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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 20:03

L02.jpgNox t.1

Ici bas

Yves Grevet

éditions Syros

 

La pollution a contaminé la Terre. Désormais, le monde vit dans le noir et les hommes ont vu leur espérance de vie considérablement diminuer. On se marie jeune pour être sûr d'avoir des enfants et l'on fait le même métier que ses parents car c'est plus facile ainsi. On produit l'électricité grâce à sa propre énergie et on économise l'eau car c'est une denrée trop précieuse pour être gaspillée en douches ou en lessives. Chacun a sa place et doit y rester sinon gare à la milice! ça c'est en bas ceci dit car, en haut, au-dessus de la pollution, il y a les autres, ceux qui vivent comme nous vivons actuellement et qui ne se soucient guère de leurs camarades malchanceux dont ils feignent d'ignorer l'existence. Pourtant, par un concours de circonstances, deux adolescents de chaque monde vont être amenés à se rencontrer: Lucen, sur le point d'épouser son amie d'enfance Firmie, fait la connaissance de Ludmilla, une jeune fille riche des hauts quartiers qui cherche à retrouver sa gouvernante Marta, une femme venue d'en bas. Ce choc des cultures va pour eux se révéler un véritable déclencheur et leur attirer par la même occasion bon nombre d'ennuis...

Il y a des romans ados qui peuvent aussi intéresser les adultes, et il y a des romans ados clairement et exclusivement destinés aux ados. Nox en fait partie. L'idée de départ est plutôt sympathique mais est traitée de façon enfantine; la narration s'appuie sur le récit de Ludmilla, de Lucen et de l'ami de Lucen, Gerges, un fervent adepte de "chacun sa place" et le style trop simple colle mal avec la gravité du sujet. Les descriptions du monde d'en bas sont parfois confuses et le lecteur a bien du mal à appréhender ce monde plongé dans le noir, tout comme il a du mal du coup à se laisser porter par une intrigue sommaire et assez manichéenne (il y a les méchants riches et les gentils pauvres, les méchants miliciens etc.). Pour un adulte, Nox n'offre donc pas un intérêt immense puisqu'il allie une thématique usée jusqu'à la corde (le monde apocalyptique) à une écriture basique. En revanche, les plus jeunes apprécieront sans doute l'histoire pleine de rebondissements et s'identifieront sans mal à des personnages sommés d'entrer en conflit avec leurs parents pour faire leurs propres choix: Lucen refuse d'épouser la fille que sa mère lui destine pour imposer Firmie, Gerges déçoit son père Gregire en trahissant la milice et Ludmilla ment à son père pour découvrir la vérité sur Marta... Ainsi, à défaut d'être le chef-d'oeuvre qui bouleversera les foules, Nox reste un roman honnête dont je lirai la suite sans déplaisir à défaut de l'attendre avec impatience.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 19:59

L10La maison des derviches

Ian McDonald

éditions Denoël

 

La science-fiction est un genre qui me laisse perplexe. Je ne peux pas dire que je n'aime pas. J'ai adoré Spin; j'ai lu avec plaisir la trilogie martienne de Robinson. J'apprécie Bradbury et Adams. Mais la plupart du temps, je dois humblement l'avouer, la science-fiction m'ennuie à mourir. Et le livre dont je vais vous parler aujourd'hui ne fait malheureusement pas exception à la règle.

2027. La Turquie vient d'entrer dans l'Union Européenne et oscillle entre tradition et modernité. L'action se passe à Istanbul. Un jour d'avril étouffant, une femme se fait sauter dans un tram. L'attentat, non revendiqué, et qui ne fait aucune victime apparente, va pourtant avoir des répercussions sur un groupe d'habitants vivant tous au même endroit, la maison des derviches de la place Adem-Dede. Necdet, témoin direct de l'explosion, commence à voir des djinns; son jeune voisin Can, un gamin de neuf ans, décide d'enquêter grâce à ses robots sur les auteurs de l'attentat, la jeune Leyla rate un entretien pour un travail et se retrouve contrainte d'accepter l'offre d'un membre de sa famille: se charger du marketing pour de la nanotechnologie... Pendant ce temps, l'antiquaire Ayse se lance dans la recherche d'un sarcophage légendaire tandis que son époux  lui prépare une escroquerie majeure qui lui assurera la fortune..

