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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 09:01

L02.jpgJe suis un phénomène

Elizabeth Atkinson

Alice Eds

 

Faye s'est toujours sentie différente, ne serait-ce que par son prénom qui, accolé à son nom de famille, "Noman" donne le mot "Phénomène". Mais s'il n'y avait que ça! Faye est grande, rousse, très timide et très ordonnée et se sent parfois bien seule: elle n'a pas d'amis dans son école et elle ne ressemble à personne pas même à sa mère, une petite italienne brune qui fait défiler les hommes à la maison et qui se refuse à lui parler de son père. Aussi, quand la famille de ce dernier se manifeste et l'invite à passer un week-end avec eux, Faye y voit l'occasion unique de renouer avec ses origines et d'en savoir un peu plus sur son géniteur. Effectivement, ce week-end va s'avérer riche en émotions et Faye, tout en se découvrant des points communs avec d'autres membres de sa famille va également s'apercevoir qu'elle tient plus de sa mère que ce qu'elle croyait...

C'est ce que je qualifierais de roman mignon, un livre pour ados sans prétentions mais plein de fraîcheur. Les personnages sont amusant, Faye, sa mère mais aussi sa meilleure amie ou les membres de la famille de son père, tante Pat and co. L'histoire est intéressante puisqu'elle met en scène une jeune fille qui, loin de se rebeller, aspire au contraire à une existence plus conventionnelle que la sienne et rêve de se se fondre dans la masse. La rencontre avec la branche paternelle est pour elle l'occasion de combler ce manque, ce qui donne des passages d'ailleurs assez drôle (Faye qui découvre que tous ses cousins sont roux comme elle, l'organisation poussée à l'extrême de sa tante) tout en posant pour la première fois sur sa mère un regard plus indulgent. Le message de l'auteur est clair puisque loin de critiquer l'un ou l'autre mode de vie, Elizabeth Atkinson  montre les avantages et les inconvénients de chacun (la mère de Faye qui oublie régulèrement sa fille mais qui lui apprend l'autonomie, la tante Pat chaleureuse et méthodique mais qui exclut ceux qui ne font pas partie du moule) et ainsi fait comprendre à son lecteur que c'est à son héroïne de se construire sa propre personnalité en prenant ce qu'il y a de meilleur dans ceux qui l'entourent. Seuls bémols: des jeux de mots difficilement traduisibles en français et qui de fait rendent parfois le texte un peu obscur et, surtout, une fin trop conventionnelle, très happy end, avec un gâteau, des larmes, des rires et du bon sentiment, qui tranche avec le reste, beaucoup plus intéressant. A lire quand même va.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 15:00

L05.jpgGaïa

Yannick Monget

éditions Bragelonne

 

Alexandre Grant, industriel américain n'est pas d'une humeur radieuse: des écologistes contrarient ses expériences au sein de la forêt amazonienne et il ne voit jamais sa fille qu'il délaisse en bon héros capitaliste des temps modernes. Ses affaires ne s'arrangent pas le jour où, en France pour un voyage d'affaires, il se voit interpellé par l'armée et placé en quarantaine avec d'autres personnes de retour d'Amazonie, dont une biologiste, Anne Cendrars, sa plus féroce détractrice. Tous seraient porteurs d'une maladie étrange et foudroyante. Cependant, cette épidémie devient vite un problème secondaire lorsque d'étranges plantes commencent à envahir les villes et à semer la panique au sein de la population. La nature a décidé de déclarer la guerre à l'homme et d'exterminer cette race qui se prétend supérieure...

Bon. Et rebon. Je ne sais pas comment expliquer cela parce que je n'ai pas envie de passer encore pour la mauvaise langue de service. L'histoire est sympa reconnaissons-le et l'idée plutôt bonne: des plantes grimpantes qui détruisent les immeubles, des épines qui transpercent des humains, la fable écologique un peu usée mais toujours sympathique de la nature vengeresse... Je n'adhère pas plus que cela à la philosophie new-age de la terre nourricière, déesse toute-puissante etc. mais je peux comprendre. Les explications biologiques ne m'ont pas passionnée des masses mais je pense que l'auteur est autrement plus compétent que moi dans ce domaine (enfin j'espère). Donc voilà, rien à redire sur le fond.

