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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 12:09

L09.jpgMiss Charity

Marie-Aude Murail

éditions Ecole des Loisirs

 

Charity est une petite fille anglaise du 19ème siècle et, comme toutes les petites filles de cette époque, s'ennuie beaucoup. Coincée entre une mère étouffante et un père absent, elle n'a pour toute compagnie que le fantôme de ses petites soeurs, mortes peu après leur naissance. Mais Charity va se découvrir par hasard une passion pour les animaux et transforme sa nursery en véritable ménagerie: lapins, grenouilles, oiseaux, escargots, souris, insectes... Charity devient également une scientifique en herbe, collectant plantes et champignons sous l'oeil goguenard de sa bonne Tabitha, une irlandaise un peu folle. Les années passent... Charity multiplie les activités, dessine, dissèque, déclame du Shakespeare. Considérée comme une originale, elle attend pleine d'espoir que quelque chose lui arrive...

Marie-Aude Murail, que nous ne présentons plus, signe avec Miss Charity sans doute l'un de ses meilleurs romans. Véritable pavé, le livre, écrit volontairement de façon vieillotte (les dialogues sont à la mode des romans de la Comtesse de Ségur, c'est-à-dire nettement séparés de la narration principale) se lit d'une traite, illustré de façon talentueuse par Philippe Dumas. L'héroïne est attachante: Charity n'est pas une rebelle, elle ne conteste pas l'ordre établi, ne s'oppose pas à ses parents mais, de par sa fraîcheur et son originalité, tranche avec les autres personnages, en particulier ses cousines uniquement préoccupées par leur fortune et l'idée d'un beau mariage. Récit écrit à la première personne, Miss Charity est également plein d'humour. Malgré l'apparente légèreté du style, l'oeuvre de Marie-Aude Murail aborde cependant, l'air de rien, des sujets relativement graves: la mort, la folie, l'argent, le poids des préjugés sociaux.... Ce qui est également agréable, c'est l'absence de jugement de l'auteur qui pose sur tous ses personnages un regard d'une extrême tendresse, que ce soit la mère envahissante, le cousin maladif ou le professeur bavard. C'est cette absence de manichéisme, cette narration volontairement sobre qui fait de Miss Charity une grande réussite et un joli moment de lecture...

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 20:51

L09.jpgLe moine

Matthew G.Lewis

éditions Actes Sud

 

A Madrid, à une époque où l'Espagne sous le joug de l'Inquisition se nourrit de superstitions et de terreurs religieuses, Ambrosio attire chaque semaine bon nombre de fidèles qui viennent ouïr ses sermons éloquents. Ambrosio est moine et il est d'une pureté et d'une droiture sans pareil mais c'est par ignorance; en effet, Ambrosio a été abandonné devant le monastère bébé et ne connaît rien aux usages ni aux tentations du monde. Il est vertueux par défaut, ce qui ne l'empêche pas de se montrer impitoyable vis-à-vis de ceux qui ne le sont pas. Ainsi, il dénonce sans hésiter Agnès, religieuse tombée enceinte, et la laisse se faire punir sévèrement par sa supérieure. Pourtant, notre moine ne va pas tarder lui-même à se retrouver confronté à la tentation. La jolie Mathilde est tombée amoureuse de lui et entend bien le faire succomber...

Roman sulfureux, Le moine a été censuré et a longtemps fait polémique. C'est en effet une charge violente contre le clergé puisque l'essentiel du roman s'emploie à démontrer l'influence négaste que peut avoir le pouvoir religieux sur des esprits faibles et superstitieux; ainsi Ambrosio manipule ses fidèles comme des marionnettes, une prieure dans un couvent voisin traite avec la pire cruauté les religieuses dont elle a la garde... L'auteur exprime également clairement son aversion contre le monde monastique, un mode de vie qu'il juge "contre-nature". Oui, vous enthousiasmez pas non plus: c'est une charge anti-catholique certes, mais Lewis était anglais et sans doute anglican; taper sur les papistes n'avait donc rien de particulièrement novateur.