En vrac, dans La maison des derviches, on parle géopolitique, économie, environnement, technologies futuristes, légendes oubliées, amour et religion. C'est très complet mais, du coup, le point négatif c'est que c'est très dense. Aussi, si vous n'êtes pas trop calés dans un domaine ou dans un autre, vous vous retrouvez vite sur le côté et avec pas forcément l'envie de poursuivre la route. Il y a beaucoup de personnages et l'auteur saute de l'un à l'autre sans cesse. Il introduit qui plus est à chaque fois de nouvelles données, ce qui fait que l'action revient parfois  (souvent) en arrière et brouille encore plus le lecteur. Je ne peux pas dire que ce soit un livre que je n'ai pas aimé. Je pense très sincèrement que c'est sûrement très bien, très complet; Mc Donald a une connaissance du Proche-Orient assez étonnante et les descriptions d'Istanbul sont tout simplement magique. Les personnages sont assez amusants, notamment Leyla, la responsable marketing malchanceuse.. Mais voilà; j'ai eu du mal à suivre toute l'intrigue et du coup je me suis un peu ennuyée. Je peux reconstituer l'histoire de Necdet ou de Ayse sans trop de mal, mais ne me demandez pas ce que magouille exactement le mari d'Ayse avec ses trafics de gaz naturel. Cette partie là est un peu floue... Amateurs purs et durs de SF, ruez-vous sans crainte sur La maison des derviches, je pense que vous y trouverez votre compte. Les autres... heu, commencez peut-être plus léger.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 12:50

L01.jpgLes Jalna

Mazo de la Roche

(16 volumes)

éditions Omnibus

 

Qu'est-ce que le livre doudou? Le livre doudou est un phénomène incompréhensible; il s'agit d'un livre, pas forcément extraordinaire d'ailleurs, qui, pour une raison ou pour une autre vous a touché, un livre que vous prenez plaisir à lire et relire encore quand ça ne va pas ou quand vous avez tout simplement envie de vous détendre et que vous défendez bec et ongles alors même que vous savez très bien au fond de vous que ce n'est pas non plus le chef-d'oeuvre absolu. A noter d'ailleurs que ça marche aussi pour les films; je connais quelqu'un qui défend encore Dirty Dancing...

J'ai plusieurs livres doudou, mais celui dont je vais vous parler aujourd'hui est de taille puisqu'il s'agit d'un cycle en seize ouvrages .

Tout commence en 1927 lorsqu'une canadienne écrit un premier ouvrage intitulé Jalna mettant en scène une famille de l'Ontario, les Whiteoak, vivant dans une grande demeure un peu à l'écart. Il y a la grand-mère Adeline, une centenaire irascible; il y a les oncles Nicolas et Ernest, des rentiers indolents très vieille école et qui ont dilapidé leur fortune en Angleterre. Il y a les petits-enfants: Renny, le patriarche rouquin de la famille et sa soeur Meg, une grosse vieille fille aux abords chaleureux mais à la langue de vipère; il y a leurs quatre demi-frères, Eden, Piers, Finch et Wakefield. Piers s'attire les foudres de ses aînés en épousant Pheasant, la fille naturelle de l'ancien fiancé de Meg; quant à Eden, poète, il se marie avec une jeune new-yorkaise, Alayne, dont son frère Renny tombe aussitôt amoureux. Trahisons, adultères, passions, querelles familales rythment ce premier tome qui rencontra un tel succès que Mazo de la Roche, l'auteur, se retrouva contrainte d'écrire la suite. En fin de compte, le roman devint une saga en plusieurs tomes, repartant parfois d'ailleurs en arrière (ainsi dans l'ordre chronologique Jalna est devenu le septième tome) et racontant toute l'histoire de la famille Whiteoak depuis son installation au Canada (en1854) jusqu'au centenaire de la maison. Sans doute Mazo de la Roche aurait-elle poursuivi (même si elle le faisait sur la fin un peu malgré elle) puisqu'elle est morte à peine un an après la publication du seizième tome, Matins à Jalna (le second dans l'ordre chronologique)