Mais, mais la forme! Il faut dire ce qu'il est, pardon, mais c'est très mal écrit. Les dialogues sont artificiels, les descriptions sommaires. Les personnages restent des caricatures tout du long et le lecteur ne ressent aucune des émotions qu'il est supposé ressentir: pas d'angoisse devant l'univers apocalyptique décrit par Yannick Monget, pas de tristesse quand un personnage se fait tuer, pas de malaise... Rien. Juste un vague intérêt (comment cela va-t-il finir?) et un peu d'ennui. On pourrait être sympa et se dire que c'est un effet de style: une écriture volontairement épurée, plus scientifique qu'émotionnelle (quel lyrisme aujourd'hui) et un parti pris plus neutre. Sauf qu'il faut pas charrier non plus: c'est juste décousu, mal construit, mal  mené... Le pire c'est que ce roman a déjà été remanié puisqu'il est paru une première fois en 2006! L'auteur est sans doute plein de bonne volonté... Message reçu: on va essayer de ne plus massacrer la nature, promis, mais par pitié, essayez aussi de ne plus massacrer la littérature...

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 10:22

L02.jpgDemain j'arrête!

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

 

 

Julie est un peu ce qu'on pourrait nommer un gros boulet. Célibataire proche de la trentaine, elle cumule les gaffes, est la plus mauvaise employée de sa banque et sentimentalement en est au point mort depuis qu'elle a plaqué un musicien de seconde zone qui la traînait à tous ses concerts dans des bars glauques. Elle déprime sec jusqu'au jour où un mystérieux voisin vient s'installer dans son immeuble. Son nom: Ricardo Patatras. Un nom qui éveille la curiosité de la jeune femme et qui la rend bien déterminée à connaître ce mystérieux inconnu, quitte à se coincer la main dans sa boîte aux lettres...Mais quand en plus, le voisin se révèle être un charmant jeune homme, célibataire de surcroît, alors Julie se sent prête à tout pour le conquérir... et surtout au pire.

Bon, on m'a reprochée un certain cynisme, aussi je vais tâcher d'être un peu plus gentil avec ce roman qu'avec La liste de mes envies. Car, tout comme ce dernier, Demain j'arrête! est plein de bons sentiments jusqu'à plus soif: ah l'héroïne toute sucrée entourée d'amis fidèles, ah ces réflexions l'air de rien sur le danger de l'informatique, la nécessité de rencontrer des vrais gens, ah les méchants cupides qui se font punir à la fin, la vieille rentière, le jeune loup aux dents longues qui se fait tabasser par le quartier...Ne cherchez pas de nuances dans ce roman, il n'y en a pas. Pour l'héroïne, la narratrice, le monde se divise en deux sortes de gens: ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas. C'est aussi profond qu'une citation sur un gâteau chinois.

Mais (car il y a un mais), j'ai quand même réussi à apprécier ce livre. Bon, peut-être parce que j'étais malade et que mon coeur de silex était quelque peu attendrie par les médicaments. Mais, surtout, parce que l'auteur, à défaut d'être un bon psychologue, est très doué dans le registre de l'humour. De fait, le récit est très drôle, que ce soit grâce à l'héroïne un peu farfelue toujours prompte à imaginer tout et n'importe quoi ou par les situations incongrues et comiques: le dîner romantique qui vire à la catastrophe naturelle, l'héroïne qui se met au jogging pour courir avec Ricardo alors qu'elle n'a jamais fait de sport de sa vie, la meilleure amie qui file le mystérieux voisin affublée d'un bonnet péruvien, ce qui fait naître à Julie la réflexion suivante: "Ce matin-là, j'ai découvert une des sept vérités fondamentales qui commandent l'univers: le bonnet péruvien ne va à personne." Le tout mâtiné par des considérations sur les chats, l'animal que l'héroïne déteste par dessus tout mais qu'elle ne peut s'empêcher de prendre pour modèle tout le long de sa conquête sentimentale.