En revanche, Le moine est un chef-d'oeuvre gothique; j'avais déjà trouvé Radcliffe assez intéressante, mais la malheureuse est écrasée par la comparaison avec Lewis. Ici, l'auteur ne s'embarrasse pas pour trouver des explications rationnelles aux phénomènes inexpliqués. L'atmosphère du roman baigne dans le surnaturel, surnaturel relayé par des vieilles superstitieuses: invocations démoniaques, fantômes, cimetière enfoui, aubergistes assassins... Le gothique s'exprime aussi par la multitude d'intrigues à l'intérieur du récit. Le moine c'est l'histoire d'Ambrosio, mais aussi de la douce Antonia ou encore de la malheureuse Agnès. Toutes ses histoires s'imbriquent parfaitement les unes aux autres  pour former un ensemble cohérent qui se lit d'une traite. L'horreur est omniprésente; dans Le Moine Dieu est le dieu de l'Ancien Testament, le dieu vengeur qui punit sévèrement ceux qui le trahissent et, de ce fait le monde prend une nuance vaguement inquiétante. Le moine  c'est aussi le parcours d'un homme qui cède à la tentation et qui peu à peu, en voulant cacher des faiblesses bien humaines, sombre dans la ruine morale la plus totale: actes blasphématoires et meurtre. Lewis ne condamne pas la tentation: Ambrosio n'est pas mauvais parce qu'il cède à la belle Mathilde mais uniquement parce qu'il se refuse à admettre ses faiblesses. En ce sens, le seul "péché" que l'auteur fustige, c'est l'orgueil: l'orgueil de celui qui se croit au-dessus des autres et qui en paie le prix fort. La fin du livre, et d'Ambrosio par la même occasion, est un concentré d'horreur pure puisqu'elle bannit toute idée de rédemption et conclut en apothéose un roman très très noir et très très intéressant...

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:50

L05.jpgLa liste de mes envies

Grégoire Delacourt

éditions J.C Lattès

 

Dans la liste de mes envies, je dois admettre qu'actuellement c'est d'être encore en vacances ne serait-ce qu'une petite semaine. Mais comme il faut bien rentrer un jour ou l'autre... En revanche, vengeons-nous du temps un peu maussade aujourd'hui en vous parlant du best-seller de cet été, celui qui a arraché des larmes à toutes les ménagères sur la plage, la liste de mes envies.

Jocelyne, mariée à Jocelyn, est une gentille petite dame comme les autres. Elle ne parle pas beaucoup, elle est un peu ronde et elle mène une vie de famille paisible avec son époux depuis le départ de leurs deux enfants devenus grands. Ce dernier, ancien alcoolique, a surmonté ses problèmes et depuis lors se concentre sur son métier pour s'acheter l'écran plat dont il rêve. De son côté, Jocelyne tient une mercerie, une véritable passion qu'elle fait partager via son blog. La vie de la quadragénaire bascule le jour où, après avoir joué au loto, elle gagne 18 millions d'euros. Une grosse somme dont elle n'ose parler à personne, même pas à son mari et qu'elle n'ose même toucher. Les envies de Jocelyne sont modestes et elle a peur que cet argent ne vienne tout gâcher; ce en quoi elle n'a peut-être pas tout à fait tort...

J'ai été très surprise que l'auteur soit un homme je l'avoue. Tant de bons sentiments dans un seul roman, une héroïne rondouillarde et plus toute jeune... Je n'ai rien à reprocher au niveau de l'écriture; le style est tout à fait correct et l'histoire se lit rapidement, en chapitres courts et efficaces. Après, Grégoire Delacourt est atteint de ce que j'appelle "le syndrôme de l'hérisson", du nom du roman indigeste de Barbery. Il se glorifie de parler de gens "comme vous et moi" qui ne parlent pas forcément beaucoup mais qui ont un coeur gros comme ça, il étale complaisamment quelques bons vieux poncifs (l'argent c'est mal, l'alcool c'est mal, la beauté est avant tout intérieure, etc.). Tout le livre se résume à ce bon vieil adage : "L'argent ne fait pas le bonheur". Chic, j'ai appris quelque chose. Au niveau des personnages, rien à faire, l'héroïne me semble plutôt creuse, gnangnan au possible (les scènes avec sa fille cinéaste sont d'un ridicule achevé) et n'est sauvée que par sa passion pour la mercerie. Je ne parle pas même pas du personnage du mari, là tout est à jeter. Pour moi, Grégoire Delacourt ne se rachète que par un dénouement plutôt cynique, mais l'ensemble reste sage et convenu, sans réelle surprise. C'est un livre mignon et lacrymal qui plaira beaucoup aux amatrices de Pancol et Barbery, un livre que pour ma part j'ai déjà presque oublié et dont je n'ai pas vraiment envie de faire l'éloge.

