre le ton léger et moderne de Rémi, l'écriture mélancolique de Mathilde ou le récit pontifiant et emphatique de Pierre-Paul. A l'enfant ensuite de s'identifier à l'un ou l'autre de ces personnages. L'intrigue est bien menée car elle évite à la fois de faire de nos héros des détectives chevronnés ridiculisant les forces de police à la manière du Club des Cinq (pas très crédible) et à la fois d'en faire des sales gosses qui fabulent. Du suspens mais pas de morts; des vols mais pas de traumatisme; des enlèvements mais pas de sang. Bref, un roman parfait pour donner aux plus jeunes le goût de la lecture et se faire la réflexion que l'art d'écrire pour la jeunesse est un art beaucoup plus difficile qu'on ne le croit...

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 17:27

L04.jpgHors champ

Sylvie Germain

éditions Le Livre de Poche

 

Aurélien mène une vie tranquille: Bientôt quinquagénaire, il est célibataire mais fréquente la jolie Clotilde avec qui il envisage d'avoir un enfant. Il n'a jamais connu son père mais a une mère attentionnée et un demi-frère Joël qu'une agression a rendu idiot. Il travaille dans un bureau et compte quelques amis parmi ses collègues; il rêvasse en regardant Glagys, l'hôtesse d'accueil et, pendant ses heures libres, compulse les notes de Joël pour lui rendre hommage. En bref, Aurélien est un homme ordinaire qui mène une vie ordinaire. Mais un dimanche, le train-train d'Aurélien déraille: insomnies, ordinateur qui tombe en panne, passants qui le bousculent... Le phénomène s'accentue et, bientôt, Aurélien réalise avec horreur qu'il est en train de disparaître. Ainsi, tout au long de la semaine, tandis que son existence s'efface, que ses proches l'oublient, Aurélien se voit lui-même devenir de plus en plus flou, comme une photo qui perdrait tout doucement en netteté...

Plutôt grosse nouvelle que roman, Hors Champ est une réflexion assez angoissante sur la notion même d'existence: existe-t-on dès le moment où personne ne se rend compte de votre existence? Aurélien erre tel un fantôme dans une ville indifférente, devenu assez semblable aux SDF que personne ne voit plus. Ignoré de tous, son image se brouille, il devient flou, les objets le trahissent... Avec un minimum d'effets et une grande finesse dans l'écriture, Sylvie Germain parvient à mettre en scène toute la détresse d'un homme qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui commence la semaine en se faisant ignorer dans les cafés pour la finir seul, affamé et sans domicile (les hommes invisibles n'ont pas d'appartement) oublié par sa fiancée et sa propre mère. C'est assez triste et certains passages m'ont touchée même si je regrette le final pour le coup un peu trop dans la surrenchère et tranchant nettement avec la sobriété de l'ensemble. Aurélien a-t-il disparu parce qu'il devenait trop vieux, semblable aux livres dont se débarrassent ses voisins au début du roman? Le récit n'apporte aucune réponse: conte noir, il se contente peut-être seulement au fond de mettre en scène l'une nos pires craintes: nous faire rejetter ou oublier par ceux que nous aimons...

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