C'est donc un bilan en demi-teinte, mais plutôt positif pour un livre qui ne restera certes pas dans les meilleurs souvenirs de ma vie mais qui, tout comme Maudit karma, se lit avec facilité et fait passer un agréable moment. Une lecture de vacances pour les malheureux dont c'est aujourd'hui la rentrée....

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 10:17

L08.jpgLa symphonie du temps qui passe

Mattia Signorini

éditions Presses de la cité

 

Né à Tranquility, Green Talbot n'a jamais quitté ce petit village où le temps semble suspendu. Il ne s'est même jamais aventuré bien loin dans les bois qui entourent la bourgade et qui seraient, selon les habitants, hantés par un monstre terrifiant. Mais Green est un petit garçon curieux et, à la mort de ses parents, à la désapprobation générale, il décide de découvrir le vaste monde. Le voilà lancé dans un grand voyage qui lui fera découvrir la France, l'Angleterre et les Etats-Unis, la vie maritime et la vie militaire, les femmes et les voyages en mongolfière...

Je ne suis peut-être pas d'humeur pour ça ces temps-ci, mais je me suis profondément ennuyée à la lecture de ce roman iniatique faussement naïf qui mêle en vrac merveilleux et réflexions pseudo-philosophiques. Vous connaissez un peu le principe de ce genre de livres je suppose: des chapitres courts, des phrases qui le sont encore plus, beaucoup de dialogues et un héros qui voyage et qui apprend la vie. Green rencontre ainsi des personnages cocasses qui lui expliquent le sens du monde et apprend de lui-même quelques vérités essentielles: c'est pas l'homme qui prend la mer mais c'est la mer qui prend l'homme, les françaises sont des femmes aux moeurs légères, il faut savoir garder son âme d'enfant, un jour on mourra tous, etc. Livre qui m'a fait fortement penser au film Big Fish mais sans la poésie de ce dernier, La symphonie du temps qui passe se veut un récit plein de mystère et de musique mais se révèle surtout un bric-à-brac de chapitres mal agencés (l'auteur est sans doute plus à l'aise avec le genre de la nouvelle) et de situations sans intérêt décrites dans un style plus que limité. Si quelques scènes sont un peu plus réussies que d'autres (le retour de Green à Tranquility par exemple) l'ensemble reste brouillon et n'a pour seul mérite que sa concision (manquerait plus qu'il nous fasse un roman de mille pages) Sitôt lu, sitôt oublié. A bon entendeur... Moi aussi je peux faire court!

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 14:07

L03.jpgLa chute des thanes

(Un monde sans dieux tome III)

Brian Ruckley

éditions Eclipse

 

 

Il est temps de boucler la trilogie d'Un monde sans dieux, dont j'avais commenté les deux premiers tomes il y a un certain temps déjà. Comme d'habitude, amateurs de la série et qui ne l'ont pas fini, ou au contraire allergiques de tout poil à tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la fantasy, passez votre chemin. Bien, maintenant que nous sommes quatre, nous pouvons commencer.

Et ça commence par un rapide résumé parce qu'au bout de presque un an, il faut dire ce qu'il est mais l'humble lectrice que je suis a oublié une grande partie de l'histoire. Heureusement, l'auteur est secourable et vient à notre secours. Nous retrouvons donc notre plus ou moins héros Osirian, futur thane d'une lignée quasiment décimée et qui essaie avec l'aide de son capitaine Taïm et deux kyrinins (des sortes d'elfes) de détruire Aeglyss, un grand méchant doté de pouvoirs capables de plonger le monde dans le chaos. De ce fait, tous les hommes semblent pris dans un tourbillon de folie meurtrière: les alliés d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui, les villageois s'entre-tuent et Osirian lui-même ne semble pas exempt de cette rage destructrice, lui qui était auparavant plutôt un gentil garçon. Au coeur de l'hiver, les cadavres s'empilent, les apparitions se multiplient et les combats semblent interminables et vides de sens...