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 14:13

L01.jpgLe Front russe

Jean-Claude Lalumière

éditions le Livre de Poche

 

Petit, le narrateur du Front russe a toujours rêvé de voyager, passant des heures devant son Géo, peut-être pour échapper à une mère un brin trop envahissante. Dans ce but il passe un concours du ministère des affaires étrangères qu'il réussit sans trop de mal. Hélas, un incident malheureux lui attire les foudres d'un supérieur qui l'envoie dans un obscur service: le "Bureau des pays en voie de création-Section Europe de l'Est et Sibérie". Là, le narrateur se retrouve confronté à un chef dérangé, à des collègues incompétent et à un travail ennuyeux au possible. Ses rêves d'évasion semblent bien mal engagés...

Roman court mais efficace, Le Front russe est loin d'être entièrement comique. Certes, c'est par le biais de l'humour que l'auteur choisit de décrire le parcours de ce jeune fonctionnaire plein de bonne volonté et bien malchanceux et nous avons nombre de scènes franchement cocasses: la scène du pigeon (un pigeon qui vient s'écraser contre la vitre du narrateur et l'oblige à entamer une correspondance interminable avec le responsable du service d'entretien), la scène de l'attaché-case ou encore le passage où le héros engage des employés d'un hôtel et ses collègues pour jouer le rôle de journalistes lors d'une conférence de presse à laquelle personne ne veut assister. Mais sous ce style léger se cache une plume volontiers cynique et un désenchantement par rapport au monde du travail ou même de la vie: "On croit se rendre dans des endroits nouveaux mais on réalise que c'est partout pareil. L'histoire d'une vie, c'est toujours l'histoire d'un échec." Un peu dans le style de Jaenada, Lalumière manie ainsi avec brio humour pince-sans-rire et une réflexion plus sérieuse sur une génération que la société actuelle prive peu à peu de tout espoir. C'est donc un livre qui fait beaucoup rire mais qui, sur la fin laisse une certaine amertume à son lecteur; après tout, ce héros, à la fois touchant et agaçant, ne méritait-il pas mieux?  Rire de peur d'être obligé d'en pleurer...

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 12:41

L01.jpgChroniques de la fin du monde

Susan Beth Pfeffer

éditions Pocket jeunesse

(3 tomes)

 

Oui, le rythme du blog s'est un peu ralenti ces derniers temps; oui, cela risque d'être ainsi jusqu'à début août mais ce sont les vacances, il fait beau et puis voilà d'abord... Pour me faire pardonner, nous n'allons pas parler de un mais de trois livres aujourd'hui. Place aux Chroniques de la fin du monde...

Dans une petite ville de Pensylvannie, Miranda vit sa vie d'adolescente lambda; elle a des amies, deux frères dont elle est plutôt proches et une mère très protectrice. Son père va avoir un bébé avec sa nouvelle femme et la jeune fille n'a d'autres préoccupations dans la vie que de savoir si oui ou non elle va avoir de bonnes notes et si quelqu'un va se décider à l'inviter au bal de promo. Mais un soir de mai, un astéroïde percute la lune et la fait se rapprocher de la Terre. Aussitôt, les catastrophes s'enchaînent: séismes, raz-de-marées, inondations... L'électricité est coupée, les cultures sont détruites. Le monde bascule dans le chaos et Miranda et sa famille vont devoir apprendre à survivre. A New-York, Alex, jeune garçon studieux, a encore moins de chance: ses parents, absents lors du drame, ont disparu, son frère militaire ne peut les rejoindre et l'adolescent se retrouve en charge de ses deux petites soeurs. L'hiver va être long....