Que dire? Les Jalna est une oeuvre inégale. Certains romans sont vraiment une réussite, mes préférés étant incontestablement le premier sorti Jalna ainsi que le troisième dans l'ordre chronologique Mary Wakefield. D'autres sont plus poussifs; La naissance de Jalna est une plate présentation du cycle tandis que Matins à Jalna a des relents de racisme et d'esclavagisme assez désagréables. Le style de Mazo de la Roche, soyons claire, n'a rien d'exceptionnel et les intrigues de la série sont dignes d'un roman feuilleton. En revanche, l'auteur a un don incroyable pour camper ses personnages et leur faire prendre vie, que ce soit à Adeline, la grand-mère caractérielle, totalement sénile mais curieusement touchante, la new-yorkaise Alayne, posée, tatillonne mais passionnée, Renny le patriarche irritant mais solide, Finch le compositeur maudit, Wakefield l'enfant prodigue, ou à Eden le poète libertin...Le lecteur s'attache à tous les personnages, chacun se choisissant son petit chouchou, et suit leurs aventures avec le même intérêt que pour une série télévisée. Mazo de la Roche était peut-être une écrivain banal mais c'était à coup sûre une fine psychologue et rien n'est plus réjouissant dans ses livres que les traditionnelles querelles famililales où l'humour et l'auto-dérision ne sont jamais très loin, l'auteur posant sur ces créations un regard à la fois extrêmement critique et plein de tendresse. C'est pourquoi d'ailleurs je vous déconseille l'adaptation télévisée qui a été faite dans les années 90 avec Danielle Darrieux. Elle gomme le léger cynisme de l'histoire (les Whiteoak vivent bon nombre d'histoires d'amour qui se terminent mal et font des mariages mal assortis. Renny et Alayne passent leur temps à se quereller, Piers et Finch n'aiment pas leurs fils, Dennis est un petit garçon psychopathe, Meg une harpie radine) pour en faire une saga familiale proprette sans adultères (dans l'oeuvre de Mazo de la Roche, Pheasant trompe Piers avec son frère Eden tandis que dans la série elle repousse ses avances, Alayne est mariée avec Eden alors que dans la série elle n'est que fiancée, etc.) et avec des personnages lisses et très gentils (Meg est une soeur modèle qui encourage les talents de ses frères alors que dans la saga, bien au contraire, elle s'oppose au goût de Finch pour le piano, Danielle Darrieux est une grand-mère dynamique et moderne alors que Adeline Whiteoak est impotente et sénile). Roman de gare? Saga de midiinette? Pour ma part, les Jalna restera cette rangée de livres dans la bibliothèque de mes parents que j'avais toujours plaisir à aller chercher et qui ont bercé mon adolescence. Et vous? Quels sont vos livres doudous?

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:05

L02.jpgLes morsures du passé

Lisa Gardner

éditions Albin Michel

 

Allez, je vous l'avais promis: on passe un peu à de la lecture contemporaine, et comme nous nous sommes cassés la tête sur Diderot ou Hölderlin, il est juste de passer à de la littérature beaucoup plus légère, un policier qui pour le coup ne réclame ni appareil critique, ni analyste stylistique.

D.D Warren, enquêtrice de bientôt quarante ans, commence à avoir des velléités d'enfants et de vie de famille. Hélas pour elle, son bipper sonne au moment d'un rendez-vous prometteur et l'envoie sur les lieux d'un crime, une petite maison de banlieue. Une famille entière a été décimée et tout semble désigner le père comme coupable. Mais D.D ne tarde pas à se rendre compte que quelque chose ne colle pas: le père ne semble pas s'être suicidé et n'avait guère le profil d'un tueur. Qui plus est, quelques jours plus tard, une famille entière est de nouveau assassinée: profil différent mais même mode opératoire. Ces deux familles n'avaient rien en commun si ce n'est qu'elles avaient chacune un enfant atteint de troubles mentaux. Tous les deux avaient fait un séjour dans le service pyschiatrique d'u même hôpital...