Ce dernier volet m'a laissée perplexe, moins enthousiaste que les précédents. C'est longuet par endroits et un peu ennuyeux: entre deux récits de massacres interminables, nous avons droit à des dialogues répétitifs et pas forcément palpitants. L'action fait du surplace et ne s'accélère que dans la dernière partie de l'histoire. Après, l'univers de l'auteur est intéressant d'autant plus que ce dernier se refuse à tomber dans les poncifs propres au genre: pas de romance entre Osirian et Ess'yr, la kyrinnin dont il est amoureux, cette dernière repoussera ses avances. De même Anyara, la soeur du thane, n'a pas grand-chose d'une vierge guerrière et ne finira pas non plus dans les bras de son écuyer. Le grand méchant, Aeglyss, est surtout un être malheureux avide de reconnaissance et l'autre méchant, Kanin, le thane ennemi, se révèle un être finalement assez sympathique. Encore plus intéressant, Brian Ruckley, contrairement aux autres romans de fantasy, s'emploie méthodiquement à démontrer à quel point les guerres sont stupides: la trilogie qui avait commencé par un réglement de comptes entre deux peuples s'achève par une gigantesque boucherie où bons et mauvais se confondent sans distinction. Les descriptions sont très gores (bien qu'un peu lassantes sur la fin) et accentuent ce sentiment d'horreur et d'absurdité présent tout du long. Osirian et son peuple verront-ils la fin du tunnel? A vous de le découvrir si cette note vous inspire...

 

Ps: Un peu de pub, encore une fois pour une bonne cause! Dans le cadre d'une vente pour une association, une lectrice de ce blog est en train de créer des bijoux et souhaiterait avoir des opinions sur ces derniers, afin de cibler au mieux sa future "clientèle". Il ne s'agit donc pas d'acheter mais d'aller sur son site pour voir les photos et donner son avis en répondant aux sondages ("tous les sondages" à gauche sur le blog). Voici le lien:

 

http://unangepasse.blog4ever.com/blog/index-6552.html

 

Il faut moins de cinq minutes pour regarder les photos et répondre aux sondages! Merci pour elle...

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 14:13

L01.jpgC'est pour toi que le rôdeur vient

Adrienne Maria Vrettos

éditions Thierry Magnier

 

 

Bon, faites preuve de beaucoup d'imagination et imaginez-vous dans une petite ville américaine perdue dans les montagnes au tout début de l'hiver. C'est là que vit Dylan et son groupe d'amis, Pilar, Théa, MayBe, Cray, Franck et Ben. Tous ces ados sont unis par un lourd passé commun; bien des années auparavant, un garçon de leur classe, Clarence,  s'est fait tuer par un mystérieux assassin, surnommé le Rôdeur, qui n'a jamais été retrouvé depuis. Cet événement a beaucoup affecté ses camarades et tout particulièrement Dylan; cette dernière en effet est médium et est dotée du pouvoir de voir des enfants assassinés et l'endroit où ils se trouvent. Clarence a été sa première vision. C'est un don dont elle se passerait volontiers et dont elle n'a parlé à aucun de ses amis. Mais deux événements vont la contraindre à accepter son destin; l'arrivée d'une nouvelle venue, Cate, déterminée à forcer ses confidences et, surtout, le retour du mystérieux rôdeur...