La trilogie de Susan Beth Pfeffer est bâtie sur un modèle "traditionnel": le premier volume, narré sous la forme d'un journal, relate l'histoire de Miranda; le second volume s'intéresse à Alex et à sa famille; enfin, le dernier tome rassemble les personnages, du moins ceux qui survivent... Destiné à un public adolescent, Chroniques de la fin du monde est une oeuvre plutôt noire, assez proche dans l'esprit de Gone. L'auteur excelle dans les descriptions sombres et n'épargne à son lecteur aucun détail. Nous assistons pas à pas à la lente descente aux enfers de Miranda et d'Alex, chacun en prise avec ses propres difficultés, chacun s'accrochant à l'espoir sans cesse déçu d'un retour à la normal. Ce qui est intéressant, c'est que "la fin du monde" n'est pas vécue de façon collective mais prend la forme d'une aventure individuelle; pour les personnages, peu importe le nombre de victimes dans le monde ou même aux Etats-Unis. Tout ce qui les intéresse, c'est leur survie immédiate et un univers qui se réduit aux murs de leurs habitations... Pas de bons sentiments ni d'actes de bravoure: la mère de famille, généreuse en temps ordinaire, laisse ses enfants piller les maisons des voisins, le gentil petit catholique détrousse les cadavres... Les deux premiers tomes de la série, d'une violence rare, se dévorent d'une traite; le troisième tome, plus court et plus lisse, est le moins intéressant, l'auteur se sentant obligée d'introduire une histoire d'amour un peu bancale et du coup de laisser place à de bons sentiments. Ceci dit, la trilogie reste d'un très bon niveau; à titre de comparaison, je l'ai lue avec le même intérêt que Hunger Games. A découvrir sans tarder...

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 21:51

L02.jpgContes de la lune

Elisabeth Delaigle

éditions Persée

 

J'avais promis quelque chose de plus léger après Goethe, alors, avant de retourner dans des livres noirs et apocalyptiques au prochain épisode, parlons un peu d'un recueil, Contes de la lune, d'Elisabeth Delaigle, que cette dernière m'a très gentiment fait lire.

Les contes de la lune, livre pour enfants, renoue, comme son nom l'indique, avec le genre du conte dans la forme que nous connaissons le plus: de courtes histoires souvent merveilleuses et qui, pour caricaturer, finissent bien. C'est un genre que j'aime beaucoup, souvent décrié à cause de son style faussement naïf et qui le relègue généralement dans l'univers enfantin. De fait, ici, Elisabeth Delaigle prend clairement le parti de s'adresser aux enfants et n'a nulle prétention philosophique si ce n'est de divertir les plus jeunes et de les faire rêver, s'appuyant pour cela sur la lune, fil rouge du livre.

Comme dans tout recueil de textes, les risques sont multipliés (ici par sept) puisque chaque histoire se doit d'être réussie contrairement à un roman qui peut se permettre d'être plus inégal. L'auteur ne s'en sort pas trop mal. Certes, certaines histoires m'ont laissée froide: Les croqueuses de lune, qui met en scène des souris, partait sur une idée amusante mais le conte traîne en longueur et est martelé de beaucoup trop de points d'exclamations à mon goût. En revanche, les autres textes sont, à mon sens, beaucoup plus réussis: mention spéciale à La voleuse de lune qui met en scène une chatte déterminée à voler la lune pour se faire aimer d'un compagnon moqueur ou encore à La fileuse de lune qui renoue avec le conte de fée traditionnel, Raiponce et La Belle au bois dormant revisités de façon originale. L'ensemble forme un joli tout encore un peu maladroit dans le style (première oeuvre?) mais très rafraîchissant et illustré par des dessins épurés qui donnent au recueil une marque toute personnelle... A lire aux enfants avant de les coucher!