Avec un sujet plutôt intéressant, les enfants psychotiques, Les morsures du passé s'inscrit dans le registre du livre policier facile, à trimballer à la plage ou à lire au coin du feu selon la saison. Le style est bateau, l'intrigue bourrée de bons sentiments (des mères courageuses, des familles dans le besoin mais patriotes, des célibattantes dynamiques) les descriptions édulcorées et il y a un savant mélange de psychologie à la louche et de spiritualité douteuse qui ravira les plus sensibles d'entre nous. C'est clairement écrit pour les femmes: l'auteur est une femme et seules les personnages féminins sont un peu fouillés. Les protagonistes masculins pour le coup ne sont eux que de ravissants tas de muscles, protecteurs et bourrés d'humour. Bon ça tombe bien, je suis une femme, aussi j'ai pu accrocher assez facilement à une histoire rondement menée et pleine de suspens. ça ne donne pas mal au crâne, ça se lit vite, et l'intrigue réserve quand même quelques rebondissements inattendus. Pas le polar de l'année donc mais un bon bouquin de gare et, quelquefois, c'est tout ce qu'on demande à un roman...

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 19:45

L10Hypérion

Hölderlin

éditions Flammarion

 

Oui, promis, on va revenir à des lectures plus récentes dès la prochaine note, mais il faut finir le 18ème siècle dans Les 1001 livres... alors un peu de concentration s'il vous plaît! Car l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui en nécessite beaucoup.

Hypérion c'est un roman épistolaire entre deux protagonistes, le héros éponyme et son ami allemand, Bellarmin. Ceci dit, seul les lettres d'Hypérion sont transcrites, ce qui donne plutôt au récit l'aspect d'un long monologue. Hypérion est un jeune homme grec plein d'idéaux, qui souffre de voir son pays, naguère patrie de la poésie et de la philosophie, sous le joug de la Turquie. Il rêve de retrouver la Grèce d'autrefois, la Grèce antique. Son chemin croise celui d'Alabanda, un jeune homme dont il devient l'ami passionné (amitié qui semble d'ailleurs plus proche de l'amour) avant de le quitter lorsque celui-ci lui annonce faire partie d'une ligue secrète douteuse. Nouveaux errements, nouvelles complaintes au milieu de la nature. Puis,  Hypérion croise le chemin de Diotime, une charmante jeune fille dont il tombe amoureux. Mais bientôt, sa soif d'absolu ne se satisfait plus de cette passion tranquille....Diotime conseille à son amant de voyager et de "changer les hommes" par sa parole, sorte de messie grec. Mais un courrier d'Alabanda pousse plutôt Hypérion à choisir les armes pour libérer la Grèce de l'esclavage, une décision qui sera lourde de conséquence pour les trois protagonistes...

Si Hölderlin qualifiait son roman de "cannibale" c'est pour une bonne raison. Hypérion en effet est un livre qui a été manifestement plus écrit pour son auteur que pour un lectorat potentiel. En témoigne la narration uniquement à la première personne, le caractère parfois décousu des lettres, l'aspect exalté de l'ensemble... Disciple de Rousseau, l'auteur glorifie la nature et reprend quelques thèmes chers à notre philosophe: l'idée que l'homme ne doit être éduqué que lorsque l'esprit est totalement formé, que la nature est bonne et la société mauvaise, etc. Hölderlin s'enflamme également pour une civilisation grecque antique qu'il pare de toutes les vertus tandis qu'il voue aux gémonies la société contemporaine, tâclant d'ailleurs assez sévérement son propre pays, l'Allemagne. Niveau intrigue, ne cherchez pas, l'intrigue n'est de toute évidence qu'un prétexte: j'avoue d'ailleurs avoir du mal à considérer de ce fait Hypérion comme un roman. Ce n'est pas non plus un long poème... ben en fait je sais pas trop ce que c'est. L'écriture est plutôt belle et certains passages sont particulièrement réussis, les passages sur l'amour ou sur le bonheur par exemple. Je suis en revanche restée de marbre devant l'aspect "patriotique" de l'histoire et je me suis profondément ennuyée  à l'évocation de la Grèce antique, ne partageant pour le coup absolument pas le goût de Hölderlin pour les hommes en toge. Ce que je reprocherais le plus à ce livre, c'est son aspect étouffant. Le narrateur se lance dans des considérations exaltées ou des critiques cinglantes mais, quoi qu'il arrive, il n'est jamais contredit. Son ami l'idôlatre, sa maîtresse le considère comme un demi-dieu et le correspondant bienveillant, Bellarmin ne remet jamais en cause aucune des lettres. Nous avons un seul point de vue, un personnage qui apparaît comme parfait, trop bon pour ce monde de dégénérés, un héros grec trop lisse au style emphatique et à la comparaison grandiloquente. Dans Hypérion, il n'y a absolument aucune distanciation entre le personnage et son auteur, les deux s'identifient tellement qu'il est difficile pour un lecteur de se faire sa place dans ce monologue tantôt amer tantôt lyrique. Pour la petite histoire, sachez que Hölderlin a fini plus ou moins fou et, si vous lisez Hypérion je pense que vous comprendrez pourquoi....