Roman pour la jeunesse, C'est pour toi que le rôdeur vient est très déroutant. La construction est curieuse, le démarrage plutôt lent et le style ambitieux: l'auteur ne craint pas de partir dans tous les sens, de se lancer dans une intrigue policière/fantastique/psychologique tout en laissant bon nombre de questions en suspens; des personnages sont esquissés, des situations restent sans explications... Néanmoins et peut-être pour toutes ces raisons d'ailleurs, et bien ça fonctionne! L'intrigue aurait gagné à être plus simple mais le récit a une véritable profondeur, une marque bien à lui qui le distingue des autres livres pour ados. Il n'y a ni eau de rose, ni péripéties impossibles, juste une histoire plutôt bien menée et des protagonistes véritablement attachants, que ce soit le personnage de Dylan, de sa mère ou de ses amis. Mine de rien, l'auteur évoque quelques thèmes intéressants: l'amitié, la jalousie, l'amour, le deuil...Mention spéciale à deux passages en particulier: la scène où le petit groupe se remémore la mort de Clarence et le passage où la mère de Dylan lui raconte ses origines qui sont tous deux de très jolis moments de littérature. C'est pour toi que le rôdeur vient en bref m'a fait passer un très bon moment et je regrette juste une fin un peu abrupte et un peu facile qui détonne avec le reste de l'histoire. Ceci dit, je vous conseille vivement d'aller voir un peu de quoi il retourne...

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 12:09

L09.jpgMiss Charity

Marie-Aude Murail

éditions Ecole des Loisirs

 

Charity est une petite fille anglaise du 19ème siècle et, comme toutes les petites filles de cette époque, s'ennuie beaucoup. Coincée entre une mère étouffante et un père absent, elle n'a pour toute compagnie que le fantôme de ses petites soeurs, mortes peu après leur naissance. Mais Charity va se découvrir par hasard une passion pour les animaux et transforme sa nursery en véritable ménagerie: lapins, grenouilles, oiseaux, escargots, souris, insectes... Charity devient également une scientifique en herbe, collectant plantes et champignons sous l'oeil goguenard de sa bonne Tabitha, une irlandaise un peu folle. Les années passent... Charity multiplie les activités, dessine, dissèque, déclame du Shakespeare. Considérée comme une originale, elle attend pleine d'espoir que quelque chose lui arrive...

Marie-Aude Murail, que nous ne présentons plus, signe avec Miss Charity sans doute l'un de ses meilleurs romans. Véritable pavé, le livre, écrit volontairement de façon vieillotte (les dialogues sont à la mode des romans de la Comtesse de Ségur, c'est-à-dire nettement séparés de la narration principale) se lit d'une traite, illustré de façon talentueuse par Philippe Dumas. L'héroïne est attachante: Charity n'est pas une rebelle, elle ne conteste pas l'ordre établi, ne s'oppose pas à ses parents mais, de par sa fraîcheur et son originalité, tranche avec les autres personnages, en particulier ses cousines uniquement préoccupées par leur fortune et l'idée d'un beau mariage. Récit écrit à la première personne, Miss Charity est également plein d'humour. Malgré l'apparente légèreté du style, l'oeuvre de Marie-Aude Murail aborde cependant, l'air de rien, des sujets relativement graves: la mort, la folie, l'argent, le poids des préjugés sociaux.... Ce qui est également agréable, c'est l'absence de jugement de l'auteur qui pose sur tous ses personnages un regard d'une extrême tendresse, que ce soit la mère envahissante, le cousin maladif ou le professeur bavard. C'est cette absence de manichéisme, cette narration volontairement sobre qui fait de Miss Charity une grande réussite et un joli moment de lecture...

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 20:51

L09.jpgLe moine

Matthew G.Lewis

éditions Actes Sud

 

A Madrid, à une époque où l'Espagne sous le joug de l'Inquisition se nourrit de superstitions et de terreurs religieuses, Ambrosio attire chaque semaine bon nombre de fidèles qui viennent ouïr ses sermons éloquents. Ambrosio est moine et il est d'une pureté et d'une droiture sans pareil mais c'est par ignorance; en effet, Ambrosio a été abandonné devant le monastère bébé et ne connaît rien aux usages ni aux tentations du monde. Il est vertueux par défaut, ce qui ne l'empêche pas de se montrer impitoyable vis-à-vis de ceux qui ne le sont pas. Ainsi, il dénonce sans hésiter Agnès, religieuse tombée enceinte, et la laisse se faire punir sévèrement par sa supérieure. Pourtant, notre moine ne va pas tarder lui-même à se retrouver confronté à la tentation. La jolie Mathilde est tombée amoureuse de lui et entend bien le faire succomber...