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:26

L05.jpgLes années d'apprentissage de Wilhelm Meister

Goethe

éditions Gallimard

 

 

Il n'y a rien de plus décevant que d'avoir apprécié le roman d'un auteur et d'attaquer avec confiance un autre de ses titres pour s'apercevoir que non, on n'accroche pas du tout avec celui-là.  Ainsi, si vous vous en souvenez, j'avais fait une note l'année dernière sur Les souffrances du jeune Werther de Goethe et c'est donc pleine d'optimisme que je pensais apprécier une autre de ses oeuvres. Hélas, cela n'a pas été le cas.

Wilhelm est un jeune homme issu d'une famille bourgeoise; ses parents le destinent au commerce, mais Wilhelm lui, se découvre une passion dévorante pour le théâtre. Il tombe amoureux d'une belle actrice, Marianne, qui lui brise le coeur, puis, envoyé à travers le monde pour apprendre les ficelles de la vente, se retrouve bientôt à la tête d'une troupe d'acteurs. Entouré par la légère Philine, un couple âpre au gain, une fillette quasi-muette, un harpiste tourmenté  ou encore un misogyne convaincu, Wilhelm ne tarde pas à se rendre compte que le monde du théâtre n'a rien d'une partie de plaisir. Le voilà sur le chemin d'un apprentissage long et douloureux qui sera marqué par des rencontres, des souffrances et des choix.

Bon, je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai détesté ce livre, long, très long. Les cinq premières parties, marquées par les tribulations des comédiens, sont même plutôt amusantes. Ah, les Melina, ce couple si mignon des premières pages qui, au fil du récit se transforme en boulets matérialistes! Ah la frivole Philine qui lance au héros cette si jolie réplique: "Et si je t'aime, est-ce que ça te regarde?" ah la douce Mignon, le désenchanté Laerte... J'ai en revanche complètement décroché à la sixième partie,  "Confessions d'une belle âme", lettre d'un nouveau personnage qui va servir à introduire de nouveaux protagonistes tout en permettant à Goethe d'esquisser ses propres théories et de faire de son livre un pensum bien ennyeux par la suite. De façon générale, l'ambition de l'auteur était clairement d'établir un parallèle entre le monde du théâtre et la vie, soulignant de la sorte que le monde n'est qu'une gigantesque pièce où chacun joue son propre rôle. Là encore, ça passe bien dans les premières parties, légères et propres à la démonstration. Mais quand la pièce devient tragédie, Goethe tombe dans la surrenchère avec des morts mises en scènes et qui de ce fait perdent de leur émotion, des coups de théâtre souvent tirés par les cheveux et des amours qui paraissent artificielles. Comment l'auteur du si émouvant Werther a-t-il pu faire une oeuvre aussi fade, aussi froide? Pas de sentiments, rien que de la mise en scène et un héros qui, en fin de compte, était plus touchant au début de son histoire, des héroïnes qui sont moins intéressantes que les personnages féminins secondaires (entre Philine et l'ennuyeuse Thérèse ou la très vertueuse Nathalie, y a pas photo) et une philosophie plus que contestable. Non, franchement, rien à dire, le style est là mais les sentiments ont disparu; Goethe de Werther est passé à Wilhelm mais, pour ma part, je ne suis pas satisfaite du résultat...

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 10:43

L03.jpgLa mort s'invite à Pemberley

PD James

éditions Fayard

 

Inconditionnelle des oeuvres de Jane Austen, PD James a décidé de lui rendre hommage en écrivant un livre qui reprend les personnages d'Orgueil et préjugés. Cependant, cette suite ne relève pas de n'importe quel genre  mais du roman policier. Ainsi Elisabeth et monsieur Darcy, mariés et vivant heureux dans leur belle demeure de Pemberley, ont un soir la désagréable surprise de voir débarquer Lydia, la soeur écervelée de Elisabeth, hurlant que son mari a été assassiné dans les bois. Mais ce n'est pas le cadavre de Wickham que Darcy retrouve; c'est celui de l'ami de ce dernier, Dennis, frappé de toute évidence d'un coup à la tête. Au-dessus de lui, Wickham pleure en s'accusant d'être la cause de cette mort. Que s'est-il passé? Est-ce vraiment l'inconstant et l'amoral Wickham le meurtrier? Nous sommes en Angleterre au XIXème siècle et, une chose est sûre, l'enquête s'avère difficile...