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:35

L01.jpgDracula

Bram Stoker

éditions J'ai Lu

 

Bon, à défaut de finir l'année avec le 18e siècle, nous allons terminer 2012 en parlant de vampires. Que ce soit clair: je ne veux pas entendre de gloussements hystériques, ni les noms de Bella ou d'Edward ou même des créatures pleurnichardes d'Anne Rice. Aujourd'hui, nous parlons d'un VRAI vampire.

19e siècle. Un jeune clerc de notaire du nom de Jonathan Harker est envoyé par son patron au coeur des Carpates pour rencontrer un certain comte Dracula. Ce dernier souhaite en effet s'installer à Londres et a besoin de Jonathan pour mettre en ordre ses affaires. Si Dracula est affable, il n'en demeure pas moins un hôte étrange. Il ne mange pas, demeure absent une partie du jour, vit sans domestiques et converse avec les loups. Jonathan ne tarde pas à se rendre compte qu'il est prisonnier du château et le jeune homme pourtant peu superstitieux découvre avec horreur que le comte est doté de pouvoirs maléfiques et surnaturels... Quelques semaines plus tard, en Angleterre, la douce Mina, la fiancée de Jonathan, sans nouvelles de ce dernier va passer quelques temps avec sa meilleure amie Lucy mais s'inquiète. En effet Lucy, également sur le point de se marier, est sujette à des crises de somnambulisme et semble souffrir d'une anémie particulièrement sévère. Son fiancé Arthur, et un ami médecin (également amoureux de la jeune fille) essaient en vain de la guérir...

Construit à partir du journal de Jonathan de Mina de Lucy ou encore du docteur Seward, de la correspondance entre les différents personnages, et entrecoupée d'articles de journaux, la narration offre une grande richesse de points de vue et permet au lecteur d'aborder toutes les facettes de l'intrigue. Mieux encore, elle permet au comte Dracula de revêtir plusieurs aspects: vieillard inquiétant pour Jonathan, dangereux séducteur pour Mina et Lucy, monstre sanguinaire pour Van Helsing... Le personnage change de visage tout au long de l'histoire et cette mobilité en fait un être inquiétant car indéfinissable. On peut être un peu désarçonné par l'aspect très sec, quasi scientifique de l'écriture. En effet, tous les personnages à l'exception de Lucy sont des êtres rationnels, dénués de superstition et leurs écrits sont de ce fait empreints de la même rigueur. Mais, c'est justement de ce décalage entre le style clinique et les événéments surnaturels relatés que naît le fantastique. Il faut noter aussi l'érotisme omniprésent du livre: Dracula ainsi que ses "épouses" sont décrits comme des êtres d'une sensualité troublante et la jolie héroïne pure devient une créature perverse et voluptueuse une fois transformée en vampire. Chez Stoker, la sexualité à l'instar du vampire est diabolisée tout en exerçant une certaine fascination. Bref, est-il besoin d'en rajouter? Dracula n'a pas créé la légende vampirique mais l'a rendue populaire, générant des adaptations et des descendants plus ou moins réussis. Si je n'apprécie guère le caractère trop lisse des protagonistes, je ne peux en revanche qu'être impressionnée par la maîtrise de Stoker et par son don pour la description inquiétante d'un château perdu au fin fond des Carpates et entouré par les loups, d'une jeune fille en chemise de nuit errant au clair de lune, d'une silhouette d'homme penché au-dessus de sa victime. Laissez tomber Twilight par pitié. Les vampires de Stoker ont quand même plus la classe...