Roman sulfureux, Le moine a été censuré et a longtemps fait polémique. C'est en effet une charge violente contre le clergé puisque l'essentiel du roman s'emploie à démontrer l'influence négaste que peut avoir le pouvoir religieux sur des esprits faibles et superstitieux; ainsi Ambrosio manipule ses fidèles comme des marionnettes, une prieure dans un couvent voisin traite avec la pire cruauté les religieuses dont elle a la garde... L'auteur exprime également clairement son aversion contre le monde monastique, un mode de vie qu'il juge "contre-nature". Oui, vous enthousiasmez pas non plus: c'est une charge anti-catholique certes, mais Lewis était anglais et sans doute anglican; taper sur les papistes n'avait donc rien de particulièrement novateur.

En revanche, Le moine est un chef-d'oeuvre gothique; j'avais déjà trouvé Radcliffe assez intéressante, mais la malheureuse est écrasée par la comparaison avec Lewis. Ici, l'auteur ne s'embarrasse pas pour trouver des explications rationnelles aux phénomènes inexpliqués. L'atmosphère du roman baigne dans le surnaturel, surnaturel relayé par des vieilles superstitieuses: invocations démoniaques, fantômes, cimetière enfoui, aubergistes assassins... Le gothique s'exprime aussi par la multitude d'intrigues à l'intérieur du récit. Le moine c'est l'histoire d'Ambrosio, mais aussi de la douce Antonia ou encore de la malheureuse Agnès. Toutes ses histoires s'imbriquent parfaitement les unes aux autres  pour former un ensemble cohérent qui se lit d'une traite. L'horreur est omniprésente; dans Le Moine Dieu est le dieu de l'Ancien Testament, le dieu vengeur qui punit sévèrement ceux qui le trahissent et, de ce fait le monde prend une nuance vaguement inquiétante. Le moine  c'est aussi le parcours d'un homme qui cède à la tentation et qui peu à peu, en voulant cacher des faiblesses bien humaines, sombre dans la ruine morale la plus totale: actes blasphématoires et meurtre. Lewis ne condamne pas la tentation: Ambrosio n'est pas mauvais parce qu'il cède à la belle Mathilde mais uniquement parce qu'il se refuse à admettre ses faiblesses. En ce sens, le seul "péché" que l'auteur fustige, c'est l'orgueil: l'orgueil de celui qui se croit au-dessus des autres et qui en paie le prix fort. La fin du livre, et d'Ambrosio par la même occasion, est un concentré d'horreur pure puisqu'elle bannit toute idée de rédemption et conclut en apothéose un roman très très noir et très très intéressant...

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:50

L05.jpgLa liste de mes envies

Grégoire Delacourt

éditions J.C Lattès

 

Dans la liste de mes envies, je dois admettre qu'actuellement c'est d'être encore en vacances ne serait-ce qu'une petite semaine. Mais comme il faut bien rentrer un jour ou l'autre... En revanche, vengeons-nous du temps un peu maussade aujourd'hui en vous parlant du best-seller de cet été, celui qui a arraché des larmes à toutes les ménagères sur la plage, la liste de mes envies.

Jocelyne, mariée à Jocelyn, est une gentille petite dame comme les autres. Elle ne parle pas beaucoup, elle est un peu ronde et elle mène une vie de famille paisible avec son époux depuis le départ de leurs deux enfants devenus grands. Ce dernier, ancien alcoolique, a surmonté ses problèmes et depuis lors se concentre sur son métier pour s'acheter l'écran plat dont il rêve. De son côté, Jocelyne tient une mercerie, une véritable passion qu'elle fait partager via son blog. La vie de la quadragénaire bascule le jour où, après avoir joué au loto, elle gagne 18 millions d'euros. Une grosse somme dont elle n'ose parler à personne, même pas à son mari et qu'elle n'ose même toucher. Les envies de Jocelyne sont modestes et elle a peur que cet argent ne vienne tout gâcher; ce en quoi elle n'a peut-être pas tout à fait tort...