Je ne suis pas une fanatique des "suites" quand elles sont repris par d'autres. Ici, cela me gêne beaucoup moins dans la mesure où il s'agit d'une suite abordée sous un angle tout à fait différent, l'intrigue policière, et amenée avec beaucoup d'humilité par l'auteur elle-même. Et puis, il faut dire ce qu'il est, c'est quand même agréable de retrouver des personnages que l'on a aimé et de se poser une fois la question: "oui, mais que sont-ils devenus?". PD James s'est soigneusement penchée sur le sujet et, avant même d'attaquer son intrigue policière, elle prend un certain temps pour revenir sur le parcours des différents protagonistes. C'est d'ailleurs là où le bât blesse. La mort s'invite à Pemberley est, de ce fait, un livre très bavard (trop?) qui ne tient pas ses promesse; l'intrigue met du temps à démarrer et est souvent interrompue par des considérations à mon sens inutiles. PD James semble si soucieuse de préserver l'univers d'Austen qu'elle délaisse complètement le sien. Quand enfin le suspens s'installe, que le mystère s'épaissit et que le lecteur commence réellement à s'interroger, l'intrigue est résolue par un rebondissement un peu cousu de fil blanc et laisse de nouveau place à un dénouement interminable. Pour résumer, le style est là, l'envie est là aussi, mais le rythme ne suit pas. De même,  le style de l'humour bien particulier d'Austen ne se retrouve pour le coup absolument pas dans La mort s'invite à Pemberley. Je pense que les inconditionnels de l'illustre romancière y trouveront ceci dit plus ou moins leur compte. En revanche, contrairement à ce qu'affirme la quatrième de couverture,  les amateurs de PD James ne seront sans doute pas très heureux de voir leur auteur favori s'effacer derrière un monstre de la littérature....

 

Ps: Un petit mot en vitesse pour vous signaler que désormais, le blog a sa propre page sur Facebook:


http://www.facebook.com/pages/Le-blog-de-Beux/326406290772819?notif_t=page_new_likes


J'invite tous ceux qui sont sur Facebook et qui le souhaitent à y adhérer, cela leur permettra d'être mis au courant des dernières notes. Par ailleurs je profiterais peut-être de cette page pour mettre des anecdotes de libraires ou des informations diverses ou variées, en fait je sais pas encore du tout, je suis déjà heureuse d'avoir réussi à créer cette page toute seule comme une grande, donc on verra! A bientôt!

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 18:18

L01.jpgLe voyage des pères

David Ratte

éditions Paquet

 

ça se passe en l'an 32 et 33. Jonas brave vieux sans histoires, pêche avec ses deux fils André et Pierre. Un homme arrive, parle aux deux jeunes hommes et les persuade de le suivre, se faisant passer pour le Messie venu sauver l'humanité. Pour Jonas, c'est le choc et la colère: qu'est-ce qui permet à ce Jésus d'embarquer ses garçons comme ça? Qui va l'aider à ramener à manger? Ni une ni deux, Jonas décide de se lancer à leurs trousses. Il est bientôt rejoint dans sa quête par deux pères "victimes" eux aussi de l'endoctrinement de leurs enfants: Alphée, père de Matthieu, et Simon, père de Judas. Deux prostituées croisent leur route, elle aussi à la recherche de Jésus de Nazareth, mais pour d'autres raisons...

Road-movie biblique, Le voyage des pères a décidé d'aborder les évangiles d'une façon plutôt particulière, sous un autre angle dirons-nous. Ainsi l'humour provient du décalage entre les faits rapportés et le personnage de Jonas, vieillard bougon, un peu simple et de mauvaise foi qui voit en Jésus un voleur d'enfants sans scrupules. Ses miracles? Des tours de passe-passe! Sarcastique, le père n'a pas la langue dans sa poche et ses répliques sont souvent drôles. La BD n'est pas pour autant irrévérencieuse et certaines scènes pourraient même sembler un peu gnangnan à certains. Heureusement ces scènes sont "compensées" par d'autres plus légères: l'association de soutien aux victimes du nazaréen, le récit d'un homme furieux car Jésus a pollué les côtes en balançant des porcs à la mer, l'homme possédé qui chante du Alizée... Le tout est servi par un très joli dessin. Bd décalée, très tendre et très drôle à la fois, Le voyage des pères est une jolie réussite: récompensée par plusieurs prix, il serait dommage de passer à côté...