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:28

L08.jpgLa religieuse

Diderot

éditions Flammarion

 

C'est l'objectif de fin 2012: terminer les classiques du XVIIIe siècle des 1001 livres... pour entamer dans la bonne humeur l'année 2013 avec le XIXème. On continue donc avec Diderot que nous avions quitté sur Jacques le fataliste et que nous retrouvons avec La religieuse.

L'histoire du livre est intéressante car elle commence par une plaisanterie entre Diderot et ses amis. Désireux de jouer un tour à l'une de leurs connaissances, ils entrent en correspondance avec ce dernier en se faisant passer pour une jeune fille que ses parents ont mise de force au couvent. La religieuse implore l'aide du gentil dupe et raconte son histoire malheureuse. La plaisanterie a fini par tourner court, les lettres sont devenus un roman. Suzanne Simonin, gentille jeune fille dont le seul tort être d'être l'enfant illégitime de sa mère, est enfermée très jeune et sommée de faire ses voeux . Elle s'engage en religion presque par la force mais décide bientôt de se rebeller et de faire le nécessaire pour se libérer de ces liens perpétuels. Son obstination mais également sa douceur et ses talents lui attirent bientôt la haine de ses compagnes. Persécutée dans son premier couvent, courtisée par sa mère supérieure dans le second, Suzanne mène un rude combat pour retrouver sa liberté...

Il est évident que la sortie du roman fut un coup de tonnerre. La religieuse, critique très virulente de l'Eglise, était un véritable brûlot car il dénonçait une société qui enfermait des jeunes filles par commodité. Suzanne a ceci de particulier qu'elle ne veut pas rompre ses voeux pour l'amour d'un homme, comme c'est le cas par exemple pour l'un des personnages féminins du Moine. Elle réclame seulement le droit à la liberté; son désir de briser ses voeux prend de la sorte quasiment une dimension politique. La description que fait Diderot des couvents est de plus extrêmement féroce. Présentés au mieux comme des lieux de désoeuvrement où les sens et les passions sont exacerbées et conduisent à la débauche (dans le couvent de Sainte-Eutrope la supérieure fricote avec bon nombre de ses ouailles dont l'héroïne) ils peuvent devenir au pire des lieux propices à la pire cruauté (dans son premier couvent, Suzanne est maltraitée et subit même la torture) En bref, La religieuse était un ouvrage polémique qui n'aurait pu d'ailleurs être publié sous l'Ancien-Régime.

Mais... Les années ont passé et la portée politique du livre a perdu tout ou presque de sa force. Ne reste alors plus que la narration et l'intrigue et, pour le coup, j'avoue avoir été franchement déçue. L'héroïne est une oie blanche assez semblable aux héroïnes de Richardson (dont Diderot était un fervent admirateur) un modèle de vertu et de candeur insupportable. D'ailleurs, le personnage est plutôt contradictoire: comment une telle gourde qui ne voit pas le mal à ce que sa supérieure la déshabille et la caresse, comment une jeune fille aussi ingénue peut-elle avoir assez de force de caractère pour s'opposer à toute une institution? Certes, les lecteurs du XVIIIème aimaient pleurer à chaudes larmes devant les malheurs de jeunes filles en fleur perdues dans un monde trop cruel pour elles (c'était des pleurnichards que voulez-vous) mais là j'avoue que moi, les tortures et les souffrances de Suzanne m'ont plutôt laissée de marbre. Le personnage est trop lisse. Quant à la narration...Dans Jacques le fataliste, il y avait souvent des incohérences, des oublis, Diderot ayant de de toute évidence un léger souci avec la vraisemblance, ce qui n'était pas gênant dans ce cas précis puisque, de toute manière, Jacques le fataliste était un roman qui jouait avec le genre du roman. C'est beaucoup plus ennuyeux dans La religieuse qui se veut au contraire un récit réaliste. Euh dites, vous trouvez ça réaliste un roman dans lequel l'héroïne ne vieillit quasiment pas, un roman qui se contredit sans cesse? (la narratrice prétend ignorer ce qu'il est advenu de l'une de ses amies avant de décrire sa mort, dit beaucoup de bien de sa supérieure et la prétend innocente avant de raconter à quel point elle est fourbe) Et cette fin... misère! On a l'impression que, au milieu du récit, Diderot s'est dit que, bon, ça va comme ça j'en ai assez de Suzanne, pouf on va accélérer un peu le rythme de la narration. Des pages et des pages pour raconter l'agonie de la supérieure, les atermoiements de la religieuse, deux pages pour narrer l'évasion de Suzanne, une tentative de viol, sa détresse, sa situation actuelle, etc. Seriously? Voilà voilà... Au final je me suis bien ennuyée (même la préface est ennuyeuse) et Diderot baisse dans mon estime, clairement plus à l'aise à mon sens dans le registre léger que dans le roman tragique: n'est pas Rousseau qui veut...