J'ai été très surprise que l'auteur soit un homme je l'avoue. Tant de bons sentiments dans un seul roman, une héroïne rondouillarde et plus toute jeune... Je n'ai rien à reprocher au niveau de l'écriture; le style est tout à fait correct et l'histoire se lit rapidement, en chapitres courts et efficaces. Après, Grégoire Delacourt est atteint de ce que j'appelle "le syndrôme de l'hérisson", du nom du roman indigeste de Barbery. Il se glorifie de parler de gens "comme vous et moi" qui ne parlent pas forcément beaucoup mais qui ont un coeur gros comme ça, il étale complaisamment quelques bons vieux poncifs (l'argent c'est mal, l'alcool c'est mal, la beauté est avant tout intérieure, etc.). Tout le livre se résume à ce bon vieil adage : "L'argent ne fait pas le bonheur". Chic, j'ai appris quelque chose. Au niveau des personnages, rien à faire, l'héroïne me semble plutôt creuse, gnangnan au possible (les scènes avec sa fille cinéaste sont d'un ridicule achevé) et n'est sauvée que par sa passion pour la mercerie. Je ne parle pas même pas du personnage du mari, là tout est à jeter. Pour moi, Grégoire Delacourt ne se rachète que par un dénouement plutôt cynique, mais l'ensemble reste sage et convenu, sans réelle surprise. C'est un livre mignon et lacrymal qui plaira beaucoup aux amatrices de Pancol et Barbery, un livre que pour ma part j'ai déjà presque oublié et dont je n'ai pas vraiment envie de faire l'éloge.

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 14:13

L01.jpgLe Front russe

Jean-Claude Lalumière

éditions le Livre de Poche

 

Petit, le narrateur du Front russe a toujours rêvé de voyager, passant des heures devant son Géo, peut-être pour échapper à une mère un brin trop envahissante. Dans ce but il passe un concours du ministère des affaires étrangères qu'il réussit sans trop de mal. Hélas, un incident malheureux lui attire les foudres d'un supérieur qui l'envoie dans un obscur service: le "Bureau des pays en voie de création-Section Europe de l'Est et Sibérie". Là, le narrateur se retrouve confronté à un chef dérangé, à des collègues incompétent et à un travail ennuyeux au possible. Ses rêves d'évasion semblent bien mal engagés...

Roman court mais efficace, Le Front russe est loin d'être entièrement comique. Certes, c'est par le biais de l'humour que l'auteur choisit de décrire le parcours de ce jeune fonctionnaire plein de bonne volonté et bien malchanceux et nous avons nombre de scènes franchement cocasses: la scène du pigeon (un pigeon qui vient s'écraser contre la vitre du narrateur et l'oblige à entamer une correspondance interminable avec le responsable du service d'entretien), la scène de l'attaché-case ou encore le passage où le héros engage des employés d'un hôtel et ses collègues pour jouer le rôle de journalistes lors d'une conférence de presse à laquelle personne ne veut assister. Mais sous ce style léger se cache une plume volontiers cynique et un désenchantement par rapport au monde du travail ou même de la vie: "On croit se rendre dans des endroits nouveaux mais on réalise que c'est partout pareil. L'histoire d'une vie, c'est toujours l'histoire d'un échec." Un peu dans le style de Jaenada, Lalumière manie ainsi avec brio humour pince-sans-rire et une réflexion plus sérieuse sur une génération que la société actuelle prive peu à peu de tout espoir. C'est donc un livre qui fait beaucoup rire mais qui, sur la fin laisse une certaine amertume à son lecteur; après tout, ce héros, à la fois touchant et agaçant, ne méritait-il pas mieux?  Rire de peur d'être obligé d'en pleurer...

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