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 09:20

L01.jpgLes jeunes filles

Henry de Montherlant

éditions Gallimard

 

"Tout ce qui naît de vous est mêlé, a double face (...) Vous versez tour à tour, presque ensemble, le poison et le remède, mais de façon assez savante pour qu'on ne soit ni tué par le poison, ni guéri tout à fait par le remède.(...) si vous jouez ce jeu en toute lucidité avec moi, je vous dis simplement: je ne suis pas assez forte pour vous, je fais "pouce". Et d'ailleurs je ne suis plus dans le jeu. Vous m'avez été jadis un élément de fécondité intérieure, de vitalité, de tourment actif. A présent il n'y a plus rien. Vous avez momifié la tendresse si fraîche, si profonde, si absolue que j'avais pour vous. Vous avez été une sorte de gelée blanche: vous avez fait avorter des sentiments qui, épanouis, eussent pu donner des  fruits admirables."

 

On passe du coq à l'âne avec un livre d'une rare cruauté, écrit entre deux-guerres. Costal, Don Juan des temps modernes, est un écrivain célèbre dont les femmes tombent toutes amoureuses et qui collectionnent les conquêtes féminines avec une facilité déconcertante. L'une de ses admiratrices, Andrée Hacquebaut s'est liée d'amitié avec lui pour finir par succomber à son charme. Sensible à la culture de la jeune femme, Costal n'est cependant touché ni par ses lettres enflammées (demeurant souvent sans réponse) et pas davantage par un physique ordinaire voire ingrat. S'il a assez pitié d'elle pour lui offrir son amitié, il ne peut se résigner ni à lui briser le coeur une bonne fois pour toute, ni à coucher avec elle pour s'en débarrasser pour de bon. Costal joue avec Andrée tout comme il joue avec Thérèse, une autre admiratrice illuminée ou encore avec la jeune Solange, une toute jeune fille qu'il séduit avec une facilité déconcertante...

Dans Les jeunes filles, la narration traditionnelle est interrompue par les lettres brûlantes de Andrée ou de Thérèse, la correspondance glaciale de Costal, des petites annonces matrimoniales, des réflexions sur les relations homme/femme...Le ton est cynique, les descriptions cliniques. Les femmes sont totalement mises à nu, et cette nudité n'a rien de bien glorieuse: Thérèse, mystique au bord de la folie, Andrée, la vieille fille frustrée dans un amour qu'elle croit réciproque, Solange, la jeune oie molassonne qui se prête à tout sans dire un seul mot... A l'inverse, Costal reste muré dans son mystère, semblant indifférent à la douleur et même au plaisir. Les rapports entre sexes sont décrits sans complaisance; pour le narrateur (et sans doute pour Montherlant) hommes et femmes ne peuvent vivre ensemble car ils ne partagent pas les mêmes aspirations. L'homme ne veut pas se marier, la femme si, la femme dépend de l'homme, l'homme ne dépend de personne... Toutes ces affirmations sont bien sûr à replacer dans leur contexte. Ce qui est surtout intéressant dans ce roman, en-dehors d'un style impeccable, c'est l'analyse des sentiments; Thérèse est caricatural et le personnage de Solange insuffisamment développée (il le sera davantage dans les romans suivants d'après ce que j'ai compris) mais celui de Andrée est touchant et agaçant à la fois, toute sa personnalité révélée sans pudeur à travers des lettres tour à tour désespérées et furieuses, joyeuses et calmes. A un moment donné du récit, le narrateur dit que pour aimer les femmes, il faut renoncer à les comprendre. Montherlant a clairement fait le choix de les comprendre.

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