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 20:23

L02.jpgGone t.5 la peur

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse

 

On approche tout doucement de la fin dis donc. Pas de la fin du monde rassurez-vous mais de la fin de la série Gone qui, avec ce tome 5 s'achemine tranquillement vers sa conclusion. On rappelle donc les règles pour ceux qui les ignorent encore: que ceux qui n'ont pas lu la série et qui veulent la lire s'en aillent merci!

A Perdido Beach, la communauté s'est scindée en deux: certains sont restés en ville sous la dictacture officielle de Caine et, officieuse, d'Albert, tandis que d'autres ont préféré s'exiler avec le gentil Sam sur les rives du lac. Parmi eux, l'ex petite amie de Caine, Diane, enceinte de l'enfant de ce dernier. Astrid ne fait partie d'aucun des groupes; désespérée après ce qui est arrivé à son petit frère Pete, elle vit en marginal près de la paroi. Cependant deux événements vont la forcer à sortir de sa cachette: le dôme qui entoure la ville commence à noircir et, s'ils ne font rien, les enfants vont bientôt se retrouver plongés à jamais dans l'obscurité. Qui plus est, l'Ombre s'agite dans son antre: elle veut récupérer le bébé à naître et prendre possession de son corps...

Inutile de vous le cacher, la série devient de plus en plus glauque. La petite nouveauté par rapport aux premiers tomes, c'est que nous avons enfin un aperçu de ce qui se passe au-dehors de la Zone et de ce qui est arrivé aux adultes. Si du coup la narration perd son caractère anxiogène, l'ouverture sur l'extérieur permettant au lecteur de souffler un peu, l'intrigue avance enfin et apporte quelques éléments de réponse. Quant aux personnages, ils sont toujours aussi intéressants, toujours aussi troubles.... Comme dans chaque volume, Grant joue à la fois sur l'intrigue principale, le Gaïaphage terré dans un coin de la Zone, et sur une intrigue secondaine, la Paroi qui s'obscurcit. Prévisible mais agréable, comme toujours une lecture facile à défaut d'être un chef-d'oeuvre de littérature. La fin du volume, pleine de suspens, me fait attendre avec impatience le tome 6, dénouement de l'histoire...

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 19:40

L01.jpgFéerie générale

Emmanuelle Pireyre

éditions de l'Olivier

 

Et comme ce blog a toujours une longueur d'avance, nous avons parler aujourd'hui d'un livre...de la rentrée littéraire. Mieux vaut tard que jamais...

Bon, déjà, même s'il est classé dans cette rubrique, il est difficile de qualifier Féerie générale de roman. En effet, le livre de Pireyre se présente sous la forme de plusieurs chapitres aux titres volontairement énigmatiques (Comment laisser flotter les fillettes? ou Nietzsche est-il hallal?)  autant de questions obscures et à dire vrai stupides, joyeuses parodies de questions idiotes que l'on pourrait retrouver sur des forums Internet ou des magazines et que l'auteur aborde avec le plus grand sérieux. Car le but de Pireyre c'est ça, récupérer tout ce qui fait l'apanage du 21ème siècle: port du voile, maisons écologiques, crise financière, management sauvage, informatique et Internet... et les adapter à sa sauce. Elle pioche des conversations sur les forums,  mixe des propos d'ados à des discours sociologiques, alterne une réflexion sérieuse avec les clichés les plus consternants, débat tout aussi bien de religion ou d'amour que de toilettes sèches.... Le but du jeu? Un joyeux bric-à-brac au demeurant plutôt lisible et qui se présente essentiellement comme un exercice de style: mélange de genres, personnages hétéroclites, situations invraisemblables... L'auteur pose un regard bienveillant sur ses personnages et si l'absurdité de notre société est parfois mise en exergue, c'est plutôt avec tendresse, la narratrice s'englobant dans ce monde qui aime parfois débattre sur des riens.

Je ne qualifierais pas Féerie générale de chef-d'oeuvre. Comme tout livre "fragmenté", certains chapitres ne sont pas sans faiblesse pour ne pas dire un peu ennuyeux par endroits (je pense notamment à Comment faire le lit de l'homme non schizoïde et non aliéné?) Malgré tout Pireyre a un style très fluide et une écriture pleine d'humour qui pallie une construction assez monotone (les chapitres se présentent presque tous de la même façon) Sa réflexion est amusante, souvent pertinente. En bref, le livre se lit bien et, pour une fois, le prix littéraire qui lui a été octroyé n'est pas une escroquerie. A découvrir...

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 10:31

L05.jpgLa montagne de minuit

Jean-Marie Blas de Roblès

éditions Zulma

 

ça commence un peu comme L'élégance du hérisson: un gardien dans un lycée catholique, taciturne, solitaire et, de l'avis de tous forcément misanthrope et idiot. De l'avis de tous sauf de sa nouvelle voisine Rose, jeune mère célibataire, et de son petit Paul; ces deux-là ne tardent pas à découvrir que, sous ses dehors rustiques, le vieil homme cache une profonde sensibilité et une connaissance considérable sur le lamaïsme. Rose et Bastien (le gardien) se lient d'amitié et, pour faire plaisir à ce dernier, Rose décide de lui offrir le voyage de ses rêves: ensemble, ils s'envolent pour le Tibet. Exit L'élégance du hérisson (et tant mieux pour ma part car j'avais trouvé ce livre prodigieusement niais), place au voyage et à la découverte dant un pays envahi, l'occasion également pour les héros de s'épancher sur leurs passés respectifs...

Mouais. Question peut-être de thématique tout d'abord car, j'avoue que moi, les méditations sur des collines, le Dalaï-Lama ou les mandalas, c'est pas mais alors pas du tout ma tasse de thé. Ceci dit, je reste plus que dubitative sur l'intrigue également très, trop légère. La montagne de nuit, supposé être un roman d'une profondeur abyssale, est à mon avis une baudruche gonflée au vent; le style est sympathique mais n'a rien d'extraordinaire. De façon maladroite, l'auteur préfère alterner la narration; tantôt l'histoire est écrite par Paul, devenu adulte, tantôt elle est vue à travers les yeux de sa mère ou de ceux de Bastien. C'est très à la mode mais là ça ne marche pas. Les atermoiements de Rose me semblent superflus par exemple, ou alors ils auraient dû venir vraiment tout à la fin. Parlons-en de la fin justement. Après quelques péripéties et quelques révélations plutôt bien pensées qui auraient pu conclure La montagne de minuit de façon intéressante et me laisser sur un sentiment meilleur, Jean-Marie Blas de Roblès préfère conclure sur un "désaveu" indigeste, prétexte avant tout à un exercice de style pompeux et ennuyeux au possible. Rien de pire pour boucler un récit qui avait le mérite d'être sobre et court. Certains verront dans La montagne de minuit  "une exploration intrépide des savoirs et des illusions", une interrogation sur la manière de s'approprier l'Histoire pour lui faire dire ce qu'elle veut mais moi j'y vois avant tout un de ces romans un peu creux dont se gargarisent les prix littéraires...

 

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Published by beux - dans Roman
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